‹ Les opinions de Jacques BonhommeChapitre 5 sur 12 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Cabinet du Préfet de la Haute-Vienne

RENSEIGNEMENTS CONFIDENTIELS Demandés à M

Monsieur,

Je vous serais très obligé de vouloir bien me fournir, le plus tôt qu'il vous sera possible, sur M

lés renseignements confidentiels suivants :

Nom et prénoms. — Lieu de naissance. Que saiton de ses ascend&mts?

Où a-t-il été élevé? — Dans quels établissements scolaires? — Est-il marié? Nom de famille et lieu de nadssance de son épouse. — Quels parents ou alliés a-t-il dans le département? — Y a-t-il quelque chose de p€u:'ticulier à signaler relativement à son époiise ou aux autres membres de sa famille au point de vue privé, polititjue ou religieux? A-t-il des enfants? Combien? leur Age?

Où ses enfants sont-ils? Où ont-ils été élevés? — A-t-il occupé une ou plusieurs fonctions électives ou autres? — Quelle est sa conduite privée? — Quelle est sa situation de fortune? — Est-il propriétaire foncier? Dans quels départements et communes sont situées ses propriétés et quelle en est la valeur ?

Quelle est son attitude politique? — Exerce-t-il une influence dans son milieu? — Sur ses subordonnés? — Ou sur la population?

Dans quelles occasions a-t-il manifesté nettement ses sentiments réipublicains?

Veuillez agréer, etc.

Le Préfet de la Haute- Vienne.

Ainsi nous voilà, vous et moi, tout le monde, soumis aux fiches préfectorales.

Avec ce service de renseignements, on aura sous les yeux toutes les fois qu'on en aura besoin à la Préfecture, non seulement votre état civil — ce qui n'est que juste, mais votre état moral, ce qui me paraît être un peu en dehors de la Déclaration des Droits de Vhomme.

Et encore ce ne seront pas vos opinions que

l'on connaîtra li-bas chez le préfet, ce seront les opinions que vous prêtera l'agent secret chargé des réponses.

Si vous êtes bien dans • ses papiers, tant inieux pour vous. Mais. si le contraire arrive, tant pis. Vous serez classé, catalogué comme un

Lea notes chez le préfet.

homme mal pensant, et dangereux pour le gouvernement.

Notez encore que vous ignorez l'agent chargé de ce rapport. Il est là près de vous, peut-être lui avez-vous serré la main, bonne affaire — ou l'avez-vous quelque jour envoyé promener — mauvaise affaire !

Car, cet inconnu est près de vous, et comme au pays des doges la gueule de lion de Saint- Marc recevait les délations, chez le préfet, l'armoire aux dossiers s'enîplit, s'emplit toujours.

Ô'i LES OPINIONS DE JACQUES BONHOMME

Ce serait peulrêtre le moment de chanter, comme dans Haydée :

Ah! que Venise est belle!...

Mais je ne vfiux pas continuer à prendre la chose en plaisanterie; il n'y à vraiment pas de quoi rire.

Nous pouvons avoir à formuler quelque 1res just-e réclamation, à adresser une utile demande et si notre fiche est mauvaise à la Préreciure, nous sommes llambés.

Ah! qne VenîBe est belle!

Eh bien, M. Waldeck-Rousseau, interpellé au sujet de cette circulaire a répondu que le préfet qui en était l'auteur, représentait le préfet modèle.

Nous sommes donc en droit de conclure de l'unité à la pluralité et de prendre garde à nous.

Croyez-moi, lorsque vous sortirez dans la rue, ou même / vous irez au café, faites toujours comme à Venise.

« Chantez-y, mais n'y parlez pas »

Surveillés eux-mêmes, stimulés, actionnés, les préfets redoublent de zèle.

Tout dernièrement l'un d'eux en a eu une bien bonne, comme disait à l'ancien F\garo, le .vrai, — son fondateur M. de Villemessant.

Aux fêtes de gymnastique de la Ricamarie, le préfet et le maire, par une pluie battante, se trouvaient sous le vestibule de la mairie.

lie préfet s'adressa au maire et lui dit vertem&ùX:

« Jô m'étonne. Monsieur le maire, que, dans « une ville républicaine comme la Ricamarie, « on n'ait eni.endu aujourd'hui, sur mon pas- « sage et celui des généraux, presque que des « cris de « vive l'armée ! » plutôt que des cris « de (( vive la République ! »

Celui-là est un grotesque à moins qu'on ne fasse décider par les tribunaux que le cri de : vive l'armée ! est une injure au général André, membre du gouvernement, et alors les commissaires de police auront mission de cueillir ^

d'emmener au poste tous ceux qui, en public, manifesteront leur sympathie au passage d'un régiment.

Tout cela nous mènera loin ! Jamais la cnmi-

Viverarmée'

nalité n'a été aussi grande en France; la sécurilé publique est à ce point menacée que des députés socialistes, comme M. Berteaux, poussent un cri d'alarme; les routes ne sont pas sûres; on ne peut laisser sa maison seule sans courir neuf chances sur dix de la trouver cambriolée au retour.

iEt comment en serait-il autrement 'I Les gendarmes ne sont pas soutenus.

Dans les grèves, ils ne doivent plus, impartialement, maintenir l'ordre et la liberté du travail. Ils doivent agir de telle façon, que pas un gréviste n'ait, à craindre de riposte, même

" Ne ripOBtez pas ! "

si la force publique est repoussée à coups de pavés ou avec des balles de revolver.

N'alron pas vu sous la pression des collectivistes et de M, Millerand, le Cabinet ordonner des poursuites contre des gendarmes qui avaient résisté aux perturbateurs, et voilà co§ braves gens en conseil de guerre.

Ils ont été acquittés, c'est vrai; mais ils auront eu, outre l'ennui de ce procès, leurs notes au ministère de la Guerre, et alors, si le g

58 LES OPINIONS DE lACQUES BONHOMME

André nous reste, adieu l'avancement, adieu li médaille militaire, au moment de la retraite !

An conaeil de gnerre.

Un Procureur de la République (ait mieux encore pour les encourager.

Quand je dis un Procureur, c'est bien un que j'entends dire.

Je ne veux pas renouveler l'histoire du farceur qui avait fait insérer dans le journal de sa localité, que si l'épicier qui lui avait fourni la veille du sucre en poudre avec de la farine dedans, ne lui envoyait pas immédiatement, cinq kilos de sucre, il publierait son nom.

Celte anecdote court les rues; vous savez la conclusion : Comme il y avait cinq épiciers dans le pays, il avait reçu vingt-cinq kilos de sucre. Tous s'étaient reconnus.

Non, il est possible que d'aulres procureurs de la République se reconnaissent au fait que je vais citer, mais je pourrais dire le nom de

l'homme qui représente la vindicte publique de la manière suivante.

Lorsque des gendarmes d'une des brigades de l'arrondissement amènent à son pEirquet quelque vagabond rencontré sous une meule, au coin d'un bois, sans papiers, sans domicile, sans moyens d'existence, il dit aux gendarmes :

« Je vous ai déjà recommandé de ne pas

ProonrenF et vagabond.

m'aniener ces gens-là. Nous avons bien assez à faire sans eux, n

Et au vagabond :

" Tenez voilà quarante sous, allez-vous-en de suite jusqu'à tel endroit (un endroit hors de son arrondissement) et ne remettez pas les pieds dans mon arrondissement, n

Si le Procureur de l'arrondissement voisin fait comme celui-ci, cela doit expliquer à M. Bprteaux la sécurité générale du pays.

Car, je le répète, Thistoire n'est pas inventée. Elle est vraie de tous points.

Voilà la sécurité publique sous l'administration vigilante de M. Waldeck-Rousseau.

Les Procureurs de la République sont bien trop occupés à servir les intérêts politiques du gouvernement pour avoir le temps de penser à autre chose.

Au surplus, M. Waldeck-Rousseau, sûr de l'approbation de sa majorité radicale et collectiviste, défend très crânement ceux qui le servent ou veulent le servir.

Vous rappelez-vous dans « Vingt ans après », de Dumas, la condamnation de milady. Lorsque Mordaunt, son flls, à qui l'on détaille toutes les horreurs, tous les crimes que cette femme a commis, n'a qu'une seule réponse :

...C'était ma mère I...

Pour les siens, M. Waldeck-Rousseau est un vrai fils de milady !

Tout ce qu'ils ont fait, il l'excuse, il le couvre!

Préfets commettant des abus de pouvoir, maires qui ne respectent pas les budgets des communes, commissaires de police faisant des perquisitions illégales, tous, s'ils sont ses hommes, sont sûrs de son appui.

Mais que des républicains de la veille, des républicains de toujours, n'approuvent pas les

agissements de celui que l'Affaire et Reinach ont mis à la tête du gouvernement, ils seront

C'était ma mëre!

destitués sans un motif allégué contre eux, sans . explication, san's même en être avisés autrement que' par la nomination de leur successeur.

Décidément Fouché n'était qu'un pygmée auprès du colossal ministre actuel de l'Intérieur, et comme on reconnaît, par comparaison les réputations surfaites.

La nouvelle conduite que M. Waldeck-Rousseau veut tenir ou qu'on lui fait tenir, est tout à fait ce qui convient aux radicaux, qui ne sont

os LES OPINIONS DE JACQUES BONHOMME

pas fâchés de jouer aux Jacobins dont ils n'ont ni l'énergie, ni le courage, ni surtout l'amour de la patrie.

Cela ne leur a pas été désagréable de mon-

Fouché-Pygmée et Waldeck-Titaa.

Irer qu'au moment où l'on disait, il y a trois ans, que le parti radical n'existait plus, ils étaient encore quelque chose.

Oh I bien peu de chose ! car ils font nombre tout simplement et comme je l'ai dit en commençant, ils ne sont que les ouvriers volontaires — ou même pour quelques-uns, mercenaires, — d'uin; mauvaise besogne.

Le plus curieux côté de ce petit tableau, c'est Tattitude des collectivistes qui soutiennent le Cabinet : ils sont en joie autant et plus qu'aux petits festivals où M. Jaurès chante la Carmagnole,

C'est assez naturel : ils ont été tant de fois empoignés par les gendarmes, qu'ils ne sont pas fâchés de faire savoir à ceux-ci que c'est à leur tour d'être les maîtres.

Et puis, il y a pour eux une autre perspective non moins agréable : le socialiste d'état ou collectiviste ayant pour théorie que tout sera à tous, et sera géré par l'Etat, — se voit déjà gérant de toute la chose publique.

Pensez-y donc : les propriétés, les usines, les magasins, la fortune publique, étant à l'Elat, chacun rétribué suivant une proportion h établir, et eux étant les répartiteurs I...

Oh alors I les bourgeois n'auront qu'à bien se tenir ! Actuellement tous ces excellents collectivistes de combat ne travaillent pas, mais n'en sont pas encore venus à faire travailler les autres, en continuant à ne rien faire.

Ce sera un beau jour, quand drapeaux rouges déployés, — on aura même enlevé les inscriptions, — ils pourront s'installer en maîtres dans la maison.

6i LES OPINIONS DE JACQUES BONHOMME

Ils se figurent déjà sous l'égide de M. Waldeck-Rousseau, que c'est arrivé !

Mais le mois de mai approche :

Adieu veau, vache, coclion, couvée!

Le récit en faile en fut fait On l'appela le pot-au-lait.

Perrette et le pot ao lait.

Avant de passer aux lieutenants de M. Wal-

deck-Rousseau, il me faut dire quelques mots de la question des cultes en France et de la loi dite H sur les associations ».

Je suis sans doute très arriéré, car je n'ai jamais compris la liberté que sous cette formule : « l'indépendance complète de l'individu si elle « ne contrarie pas la liberté des aulres u.

Quant à donner à la libre-pensée ce sens qu'on est obligé de déclarer ne croire à rien, c'est pour moi une formule au lieu d'un dogme, ou pour mieux dire; sortir d'une église pour entrer dans l'autre.

C'était du reste l'opinion de Voltaire qui, chacun le sait, avait au moins autant d'esprit et de bon sens à lui seul, que tous les doctrinaires de la rue Cadet.

Cette déclaration faite, — et elle est l'expression de ma pensée, — je reconnais volontiers que lorsqu'une association quelle qu'elle soit peut devenir « un Etat dans l'Etat » comme je l'ai dit en commençant ces notes, elle est un danger et l'Etat a le droit et le devoir d'aviser, à cette condition que la loi soit égale pour tous et qu'il n'y ait ni partialité, ni injustice.

Mais la loi sur les associations était dans l'idée de ceux qui l'avaient inspirée à M. Waldeck-Rousseau, un moyen d'action presque aussi puissant que l'Affaire.

Comme ils nous connaissaient peu !

Ils comptaient que nous allions nous enthousiasmer. Pensez donc : ils avaient mis les jésuites à la porte !

Dites-moi, lecteurs, vous ou moi, nous sommes-nous enflammés sur celte question ?

Le ministère retarde de cent quarante ans, il

nous a servi I& une histoire de sous Louis XV.

A cette époque^ comme nous n'étions rien,

et que la Révolution ne nous avait pas encore

déclarés tous égaux, rien de plus naturel que de

s'attaquer à tout ce qui étaîl ou, paraissait ^tre un privilège. Aujourd'hui nous fious soucions de ces histoires du temps passé com»e un poisson d'une pomme.

Quand je dis nous, j'entends Yimmense ma^ rite des Français, '

Aussi les pétards associationiques ont-ils fait long feu et la gent officielle en a été pour ses frais de feu d'artifice.

Décidément M. Waldeck-Rousseau baisse !

En pensant à lui, je me remémore le vers connu :

Tlrcis, il faut songer à faire la retraite

Nous demandions à M. Waldeck-Roussoau une juste répartition d'impôts, des économies faciles sur des gaspillages certains, des règlements qui auraient assuré le développement de notre agriculture, de notre industrie et de notre . commerce, l'armée respectée, l'union au dedans, la force au dehors.

Prenez le rebours de tout cela, vous aurez la situation actuelle.

Et vous savez que j'écris ici la vérité. Vous le savez parce que vous soulïrez vous-même de cet état de choses. De votre côté interrogez dix,

Loisirs de l'été prochain.

vingt, cent personnes que vous connaissez :

tous vous feront la môme réponse.

C'est pour que cela change, que j'écris.

Lorsque le Tircis du ministère sera rendu à sa pêche à la ligne ou à ses croisières sur les yachts de milliardaires, je lui souhaite de vo-

guer, sans femords, en se reposant de la peine qu'il aura prise à machiner notre ruine.

Car jamais homme n'aura fait en moins de tomps plus de mal ft la France.

Pendant la fermeture de U poche.

Il me reste à passer en revue les hommes qui l'ont accompagné et aidé dans cette œuvre.

Au Ministère de la Guerre

Au temple de la rue Cadet — Excuses au lecteur.

— Vive l'Empereur ! — Changeant son fusil d'épaule. — Loi et décret. — Démolissons. — Marseillaise et Carmagnole, — Généraux espagnols. — Chez les Frères. — La tache originelle. — Anciens élèves des Jésuites : WaJdeck-Roussieau, Caillaux, Monis. — Quelques couplets. — M. Cavard. — Les généraux Jamont, Delanne et Deloye.

— Un grotesque. -— Les Pieds-devant. — André musicien. — Une prophétie de M. Waldeck-Rousseau. — Conclusion.

Me voici arrivé au Ministre de la Guerre, le Frère .\ Louis André, général de division.

DcUis un Ministre de la Guerre quand il est général, il y a deux hommes, le soldat et l'homme politique. •

Gomme soldat, je vois très bien le Frère . •. André en musicien composant une nouvelle Mar-.

seillaise^ , .

Comme homme politique, il est un des ouvriers de la dernière heure sous la voûte d'azur du temple de la rue Cadet, et comme « les derniers doivent être les premiers », on l'a placé de suite en vedette.

Mon arrière grand-père à moi, Jacques Bon-

Andrâ maaicien.

/iomme, était comme chacun sait, un homme d'action: il avait pris la Bastille et s'était fait tuer comme volontaire à l'armée du Rhin, en défendant le sol de la France.

■ Je n'ai pas l'esprit ardent de mon ancêtre, . mais il m'est resté de lui l'amour de la patrie. Si calme que je sois, réfléchissant et pesant

mes paroles, il me vient, quand on attaque mon pays, des colères et des indignations qui me font parler quelquefois plus vivement que je ne devrais.

Je prie donc mes lecteurs et amis dem'excuser si, au sujet du général André, je me laisse parfois aller à des mots qui, pour rendre mieux ma pensée, ne seront pas toujours de bonne société.

Sous l'empire, le lieutenant André, pour bien marquer ses opinions et ses préférences, avait, dans toutes les réunions, crié à étourdir les au-

Vive l'Emperearl très: m Vive l'empereur », et, comme pour entrer à la garde impériale, il fallait adresser une demande par lettre, il écrivit cette demande.

C'était alors un beau jeune homme plein d*avenir, déjà pratique et sachant que si, au loin il y a des coups à recevoir, près du pouvoir on a toujours chance d'attraper quelque bonne aubaine.

Le même homme qui criait : Vive l'Empereur^ qui, sous le seize-mai allait à la messe, a suivi régulièrement les fluctuations du pouvoir, et M. Brisson Ta trouvé, cire malléable, se façonnant au gré des puissants du jour, prêt à toutes les besognes.

Nous allons le voir à Toeuvre de démolition.

Mais me direz-vous, qu'a-t-il pu démolir ? il y avait des lois, et s'il les a fait abroger par les Chambres et remplacer par d'autres, il a transformé, mais il n'a pas démoli.

* Si ce n'était que cela, il n'y aurait qu'à regretter ces changements, il a fait mieux.

Nous avons en France un ordre immuable en législation, ordre qu'on ne peut changer sans violer la Constitution.

Une loi est, comme vous le savez, un règlement d'ordre public voté successivement par la Chambre et le Sénat et promulgué par le Président de la République.

Un décret est une application d'une loi, ou un règlement d'intérêt général non prévu par une loi, que peut prendre le pouvoir exécutif, à cette

LES OPIMONS UÉ JACQUES BONHOMME 73

condition que ce décret ne soit pas contraire à une loi non abrogée.

Je î)reDds une comparaison :

Un préfet peut destituer un garde-champêtre.

Préfet et Garde- Champêtre.

Un garde-champêtre ne peut pas destituer un préfet.

Une loi peut abroger, c'estrà-dire détruire, un décret.

Un décret ne peut pas abroger une loi.

Quiconque, abusant de ce qu'il est au pouvoir, rend et met à exécution un décret contraire il une loi non abrogée, commet une forfaiture etdevrait être nris en accusation.

Peu importe qu'une Chambre complaisante l'approuve et que la Chambre introuvable de M. Waldeck-Rousseau ait refusé de reconnaître la forfaiture de M. André.

Le droit est imprescriptible.

Grâce auxlois protectrices de l'armée, on ne

pouvait détruire notre organisation militaire, qu'en les violant ouvertement.

C'est ce qu'a fait le général André. Prenons una comparaison: vous avez construit un mur pourprotéger «votre prc^riélé'; deshandits, sûrs de leur force et de l'impunité ont démoli le mur, mis toutau pillage; etvous avez dû assister impuissant à leur œuvre de destruction.

Tous les ministres de la guerre qui ont pré^ cédé le ministre dit de Dé(ense républicaine,

alors qu'il détruit tout, ces ministres qui s'appelaient les généraux Campenon, Farre, Thibaudin. Billot, etc., et MM. de Freycinet, Cavaignac et Krantz étaient bons et fermes républi-, càins.

Pejidant leurs ministères, ils avaient tous travaillé au mârtie prc^ramme de réorganisation.

En quelques traits de plume, inégalement

Rentrez I

MM. de Galiflet et André ont tout démoli.

L'avancement des officiers, réglé par les ordonnances de 1832 et 1838 et la loi du 5 janvier 1872, est maintenant au bon plaisir du ministre.

La politique a remplacé la discipline.

La délation, a fait place à la droiture et au silence.

Et, comme chant national, la Marseillaise est remplacée par la Carmagnole!

J'entends d'ici quelque lecteur se dire :

« Jacques Bonhomme exagère; il est monté, la moindre taupinée lui paraît une coUinel »

Jacques Bonhonme exagère.

Non, mon cher voisin, je voudrais bien avoir tort, mais je n'exagère rien.

Laissez-moi vous conter quelques faits et vous jugerez vous-même.

J'ai dit que la politique a remplacé la discipline. En voulez-vous des preuves ?

Le Frère . r. André, par une circulaire, a décidé d'interdire l'entrée des casernes et des cercles militaires aux journaux qui ne seraient pas de son parti. Il a fallu dès lors qu'il signalât quels journaux on pourrait lire et recevoir.

Or, tous les journaux qu'il recommande attaquent chaque jour l'armée, et tous ceux qu'il interdit la défendent.

Voilà, n'est-ce pas, une étrange anomalie.

Pendant ce temps, des généraux, MM. Dessiner et Pédoya, to]it comme s'ils étaient Espagnols, font des discours politiques à bouche que veux-tu, alors qu'ils devrgdent se rappeler que l'armée est la grande Muette et qu'un soldat n'a qu'une règle qui les contient toutes, la discipline.

Nous-mêmes, nous avons des enfants sous les drapeaux; s'ils ne partagent pas les opinions politiques de leurs chefs, devons-nous accepter que ces généraux fassent des discours où l'on prêche des idées absolument opposées à nos propres sentiments et à ceux de nos fils ?

La haine des institutions actuelles en est arrivée à ce point que le général André a décidé que ceux qui auront été à l'école chez les Frè-

res, ne pourront plus avoir dô bourses ni à SaintrCyr, ni à Técole Polytechnique.

Pourtant il n'a pas, osé cette fois prendre de décision immédiate, car la loi a donné aux conseils municipaux seuls le droit de statuer sur les demctndes de bourses faites pour leurs enfants, par les parents qui habitent la commune.

Au reste rien de plus juste : nous nous connaissons entre nous et nous savons fort bien à qui nous accordons l'aide qui nous est demandée et ceux qui en ont vraiment besoin.

Dorénavant tout cela sera changé. M. André a déposé son projet de loi tendant à exclure du bénéfice des bourses dans les Ecoles militaires les anciens élèves des congrëganistes.

Mais alors, et les enfants qui sont dans un pays où il n'y a qu'une école de Frères ? Cela existe encore. Comment ferontrils ?

Enfin, comme le lui a dit M. de Montebello qui pourtant est un bon républicain, « de quel « droit peut-on punir des irresponsables et frapc( per d'un péché originel des jeunes gens qui « n'étaient pas libres de choisir l'école qui les « a élevés ? »

Et s'il nous plaît d'envoyer nos fils à une école plutôt qu'à une autre, de quel droit veut-on nous en empêcher ?

Je ne dis pas cela pour moi ; mon fils va à

l'école de la conim'ûn& et son instituteur est un brave homme qui me convient beaucoup.

Mais enfin je ne vois pas pourquoi, si je voulais le mettre chez les Frères, cet enfant se trouverait, de ce fait môme, en condition d'infériorilé vis-à-vis de ses camarades ?

Des élèves gui ont mal tourné :

C'est vraiment bête au delà de toute expression, surtout quand on pense qu'à la Chambre, on ^ pu crier aux ministres qui n'ont pas prolesté et qui se sont contentés de paraître Indifférents,

« Que MM. Caillaux, Waldcck-Rousseau, Mo- « nis étaient d'anciens élèves des Jésuites et Il que plusieurs ministres faisaient élever leurs Il eniants chez les congréganistes l

Avec le général André, la politique est entrée dans les casernes mieux que dans im moulin.

M. Jaurès, le chef actuel des socialistes ministériels, dans une conférence à Lille chantait la Carmagnole, monté sur une table,

Crosse en l'air et rompoiiB les rangs!

Voici quelques strophes de ce chant patriotique :

Appliquons la grève aux armées Crosse en l'air et rompons les rangsl S'ils s'obstinent, ces cannibales A faire de nous des héros.

Ils sauront bientôt que nos balles Sont pour nos propres généraux.

Et qu'au jour ou la guerre éclate, Si, sur d'autres enèasemés, On te crie feu î Qua dois-tu faire ?

Obéir au commandement?

L'ennemi, ce n'est pas ton frère L'Anglais, le Russe ou FAllemanti, Qui, comme toi, sue la misère L'ennemi, c'est le dirigeant!

Et les journaux recommandés par le ministre ,ont reproduit la conférence de* M. Jaurès, et 1^ chanson.

Ces faits ont été portés à la tribune ; l'orateur a même ajouté qu'on chantait cette Carmagnole dans, plusieurs régiments.

Le Frère .'. André n'a pas démenti les faits.

Passons à la .délation dans l'armée:

Il me faut citer ici le réquisitoire dont M. André n'a pas nié un seul détail et auquel il n'a même pas répondu.

Je prends le texte à VOfficiel.

M. Gunéo d'Ornana. — « Je crois que maintenant il n'y a plus rien : le bureau .des renseignements n'existe plus, la police à l'égard des nations étrangères a été supprimée; vous avez retourné cette arme contre les officiers de l'armée française. Il y a certain fonctionnaire — c'est le seul nom que je prononcerai, vous reconnaîtrez que je n'en ai pas dit un seul, — qui est en quelque sorte le sous-ministre du Ministre de la Guerre, de sorte que votre ministère de la Guerre, est une succursale de la Préfec-

ture de police : je veux parler de M. Cavard. Voilà, le dispensateur de Favancement. On nomme maintenant les officiers de Tarmée active comme les officiers de la réserve ou de la territoriale : ce sont les préfets et les sous-préfets qui vont être appelés à faire les nominations sous le contrôle supérieur de M. Cavard, chef de la police.

Oui, cette police, supprimée en ce qui concerne les armées étrangères sur lesquelles elle réunissait d'utiles renseignements . et des avertissements destinés à organiser nos efforts pour l'avenir, vous l'avez retournée à l'intérieur contre les officiers qui sont sous vos ordres, dont vous épluchez les moindres paroles intimes

M.Lasies.-Dont on viole même la correspondance.

M. Giinéo d'Ornano. — ... les moindres confi^dences faites â des amis, au cercle, au café, entre camarades. Lorsqu'une parole vous arrive, vous la recueillez. Il y a des officiers dç notre armée française qui se voient frappés à la suite de confidences faites à un camarade, à un aini, paxce qu'ils ont été victimes de cet espionnage doût ils ne se méfiaient pas

X. Lasies.— Et, ce qui est plus fort, le général André a puni un officier pour une appréciation formulée dans une lettre privée.

X. Gunéo d'Omano. — J'ai de nombreux dos^ siers. Je passe, car je crois que. tous mes collègues sont édifiés sur cette situation (1).

Voyez-vous d'ici M. Cavard, Thomme de la (1) Séance du 17 janvier 1902.

police, confident et âme damnée de M, André, Ministre de la Guerre I

Ainsi actuellement nous avons, le Frère.'. André, l'homme à tout faire du Grand Orient, plus puissant qu'un souverain, ne tenant jamais au-

Départ da géoéral Delanne.

cun compte de la loi, n'agissant que selon son bon plaisir, » jitge unique, iuge inique » comme le lui a dit M. de Montebello.

Et pendant les pantalonnades de M. André, tous ceux dont la valeur avait fait des chefs, s'échappent, écœurés. Le général Delanne, chef d'Etalrmajor général, di-nissionne ; le général

Jamont, généralissime désigné, s'en va avec lui ; le général Deloye suit leur exemple.

Enfin le général Brugère qui occupe aujourd'hui le plus haut commandement n'a pas trop de toute son énergie pour résister un peu au courant qui l'entraînera, si la digue provisoire

qu'il cherche à mettre n'est pas assez solide et se rompt, ce que je crains.

Malgré tout cela le général André, tout en exécutant admirablement la consigne qui lui est

Votre devoir est de préparer la victoire, donnée au temple maçonnique de la rue Cadet, a un côté grotesque que je ne puis passer sous silence.

Grand parleur, il est aussi Thomme des plus formidables gaffes : son discours où il annonce qu'il ne sortira du ministère que les piisds devant a provoqué une hilcirité générale ; et son orchestration de la Marseillaise, et Thistoire de ses trois mille chameaux dont il avait oublié de faire porter la dépense au budget, et son allocution à des jeunes filles à qui il dit gravement : Votre devoir est de préparer la victoire..., cent autres anecdotes encore, en ont fait un fantoche des plus réussis.

Pour conclure, il faut nous dire qu'actuellement, par rœuvre du général André, le doute est partout dans l'armée, la confiance nulle part.

Quand on peut distribuer dans les casernes des journaux où s'étalent des opinions comme celle ci-dessous :

« Dô môme que nous appelons traîtres tous les « patriotes, nous appelons patriotes tous les traîtres, « parce que l'ignominie de la caste militaire est de- (( venue Tignominie nationale, et la langue milite taire, la langue nationale (1). »

Quand on voit la dislocation de nos institutions militaires, les lois tenues pour lettre morte, les primes à la délation, le chambardement partout, on ne peut s'empêcher de se rap-

(1) V Aurore, 26 décembre 1901.

peler ces paroles de M. Waldeck-Rousseau :

Je cite textuellement :

• . (( Il y a dans l'œuvre socialiste, deux choses « bien distinctes : le rêve, la chimère, Tutopie — ad- (( mirables sujets à mettre en discours français — (( et Faction habile, mesurée, oblique, par laquelle « on affaiblit d'abord, et l'on fausse ensuite les « institutions et les principes qu'on n'ose pa§ heur- « ter de front. Il ne faut pas craindre ce que le (( socialisme peut fonder : il faut redouter les ruines « qu'il peut faire. »

Quel avertissement et quelle prédiction à deux ans de distance I

Aussi tout en accordant au Frère. t.Louis André, général de division, ministre provisoire de la Guerre, la considération absolument spéciale qu'il mérite, tout en nous préparant par l'union à changer tout cela, il nous faut encore renvoyer à M. Waldeck-Rousseau, la juste appréciation que fsdsait de lui au sujet de ce général de malheur, M** Barboux, l'un des plus éminents avocats du barreau français et ami du président

du Conseil :

« Libre à M. Waldeck-Rousseau d'accepter à « la face du pays la solidarité des actes de gros- (( sière intolérance dont le souvenir s'attachera « comme un stigmate au nom du Ministre de

1 la Guerre. Ceux qui aiment M. le Président du 1 Congeil peuvent regretter de voir son intelli- 1 gence supérieure soumise aux calculs de I cette basse politique, n

A la Marine

Quelques mots personnels. — Les randonnées d'un médecin auxiliaire. — Une révocation. — <( Etc.,. etc. » — La ferme de l'opium et les comptes fantastiques, — Retour des Indes, r— Ghecmbardemeni -— L'affaire Philipp. — N'en jetez plus. — Encore le signe de détresse. — Dépenses personnelles. — Les amis d'Outre-Manche.

Avant de p9,rler du ministère de la Marine, je dois vous aviser que, personnellement, je n'ai, comme la plupart de mes amis, qu'une notion personnelle vague — oh! très vague î — des choses de la mer. Sans doute, je sais bien qu'on ne fait plus les vaisseaux, comme dans la vieille chanson du Poitou « de telle et d'aubuchat », de toile et de bois, mais pour le surplus, je dois m'en rapporter aux gens compétents.

Cela m'est d'autant plus facile, que je vais laisser de côté l'opinion des amiraux et gens

de mer, qui, d'après ceux qui sont les soutiens du cabinet Waldeck-Roiisseau, est suspecte de partialité. Je m'en rapporterai aux nombreux avis émis par des hommes de valeur, dont nos adversaires ne nieront pas la compétence; car ces hommes sont au milieu d'eux, radicaux de gauche et d'extrême gauche, MM. Lockroy et Pelletan, par exemple, qui ont fait des choses de la marine leur spécialité.

Quant à la personnalité de M. de Lanessan,

pilier intangible du temple maçonnique, je dois

. me rappeler que « tant vaut l'homme, tant vaut

la chose, » et il resle dans le domaine de mes

investigations.

Si vous êtes chasseur au chien courant, vous aurez remarqué une fois pour toutes, que lorsque le chien lève un lièvre, point n'est besoin de

se déranger; on est sûr que malgré tours et

détours, après un temps plus ou moins longr, l'animal viendra s& faire tuer à l'endroit d'où il est parti.

Or, dans les Archives de médecine navale, tome XV,' page 225, on lit :

(1 Sur le rapport de M. le lieutenant de vais-

LiceDciement d'office.

seau Foumier, MM. de Lanessan et Gorgnos sont licdnciés d'ofûce. Dépêche ofltcielle de Bordeaux, 20 janvier 1871.

Lç M. de Lanessan, licencié d'office à cette époque est lé même que celui qui est actuellement ministre de la Marine, tout comme le lieutenant de vaisseau Fournier est actuellement le vice-amiral Poumier.

Voilà, n'est-ce pas, un détail qui pourrait ex-

pliquer bien des petites avanies que fait subir le ministre à l'amiral.

Le petit médecin de marine auxiliaire de 2® classe a mis du temps à revenir au lancé. Espérons qu'après les élections, il n'aura plus l'occasion de faire de nouvelles randonnées.

S'il me fallait suivre M. de Lanessan dans sa carrière accidentée, j'aurais ià écrire un volume entier, et je crois qu'on y pourrait trouver le sujet d'un curieux roman d'aventures.

Gela n'est pas dans mon sujet et m'entraînerait trop loin. Je le prendrai donc à son arrivée au ministère.

(( D'où venait-il me demanderez-vous?

— De rindo-Ghine dont il était gouverneur général.

— Mais alors, c'est un homme de valeur.

— Attendez I il a été remercié !

— Et par qui ?

— Par M. Delcassé.

— Le ministre actuel ?

— Le ministre actuel, qui faisait déjà partie du ministère précédent.

— Alors, comment M. Delcassé a-t-il pu consentir à être ministre à côté de quelqu'un qu'il avait congédié ?

— Pour ça, mon voisin, vous m'en demandez trop long. Pour le savoir ne vous adressez pas non plus à M. Delcassé, il ne vous le dirait pas. Voyez plutôt au temple maçonniquei de la rue Cadet, si l'on veut vous renseigner, ce dont je doute.

Car M. de Lanessan a eu dans l'Indo-Chine des histoires terribles et des comptes fantastiques suivant l'expression de Jules Ferry :

L'aventure de la ferme de l'opium cédée à

M. Saint-Mathurin n'est certes pas encore oubliée.

Et la concessiQii de chemin de fer de M. Soupe ? Il faut là-dessus lire le rapport de M. Verrier, inspecteur général.

Et l'affaire des docks de Haïphong 1

Et les comptes fantastiques dont je parlais plus haut.

Dès la première année le conseiller-rapporteur à la Cour des Comptes, chargé du rapport siir la gestion financière de Tlndo-Chine était obligé de faire à la Cour les déclarations sui yantes :

« Le compte administratif fait mention, de dépen- « ses qui ne sont pas portées dans le compte de u gestion...

(( Ainsi le traitement du directeur du cabinet (c figure dans le compte administratif pour « 2.154 piastres 97, tandis qu'il ne lui a été réellece ment payé que 1.777 piastres 22...

Et après avoir énuméré d'autres faits semblables, le Rapporteur ajoute : « etc. etc. ».

Que pensez-vous de ces « etc. ».

Comme en termes galants ces choses-là sont dites :

Commencez-vous à comprendre les raisons pour lesquelles on a changé le gouverneur général de rindo-Chine ?

M. de Lanessan, retour des Indes, comme le bordeaux, avait évidemment droit à une compensation.

On le nomma ministre de la Marine.

Ce qu'il y a fait, demandez-le, comme je vous le disais plus haut, à MM. Lockroy et Pelletan, amis du Cabinet.

Il n'est pas d'accusation technique qu'ils ne portent contre le ministre de la Marine : désorganisation des cadres, constructions d'unités inutiles ou inutilisables, errements dangereux pour la sécurité nationale, abandon de la construction des sous-marins qui, de l'avis presque unanime, doivent devenir notre plus précieux

moyen de défense des côtes et enfin, tout comme à la guerre, la suppression du chef d'Etatrmajor général.

L'amiral Bienaimé, qui occupait cette haute fonction, est parti en disant à ceux à qui il faisait ses adieux :

« Toutes les directions sont coalisées contre (( mon service. Je sprs d'ici la tête haute : mais « il n'y a plus de place ici pour un officier de « marine I »

Voilà pour le côté généred.

Quant au favoritisme, aux dépenses exagérées, au manque de surveillance et à l'esprit de secte, M. de Lanessan continue à mettre à exécution les règles qu'il s'était tracées en Indo- Chine.

L'affaire Philipp est au point de vue de la défense nationale, un des plus curieux cas d'inconscience qu'on ait à reprocher à M. de Lanessan.

Ce Philipp était chef du bureau des Pèches au ministère de la Marine, et s'occupait en même temps d'affaires financières qui ont mal tourné. En même temps, il communiquait aux agents anglais les renseignements secrets du ministère. Tout le monde le savait, M. de Lanessan l'ignorait.

Interpellé, il a laissé au Philipp le temps de disparaître, puis il y a eu une longue enquête,

Ad bareaa des Poches.

qui a abouti à la révocation de l'espion, et au renvoi du dossier au Procureur de la République.

Je n'affirmerais pas que depuis lors,, le juge d'instruction ait déposé son rapport. Ce doit être une affaire classée, comme ils disent au Palais.

Pendant ce temps, de plusieurs côtés, on signalait des vols dans les arsenaux, des nominations scandaleuses et contraires aux décrets réglant la matière, des croix distribuées avec des passe-droits révoltants.

Citons au hasard : le chef du- secrétariat du ministre a reçu la même année :

Les palmes académiques, le mérite agricole et la croix de la Légion d'honneur I

N'eo jetez plas !

M. de Lanessan peut en prendre à son aise ; il est aujourd'hui complètement rassuré.

Cependant il n'avait pas été tranquille le jour où on l'avait interpellé à la Chambre.

Quelle triste figure il faisait au banc des ministres,

... Pâle, suant ta peur.

suivant l'énergique expression du poète.

Ce joui^là a été un de ceux où il a fallu que M. Brisson vînt faire à la tribune le signe de détresse pour sauver l'infortuné.

Maintenant enfin, le ministre respire et nage dans l'abondance.

Je ne résiste peis au plaisir de raconter ce que coûte le simple ftabinet d'un ministre de la Marine comme M. de Lanessan, mes lecteurs apprécieront eux-mêmes.

Voici ce budget tel gu'il a été établi pour 1900 et que je prends dans un journal de l'époque.

Ce texte, très détaillé, n'est pas le texte officiel, dans ses commentaires. Les observations sont du rédacteur qui m'a l'air d'être bien renseigné.

Je le reproduis dans sa simplicité austère :

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