CHAPITRE YI
BERGASSE, BOUFELERS, VIRIEII
Le nom de Bergasse, aujourd'hui presque oublié, était célèbre en 1789. Les Mémoires de cet avocat lyonnais dans le procès Kornmann et sa plaidoirie eurent un retentissement immense (2). La gloire de Beaumarchais, qui plaidait contre lui, pâlit devant la sienne. Il avait
(1) Mallet du Pan disait de lui: <( Ce n'est pas un homme d'Etat, mais un amoureux de drame.. » (Montlosier, t. II, p. 234.) Sa sensibilité confinait parfois au charlatanisme, si l'on en croit la plaisante anecdote racontée par Beugnot, Mémoires, t. II, p. 152.
(2) Les mémoires de M. Bergasse, dit Mercier, ont fait depuis peu une sensation étonnante; on dirait de l'ange flagellateur qui chasse devant lui les pécheurs honteux, nus, démasqués, et non contrits, hélas ! » Tableau de Paris, chap. DCCCXV.
372 LES MONARGHIENS.
fait de sa cause une cause politique, dédiant hardiment au roi son mémoire le plus violent et disant avec orgueil: a J'ai, au milieu du bouleversement des destinées publiques, fièrement attaché la cause d'un infortuné aux destinées publiques, »
Il trouva moyen de faire aussi de la politique avec le magnétisme. Sous prétexte d'expériences physiques, il réunissait dans la maison de Kornmann une société de philosophes et de politiciens, entre autres La Fayette, d'Eprémesnil, Sabathier, Brissot, Clavière. On y discutait, à table, la forme du gouvernement; Brissot et Clavière y prêchaient la république, mais sans écho. Bergasse présidait ces discussions (1).
Le succès de cet avocat avait été un des signes précurseurs de la Révolution, tout comme le succès du Mariage de Figaro. L'avocat se crut un orateur et en con.çut de la vanité. On trouve dans ses pamphlets des phrases de charlatan, comme celles-ci: « La -Rcrc et imposante destinée que le ciel w^a répartie... » Et ailleurs: a he ciel 711' a destiné à dire toutes les vérités; j'en aurai le courage. Toutes les vérités se pressent dans mon sein. » Et encore: « Je porterai V éloquence humaine jusqu'où elle peut aller... »
Il ne la porta pas loin. Député du Tiers de la sénéchaussée de Lyon aux Etats, il y parla beaucoup et y produisit peu d'effet, sauf le 15 juin 1789, oii il dit:
« Tous avez regardé comme un principe important la délibération par tête; nous devons tout faire, épuiser nos courages pour l'obtenir. Et s'il faut s'exercer devant le tribunal de la nation, vous lui direz que si vous n'avez pas voulu vous désister de cette opinion, c'est que vous avez compris que, dans une assemblée solennelle, tous ceux qui en sont membres doivent tendre au même but, à la chose commune; c'est qu'il est impossible de faille une constitution solide en isolant les intérêts, les ci-
n) Brissot, Mémoires, cliap. LV.