‹ Les opérations de banqueChapitre 46 sur 167 · CHAPITRE II CHANGE DES MONNAIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II CHANGE DES MONNAIES

Le change des monnaies sur place est, de toutes les opérations de banque, la plus anciennement connue. Dès la plus haute antiquité, les changeurs, assis devant leurs tables (tpàrceÇai., mensœ), ou bancs, changeaient les unes contre les autres les diverses monnaies nationales et étrangères. En général, ils joignaient à ce commerce celui des matières d'or et d'argent et l'industrie de la fonte et de l'afânage des métaux précieux. Ensuite et successivement ils se sont livrés à toutes les opérations de banque, et ont donné au commerce du crédit le nom du banc ou, comme on dit encore dans les marchés de Paris, de la banque, devant laquelle ils étaient assis.

À Rome et dans le moyen âge, ils portaient le nom d'argentiers, et réalisaient de grands bénéfices sur l'échange des monnaies si diverses et si nombreuses de ce temps, et

surtout sur les opérations de faux monnayage auxquelles les Gouvernements demi-barbares aimaient à se livrer. L'argentier, toujours exactement au courant, par état même, des changements de titres qu'éprouvaient les monnaies lorsqu'il plaisait aux rois de les amenuiser , comme on disait alors, était instruit, avant le public, d'altérations que les Gouvernements tenaient secrètes, et il en profitait. En outre, il faisait des gains considérables sur le change des monnaies des divers pays, comme on en fait encore aujourd'hui sur des opérations du même genre dans les ports d'émigration.

Le change des monnaies, tel qu'il se pratique actuellement à Paris, à Londres et sur les principales places de commerce, consiste à satisfaire les désirs et les convenances de ceux qui veulent échanger de la monnaie courante contre de la monnaie étrangère, st réciproquement de la monnaie d'or contre de la monnaie d'argent ou contre des billets de banque, lorsqu'ils ont cours forcé, etc. La commission que prélève le changeur pour prix du service qu'il rend s'ajoute quelquefois à un agio ou différence entre le prix réel et le prix nominal des monnaies ; quelquefois aussi elle est perçue à part.

Les changements dans la valeur relative de l'or et de l'argent fournissent aujourd'hui matière aux plus nombreuses opérations du changeur. Autrefois, par exemple, la valeur réelle de l'or était bien supérieure à sa valeur monétaire : 1 .000.fr. en pièces de 20 fr. valaient 10, 20, 25 fr. de plus que 1.000 fr. en argent, et c'était par l'intermédiaire du changeur que s'opérait la transmutation. Chaque fois qu'il survenait une guerre ou une panique politique, le prix relatif de l'or s'élevait, parce que l'or est indispensable aux caisses militaires, et qu'il est le métal favori de ceux qui cachent leurs capitaux et qui thésaurisent. Tous ces mouvements dans la valeur relative des métaux précieux formaient la base des spéculations du changeur. Ces spéculations sont devenues plus difficiles lorsque les deux métaux ont atteint le pair, puis quand les prix se sont modifiés en sens inverse de l'ancien rapport, au profit de l'argent

CHANGE DBS MONNAIES

contre l'or, i.000 fr. en argent valant 5 et 10 fr. de plus que i.000 fr. en monnaie d'or. Le rapport est, aujourd'hui, renversé avec une dépréciation considérable pour l'argent. Mais les mouvements de l'opinion suffisent, à un moment donné, pour imprimer, soit à la valeur relative des deux métaux, soit à la valeur relative des matières et de la monnaie de même métal, des variations dont le changeur peut faire son profit.

Voici, par exemple, un tableau des principales variations dtt prix de l'or monnayé, et en lingots, de 1848 à 185$, telles qu'elles résultent des prix courants officiels de k Bourse de Paris :

DATES

ESPÈCES

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