‹ Les opinions de Jacques BonhommeChapitre 4 sur 12 · A L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

A L'ŒUVRE

M. Waldeck-Kousseau, président du Conseil

A la remorque. — Bannières bleues et drapeaux rouges. — Un tas de champignons. — Pour faire un préfet. — Ah ! que Venise est belle ! — Mon dossier. — Vive l'armée ! — Gendarmes et grévistes. — Un curieux Procureur. — C'était ma mère! — Fouché. — Le Pot-au-lait. — Une loi d'exception. — Adieu vat !

A tout seigneur, tout honneur I M. Waldeck- Rousseau, nouvelle manière^ modem style suivant l'expression baroque ^ui nous est venue je ne sais d'où, M. Waldeck-Rousseau, dis-je, a' droit à la première place quoique, souvent, il ne la tienne guère. Non pas qu'il soit à ce moment-là occupé à goûter les plaisirs d'une croisière sur le yacht d'un ami.

C'est lorsqu'il est à Paris, à son ministère de l'Ultérieur, que, parfois, il ne peut diriger le Cabinet.

Si je ne craignais "d'être irrespectueux pour

le Président du. Conseil, je le comparerais volontiers à un conducteur de bœufs qui,

L'animal s'emporte..

tenant à la corde le bœuf de tête, aurait passé cette corde à son poignet. L'animal s'emporte, le troupeau va tout de go, et le conducteur est entraîné sans avoir ie l,eoips de couper ta corde.

Si labande sejette.àreau, le conducteur y; passe.

D'ailleurs, M. Waldeok-Rousseau voulût-il couper la corde, qu'il en serait empêché par ceux qui l'ont mis là, et par ceux qui le guettent.

Il ne faut pas oublier les origines de son ministère : il a été choisi, désigné sans pouvoir refuser.

Président, il doit obéir à ses associés, on ne Ta pas chargé de se faire suivre, il doit suivre lui-même.

Il est attelé à une tâche dont il n'a pas élaboré le programme.

Gela ne va pas sans rancœur et sans résistance. Souvent il voudrait reculer au lieu d'avancer, s'échapper par la coulisse, se cacher derrière un portant.

^11 jette un coup d'œil à droite, un à gauche : Personne, il va pouvoir partir, pouvoir respirer.

Vain espoir I

Dans les coulisses, M. Reinach, son protecteur, le guette avec une persistance de Peaurouge, du côté cour. — Du côté jardin, Yhomme au signe de détresse, l'assembleur de majorités, M. Henri Brisson, se dresse comme la statue du Commandeur.

Ces deux hommes le. tiennent : il est leur chose. Qu'il prenne, s'il le veut, des airs de matamore. Ils sont fixés et savent à quoi s'en tenir.

Au commencement de son ministère, cela lui a semblé dur.

Lui, l'un des plus remarquables orateurs de notre époque, ne. parlait plus. Les mots lui restaient au gosier.

Peu à peu, grâce au merveilleux scepticisme dont il est doué, il a repris son aplomb, et il vous fait un discours parfaitement socialiste, il défend des théories hors de toute morale possible, ou même s'en prenant à Farmée, traite à la tribune de félon un de nos meilleurs ofïlciers, comme s'il n'avait fait que cela toute sa vie.

Car il doit, comme Président du Conseil, défendre à chaque instant un ministre en danger. Et c'est une vraie curiosité de lui voir soutenir qu'il n'y a rien d'extraordinaire à trouver un ministre de la Justice maxchand d'eaude-vie, ou que les drapeaux rouges qui ont défilé, place de la Nation, devant le gouvernement étaient des drapeaux rouges; sans être des drapeaux rouges.

Sans doute l'étoffe était rouge, mais il faut distinguer : Il y avait des inscriptions ; alors ces drapeaux n'étaient plus que des bannières de sociétés, et du moment où une société peut avoir une bannière bleue ou violette, pourquoi n'en aurait-elle pas une rouge ?

Voyez comme c'est simple :

Le drapeau devient bannière ; il est rouge, c'est comme s'il était bleu, et si on a cru lire sur l'inscription Comité révolutionnaire international^ ou Vive la Révolution sociale I ce doit être une erreur ; ne pense-t-on pas qu'il y avait écrit : Eanfare municipale ou Société de secours mutuels ?

Ce n'est pas plus difficile que cela I

Vous croyez peut-être que la Chambre refusa de prendre pour argent comptant les explications embarrassées du Président du Conseil ?

Erreur I elle se tint pour satisfaite, et vota l'ordre du jour pur et simple que lui demandait le gouvernement.

Néanmoins, tout n'allait pas seul à ce momentrlà.

Quelques jours auparavant, M. Millerand, qui représentait comme je l'ai dit l'élément socialiste, avait dû, prenant position pour son parti, aller à Lille faire de la propagande collectiviste.

Ce fut l'occasion pour M. Eugène Motte, député de Roubaix, dont je dirai plus loin l'admirable énergie, de poser une question à M. Waldeck-Rousseau qui — voyez comment cela se trouve — alors qu'il n'était que républicain, en 1898 (nous sommes en 1899), était venu à Roubaix, combattre les collectivistes.

Avez-vous vu un chat qui a commis quelque, ,. irrégularité et à qui l'on met le n&z... ; je m'arréle, j'allais manquer de respect à M, le Président du Conseil.

Avez voos va an chat?

M. Waldeck-Rousseau flt la grimace, gêné tout d'abord, puis se contenta de répondre que, depuis les élections de 1898... il s'était produit des événements... qui avaient obligé le gouvernement àgrouper tous les républicains.,. Ceuxci..., les difficultés une fois disparues..., reprendraient chacun leur programme.

Mais alors, M. Motte, dont il avait défendu l'éiection, n'était pas républicain ! Ni lui, ni toute la gauche progressiste, ni le centre gauche, ni tous ceux qui jusqu'alors avaient formé les Cabinets du gouvernement I

Nous n'étions donc en république que depuis le 20 avril 1899 I

Et M. Waldeck-Rousseau ajoutait, qu'il y avait un péril plus imminent que le péril social, c'était le péril contre-révolutionnaire.

J'avoue que je ne m'en serais pas douté. Si, partout ailleurs que dans le petit cénacle dont M, Reinach est l'agent Adèle, on eût dit qu'il y avait un péril contre-révolutionnaire, cela eût paru une mauvaise plaisanterie.

Car enfin, de mai 1898 à juin 1899, cela ne fait qu'un an et M. Waldeck-Rousseau, jusqu'alors si perspicace, si enclin à la recherche, ne s'était jamais aperçu dans sa longue carrière politique de ce formidable danger.

A l'automne, à la campagne, vous êtes tout étonné de trouver un gros tas de champignons dans l'herbe, à un endroit où il n'y avait rien la veille. Il faut croire que la contre-révolution est comme les champignons, et qu'elle avait poussé dans une nuit.

Mais M. Waldeck-Rousseau n'était pas au bout de ses peines.

R lui'fallait mettre ses actes d'accord avec ses

paroles.

Les affaires de la Haute-Gour, où MM. Déroulède et Marcel Habert, André Buffet et de Lur-

Saluées furent condamnés au bajinissement, lui fournirent un très spécieux allument à l'appui de sa thèse.

Au fond, de ce procès, rien ne ressortit, sinon le besoin qu'avait le gouvernement de créer une agitation à côté, et de fournir aux hésitants de la Ghàmb're un semblant de raison pour suivre docilement le pouvoir.

C'est par ces moyens et quelques autres du même genre, que M. Waldeck-Rousseau, patiemment, est arrivé à constituer sa Chambre introuvable.

Et dire que M. Waldeck-Rousseau, comme le lui a un jour rappelé M. Ribot, avait affirmé, pas bien longtemps auparavant, « qu'un gouver- « nement qui vivrait grâce à la longanimité des c( socialistes^ ne serait pas un gouvernement « digne de ce nomi

Quoiqu'il en soit, M. Waldeck-Rousseau était, et a été depuis constamment obligé de hurler avec les loups, et lorsque je parlerai de chacun des ministères, je suis sûr de le retrouver, toujours à la défense de son Cabinet hétérogène.

En prenant le pouvoir, il avait choisi le ministère de l'Intérieur auquel il a ajouté celui des Cultes, qui voyage de la Justice à l'Intérieur, et même ailleurs, sans demeure fixe.

Voyons M. Waldeck-Rousseau à l'œuvre dans ces deux spécialités.

Ayant à défendre la République qui n'était pas attaquée, il avait à constituer Tarraée chargée de cette défense, puisque celle qui avait servi sous ks ministères Mélino, de Preyci-

net, Dupuy, était, dans sa grande majorité, suspecte de favoriser la contre-révolution.

Préfets, sous-pi'éfets, commissaires de police, auxquels viendraient s'adjoindre les nouvelles recrues du ministre de la Justice,, prpcureurs et substituts, devaient être prêts à tout, et ne pas laisser place au moindre soupçon.

Et alors on décima la légion ; tous ceux qu'avaient noté d'un trait rouge les hommes de l'Affaire, disparurent ou furent mis en disgrâce.

J'ai vu déjà quelques gouvernements se succéder, jamais je n'ai rencontré dans les représentants du pouvoir, à tous les étages de la hiérarchie, un esprit sectaire aussi féroce, aussi despotique, aussi néfaste.

L'âme de M. Brisson semble animer toute cette: cohorte de tyranneaux.

J'avais toujours compris un préfet, comme un fonctionnaire chargé de gérer son dépai^ tement en bon père de familde, sans ostracisme comme sans faiblesse, mais demandant à ses administrés d'être Français et non d'être les adorateurs du pouvoir qui se lève, puisqu'en France nous changeons de ministres plus souvent qu'Isabelle de Castille ne changeait de chemise.

Le préfet idéal serait celui qu'on pourrait conserver h la, tête d'un département, pendant

huit ou dix ans; on lui donnerait de l'avaneement sur place; il visiterait au moins une fois Tan et toutes les communes et tous les maires; on ne lui ferait pas plus reproche de dîner un jour au château, que de déjeuner le lendemain avec le maire socialiste du chef-lieu voisin. Il connaîtrait, par lui-même^ les besoins des moindres coins de son département et petit à petit pourrait y subvenir. Je vous réponds que ce préfet, du moment où la République ne serait pas en cause, ferait aimer le gouvernement; qu'il fût un peu plus à droite ou un peu plus à gauche, cela n'aurait aucune importance.

Mais me voilà parti dans le rêve; ce n'est point de ces préfets-là que nous a gratifiés M. Waldeck-Rousseau.

Voici actuellement la manière de procéder.

Si le fonctionnaire ne se déplace pas, il agit :

Un de nos confrères de la Haute-Vienne a pu prendre une photographie du document suivant:

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