VIREMENTS
avoir en terres s'élevait à 20 talents environ, et il avait, en créances sur divers, plus le 50 talents. De cette dernière somme, il talents avaient été pris sur les dépôts et prêtés à intérêts. Lorsque mon client prit la suite d'affaires de la banque et la responsabilité des dépôts, il considéra que, n'étant pas encore citoyen, il ne pourrait exiger en justice les sommes prêtées par Pasion sur des terres et des maisons, et il aima mieux l'avoir pour débiteur que d'avoir affaire aux débiteurs mêmes. C'est ainsi que Pasion est débité de 11 talents par le contrat de location, comme les témoignages l'établissent.
« Apollodore n'a point fourni (à ceux qui ont loué après Phormion) de capital propre : ils ont loué seulement les dépôts et la faculté de les faire valoir. Les témoignages vous prouvent que les fils de Pasion ont loué la banque sans fournir un capital propre. »
On peut remarquer que le virement, qui consiste en un échange de créances et de dettes, est la forme primordiale et rudimentaire de la lettre de change.
Reprenons l'exemple cité plus haut. Irénée doit payer 1.000 drachmes dans le Pont, où il va faire le commerce. Cléon, créancier de pareille somme dans ce pays, délègue sa créance à Irénée, au lieu de lui déléguer celle qu'il a sur Socles. Il écrit à Sosigène, son débiteur du Pont, de payer les 1 .000 drachmes à Irénée, et l'ordre est exécuté. La créance d'Irénée sur Gléon et celle de Gléon sur Sosigène sont éteintes, sans qu'il ait été fait aucun transport de fonds d'un pays à l'autre et par un seul payement effectif, celui qui a eu lieu dans le Pont.
Les anciens ont connu la lettre de change telle qu'elle est décrite plus haut. Elle diffère du virement en ce que les deux commerçants, Irénée et Gléon, au lieu d'éteindre la créance de 1 .000 drachmes par une délégation sur un débiteur commun et voisin, l'ont éteinte par la délégation sur un débiteur éloigné, et avec lequel l'on d'eux seulement était en relations d'affaires.
Les virements sont, encore aujourd'hui, une opération très importante, mais dans d'autres conditions et dans
d'autres formes que celles d'autrefois. On a des fonds déposes chez le banquier, et, lorsqu*on a besoin de taire un paiement, on fournit à son créancier un ordre de payer adressé au banquier. La personne qui reçoit cet ordre le remet à son banquier, qui devient créancier du premier; mais, comme celui-ci a presque toujours dans son portefeuille des ordres de payer adressés au second banquier, la liquidation s'opère par des compensations.
Les grandes banques, qui sont les caissiers communs de presque tout le commerce d'une place, effectuent des virements proprement dits. Ceux de la Banque de France s'élèvent à des sommes considérables. En 4913, le mouvement général des caisses de cet établissement se décomposait ainsi qu'il suit : espèces, 5. 159.000.000 fr.; billets, près de 67 milliards de francs; virements, près de 310 milliards de francs. On voit que plus de 81 p. 0/6 des entrées et des sorties de caisse se font par écritures, à la Banque, sans déplacement de monnaie, et que les versements ou payements en espèces métalliques n'entrent que pour un peu plus d'un centième dans le mouvement total *. En 1874, ces virements montaient à 22.615.887.200 fr., soit plus de la moitié des opérations de caisse à cette époque.
Dans la Grande-Bretagne, on a introduit entre banquiers l'usage des compensations de compte, sans dépôt préalable. A Londres et aussi à Paris, les principaux banquiers compensent ensemble chaque jour, par des écritures, les dispositions dont ils «sont porteurs les uns sur les autres. Le clearing-house de Londres effectue des virements pour des sommes encore plus considérables que la Banque de France et la chambre de compensation de Paris réunies. Ils se chiffrent par plusieurs centaines, de milliards de francs. À Edimbourg, les banques' d'Ecosse, et à Dublin les banques d'Irlande échangent chaque jour entre elles leurs billets respectifs. Par ces deux sortes de compensations, on évite les mouvements inutiles d'espèces, et l'on ne paye que les soldes.
1 En 1918, année anormale de guerre le montant des virements de la Banque de France a atteint plus de 427 milliards.