‹ Les opérations de banqueChapitre 91 sur 167 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

On appelle couramment ainsi des banques constituées en Sociétés anonymes auxquelles sont confiés des dépôts importants et qui se livrent à toutes les opérations qui viennent d'être décrites. Elles offrent sur une large échelle les services que le banquier rend comme caissier ; elles font toutes les opérations commerciales, escompte, etc. ; elles consentent des avances sur dépôts de titres, emploient une notable partie de leurs capitaux en prêts pour reports, reçoivent des ordres de bourse, et, en dehors de ces opérations, se livrent aux opérations d'émission soit à la commission, soit avec des intérêts plus directs. Elles se rattachent par ce point à ce que l'on est convenu d'appeler la Haute Banque. On peut donc les considérer comme des sortes de banques mixtes, auxquelles toutes les branches des opérations de banque sont familières.

Contrairement à ce qui se passe à la Banque de France, elles bonifient à leurs déposants des intérêts plus ou moins élevés suivant que les dépôts sont à vue ou à terme. Des capitaux considérables ont pris ainsi le chemin de leurs caisses, et elles se trouvent forcées de les faire valoir avec une grande activité. Elles ont brisé le vieux moule de la spécialisation et ont suivi en matière financière l'évolution accomplie en matière commerciale par les grands magasins de nouveautés. Sans quitter le même lieu, soit à leur siège social, soit dans leurs agences ou succursales, on peut prendre une lettre de crédit sur l'Etranger, changer des monnaies, donner des ordres de bourse, etc. , etc. Elles ont ouvert une très large place à l'escompte, facilitant ainsi ^e crédit commercial dans ce qu'il a de classique et de normal.

Le portefeuille commercial des quatre grandes Sociétés de Dépôts : Crédit Lyonnais, Comptoir d'Escompte1, Société

1 Le Comptoir d'Escompte se trouve naturellement classé dans celle catégorie de Sociétés, en raison de son origine et de son histoire. Il en a été longuement parlé plus haut (Voir p, 200)

Générale et Crédit Industr iel s'élevait au tolal fin 1918, au chiffre de 4.818 millions dans lequel le Crédit Lyonnais était représenté, en chiffres ronds, par près de 2 milliards (1.923 millions).

Les dépôts effectués dans ces maisons sont considérables. Ils représentent, à la même date, si l'on y joint les comptes courants créditeurs, les dépôts proprement dits et bons à vue ou à échéance fixe, la somme de 7.048 millions. Cette grosse dette à vue est l'objet incessant des soins de ces Sociétés qui s'efforcent d'en maintenir la contre-partie en disponibilités immédiates. Il n'en est pas moins vrai que, dans l'état actuel des banques en France, avec le monopole de l'émission des billets, donné à la Banque de France, ce dernier établissement se trouve être nécessairement la maison de secours où, en cas de crise, ces institutions de dépôts iraient réescompter la plus grosse part de leur portefeuille. Un fait certain et que prouve l'histoire des crises, c'est que, en ces jours difficiles, ce sont les comptes courants créditeurs et les comptes de chèque à vue qui subissent les premiers et plus complets assauts. Le billet de banque, étant une monnaie facile à faire circuler, présente plus d'avantages que les chèques, et ne vient en tout cas que plus tardivement au remboursement.

Cette évolution des Sociétés de Dépôts répondait à un besoin, et elle a eu heu dans le sens que nous avons sommairement indiqué. En créant de nombreuses succursales en province et des agences dans tous les quartiers de Paris, elles ont opéré une sorte de centralisation des capitaux et des affaires qui peut avoir ses avantages en ce qui regarde certaines opérations, mais qui présente des désavantages pour certaines autres. Il est évident que les succursales de province sont |une concurrence sérieuse pour les banquiers des régions où elles sont établies. Or, le banquier local offre cette particularité qu'il peut faire ce que l'on pourrait appeler le crédit personnel, par suite de sa connaissance des habitants, des mœurs, des habitudes, des fortunes du centre dans lequel il opère. 11 peut prêter

à plus long terme que ces Sociétés qui ont besoin d'avoir de larges disponibilités ; il peut se contenter de garanties moins étroitement matérielles par suite de la surveillance qu'il exerce sur ses débiteurs, etc. Or, les opérations courantes de recouvrements, d'ordres de bourse, etc. , tendant à diminuer dans beaucoup de petites banques privées, il ne leur reste plus que la partie de ces opérations qui peuvent être fructueuses, mais qui présentent aussi beaucoup d'aléas.

Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de l'organisation et des opérations de ces grandes Sociétés de crédit. Elles ont surtout étendu les opérations courantes du banquier et donné de grandes facilités à leur nombreuse clientèle. Quant aux opérations d'un autre ordre, qu'elles effectuent aussi, opérations dites de Haute Banque, elles échappent généralement à l'appréciation parce qu'elles sont ou faites en syndicat ou conduites avec une discrétion qui défie les curiosités de la critique.

Voici quelques notes sur les plus importantes de ces Sociétés.

Crédit Lyonnais. — C'est la plus puissante de ces institutions de crédit. Sous l'influence d'une forte impulsion, elle a élargi assez rapidement son cadre primitif. Fondée en 1863 pour cinquante ans au capital de 20 millions; elle le portait, une dizaine d'années plus tard (1872), à 50 millions, puis à 75 millions en 1875, à 100 millions en 1879, et, enfin, à 200 millions en 1881 et à 250 millions — capital entièrement versé — en 1900. .

Gomme les autres sociétés de crédit, le Crédit Lyonnais a créé, depuis longtemps déjà, des agences dans Paris et en a augmenté le nombre assez rapidement ; on en compte aujourd'hui 60. Le mouvement de création d'agences s'est aussi beaucoup accentué en province où cette société en possède 327. Enfin, à l'étranger, elle en a fondé 28, parmi lesquelles il convient de citer Londres, Moscou, Odessa, Constantinople, Alexandrie, Le Caire, etc.

Le Comptoir d'Escompte, à l'histoire duquel un chapitre a été consacré plus haut, a établi à Paris et en ban-

lieue 61 agences; il en possède 203 en province et 24 à l'étranger. La plus importante est celle de Londres. Il en a de nombreuses hors d'Europe, notamment à Alexandrie, Bombay, Bizertc, le Caire, Tunis, Tananarive, Tamalave, Melbourne, Sydney, etc. Le capital versé du Comptoir d'Escompte est, en 1918, de 200 millions.

La Société générale pour favoriser le commerce et l'industrie en France a été fondée en mai 1864. Son capital versé en 19 1 8 est de 250 millions. Elle a fondé dès 1866 des agences dans Paris et la banlieue ; elles y sont aujourd'hui au nombre de 106. En province elle a successivement ouvert un grand nombre d'agences dont le nombre s'élève à 1.031, plus des bureaux intermittents où des employés se rendent les jours de marché ou les jours de foire.

Crédit industriel et commercial. — C'est la plus ancienne de ces sociétés si l'on en excepte le Comptoir d'Escompte. Elle a été constituée en 1859. Son capital est de 100 millions donl 30 millions versés. Elle possède à Paris 45 agences et 7 en banlieue ; elle n'en a pas créé en province, car elle est en relations d'affaires avec beaucoup de banques locales, Elle possède enfin une agence à Loqdres.

Ces sociétés ont donc étendu leur action, grâce au réseau de leurs agences à Paris et en banlieue où elles en comptent 279, en province où elles en possèdent 1 561 plus des bureaux intermittents et enfin à l'étranger où elles en ont fondé une soixantaine. Et ces dernières constituent un élément incontestable de force pour la France, à l'étranger. Ce développement des agences de sociétés de crédit ou de dépôt en France n'a rien qui doive étonner, lorsque l'on considère que les Banques d'Ecosse ont, dans ce pays, près de 1 .200 succursales.

Le tableau ci-après permet de suivre le mouvement des dépôts et celui du portefeuille commercial de ces sociétés depuis 1885 jusqu'à 1913 *.

* On trouvera examinée plus loin l'activité de ces Sociétés pendant la période de guerre.

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