CHAPITRE X DE L'APTITUDE DES CAPITAUX
Les capitaux, prêtés on non, il ne faut jamais l'oublier, existent toujours et nécessairement sous une forme matérielle : il y a par conséquent autant de sortes de capitaux qu'il y a d'espèces de marchandises. Et, comme, par suite de la division du travail, chaque espèce de marchandises est employée dans l'industrie ou le commerce, jusqu'à consommation, par une classe particulière d'entrepreneurs qui ont des vues, des besoins et des habitudes spéciales, il en résulte qu'il existe autant de marchés particuliers de crédit qu'il y a d'espèces différentes de capitaux, c'est-à« dire de marchandises.
Chaque classe de capitaux a donc des lois particulières de disponibilité, et, si Ton peut s'exprimer ainsi, une « aptitude spéciale » qui détermine les conditions de l'offre et de la demande. Jean est agriculteur ; il veut faire valoir un fonds de terre; peu lui importe qu'il y ait sur le marché d'autres capitaux disponibles ; il ne s'occupe que des fonds de terre, et sa demande n'exerce une influence que sur le cours des fermages. Tel autre veut louer une maison, une machine, et sa demande n'affecte que le marché spécial de location des maisons ou des machines.
Cette séparation des marchés n'existe pas seulement eu matière d'immeubles. Paul est maître de forges ; il veut emprunter des fontes ou du charbon pour en faire des fers. Son emprunt s'effectue, en général, en même temps qu'un achat. Paul ne demande pas à emprunter 20.000 kilogrammes de fonte à la charge de les rendre en nature à une époque déterminée : cette opération serait contraire slux besoins de son travail : il achète 20.000 kilogrammes de fonte payables à trois ou six mois.
Dans ce marché, nous ne voyons point figurer de compte d'intérêts, parce que l'intérêt se confond avec le prix principal de la marchandise empruntée. Mais le vendeur a fait