‹ Les opinions de Jacques BonhommeChapitre 10 sur 12 · CE QU'IL NOUS RESTE A FAIRE · texte numérisé non relu

CE QU'IL NOUS RESTE A FAIRE

Au feu. — L'union. — Les suites d'une promenade et d'une partie de pêche. — Ça vous embête ? — A Roubaix. -^ Débâcle collectiviste. — Déclarations d'un prisonnier. — Nolens, nolens, — Au coin du bois. — La dynamite. — Attention au mot d'ordre. — Le Bloc. — Succès iinal*

Voilà la situation I

Et maintenant, me direz-vous, qu'y pouvonsnous ?

Ce que vous y pouvez, mon cher voisin, c'est agir et ne pas laisser faire.

Vous habitez un pays, où vous avez deux voisins avec lesquels, sans être fâché, vous êtes un peu en froid, souvent pour bien peu de chose; l'un, c'est pour une question de mur mitoyen, l'autre, parce qu'il a été votre concurrent au Conseil municipal I

Vous entendez crier au feu I Le feu est chez votre voisin de gauche. Vous pensez bien, à ce

moment-là à votre mur mitoyen, ou au prochain conseil municipal 1

Vous prenez tous les seaux disponibles; vous vous précipitez dehors, et vous vous mettez à la chaîne.

De tous les coins du pays, on accourt, tout

le monde apporte ses seaux et vient offrir ses bras.

L'incendie éteint, bien souvent on oublie les petites rancunes, et tels qui se parlaient à

peine la veille, sont heureux de se serrer la main le jour suivant.

C'est exactement ce qui se passe en France aujourd'hui.

Une main criminelle a mis le feu à rédifice public.

Il faut que tous ceux qui sont du parti du sol s'unissent dans un suprême effort pour éteindre ce feu.

Et ne vous dites pas qu'il y aura bien assez de monde seins vous pour arrêter l'incendie, c'est-à-dire que le jour du vote^ une voix de plus ou de moins n'aura pas grande importance.

Nous sommes en France douze millions d'électeurs. Savez-vous combien il y en a qui se tiennent ce raisonnement, que leur voix ne changera rien au résultat ? ,

Quatre millions I Le tiers des votants.

Notez que tout ce qui est collectiviste, ou radical vote sans abstention.

Nous seulS) cultivateurs, commerçants, travailleurs sérieux, rentiers, etc., nous n'allons pas régulièrement au scrutin. ^

Pourquoi ?

Aux dernières élections de mon Conseil municipal j'avais personnellement un voyage à faire; Jean, mon voisin, qui est un des meilleurs ou^

vriers de l'usine d'à-côté avait projelé d'aller déjeuner à la forêt avec sa peUte faniilte et ils sont partis à six heures du matin ; M. A était à la chasse et M. B à la pêche; t^us nous nous som-

L'un Ya en Toyage, l'antre à la pêche.

mes dit qu'une voix de plus ou de moins ne ferait rien et le résultat en a été que la liste radicale socialiste a passé à trois voix de majorité.

J'ai vérifié le vote : sur 402 électeurs que nous sommes, il y avait eu 85 abstentions, toutes de notre parti, sauf 3 voix d'électeurs radicaux qui étaient malades et n'avaient pu sortir pour aller à la mairie.

Voilà comme nous sommes et tout le mal vient de notre indifférence ou de notre négligence.

A présent nous voilà, pour plusieurs années, avec un Conseil municipal socialiste qui vote à tort et à travers des dépenses absolument inutiles.

J'ai fait une observation très calme à un con-

Çà vous embête?

seiiler avec lequel je suis en assez bons termes.

Savez-vous ce qu'il m'a répondu :

— Ça vous embête, hein ? Eh bien I ce n'est pas fini, vous en verrez bien d'autres.

Je le crois que ça m'embêle, comme il dit si agréablement; mais la leçon n'est pas perdue

et aux prochaines élections, ce ne sera pas ma faute si la liste socialiste passe à nouveau.

Le raisonnement que je me suis tenu pour les affaires de ma commune, il nous faut le tenir pour les affaires de la France.

Voyez ce qui s'est passé à Roubaix :

n y avait une municipalité socialiste qui croyait être maîtresse du pays.

Quand M. Motte, député républicain de la circonscription, parlait à la Chambre sur les questions ouvrières, avec la compétence d'une vie entièrement consacrée au travail, les socialistes lui criaient ironiquement : « Allez donc dire cela à Roubaix ! »

Le h6Lsard a voulu que, furieux de voir repousser à la Chambre une demande qu'ils avaient faite, les conseillers municipaux de Roubaix ont donné leur démission, sûrs qu'ils étaient d'être réélus et comptant par ce moyen, exprimer leur mécontentement.

M. Motte est allé à Roubaix. Il a pressé les uns, harcelé les autres, supplié tout le monde de ne pas s'abstenir, et de comprendre qu'une voix de plus est toujours importante.

Son conseil a été suivi : tout le monde a voté et... les collectivistes sont restés sur le carreau.

Ce que M. Motte fait à Roubaix, il faut que nous le fassions partout. Pas de promenade le

Si nous ne nous abstenons pas, le parti ministériel sera battu,

— Mais, allez-vous me dire, je sais bien, Jacques, que vous êtes un bon républicain, et que

M. Molle a Roi.l>uis.

vous l'avez toujours prouvé. Mais votre voisin est conservateur, comment votera-lril avec vous?

— II votera parce que, comme je vous l'ai dit, la maison brûle et qu'il faut éteindre le feu.

Voilà, encore en effet un des arguments que viendront vous lancer dans les jambes vos adversaires.

'« Le gouvernement est républicain, et ce sont.

tous les ennemis de la République qui sont réunis contre lui ? »

Halte-là 1 ces gens-là mentent et ils le savent fort bien. '

Le 14 novembre 1899, à la rentrée des Chambres M. Waldeck-Rousseau, à la question qu'on lui posait, en Taccusant d'avoir renié ses opinions anciennes, faisait la réponse suivante :

« Les événements obligent le gouvernement

« à réunir devant le danger tous les républi-

< « cams,

(( Ceiu;-ci, une fois les diUicultés disparues^

reprendront chacun leur programme;

« Enfin^ à Vheure actuelle, il y a un péril plus « imminent que le péril social^ c'est le péril « contre-révolutionnaire. »

J'ai dit ailleurs la bouffonnerie de cette idée de contre-révolution. Elle est loin, si elle court encore.

Mais ce que je saie fort bien, c'est que les doctrines collectivistes, que M. Waldeck-Rousseau déclarait alors être « idées personnelles de M, Millerand » ont quitté le domaine de la théorie pour passer dans la pratique.

Et il en est résulté que si le cauchemar contrerévolutionnaire n'a existé que dans l'imagination de M. Waldeck-Rousseau, l'attaque contresociale, programme de ceux qui ont amené le

Président du Conseil au pouvoir, est une parfaite réalité.

Que M. Waldeck-Rousseau ait inventé la contre-révolution, c'est déjà très imaginatif, mais qu'il s'illusionne sur ce qu'on lui fait faire, qu'il le veuille ou non, c'est une autre affaire I

N'avait-il pas déjà eu l'extraordinaire audace, dans sa déclaration ci-dessus, de prétendre exclure de la République plus de deux cents députés tous républicains et qui l'étaient avant lui!

Pour moi, je crois que le scepticisme est la seule opinion de M. Waldeck-Rousseau et que sa principale conviction consiste à n'en point avoir.

Au pied du mur, on connaît le maçon : aux paroles et aux actes, je crois aujourd'hui connaître M. Waldeck-Rousseau.

A Saint-Etienne, en janvier, lorsqu'il a voulu faire l'apologie de son ministère, où nous a-t-il prouvé qu'il avait sauvé la France de la contrerévolution ?

Par contre, je vois très bien le péril social où nous entraînent les doctrines collectivistes appliquées.

J'en vois les résultats tout le long des années, sous le ministère actuel.

J'y vois la sécurité des routes et des chemins troublée à ce point qu'un député radical, M. Ber-

kiaux, questionne à ce sujet le gouvernement.

Je vois le pillage de Féglise Saint-Joseph et Tainnistie des anarchistes qui avaient commis ces déprédations, votée avec l'approbation du ministère.

J'y trouve les grèves infiniment plus nomhreuses qu'avant le Cabinet actuel et moralement favorisées par le ministre du Commerce, M. Millerand.

A Ghalon, à Montceau-les-Mines, au Havre, à Marseille le sang a coulé, et la cartouche de dynamite a fait son travcdl.

Si révolutionnaire veut dire Vhomme qui démolit^ nous sommes tous contre-révolutionnaires, car jamais autant de ruines, de faillites, de désastres n'ont existé, que sous la direction collectiviste actuelle du ministère.

Où sont les réformes ?

Les quelques lois utiles votées pendant ce ministère étaient prêtes et son arrivée.

La loi sur le régime hypothécaire et celle des successions ont été contresignées par les ministres actuels lors de leur promulgation; elles ne provenaient pas de leur initiative.

Je me trompe : une seule réforme aurait été vraiment démocratique dans la loi sur les successions ; rirripôt progressif qui est, pour un héritage entre frère et sœur, par exemple, de

8 fr, 50 s'il s'agit de 1.000 francs à recevoir et dp 12 francs pour cent si l'on hérite d'un million. Au-dessus de ce million, qu'il y en ait. trois, dix ou vingt, on ne paiera jamais que 12 francs pour cent, sans progression ascendante.

Le pillage de l'église Saiat-Joaeph.

Toucher aux millions du parti cosmopolite, M. Millerand n'y songeait pas plus que M. Waldeck-Rousseau ; M. Reinach, l'agent du parti, aurait bien voulu voir celai

Et M. Berteaux, conseiller flnancier du minislère, laissera quelques millions à ses héritiers en mourant.

Enfin dans son discours de Saint-Etienne après de vagues affirmations, M. Waldeck-

Laissex cela I

Rousseau glisse doucement sur le terrible passif dont le Cabinet est responsable ; il passe sous silence l'agriculture, le commerce et l'industrie à bout de forces, et il laisse à M. Caillaux le soin de chercher d'extraordinaires paradoxes pour expliquer le déficit de deux cents millions que nous trouverons à leur départ.

Déjà, cette année, il faut nous attendre à une majoration certaine de 15 pour 100 d'impôts et ces impôts ne viendront pas du fait de la com-

mune que nous habitons, ni du fait du département à la suite de votes du Conseil générai. Non ! nos conseillers municipaux et nos conseillers généraux ont géré nos impôts sans se lancer dans les aventures et se sont bien gar-

Non, Moasienr le Président!

dés, connaissant nos besoins et notre peu de prospérité pour le moment, d'aggraver encore cette situation désastreuse. Beaucoup même ont cherché à l'atténuer dans la mesure du possible.

Seul l'Etat, faisant de mauvaise pohtique, a mal géré ses finances.

Aussi, devant nos institutions menacées, la propriété de plus en plus grevée, devant l'artnée qu'ils veulent avilir, devant les imt)ôts grandis-

sants et rinsécurité publique, nous renverrons à M. Waldeck-Rousseau le paroles qu'il a prononcées en novembre 1899 et nous lui dirons :

Vous nous avez trompés I II n'y avait pas de contre-révolution en jeu lorsque vous avez pris le pouvoir.

Pour une cause inconnue, vous avez reniée et vos amis, tous bons républicains, et les déclarations, et les actes de toute votre vie.

A notre tour, les événements que vous avez créés nous obligent à nous réunir contre vous.

Lorsque le péril social sera passé, et la France smir.ée, chacun de nous reprendra son programme.

Ce sont vos propres paroles, M. Waldeck- Rousseau I

Et si parfait que soit votre aplomb, si extraordinaire que soit votre ascension vers le sommet de la Montagne, vous n'allez peut-être pas prétendre sans rire que M. Allemane et sa suite sont meilleurs républicains que M,. Ribot, que M. Cavaignac, ou cent autres qui vous ont honoré de leur amitié et que vous avez reniés I

Donc, mes amis, aux urnes! En bloc! Pas d'abstention. Il s'agit pour nous cette fois de vie ou de mort. Ne demandez pas à votre candi-

dat s'il est républicain progressiste, rallié ou conservateur.

Demandez-lui s'il veut éteindre l'incendie, s'il veut mettre à bas le ministère Waldeck- Rousseau !

Tous au scrutin et nous sommes sûrs de la victoire 1

QUELQUES FABLES

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