fr. de rente roumaine et serbe 5 p
800 florins de rente hongroise ; 2.000 livres sterling de capital pour les fonds portugais, norwégiens, suédois, etc. etc. ; 25 actions ou obligations.
Ces quantités, on le remarquera, sont calculées de manière à donner toujours les mêmes courtages de 12 fr. 50 ou de 25 fr., à l'exception des actions de chemins de fer, sur lesquelles le courtage varie avec les cours.
En exposant le mécanisme des marchés à terme, nous n'exposons pas autre chose que les dispositions principales des règlements et usages établis par la Compagnie des agents de change. Nous en prévenons le lecteur une fois pour toutes, afin de ne pas le fatiguer par des citations.
Aujourd'hui, 1er octobre, Pierre veut spéculer à la hausse sur le 3 p. 0/0 perpétuel qui est au cours de 96 fr. 50, Il fait acheter de Paul, par l'intermédiaire de son agent de change, 3.000 fr. de rente « livrable à fin courant fixe ou plutôt à volonté » : telle est la formule du marché. Dans le courant du mois, le cours de la rente s'est élevé d'un franc, et se cote à 97 fr. 50, de telle sorte que l'inscription de 3.000 fr., achetée 96.500 fr., en vaut maintenant 97.500, soit 1.000 fr. déplus. Pierre peut, s'il le veut, revendre son inscription à ce prix, au lieu d'en prendre livraison; et réaliser un gain de 1.000 fr., moins le cour-
tage et l'impôt sur l'opération. Pour faire une telle opération, pas n'est besoin de posséder actuellement les 96.50® ou 97.500 fr. : il suffit de pouvoir couvrir les différences probables en moins, et l'agent de change n'exige pas d'autre garantie ou couverture que celle de ces différences.
Toute spéculation à la hausse coïncide nécessairement» dans les marchés à terme, avec une spéculation simultanés à la baisse. Dans l'exemple que nous venons de prendre, Paul pensait que le prix des fonds baisserait : que 3 fr. de rente 3 p. 0/0, au lieu de se vendre 96 fr. 50, se venraient fin courant à 96 fr. ou 95 fr. 50; qu'ainsi il pourrait livrer, moyennant 96.000 ou 95.500 fr., ce qu'il avait vendu 96.500, et réaliser, par conséquent, un gain, de 500 fr. ou do i.OOOfr.
Dans ce marché, remarquons-le, Pierre n'achète point 3.000 fr. de rente pour placer un capital ; Paul ne les vend point pour réaliser un capital dont il a besoin. Ni l'un ni l'autre, souvent, n'est porteur de l'inscription achetée ou vendue ; ni l'un ni l'autre n'est propriétaire du capital nécessaire pour l'acquérir ; ils jouent simplement l'un contre l'autre, pariant, le premier, que 3 fr. de rente 3 p. 0/0 se vendront plus cher à fin courant qu'au commencement da mois ; le second, que 3 fr. de rente 3 p. 0/0 se vendront moins cher. Tout ce que l'un gagne, l'autre le perd nécessairement, et Us ne produisent rien à la société ni l'un ni l'autre.
Autrefois, lorsqu'on voulait éluder les lois qui défendaient les jeux de ce genre, on écrivait dans le contrat : « livrable à terme fixe ou plutôt à volonté ». Grâce à cette dernière clause, et à l'interprétation qu'elle recevait de l'usage, l'acheteur à terme avait la faculté d'exiger livraison de l'inscription qui faisait l'objet du marché cinq jours après avoir prévenu le vendeur, au moyen d'une affiche apposée par son agent dans le cabinet des agents de change. On disait alors que l'acquéreur escomptait son marché en le réalisant avant terme.
Si Paul est propriétaire de l'inscription de 3.000 frM peu
lui importe l'escompte, parce qu'il est toujours prêt à livrer. Mais si, comme il arrive très souvent, la vente a eu lieu à découvert, c'est-à-dire si le vendeur n'est pas propriétaire du titre, il faut qu'il se le procure, ce qui introduit sur le marché un acheteur qui s'y serait présenté seulement quelques jours plus tard. Cet acheteur nouveau augmente la demande et concourt ainsi, malgré lui et contre son intérêt, à faire hausser le cours.
Maintenant l'escompte des marchés à terme est peu usité.
Un praticien émérite,M. René Ghevrot, dit que l'escompte des achats à terme n'est plus guère en usage. « Il n'a pas, écrit-il, sa raison d'être, dès le 1er du mois, pour les valeurs liquidées le 15, ou dès le 25, pour celles qui sont négociées fin de mois », sans compter que l'on ne peut demander l'escompte que lorsque les opérations de la liquidation précédant l'achat sont closes.
On appelle liquidation, à La Bourse, comme partout ailleurs, l'opération par laquelle les contrats s'accomplissent et les engagements s'éteignent. L'escompte précipite la liquidation du marché ferme.
La liquidation des marchés fermes sur rentes françaises a lieu à la première bourse du mois qui suit les opérations. Elle est effectuée au cours moyen des effets au comptant, de midi à une heure trente, et doit être terminée le cinquième jour. Elle se fait entre agents de change, comme les marchés eux-mêmes, chaque agent étant responsable envers ses confrères des ventes et des achats auxquels il a prêté son ministère, et, par suite, personnellement tenu des obligations de ses clients, qui ignorent, en général, à qui ils ont vendu et de qui ils ont acheté. L'acheteur doit toujours être prêt à prendre livraison : si, le terme venu, il ne veut ou ne peut payer, les titres acquis par lui, livrables à la fin du mois, sont vendus le lendemain à ses risques, par les soins du syndic des agents de change. L'usage accorde au vendeur cinq jours de terme pour livrer ; s'il n'est pas en mesure à l'expiration de ce délai, l'inscription qui fait l'objet de la vente est achetée à son compte par le syndic des agents de change et livrée à qui de droit. Tout se
résout ordinairement en différences payables par l'acquéreur le dernier du mois, et par le vendeur le 5 du mois suivant.
Depuis le 26 juillet 1866, il y a deux liquidations par mois pour toutes les valeurs qui se négocient à terme. Ces deux liquidations ont lieu l'une le 16, l'autre à la fin du mois.
La liquidation de fin de mois dure cinq jours. Ne sont soumises qu'à cette liquidation les valeurs suivantes : fonds d'État français et garantis par la France ; Ville de Paris ; actions de la Banque de France ; actions et obligations du Crédit Foncier et des six grandes Compagnies de chemin de fer.
La liquidation de quinzaine dure aussi cinq jours ; à part les valeurs indiquées plus haut, toutes les autres y sont soumises.
La périodicité et l'uniformité des liquidations déterminent le temps sur lequel court la spéculation de l'acheteur ou du vendeur à terme. Des variations en hausse ou en baisse, qui ont lieu sur les cours durant cette période, résultent les chances de gain ou de perte qu'il court, et, par conséquent, l'importance des valeurs dont l'agent de change qui le cautionne vis-à-vis de ses collègues peut exiger le dépôt, à titre de couverture ou de garantie. C'est parce que la valeur des actions a semblé plus variable que celle des rentes que l'on a établi pour ces actions des liquidations plus rapprochées ; il en est résulté plus d'activité dans les opérations, plus de péripéties, et, en même temps, plus de sûreté pour les agents de change et plus de bénéfices sur le courtage des reports.
Les marchés simples à terme portent le nom de marchés fermes, parce qu'ils ne permettent à aucun des deux contractants de renoncer au contrat ou même d'en différer l'exécution.
b. Marchés libres ou a prime. — 11 n'en est pas de même des marchés libres ou à prime, qui sont également à terme; ils difièrent des marchés fermes en ceci, que l'acheteur peut y limiter ses chances de perte par
Leîtttl
une condition résolutoire, tout en conservant ses chances de gain illimitées.
Au moyen du dépôt d'une prime, c'est-à-dire d'une somme qu'il doit verser effectivement, à titre d'arrhes, l'acquéreur obtient la faculté de jouir des avantages de son marché, si les cours lui deviennent favorables, et de l'annuler, si les cours lui sont contraires, en abandonnant ses arrhes ou sa prime. Ainsi, dans ce marché, la perte de l'acquéreur, qui forme le gain éventuel du vendeur, est limitée, tandis que le gain de l'acquéreur, qui forme la perte éventuelle du vendeur, est sans limites.
Le 15 et le dernier jour de chaque mois (ou la veille, si ce jour est férié), la réponse des primes a lieu à une heure trente. L'acheteur à prime doit déclarer à son vendeur si son marché est « solide », c'est-à-dire s'il entend prendre livraison, ou, comme on dit, lever le titre qu'il a acheté ; à défaut de réponse, la prime est acquise au vendeur. Pour ceux qui n'auraient pas répondu, on constate le cours des valeurs sur lesquelles il a été fait des affaires à prime, et on considère comme abandonnées les primes des marchés qui, à ce cours, laisseraient une perte à l'acheteur. S'il y a réponse à la prime, le marché libre se trouve transformé en marché ferme.
Pierre veut acheter à prime ou par marché libre 3.000 fr. de rente 3 p. 0/0 à fin octobre. La prime est fixée par le rapport de l'offre et de la demande à 1 fr. par 3 fr. de rente, soit i.000 fr. Cette somme est versée de suite, et Pierre achète au cours, soit à 97 fr. à fin courant.
Si, pendant le mois, la rente est, par exemple, à 95 fr., iî refuse de lever le titre, parce que la livraison lui imposerait une perte de 2.000 fr. ; il préfère abandonner sa prime Si la rente monte à 98 fr. ou plus haut, il vend ou lève l'inscription sur le prix de laquelle il se trouve avoir payé i.000 fr. à compte. Aussi dit-on, en terme de bourse, qu'il a acheté à 97 fr., dont un, ce qui signifie: dont 1 fr. par 8 fr. de rente est payé d'avance à titre de prime.
Les spéculateurs ne bornent guère leurs opérations mensuelles à un seul marché : ils modifient très souvent,
12e ÉDITION 10
1 i6 TRAITÉ DES OPÉRATIONS DE BANQUE
le lendemain, par une opération en sens contraire, l'opération qu'ils avaient faite la veille. Ils aiment aussi les arrangements complexes, les péripéties, le mouvement, et ils ont trouvé par la liaison des marchés fermes et des marchés libres toute une série de combinaisons compliquées, d'une utilité médiocre, et dont la description nous conduirait trop loin de notre sujet1.
Les marchés libres suivent, en général, les mêmes usages que les marchés fermes. L'acquéreur a la faculté d'escompter, et le terme fatal de la liquidation est le dernier jour du mois pour lui, et le 5 du mois suivant pour le vendeur.
Il existe aussi des marchés libres dans lesquels la prime est donnée par le vendeur qui limite ses chances de perte, tandis que celles de l'acquéreur restent illimitées. On dit alors que la prime est pour recevoir. Les choses se passent en sens inverse, mais de la même façon que dans le marché à prime proprement dit.
Les marchés libres sont ceux que préfèrent les spéculateurs ardents : on les voit conclure, non seulement à fin de mois, mais à terme rapproché, quelquefois du jour au lendemain, et même d'une heure à l'autre, sur parole et sans le concours des agents de change.
§ 6. — Reports. — Déports
Le mot report reçoit à la Bourse trois acceptions différentes :
1° On appelle report la convention qui reporte un marché ferme d'une liquidation à la suivante, et sert à prolonger une opération, soit en hausse, soit en baisse.
Pierre a acheté par marché ferme 3.000 fr. de rente 3 p. 0/0 livrable à la fin d'octobre. Ge terme échu, ou
* Le Ir-ctcur qui désirerait des renseignements plus complets sur loà marchés à terme et sur les affaires de bourse, en général, lés trouvera dans le volume intitulé : Traiié élémentaire des opérations de li.-urse, par M A. Comtois fils, revu par M. E. Vidal. C'est la meilleure publication spéciale qui ait été faite sur cette matière.
même avant l'échéance, Pierre veut-ii reporter son opération à la fin de novembre, il vendra, livrable à fin octobre, son inscription de 3.000 fr., et la rachètera en même temps livrable fin novembre.
S'il existe une différence en plus ou en moins entre le prix d'achat primitif et le prix de vente à fin octobre, cette différence est sur-le-champ reçue ou payée par Pierre, et l'opération à la hausse faite du 1" au 31 octobre se trouve reportée du 31 octobre au 30 novembre. Supposons que Pierre ait conclu tous ces marchés successifs avec le même adversaire, Paul : celui-ci aura reporté, par des engagements en sens inverse, une spéculation à la baisse de la fin d'octobre à la fin de novembre.
2° On nomme aussi report la différence qui existe habituellement entre le cours de la rente au comptant et le cours de la rente à fin du mois, différence qui résulte du nombre et de l'importance des opérations à terme, soit à la hausse, soit à la baisse. Ge report donne lieu à des opérations particulières.
Ainsi le 3 p. 0/0 est, par exemple, à 97 fr. au comptant, et à 97 fr. 50 fin courant. Pierre a des capitaux-monnaie disponibles ; il achète au comptant 15.000 fr. de rente au prix de 485.000 fr., et il vend au même instant, ferme et à fin courant, cette rente aux prix de 4S7.500 fr. Il réalise par ce moyen, dans le temps qui est à courir entre le jour de son opération et la fin du mois, sous déduction de l'intérêt de ses fonds et du double courtage de l'agent de change et de l'impôt, un gain de 2.500 fr., sans courir aucun risque à peu près, quel que soit le cours du marché à la fin du mois.
Un autre jour les spéculateurs à la baisse sont les plus nombreux : le 3 p. 0/0 est côté à 97 fr. au comptant, et fin courant, 96 fr. 75. Pierre se trouve en ce moment porteur d'inscriptions; il les vend au comptant à 97 fr., et en même temps les rachète fin courant à 96 fr. 75. Devenu capitaliste par la vente au comptant, il peut escompter son marché ferme, c'est-à-dire forcer son vendeur à lui livrer la rente de suite, ce que celui-ci ne peut faire qu'en ache-
tant ou en empruntant des titres par une opération qui s'appelle un déport.
Ces deux opérations sur le report-différence ne peuvent être faites que par des hommes qui ont réellement en leur possession des capitaux dans le premier cas, des rentes dans le second : elles ne sont point à la portée du grand nombre des spéculateurs et ne constituent pas, à proprement parler, une spéculation, mais un placement temporaire de fonds ou de rentes. Elles conviennent également aux capitalistes et aux banquiers, qui s'y livrent fréquemment. On remarquera que ces opérations tendent incessamment à rapprocher les cours à terme des cours au comptant, les conditions du marché aléatoire des conditions du marché vrai, du marché au comptant.
Le report surprime ne diffère que très peu de celui-ci. Il consiste à acheter fin courant ou à la prochaine liquidation une certaine quantité de rentes ou actions par marché ferme et à les revendre à prime pour la même époque, de manière à bénéficier sur la différence des cours fermes et à prime.
Pierre, par exemple, achète 3.000 fr. de rentes 3 p. 0/0 à An courant au cours de 96 fr., et il revend au même instant l'inscription ainsi acheté à 96 fr. 50 dont 0 fr. 50. Si la prime est levée, Pierre a gagné la différence qui existait entre les deux cours, soit 500 fr. ; si la prime est abandonnée, l'inscription lui reste à 96 fr. 50, c'est-àdire à 0 fr. 50 au-dessous du prix auque) il a acheté. Les opérations de ce genre tendent à empêcher que les cours au comptant, ferme et à prime, ne s'écartent beaucoup l'un de l'autre.
3° Le mot report a une autre acception beaucoup plus usitée et qui se rapporte à des opérations plus fréquentes et plus familières aux banquiers. Lorsque la spéculation est active, lorsque surtout, pendant un certain temps, les fonds ont une tendance à la hausse, il arrive presque toujours qu'une quantité considérable de rentes se déclasse, c'est-à-dire sort des mains des capitalistes sérieux, qui profitent de l'élévation du prix pour vendre, et passe aux
mains des spéculateurs. Tant que la hausse dure, les rentes étant nécessairement demandées, tout va bien ; mais peu à peu les livraisons effectives, faites à des hommes qui spéculent uniquement sur les différences, finissent par les gêner et les forcer à vendre. Alors les vendeurs qui spéculent en sens contraire offrent, le plus qu'ils peuvent, livraison réelle au moment des liquidations, et les acheteurs, n'ayant plus de fonds pour lever les inscriptions, sont obligés de s'en procurer, ou de transiger.
Pierre a spéculé à la hausse, et, ne calculant que les différences probables du cours, il a acheté 15.000 fr. de rente 3 p. 0/0 à fin courantà 97 fr. A la fin du mois, la rente à terme est à 96 fr., et la rente au comptant à 96 fr. 30 ; s'il vend à terme, il perd donc 1.000 fr. plus les courtages, outre qu'en venant offrir de la rente sur un marché encombré il peut faire encore baisser les prix. S'il levait l'inscription, il pourrait attendre des cours meilleurs ; mais il lui faudrait 485.000 fr. pour cela, et il n'en a que 20.000, que 10.000 peut-être. Que faire? Il offre de reporter l'opération à la fin du mois suivant, moyennant une indemnité, qui varie avec la quantité disponible de capitaux affectés au report.
Pierre, dans cette situation, recourt à son agent de change, qui, dans la prévision d'accidents de ce genre, est toujours en rapport avec des capitalistes. L'an de ceux-ci consent à fournir les fonds nécessaires pour lever l'inscription et la conserver jusqu'à la fin du mois suivant, moyennant le prix du report. Ge point arrêté, on prend livraison : la rente est remise ou transférée au capitaliste qui en fait les fonds, et vendue à terme pour la fin du mois suivant à Pierre, au prix auquel il l'avait primitivement achetée, augmenté de celui du report. Pierre a un mois devant lui pour trouver un acquéreur ou des fonds et liquider son opération avec le capitaliste qui lui a fourni les premiers ; s'il ne trouve ni l'un ni l'autre, c'est à recommencer.
Le capitaliste ou le banquier qui fait le report ne spécule point à proprement parler : il prête sur dépôt de rentes ou d'actions. Cependant, il peut arriver que l'emprunteur
soit insolvable au moment de l'opération ou qu'il le aérienne dans îe mois ou dans la quinzaine, soit par des spéculations malheureuses, soit qu'une baisse considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré, ne lui permette pas de trouver un acquéreur pour couvrir son imprudence. En ce cas, l'inscription reste au prêteur, capitaliste ou banquier, sauf recours contre l'emprunteur, ou plutôt d'un agent de change contre l'autre. — La plupart des maisons de crédit qui reçoivent d'assez grandes quantités de dépôts à vue emploient une partie de ces dépôts en opérations de report, qui sont des opérations à court terme. L'abondance des capitaux a fait baisser dans d'assez grandes proportions le taux des reports sur les bonnes valeurs.
Le déport est l'opération inverse du report. Il arrive souvent que, pour ne pas subir les conséquences d'une hausse, et surtout pour ne pas l'augmenter par une nouvelle demande sur le marché, le vendeur de titres qui, en liquidation, ne se trouve pas en mesure de livrer, aime mieux emprunter un titre que de l'acheter. Cet emprunt prend, comme le report, la forme d'une vente. Celui qui emprunte un titre l'achète au comptant à un prix et le revend en liquidation à son prêteur à un prix inférieur au premier de tout le montant du déport, toujours sous la responsabilité de l'agent de change. Pierre, vendeur de 3.500 fr. de 3 p. 0/0 à 97, n'a pas l'inscription qu'il lui faudra livrer en liquidation. Il l'emprunte au moyen d'un déport, en l'achetant au comptant à 97 fr. 25 et en le revendant à fln courant à 97 fr. Le prêteur du titre aura bénéficié de la différence de 25 centimes, sans que les intérêts de son inscription aient cessé de courir à son profit.
Dans le report, le prêteur est nanti d'un titre ; dans le déport, il est nanti d'une somme d'argent; il ne court de chances que sur la différence, et sous la responsabilité de Fagent de change.
Le report et le déport ne sauraient, comme on peut le remarquer, exister en même temps. Le report a lieu quand il y a momentanément sur le marché plus de titres offerts que de titres demandés ; le déport, quand il y a plus de
titres demandés que de titres offerts. On dit que celui qui emprunte des espèces se fait reporter, et que celui qui prête reporte ou prend en report.
§ 7. — Avantages des grands capitaux
Les arrangements et usages en vigueur à la Bourse facilitent singulièrement à tout le monde l'entrée dans les opérations de jeu Quoi de plus simple, en effet ? Vous avez 100, 200.000 fr., ou plus, ou seulement 40.000, seulement 10.000 ; vous les portez chez un agent de change à titre de couverture, et il devient dès cet instant votre banquier, votre comptable, votre commissionnaire. Vous pouvez donner vos ordres : tant qu'ils ne font pas naître des risques éventuels supérieurs à la somme que vous avez déposée, ces ordres sont exécutés ponctuellement. Vous vendez, vous achetez des titres pour une valeur décuple du capital déposé, chaque jour, s'il vous plaît, sans autre peine que de vouloir et d'ordonner. Vous n'avez nul besoin de chercher acheteur ou vendeur, de vous préoccuper des recettes, des payements, des livraisons de titres : c'est l'affaire de l'agent, qui vous répond de tout; vous pouvez vous livrer tout à loisir aux calculs, aux espérances, aux émotions, doubler votre capital, le tripler, le vingtupler, comme aussi et très souvent le perdre. En tous cas, et quel que soit pour vous le résultat final des opérations, chacune d'elles a produit à l'agent un courtage qui s'est déduit de vos gains ou ajouté à vos pertes, et auquel il a bien droit pour s'être mis à votre service, pour avoir administré vos fonds et vos titres avec une telle exactitude et une telle rapidité qu'ils ont été à chaque instant plus à la disposition de votre volonté que s'ils étaient restés matériellement entre ?08 mains.
Mais, si les conditions d'entrée à la Bourse sont faciles et accessibles à tous, elles sont loin de présenter à tout le monde les mêmes chances de succès. Le marché des fonds publics est fréquenté par trois classes d'hommes : ceux qui, disposant de capitaux considérables, se sont fait une
152 TRAITÉ DBS OPÉRATIONS DE BANQUB
profession de spéculer sur les fonds et effets publics ; ceux qui, avec des capitaux médiocres, se sont fait aussi une profession de la spéculation; et ceux qui, ayant dans la société une autre profession et des capitaux d'importance moyenne plus ou moins disponibles, viennent chercher dans la spéculation un moyen nouveau pour eux d'augmenter leur fortune en peu de temps. Les premiers font habituellement les cours ; les seconds les prévoient ou essayent de les prévoir ; les troisièmes opèrent au hasard.
Les trois classes se distinguent dans la pratique à ce signe certain, que les derniers vont chez l'agent de change donner leurs ordres, tandis que l'agent de change va prendre à domicile les ordres des premiers. Entre les deux classes se trouvent ceux chez lesquels vont les commis de l'agent de change.
Dans cet étrange marché, où la plupart des vendeurs et des acheteurs ne savent pas avec qui ils opèrent, les petits spéculateurs et les nouveaux-venus ne connaissent que leur agent de change, chez lequel sont déposés le plus souvent leurs fonds et leurs titres, et autour duquel ils s'agitent, achetant ou vendant sur une parole, sur une conjecture, au hasard, sans posséder aucune donnée certaine sur le résultat de leurs opérations. L'habitué de Bourse n'a, sur le spéculateur d'occasion qu'un avantage, c'est d'être quelquefois informé un peu plus vite et de savoir mieux s'y prendre pour se retourner et annuler une fausse opération : il connaît mieux la manœuvre des marchés à terme.
Mais, pour peu que l'on réfléchisse à l'ensemble des règles qui constituent en quelque sorte le Code des marchés à terme, on s'aperçoit bien vite que les spéculateurs de première classe, qui joignent à la possession de capitaux importants l'habitude des spéculations de bourse, jouissent d'avantages tels qu'ils sont, en réalité, les maîtres du marché dans les temps ordinaires. Ils peuvent à volonté exiger livraison effective, ou forcer livraison comme vendeurs dans les marchés à terme, c'est-à-dire agir énergiquement dans le sens de la hausse ou de la baisse, et eux seuls le peuvent.
Les spéculateurs de première classe, habitués à tenir dans les reports une somme considérable de capitaux, peuvent augmenter ou diminuer à volonté cette somme, de manière à exercer une influence très directe et irrésistible sur les petits spéculateurs en faisant hausser ou baisser le prix des reports. Ainsi une grande maison ayant 10 millions employés en titres, 10 millions en reports et 10 millions en espèces, aura fait une série de marchés à terme tels qu'il lui est expédient d'avoir une hausse. Elle offre ses 10 millions espèces sur le marché des reports, dont le prix s'abaisse, et les petits spéculateurs à la hausse, c'est-à-dire acheteurs, sont dispensés de se liquider, c'està-dire de vendre, pour le moment. De là une puissante cause de hausse. La même maison veut-elle une baisse à la liquidation suivante, elle retire les 20 millions qu'elle a placés en reports, de manière à forcer les petits spéculateurs à la hausse à vendre par l'impossibilité ou la difficulté de se faire reporter. Ils se trouvent, à l'égard de cette maison, dans la situation de l'emprunteur sur gages dont le créancier refuse de continuer le prêt afin de pouvoir acquérir le gage à vil prix. — La même maison peut faire, au besoin, par le moyen du déport, des opérations inverses.
Les grands spéculateurs ont encore à leur disposition un moyen plus efficace et plus direct. En effet, il y a bien trois cours de rente : 1° au comptant; 2* à terme; 3* à prime ; mais les cours qui règlent la liquidation des marchés fermes et à prime ne peuvent jamais s'écarter beaucoup du comptant, vers lequel ils sont ramenés sans cesse par les reports et par les escomptes, qui ne leur permettent ni de s'abaisser beaucoup au-dessous, ni de s'élever beaucoup au-dessus du cours au comptant.
Or, le cours au comptant s'établit, dans les temps ordinaires, sur un petit nombre de ventes effectuées par des particuliers étrangers à la spéculation, d'après leurs besoins. Le spéculateur qui dispose de grands capitaux peut toujours, en même temps qu'il fait des marchés à terme, dominer le marché au comptant, où les affaires réelles s'élèvent au cinquantième à peine de la somme des marchés à terme
io4 TRAITÉ DBS OPÉRATIONS DE BANQUB
et dont le cours règle tous les autres. Un tel spéculateur opère-t-il à la hausse, lorsque approche le moment de la liquidation, il lui suffit de faire acheter au comptant, pendant quelques jours, une somme considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré : la hausse est inévitable sur les trois cours. Spécule-t-il à la baisse, à l'approche de la liquidation, il offre sur le marché au comptant de fortes parties de rentes ou d'actions, et une baisse opportune lui donne la facilité de liquider ses opérations à terme avec avantage. Par ce moyen, il compense, et bien aa delà, sur les marchés à terme, qui roulent sur des chiffre* énormes de valeurs fictives, les pertes qu'il peut subir sur les marchés au comptant. Qu'importe une perte de 1 p. 0/0 sur 10 à celui qui se procure, par ce moyen, un gain de i p. 0/0 sur 50?
Enfin, il y a un moyen bien simple et plus infaillible de gagner : c'est d'acquérir à petit bruit la plupart des titres d'une espèce qui existent sur le marché, puis de les acheter à terme, même à des prix très hauts. Les cours s'élèvent et, dans la prévision d'une baisse, les petits spéculateurs vendent à découvert. Mais, comme il n'y a pas de titres sur le marché, la baisse ne vient pas, et il leur faut racheter, de leur vendeur, des titres à des cours très élevés, afin de liquider. — On peut citer de très grandes fortunes acquises au moyen de ce tour très simple.
Si plusieurs capitalistes de premier ordre opéraient en même temps en sens opposé, il s'établirait entre eux une lutte dans laquelle la victoire resterait à celui que le mouvement naturel des affaires sérieuses, du marché au comptant, viendrait à favoriser. Mais ce serait un jeu plein de périls auquel les possesseurs de grands capitaux n'ont garde de se livrer. A quoi bon courir des risques, lorsqu'on peut opérer à coup sûr ? En vérité, on ne peut assez admirer l'ardeur des spéculateurs vulgaires qui achètent et vendent dans l'obscurité la plus profonde, au hasard, sans connaître la portée de ce qu'ils font.
Les gens du monde et les joueurs novices se font généralement une idée fort inexacte de la manière dont sont con-
duites les spéculations de bourse et des circonstances qui déterminent les cours. On suppose que le prix des titres qui font la matière des spéculations, et celui de la rente en particulier, sont sous l'influence directe des événements et des nouvelles politiques. C'est une grave erreur: les nouvelles et les événements politiques n'exercent une influence sensible sur les cours qu'autant que ces événements ont assez d'importance pour affecter le crédit, ce qui est assez rare. Mais le préjugé populaire a fait gagner bien souvent des fortes sommes aux capitalistes expérimentés, qui opéraient en sens inverse de la nouvelle ou de l'événement auquel le public attribuait une grande importance. Ainsi, par exemple, on prévoit un traité de paix : tous les petits spéculateurs opèrent à la hausse ou achètent, et il vient même du dehors des gens étrangers à la spéculation qui opèrent dans le même sens. Le grand spéculateur laisse faire pendant quelques jours, puis il vend à petit bruit, de manière à ne pas interrompre le mouvement de hausse. Vient la liquidation : il livre, réalise le prix de ses titres, et force les petits spéculateurs à la hausse à vendre à bas prix pour se liquider ou à accepter des reports à des conditions onéreuses. Une baisse violente suit presque toujours la réalisation d'un événement qui doit exercer et qui exerce réellement sur le crédit une influence favorable.
Il n'y a qu'une seule cause de hausse ou de baisse des titres de bourse, c'est le rapport de l'offre et de la demande entre les capitaux et les titres, l'état du marché du crédit. Tout événement qui amène des capitaux sur le marché tend à la hausse, tout événement qui y amène des titres tend à la baisse. Mais ce règlement du marché ne s'effectue que peu à peu , lentement, sur un long espace de temps. Dans le cours d'une liquidation, hors les cas d'événements soudains et très importants, les mouvements du marché sont à la discrétion des grands capitalistes.
Le petit spéculateur ne diffère guère du joueur de roulette. Ses émotions sont aussi rapides, car il n'a garde de se borner àuneseuleopérationpar liquidation. Rachète et vend presque chaque jour, souvent plusieurs fois dans la même journée,
suivant ses prévisions plus ou moins fondées, annulant un achat par une vente et une vente par un achat, supputant ses bénéfices ou ses pertes au gré de la fluctuation perpétuelle du cours, objet unique et constant de ses pensées ou de ses rêves. Il n'est pas d'horizon plus borné que le sien : pour lui, il n'y a rien au-delà de la liquidation, et, le plus souvent, rien au-delà de la semaine courante, car, pour passer le dimanche à peu près tranquille, il se liquide, c'est-à-dire balance ses achats par ses ventes le samedi, quand il 18 peut. On s'étonne quelquefois de voir monter les cours, bien que tous les hommes de prévoyance moyenne voient dans un avenir prochain, à un mois, par exemple, des causes de baisse. Qu'importe au joueur? La question pour lui est de savoir si, du jour où il opère jusqu'à la liquidation, ii n'y aura pas un jour de hausse, un seul. On s'étonne aussi quelquefois de voir des joueurs faire de grands profits sans intelligence commerciale ou autre, comme s'il était besoin d'intelligence pour gagner à un jeu de hasard.
Les petits joueurs s'attachent quelquefois à calculer la portée financière des événements, à supputer les résultats probables d'une nouvelle vraie ou fausse sur le cours des fonds. Ils ont les yeux fixés sur les causes naturelles de hausse ou de baisse, et ce sont des causes artificielles qui régissent les cours dans les temps ordinaires. — « J'ai gagn-él mes calculs -étaient justes; je suis un habile politique! » — Point. Vous avez opéré dans le même sens que MM. X, Y, Z, et vous n'en saviez rien. — Les révolutions seules déroutent quelquefois les combinaisons, que l'on pourrait appeler de force majeure, des grands capitalistes ; encore. les révolutions mêmes n'ont pas toujours ce résultat.
Si de semblables combinaisons se produisaient souvent, elles auraient bien vite découragé la spéculation par la ruine successive et prompte des petits spéculateurs dans les temps ordinaires. C'est ce qui est arrivé à la suite du discrédit causé par l'affaissement de la Société du Crédit mobilier, dans un temps où l'on ne pouvait pas espérer de souscripteurs pour des émissions nouvelles. Mais la spé-
culation sur les rentes ou actions n'est qu'une distraction pour les détenteurs de grands capitaux : ils préfèrent opérer sur les émissions d'actions industrielles, chaque fois que l'offre de capitaux tend à augmenter d'une façon permanente.
§ 8. — - Emission des actions industrielles
Les actions industrielles anciennes, classées, dont le produit est connu, ne donnent guère lieu à des opérations à livrer, à moins que des causes spéciales et accidentelles, telles qu'un accroissement de concession, une fusion, etc., ne les signalent à l'attention des spéculateurs. Il en est autrement des actions en émission. Dès que celles-ci sont émises par un banquier accrédité, quelle que soit leur valeur intrinsèque, elles sont assurées d'une hausse, à moins que les capitaux mobiliers ne soient ou ne deviennent rares. Pourquoi ? Uniquement parce que les spéculateurs de profession ont confiance dans le banquier qui émet les actions, et qu'ils ont l'habitude de le suivre. Cette hausse est si bien prévue qu'elle a donné lieu à une mendicité d'un genre nouveau, qui s'est répandue au-delà de ce que l'on pourrait imaginer.
Une Compagnie est fondée au capital de 40, 50, 100 millions, divisés en actions de 500 fr. ou de 1.000 fr., par exemple, pour la confection et l'exploitation d'un chemin de fer. Aux termes de l'acte de société, les actionnaires doivent verser le montant de leurs actions en quatre ou cinq termes successifs. Toutes ces actions sont prises immédiatement, au pair; par un ou plusieurs grands capitalistes qui versentle premier terme, soit un cinquième. Aussitôt ces capitalistes sont assaillis de demandes : des gens du monde, des femmes, des diplomates, des danseuses, des politiciens, des magistrats, des journalistes viennent solliciter bien humblement, qui 20, qui 30, qui 100, qui 500 actions au pair. Est-ce pour faire un placement sérieux ? Ont-ils besoin de placer des fonds ? Ont-ils même les fonds nécessaires pour acquérir la propriété intégrale des actions qu'ils solli-
citent? Nullement, mais ils savent que ces actions se coteront en hausse à la Bourse dès le premier jour; que les spéculateurs se les arracheront à 50, 100, 500 fr. de prime, selon l'état du marché ; qu'ils achèteront, par exemple, 150, 200, 600 fr. une action de 500 fr. sur lesquels Î00 fr. seulement ont été versés, qui a coûté, par conséquent, 100 fr. au pair. On se propose de vendre, de réaliser la prime avant l'échéance du second terme, qui amène un nouveau versement d'un cinquième. Celui qui sollicite au pair 100 actions de 500 fr. sait fort bien que, moyennant 10.000 fr., il obtient un titre qu'il peut vendre à l'instant 15.000 ou 20.000 fr. C'est une aumône de 5.000, de 10.000 fr. qu'il demande au capitaliste ou fondateur1, et, lorsque celui-ci l'accorde, il doit avoir ses raisons.
En effet, il intéresse à son affaire et engage dans sa spéculation un grand nombre de personnes placées de manière à lui être utiles, soit auprès de l'opinion, soit auprès du Gouvernement, ou dans les assemblées délibérantes. Le cercle des spéculateurs s'étend et il est difficile que les capitaux disponibles ne soient pas entraînés dans le mouvement qui se produit: bientôt ces capitaux viennent, en effet, pour spéculer parfois, mais pour rester engagés au besoin. Tel capitaliste de département retirera les fonds qu'il avait en dépôt chez son banquier, exigera le remboursement d'un prêt hypothécaire, pour venir acheter det actions de chemin de fer. Cependant la Compagnie s'organise, elle fonctionne, emploie les 100 fr. par action versés dans ses caisses, et réclame un second versement. A ce moment, d'ordinaire, l'émission est accomplie ; les spéculateurs, les gens du monde surtout, détiennent encore beaucoup de titres, et les capitalistes qui cherchent un placement durable en ont quelque peu. Ceux-ci versent le second terme ; parmi les spéculateurs, les uns ont recours aux expédients et le versent aussi. Le capitaliste de départe-
* Cela est si vrai que, dans lei années 1853 et 1854, une maison expérimentée prit le parti de garder les titres et d'envoyer des bons de caisse Sour le montant de la différence aux personnes qu'elle jugeait hors 'état d'acquitter et de garder au besoin les actions.
ment, que nous avons tout à l'heure pris pour exemple, réalise à outrance les créances liquides qu'il peut avoir sur le commerçant ou l'industriel de sa localité; au besoiD même, de prêteur qu'il était, il devient emprunteur et engage ses immeubles. Un certain nombre de spéculateurs, qui ne peuvent faire le second versement, vendent leur? \itres à tout prix, ou on les vend pour eux. Il se produit aaturellement alors un mouvement de baisse dont les habiles savent profiter, puis la hausse reprend son cours. Les mêmes oscillations reviennent à chaque versement, jusqu'à la libération entière de l'action, qui finit par rester aux mains d'un capitaliste sérieux. A mesure que cette action prend une valeur certaine la spéculation s'en éloigne, la quitte pour une autre, et l'action se classe ; son prix se règle sur le revenu qu'elle produit. Que de primes gagnées et perdues avant qu'elle soit parvenue à ce point I
Il est arrivé plusieurs fois, notamment en 1837 et 1847, que les actions industrielles, trop abondantes pour l'état du marché, sont restées en suspens aux mains des banquiers et des spéculateurs, faute de preneurs disposés à payer les primes. On voyait alors les travaux s'arrêter, les engagements envers l'État laissés en souffrance, puis modifiés au profit des Compagnies, de manière à relever les cours.