CHAPITRE YI
LES ECCLÉSIA.STIQUES : SIÉYÈS
Ce serait une entreprise difficile de juger ce remarquable écrivain. Sainte-Beuve l'a essayé sans y réussir pleinement, et son étude, quoique composée avec prédilection, est surtout remarquable par des extraits importants des papiers inédits du célèbre penseur (2). Rappelons seulement qu'à l'Assemblée nationale nul n'avait un mérite littéraire plus éminent, nul ne possédait une autorité morale plus considérable. Sa récente brochure sur le Tiers état semblait être le catéchisme de la naissante Révolution. A la procession des Etats généraux, tous les regards se tournaient vers cette figure impassible, et c'était une grande et anxieuse attente de savoir ce que ferait, ce que dirait le prophète des jours nouveaux.
On croyait et on disait qu'il apportait un système de
(1) Souvenirs, p. 357.
(2) Lundis, t. V. — Il cite un passage inédit où Siéyès, sous couleur de réformer la langue, caractérise son propre style: (( La langue la plus raisonnable devrait être celle qui se 7nontre le moins, qui laisse passer, pour ainsi dire, le coup d'œil de l'entendement et lui permet de ne s'occuper que des choses, et point du tout cette langue coquette qui cherche à s'attirer les regards; ou, si vous aimez mieux, la langue, ne devant être que le serviteur des idées, ne peut point vouloir représenter à la place de son maître. Pourquoi donc ces longues dissertations sur l'harmonie, sur la période et sur toutes les qualités du style .° Il y a bien du faux dans toutes ces prétentions. »
LKS ECCLÉSIASTIQUES : SIKYÈS. 411
gouvernement tout fixé dans sa tête. « Ses collègues le respectaient et l'écoutaient comme un oracle (1). » Ses moindres paroles étaient recueillies comme l'expression de la raison même. Mirabeau l'appelait le Mahomet (d'autres disaient: le Chalcas) de la Révolution. Dédaigneux pour Rousseau et pour Montesquieu, il semblait détenir la sagesse dans ses livres et dans ses manuscrits. Il écrivait dans ses notes intimes: « Je laisse les nations formées au hasard. Je suppose que la raison tardive va présider à l'établissement d'une société humaine, et je veux offrir le tableau analytique de sa constitution. On me dira que c'est un roman que je vais faire. Je répondrai: tant pis; j'aurais mieux aimé trouver dans la suite des faits ce qu'il m'a fallu chercher dans l'ordre des possibles. Assez d'autres se sont occupés à combiner des idées scrviles, toujours d'accord avec les événements. La saine politique n'est pas la science de ce qui est, mais de ce qui doit être (2). n
Toi] à pour Montesquieu. Quant à Rousseau et à ses disciples : « Ils prennent, disait-il, les commencements de la société pour les principes de l'art social... Que diraient-ils si l'on entreprenait la construction d'un vaisseau de ligne avec la seule théorie employée par les sauvages dans la construction de leurs radeaux? Tous les aits se perdraient en reculant ainsi à leur origine. L'art en toutes choses est venu fort tard. Il suppose de grands progrès depuis leur premier âge (3). »
Et plus tard, en 1T94, il imprimait : « Hélas ! un écrivain justement célèbre, qui serait mort de douleur s'il avait connu ses disciples, un philosophe aussi parfait de sentiment que faible de vues, n'a-t-il pas, dans
(1) TliibaudeaiT, Biographie et Mémoires, p. 74. — Mirabeau, qui au fond ne Taimait pas, affecte de l'appeler notre clier maître, dans une lettre à Rœderer destinée à être montrée à l'orgueilleux abbé. (Œuvres de Bœderer, t. IV, p. 172.)
(2) Cité par Sainte-Beuve.
(3) Ihid.
ses pages éloquentes, riclies en détails accessoires, pauvres au fond, confondu lui-même les principes de l'art social avec les commencements de la société liumaine ? Que dire si l'on voyait, dans un autre genre de mécanique, entreprendre le radoub ou la construction d'un vaisseau avec la seule théorie, avec les seules ressources des sauvages dans la construction de leurs pirogues (1) ?»
Siéyès ne s'appuyait donc sur aucune des deux grandes autorités qui inspirèrent la Révolution. Il remontait plus haut que Rousseau et que Montesquieu, jusqu'à Descartes, auquel il croit emprunter, en politique, sa méthode de la table rase. Il est populaire néanmoins, parce qu'il a le culte de la faculté dominante de notre race, de la raison. L'expérience l'importune. « Il me semble, écrit-il en 1788, que, juger de ce qui se passe par ce qui s'est passé, c'est juger du connu par l'inconnu. Il est plus juste de juger dn passé sur le présent et de convenir que les prétendues vérités historiques n'ont pas plus de réalité que les prétendues vérités religieuses (2). »
Que voulait-il donc, et quelle sera la matière de son éloquence ? « A la démocratie i3ure de Rousseau, dit un de ses admirateurs, M. Mignet, il préféra la démocratie représentative... Il pensait que l'individu doit être le but et non le pur instrument de l'Etat; que l'homme passe avant le citoyen, le droit avant la loi, la morale éternelle avant les règles mobiles et changeantes des sociétés; il voulait la monarchie,mais il la voulait restreinte, cou-
(1) (( Notice sur la vie de Siéyès, membre de la première Assemblée nationale et de la Convention, écrite à Paris, en messidor, 2® année de l'ère républicaine. — En Suisse; et se trouve à Paris, chez Maradan, libraire, rue du Cimetière-André-des- Arcs, n° 9. » — Le rapprochement du fragment inédit et de ce passage de la Notice prouve jusqu'à l'évidence que la Notice est bien l'œuvre de Siéyès. On y trouve d'ailleurs ces expressions qui ne peuvent venir que de sa plume : (( La raison, qui est la morale de la tête, comme la justice est la morale du cœur... »
(2) Vues sur les moyens d'exécution.
ronnant et ne supportant pas l'édifice. Les vieilles sociétés lui paraissaient des pyramides renversées, qu'il fallait remettre sur leur base. »
Fut-il républicain.'' Il se proclamait hautement monarchiste, surtout en 1791, à une époque où la mauvaise humeur l'emportait en lui. a Je préfère la monarchie, écrivait-il au Moiiiteur, le 6 juillet 1791, parce qu'il m'est démontré qu'il y a plus de liberté pour le citoyen dans la monarchie que dans la république. »
Serré de près par le républicain Thomas Paine, il répond qu'on entend mal ces mots de république et de monarchie. La vérité, c'est que ses adversaires sont polyarchistes et qu'il est monarchiste. Dans leur système, toute l'action publique aboutit à un Conseil d'exécution délibérant à la majorité et nommé par le peuple ou par l'Assemblée nationale ; c'est la république.
« Mettez-vous au contraire à la tête des départements que vous appelez ministériels, et qui doivent être mieux divisés, autant de chefs responsables, indépendants l'un de l'autre, mais dépendants, pour leur vie ministérielle, d.'im individu, supérieur par le rang, représentant de l'unité stable du gouvernement, ou, ce . qui revient au même, de la monarchie nationale, chargé d'élire et de révoquer, au nom du peuple, ces premiers chefs de l'exécution, et d'exercer quelques autres fonctions utiles à la chose publique, mais pour lesquelles son irresponsabilité ne peut pas avoir de danger : ce sera la monarchie...
a Les personnes qui aiment à revêtir d'une image les notions abstraites pourront se figurer le gouvernement monarchique finissant en pointe et le gouvernement républicain en plate-forme (1). »
Et pourquoi la Tnonarchie assure-t-elle mieux la; liberté que la polyarchie? « Les conséquences, répond Siéyès, seront déduites ailleurs. » On les attend encore (2).
(1) Note publiée par Siéyès dans le supplément du Moniteur du 16 juillet 1791.
(2) « La liberté de Siéyès, dit Michelet, celle qu'il voulait
41 î LES CONSTITUTIONNELS.
Quant à riiérédité, Siéyès en fait bon marclié : c'est à ses yeux une question secondaire. On voit déjà poindre, en 1791, ses rêves avortés de l'an TIII et la théorie du « grand électeur ».
Mais quand Siéyès parut à la tribune, en 1789, on ne connaissait pas encore en lui le métaphysicien subtil et ennuyeux. La nation avait lu son rude pamphlet et en était encore ravie et reconnaissante. C'est dans cet écrit qu'il fut vraiment orateur, c'est alors seulenaent qu'il remua les esprits, toucha les cœurs : « Les fonctions publiques, écrivait-il, peuvent se ranger sous quatre dénominations connues, l'Epée, la Robe, l'Eglise, l'Administration. Il serait superflu de les parcourir en détail pour faire voir que le tiers état y forme partout les 19 vingtièmes, avec cette différence qu'il est chargé de tout ce qu'il y a de vraiment pénible, de tous les soins que l'ordre privilégié refuse d'y remplir... Cependant on a osé frapper l'ordre du Tiers d'interdiction. On lui a dit : « Quels que soient tes services, quels que soient tes « talents, tu iras jusque-là, tu ne passeras pas outre »... De rares exceptions, senties comme elles doivent l'être, ne sont qu'une dérision, et le langage qu'on se permet dans ces occasions une insulte de plus. »
Il demande l'abolition de la Noblesse : « Si l'on ôtait l'ordre privilégié, la K'ation ne serait point quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu'est-ce le Tiers? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l'ordre privilégié ? Tout, mais un tout libre et florissant. Eien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »
La IS^oblesse « est véritablement un peuple à part,
pour lui, pour les autres, c'était cette liberté passive, inerte, égoïste, qui laisse l'homme à son épicurisme solitaire, la liberté de jouir seul, la liberté de ne rien faire, de rêver ou de dormir, comme un moine dans sa cellule, ou comme un chat sur un coussin. Pour cette liberté-là, il fallait une monarchie. » (Eist. de la Bév., t. Fil, p. 58.)
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mais un faux peuple qui, ne pouvant, à défaut d'organes utiles, exister par lui-même, s'attache à une nation réelle, comme ces excroissances végétales qui ne peuvent vivre que de la sève des plantes qu'elles fatiguent et dessèchent. — Si la Noblesse vient de la conquête, le Tiers état redeviendra noble en devenant conquérant à son tour. »
A l'objection que ses hardiesses effraieront il répond: (( Ignore-t-on que la vérité ne s'insinue que lentement dans une masse aussi grande que l'est une Nation ? Ne faut-il pas laisser aux hommes qu'elle gêne le temps de s'y accoutumer; aux jeunes gens qui la reçoivent avidement celui de devenir quelque chose et aux vieillards celui de n'être plus rien ? En un mot, veut-on attendre, pour semer, le moment de la récolte ? il n'y en aurait jamais (1). »
Député du Tiers état de Paris, il prend lu parole pour la première fois le 10 juin: il conseille de couper le câble et d'envoyer une suprême convocation à la noblesse. Son discours, que les journaux analysent en quelques lignes semble avoir causé une grande déception. Quoi I c'était là ce fameux Siéyès, cet éloquent pamphlétaire ? Une parole sèche, didactique, obscure, qui ne portait pas, qui ennuyait comme un sermon de pédagogue. Avec cela, un air hautain et méprisant. « L'organe est faible, écrivit un contemporain, le geste nul, l'expression tardive, la conception difficile, l'exposé confus. Les grands mouvements ne sont pas à son usage, et il préfère la méthode à la chaleur (2). » Son insuccès fut complet, et bientôt l'extrême déférence des premiers jours diminua. Sa formule trop mathématique (les représentants connus et vérifiés de la Nation française) ne fut pas adoptée: au dernier moment il accepta la dénomination à! Assemblée
(1) Qu^ est-ce que le Tiers-Etat? Janvier 1789. La célèbre épigraphe de cette brochure devint aussitôt populaire : elle a ce tour oratoire qui manque précisément aux discours de Siéyès.
(2) La Galerie des Etats généraux, t. I, p. 112.
nationale, qui fut votée. Mais il fut blessé et il resta blessé, piqué, mécontent de ses échecs oratoires, qu'il explique, dans la J\ otice sur sa vie, en ces termes orgueilleux: « La qualité dominante de l'esprit de Siéyès est la passion du vrai, dont la recherclie l'absorbe presque involontairement: il n'est point content, s'il tient un sujet, qu'il ne l'ait approfondi, analysé dans toutes ses parties, et ne l'ait ensuite reconstruit dans tout son ensemble; mais, le besoin de savoir une fois satisfait, il reste avec ses notes et ses tableaux analytiques, qui ne peuvent être que pour lui. La mise au net, le remplissage des vides lui sont insupportables: il a déjà passé à d'autres méditations. » Et il se fait à lui-même toute une théorie oratoire pour s'expliquer ses échecs et s'en consoler. « Je voudrais bien savoir, écrit-il, si dans la Grèce, si dans Rome libre, les orateurs s'occupaient d'un autre art que de celui d'aller à leur but. Xous qui n'en avons point, nous avons, nous faisons de la musique pour les sens, des images, etc. IN'ous avons de beaux arts, nous produisons des effets sensitifs, nous communiquons des émotions vagues ou particularisées, mais nous ignorons l'art d'éclairer un parti et de pousser à le prendre... Les discours qui se tiennent au parlement d'Angleterre ont un but ; ils ne ressemblent point à notre style oratoire ; il n'y a point cette emphase, ce ton de dignité... Ce sont des gens qui ont des affaires; nous sommes oiseux et nous nous arrêtons à faire les beaux. Ils marchent, nous dansons...
« Yous me parlez des genres démonstratif, judiciaire, etc. Soit. — Ces genres doivent-ils se ressentir des inégalités féodales, des préjugés du bon ton? Faut-il dorer sa pensée afin d'employer une couleur de style digne de gens qui auraient honte d'avoir rien de commun avec le peuple ? Faut-il ôter aux fleurs leurs couleurs naturelles pour les colorier avec plus de noblesse (1) ? »
(1) Papiers inédits cités par Sainte-Beuve.
Non, le mauvais goût n'était pas ce qui manquait à Siéyès pour être un orateur applaudi: il lui manquait d'abord le don, puis et surtout l'amour de la Révolution, l'enthousiasme. Son âme ne communia pas avec les âmes de ses contemporains: il restait à l'écart, froid et dédaigneux, convaincu de sa supériorité, satisfait d'avoir arrangé d'avance toute une révolution politique dans sa cervelle, dépité de voir que la réalité ne s'accordait pas avec son système. S'il est permis d'appliquer un mot trivial à un homme aussi grave, on peut dire que dès lors son rôle politique fut de bouder, ne parlant plus que rarement, et se rappelant qu'il était prêtre à propos de la suppression des dîmes. Montlosier, dans ses Mémoires, raconte plaisamment quelle fut, en cette circonstance, la mauvaise humeur de l'abbé:
« L'abbé Siéyès, que j'avais quitté assez coulant sur les événements du 14 et du 15 juillet, encore qu'il ne parût point les approuver, je le trouvai indigné et furieux. C'était au sujet de la dîme ecclésiastique que l'Assemblée venait de sacrifier. J'ai lieu de croire qu'entre l'évêque de Chartres, M. Necker et lui, il avait été d'avance disposé de cette dîme comme d'un fonds rachetable. Soixante-dix à quatre-vingts millions de revenu, à quoi on estimait cette dîme, auraient produit un capital de quinze à seize cents millions, qui aurait effacé la dette publique, et qui, du reste, aurait assuré l'existence du clergé. Cet abandon fait gratuitement, et qui par làmême avait déjoué ses projets, l'avait exaspéré au dernier point. Peu de jours avant mon arrivée, il avait dit à l'Assemblée:
« On a détruit la dîme, sauf les moyens, de subvenir au i clergé. J'aurais désiré qu'on eût avisé aux moyens de « subvenir avant d'abolir. On ne détruit pas une ville, « sauf à aviser aux moyens de la rebâtir. J'ai beaucoup « entendu dire qu'il fallait bien aussi que le clergé fît « son offrande. J'avoue que les plaisanteries qui portent « sur le faible dépouillé me paraissent cruelles. » Il
ajouta: « Tous voulez être libres î vous ne savez pas être « justes ! » Titre qu'il mit ensuite à son pamphlet.
« Ce pamphlet, je venais précisément de le lire, j'en étais charmé; je comptais, dès ce moment, sur Siéyès. N'ayant pas eu le temps encore de l'aller voir, je le rencontrai sortant de l'Assemblée en même temps que j'y entrais; je lui fis rapidement mon compliment sur son pamphlet et sur tous les bons sentiments qu'il exprimait. Je lui demandai ensuite: « Que pensez-vous de « cette Assemblée ? » Il balança un moment; puis il me dit, en baissant la tête: « Caverne, s'y jeter, y demeu- « rer ». Il poursuivit sa marche.
Sa mauvaise humeur fut encore accrue par l'accueil que l'Assemblée fit à la plupart de ses propositions. En septembre, il dépose un projet de constitution: on ne le discute pas; en janvier 1790, un projet de loi sur la presse: ajourné. Il veut établir le jury au civil comme au criminel: on vote contre. Il garde de ces échecs une grande amertume, et pourtant il avait fait voter son projet de division de la France en départ-ements et en districts, succès qui aurait dû suffire à son ambition de législateur. Il ne s'en renferme pas moins dans un mutisme chagrin; rien ne peut l'en faire sortir, pas même les plus flatteuses avances. C'est en vain que Mirabeau, qui ne l'aimait pas et qu'il aimait, lui adresse, lors de la discusion sur le droit de paix et de guerre, cette cordiale objurgation: « Je ne cacherai pas mon profond regret que l'homme qui a posé les bases de la Constitution et qui a le plus contribué à votre grand ouvrage, que l'homme qui a révélé au monde les véritables principes du gouvernement représentatif, se condamnant luimême à un silence que je déplore, que je trouve coupable, à quelque point que ses immenses services aient été méconnus, que l'abbé Siéyès... je lui demande pardon, je le nomme... ne vienne pas poser lui-même, dans sa Constitution, un des plus grands ressorts de l'ordre social. J'en ai d'autant plus de douleur... que je n'avais
pas porté mou esprit sur cette questiou, accoutumé que j'étais de me reposer sur ce grand penseur de l'achèvement de son ouvrage. Je l'ai pressé, conjuré, supplié au nom de l'amitié dont il m'honore, au nom de la patrie... de nous doter de ses idées, de ne pas laisser cette lacun-e dans la Constitution; il m'a refusé: je vous le dénonce. Je vous prie à mon tour d'obtenir son avis, qui ne doit pas être un secret; d'arracher enfin au découragement un homme dont je regarde le silence et l'inaction comme une calamité publique. »
Siéyès ne répondit pas à cet appel. Il sentit peut-être, avec sa finesse, que quelque ironie se cachait sous ces paroles cordiales. On était impatienté, en eftet, dans l'entourage de MirabeaUjd'une gloire que l'on croyait creuse, et on peut lire, dans un pamphlet, inspiré dit-on par le grand orateur, une satire aussi cruelle que fine de ce logicien 4!.ésorienté : « J'ai un penchant à croire, dit l'écrivain anonyme, ou du moins à soupçonner que Scyros (Siéyès) est un homme que Je public a fait : c'est-à-dire que, d'après la lecture de ses diatribes, Tun lui a prêté du génie, l'autre du talent, celui-là le courage de l'âme. Chacun a raisonné sur cet être moitié réel, moitié fantastique. Et comme dans toutes les révolutions il faut des points où l'on s'accroche, la multitude à laquelle quelqu^^s hommes commandent a été portée vers Scyros. Alors, pour justifier des louanges exagérées, on a redoublé d'hommages (1). »
Siéyès fut un des principaux membres du Club en 1789 et se signala au premier rang parmi les dégoûtés qui voulaient revenir en arrière. Il accepta cependant les fonctions de membre de l'administration du département de Paris (2). C'est en cette qualité que, dans la séance du 7 mai 1791, il défendit un arrêté pris par cette administration en faveur de la liberté des cultes, à la
(1) La galerie des Etats généraux, t. I, p. 113.
(2) Il refusa d'être élu évêque de Paris.
suite d'insultes faites aux non-conformistes. Il produisit cette fois un assez grand effet par sa dialectique serrée et il montra quelque clialeur. Yoici le passage le plus important de son discours, celui où il répond à l'accusation de fédéralisme; ce jour-là seulement il a paru orateur:
« Pour quiconque n'a pas perdu la mémoire, il reste démontré que ceux-là n'ont pas voulu une république fédérative qui ont proposé de diviser le royaume en 83 départements plutôt qu'en 9 à 10 grandes provinces... En tout raisonnement, s'il suffisait de prouver, comme on dit, la majeure ou la première proposition, il n'est personne qu'on ne pût trouver à son gré innocent ou coupable. Tout le monde convient, du reste, que les départements ne doivent pas se permettre de faire des lois, qu'ils ne doivent pas viser à l'indépendance. Ce n'est point là ce qu'il fallait s'attacher à retourner de vingt manières. Prouvez la mineure, c'est-à-dire établissez votre seconde proposition, et montrez-nous que le directoire du département veut se rendre indépendant; montreznous comment ses moyens d'exécution sont de véritables, lois réservées par leur nature à la puissance législative. Ce point a été mis à l'écart. Ceux qui connaissent là tactique des grandes assemblées prétendent que cette marcbe n'est pas malhabile. Ils se sont aperçus, disentils, que si les auditeurs entendent soutenir assez longtemps une opinion qui leur est chère, ils deviennent d'autant moins difficiles sur la conclusion ; ils ne songent plus qu'on a oublié de prouver la mineure.
Prouver la mineure! Siéyès est tout entier dans ce cri à moitié comique, qui chez lui est le cri du cœur. Cet homme n'était pas un orateur, mais un syllogisme vivant.
CHAPITEE VII.
LES ECCLÉSIASTIQUES (suite): l'aBBÉ GRÉGOIRE.
L'abbé Grégoire ne fut pas un grand orateur, mais son genre de parole tranchait singulièrement avec l'éloquence ordinaire des Constituants. Dans ce milieu raisonnable, presque académique, il parla sans préoccupations littéraires le langage de la passion et de la sincérité. Prêtre, il fut l'interprète indigné de la défiance et de la haine publiques contre le despotisme. Il voulut être et resta l'avocat du peuple, non pas du peuple des clubs, mais du paysan et de l'ouvrier français, du monde disgracié qu'il consolait, dans sa paroisse d'Emberménil, moins par les prescriptions du catholicisme que par son ardent .amour pour l'humanité. Ces sentiments plébéiens et justes, que les délicats trouvent si bas, la haine de l'oppression, la soif de la justice et de l'égalité^ cet idéal étemel de la pauvre humanité, il l'exprima, l'exalta, le défendit à la tribune avec une éloquence colorée, chaude, emphatique et sincère, s'adressant aux Constituants du même ton qu'il sermonnait, du haut de sa chaire de village, ses ouailles ignorantes. Cette éloquence n'était pas chez lui un art, un ensemble de procédés appris, une attitude volontairement plébéienne de lettré et de raffiné, comme le style de Marat et d'Hébert. Grégoire était peuple de cœur. Le beau mot de patriote semble avoir été inventé pour lui. Rien de ce qui était français et humain ne lui était étranger. Ce cœur vaste et aimant s'éclairait de l'intelligence la plus haute et la plus noblement curieuse. La religion n'avait pas, en cela, rétréci son esprit, et, s'il votait avec les jansénistes de l'Assemblée, il n'avait pas leur fanatisme étroit, leurs vues sectaires. Elève des Jésuites de Nancy, il n'avait
gardé de cette éducation première qu'une certaine déférence pour ses anciens maîtres. Tout son christianisme semble avoir tenu dans le dogme de la fraternité. Là est aussi l'inspiration de son éloquence.
En lui, toutefois, l'homme politique et le prêtre ne sont pas assez étroitement confondus pour qu'on ne puisse et qu on ne doive les distinguer. Si larges que fussent ses doctrines, il n'oubliait jamais sa condition de membre du clergé, et dans le député de Nancy on retrouvait, à de certains jours, le curé, comme à la Convention on devait retrouA^er en lui l'évêque. Certaines timidités qu'il montra dans les questions ecclésiastiques, et dont il fut toujours exempt dans les questions politiques, nous indiquent qu'il faut, pour être équitable, ne pas mêler ces deux parties de son éloquence.
En politique, il embrassa dès le premier jour la cause populaire. S'il n'accompagna pas, le 13 juin, les trois curés du Poitou (1) qui vinrent, les premiers du clergé, se réunir au Tiers, c'est que ceux-ci firent cette démarche sans entente préalable avec la minorité de leur ordre. Mais, dès le 14 juin, il se réunit avec cinq autres curés, et le président de leur députation s'excusa auprès de l'Assemblée de ce retard involontaire.
C'est au moment des discussions sur le renvoi des
(1) Lecesve, Ballard et Jallet. Nous avons le Journal posthume de Jallet, mais nous ne savons rien des deux autres qui retombent ensuite dans l'obscurité. Quand à Lecesve, curé de Sainte- Triaize de Poitiers, il fut élu évêque constitutionnel de Poitiers, et mourut douze jours après son installation, à l'âge de 58 ans. <( Le clergé réfractaire, dit Thibaudeau (Biographie et MémoireSy p. 135), répandit que c'était une punition du ciel. » Chose curieuse! ces trois prêtres, qui furent presque héroïques le 13 juin 1789, étaient des hommes hésitants et timorés. Ils n'accomplirent l'acte qui a fait vivre leurs noms que sur les instances des députés du Tiers état poitcA^in. Lire dans Thibaudeau (p. 73) le petit discours que son père, député du Tiers de la sénéchaussée de Poitiers, adresse à Lecesve pour lever ses scrupules.
troupes qu'il fait entendre pour la première fois (8 juillet 1789) sa parole ardente: « On ne peut se dissimuler que ceux qui craignent la réforme des abus dont ils vivent épuisent toutes les ressources de l'astuce et font mouvoir tous les ressorts pour faire échouer les opérations de l'Assemblée nationale. Si les Français consentaient actuellement à recevoir des fers, ils seraient l'opprobre du genre humain et la lie des nations ; en conséquence, non seulement j'appuie la motion, mais je demande qu'on dévoile, dès que la prudence le permettra, les auteurs de ces détestables manœuvres; qu'on les dénonce à la nation comme coupables du crime ae lèse-majesté nationale, enfin que l'exécration contemporaine devance l'exécration de la postérité (1). »
Le dimanche 12 juillet, jour du renvoi de Necker, il présida, en l'absence de l'archevêque de Tienne, l'Assemblée réunie en séance extraordinaire. Rien n'était porté à l'ordre du jour. Mais les députés, au milieu de l'émotion générale et des menaces de coup d'état, sentaient le besoin d'affirmer l'existence et l'unanimité de l'Assemblée. Grégoire dit a que l'Assemblée était très incomplète ; que le président était absent; qu'enfin la séance était indiquée à demain ; qu'en conséquence il n'y avait lieu à délibérer; que d'ailleurs les ennemis du bien public regarderaient, appelleraient cette séance illégale; qu'au reste, ce n'était pas la peur qui lui faisait tenir ce langage.
Si fractus illabatur orhis, Impavidum ferlent ruinœ (2). »
Cette citation, conforme au goût du temps, plut beaucoup, fut répétée et se trouva exprimer comme il fallait l'héroïsme intime de ces hommes imbus d'études classiques. Ce discours, brièvement analysé par les journaux du temps, ne fit pas peu d'honneur à l'abbé Grégoire.
(1) Moniteur rétrospectif.
(2) Ihid.
Néanpnoins, il parla rarement. Il sentait bien que son Ungage détonnait dans une telle Assemblée. Il prit l'habitude d'exprimer en très peu de paroles les sentiments d'indignation ou d'amour qu'il ne pouvait contenir. Xul ne fut plus opposé que lui à l'institution du cens électoral. Mais il ne dit guère que ces mots: « Pour être électeur ou éligible dans une assemblée primaire, il suffit d'être bon citoyen, d'avoir un jugement sain et un cœur français (1). »
Le 14 juillet 1791, sur la question de savoir si l'on devait présenter au roi la Constitution: « Le roi, s'écriat-il, acceptera, il jurera; mais quel compte ferez-vous sur ces serments ? » Cette franche parole ne fut pas du goût des avocats, des hommes d'Etat de la gauche convertis depuis Yarennes: on l'accueillit par des murmures et une agitation générale.
Le lendemain, Grégoire se prononça hardiment contre l'inviolabilité royale: a J'entends déjà, dit-il, autour de moi qu'il ne convient pas à un prêtre de traiter •une pareille question. Cela ne doit pas m'arrêter; au lieu de comparer mon opinion avec mon état, je demande que l'on réfute mes raisons. Au reste, quand l'Assemblée aura prononcé, je me soumettrai à sa décision. (Quelques voix s^ élèvent: Cela est bien heureux!) Le projet qui vous est présenté par le Comité me paraît réfuté par l'intérêt national. Il est impossible de séparer la fuite du roi des circonstances qui j sont attachées, du faux passeport dont il s'est muni, du mémoire qu'il nous a laissé, et des projets évidemment hostiles de M. Bouille. On a dit qu'il ne pouvait être mis en jugement, et que, quand bien même cela serait possible, il faudrait une loi préexistante au crime qu'il a commis. Avez-vous donc oublié que le salut public est la suprême loi ? et le salut public réclame que les attentats contre la liberté pablique soient vengés. On nous a représenté tous les
(1) Moniteur rétrospectif.
dangers qu'il y aurait à raettre sans cesse le roi en jugement sur la simple dénonciation d'un homme peut-être calomniateur. Mais d'après vos lois il faudrait que préalablement le juré eût déclaré qu'il y a lieu à accusation. On a beaucoup parlé de la nécessité de mainîenir la dépendance des pouvoirs; on pourrait soutenir que le pouvoir exécutif est dépendant du pouvoir législatif: car il ne peut agir que d'après lui. {Quelques voix s'élèvent: Tous n'y êtes pas du tout, monsieur !)
(( On ne cesse de répéter que la majesté du trône est avilie, si le roi n'est pas inviolable: c'est comme si l'on disait qu'un bomme est avili, parce que la loi le punit quand il est coupable. Le bonheur du peuple exige bien plutôt que la tranquillité publique soit inviolable. On Fa dit avant moi: s'il est un seul homme dans le royaume qui ne soit pas soumis à la loi, cet homme est un despote ; je ne sais rien que ce despote ne puisse entreprendre. On n'a point encore répondu à ceux qui vous ont dit que l'inviolabilité du roi exigeait l'absolution de ses complices ; le roi peut-il invoquer le bénéfice d'une loi qu'il a voulu anéantir, d'une Constitution dont il s'est formellement déclaré l'ennemi ? IN'ous avons déjà été exposés à bien des dangers; prenons-y garde, il peut y avoir une chaîne de malheurs. Les contre-révolutionnaires ne se découragent pas; au contraire, ils redoublent d'ardeur. Je conclus à ce que l'activité soit rendue aux corps électoraux pour choisir les députés, et qu'il soit nommé une Convention nationale qui jugera Louis XYL Si, par malheur, le projet du Comité est adopté, pour être conséquents, vous devez punir la garde nationale de Yarennes et tous ceux qui ont concouru à l'arrestation du roi (Les tribunes/ applaudissent) (1). »
Dès le 14 juillet 1789, il avait fait prévoir ces sentiments démocratiques, en exprimant, seul dans l'Assemblée, la juste colère qu'excitaient en lui les affronts faits
(1) Moniteur, séance du 15 juillet 1791.
par la cour à l'Assemblée. Citons encore; le bon et i« mauvais de l'éloquence de Grégoire sont dans ce discours plus visibles encore que dans le précédent :
« Depuis l'ouverture des Etats, nous avons vécu au milieu de divisions, parce qu'on voulait ensevelir la raison sous les usages et faire taire la justice devant l'orgueil.
« Nous avons vécu au" milieu des vexations... vexations même de la part des subalternes. On vous a ravi la police de votre salle; des infidélités à la poste ont supprimé des envois qui devaient être sacrés, quel qu'en fût le contenu; on a voulu soumettre au compas de la censure les opérations de vos séances; en ce moment même sont afficbées à l'entrée de cette salle des prohibitions attentatoires à vos droits; vous avez trouvé sans cesse des intermédiaires entre le souverain -et vous, tandis que vous devez travailler immédiatement avec celui à qui la nation a confié les rênes du gouvernement.
« Il y a donc, Messieurs, des êtres si vils qu'ils feraient rougir d'être kommes, si dans cette assemblée on ne s'honorait de l'être ! Il y a donc des êtres atroces qui ont l'oreille fermée à la pitié, et dont le cœur n'admet jamais les remords ! . . .
« Ah ! s'il fallait de nouveau nous courber sous le jour;, il vaudrait mieux sans doute fuir avec un ministre chéri au sein de l'Helvétie ou vers les rivages de Boston, sur lesquels d'illustres chevaliers français ont aidé à planter l'étendard de la liberté (1). »
Ces paroles, tantôt éloquentes, tantôt emphatiques, étonnèrent l'Assemblée, et on soupçonna en l'abbé Grégoire une sorte d'homme bien rare en 1789 : un républicain.
Il l'était à coup, sûr, mais sans le savoir, et quand il portait, à deux ans d'intervalle, ces coups furieux à la roj^auté, il n'avait pas encore l'intention de détruire
(1) Moniteur, séance du 14 juillet 1789.
LES ECCLESIASTIQUES : L'aBBÉ GRÉGOIRE. 427
rinstitiition même. S'il fut un républicain inconscient, il n'oublia jamais les intérêts de sa religion, telle qu'il la comprenait, et ce démocrate, avons-nous dit, resta prêtre (1).
Ainsi, le 25 septembre 1789, c'est en cette qualité qu'il fit un affront à la mémoire de Voltaire (2). Palissot, la veille, avait fait accepter de l'Assemblée la dédicace de l'édition des œuvres choisies de Voltaire qu'il préparait et qu'il devait plus tard dédier de même à la Convention. Mais le clergé se sentit blessé, et tous les prêtres de l'Assemblée s'unirent docilement, à la voix des évêques, pour faire revenir l'Assemblée sur sa décision. Un curé, que les journaux ne nomment pas, fit une homélie contre ces œuvres « entachées d'impuretés ». Grégoire le soutint, et déclara qu'il ne fallait pas délibérer avant de savoir si l'édition s-erait « purgée ou non ». Finalement l'Assemblée décréta qu'elle n'accepterait aucune dédicace.
C'est encore comme ecclésiastique qu'il demanda que les droits de l'homme « fussent déclarés venir de la divinité »; qu'il soutint, le 19 février 1790, les droits des jésuites (3), et surtout que, le 8 octobre 1789, lors des débats sur la translation de l'Assemblée à Paris, il se fit l'interprète pusillanime des terreurs du clergé. Il voulut que l'Assemblée inventât une sûreté spéciale pour les députés-prêtres, qu'elle fît « de nouvelles proclamations pour la sûreté des personnes du clergé » .
« Ce qui m'étonna le plus dans cette occurrence, dit Montlosier, ce fut l'indignation du curé Grégoire. A ses dispositions démocratiques connues, nous nous atten-
(1) Voir, dans Quinet, un curieux portrait de Grégoire « embrassant les portes sacrées )). La Bévolutiorv, livre V, chap. 9.
(2) Voir dans ses Mémoires, t. II, p. 3, une tirade violente contre les philosophes.
(3) (( Parmi les cent mille vexations de l'ancien gouvernement qui a tant pesé sur la France, dit-il, on doit compter celle qui a été exercée sur un ordre célèbre, sur les jésuites; il faut les faira participer à votre justice. )) (Moniteur.)
dions, quand il se leva, qu'il allait combattre ou atténuer ces faits. Peu de jours auparavant, nous l'avions entendu s'emporter avec fureur contre quelques circonstances du repas des gardes du corps. Il avait espéré peutêtre que cette diatribe profiterait à sa popularité. Elle ne lui profita pas du tout. Il fut assailli, comme ses confrères, des titres d'aristocrate et de calotin; et alors la laison sembla lui être revenue:
a Sans parler, dit-il, des alarmes que des personnes a mal intentionnées pourraient répandre dans les pro- « vinces, en voyant leurs représentants livrés à la merci « d'un peuple armé, pense-t-on que les députés du clergé « puissent se rendre à Paris et braver en sûreté les « outrages et les persécutions dont ils sont menacés ? « Cependant, messieurs, quel est le délit des ecclésias- « tiques de cette assemblée? Ils ont partagé avec vous « les périls de cette régénération. Quel est le prix qu'ils « en reçoivent? Le peuple de Paris les outrage et leur « fait les menaces les plus effrayantes ; il n'y a pas de « jour que les ecclésiastiques ne soient insultés à Paris. « C'est à l'Assemblée à prendre les mesures nécessaires, « non seulement pour nous préserver d'outrages, mais « encore pour nous faire accorder les égards qui « nous sont dus et comme ministres des autels, et comme « ministres du peuple. »
« Ces paroles, improvisées, prononcées non à la tribune, mais de sa place, d'une voix sonore, avec un ton de dignité et d'autorité, frappèrent l'Assemblée ; pour mon compte, elles me surprirent beaucoup. J'allai tout ému à M. Grégoire lui faire mon compliment. Pendant quelque temps il demeura dans nos rangs: je pensais que nous avions fait une acquisition. »
Il se prononça contre le droit de propriété du clergé, mais avec tant de réserves que son embarras et ses scrupules se trahirent malgré lui.
Il contribua, avec les jansénistes, au vote de la Constitution civile, mais il proposa un amendement libéral
et peu janséniste: « Que les non-catholiques ne pussent élire les pasteurs. » On n'adopta pas cette mesure si juste. On ne sembla pas admettre qu'on ne pût être catholique.
Lors de la prestation du serment civique, il joua un rôle considérable en prêtant ce serment le premier, avec un commentaire rassurant pour les consciences dévotes. Mais on sait qu'il n'entraîna que peu d'adhésions. Quelques jours plus tard (4 janvier 1791), il prononça un discours solennel oii il fit aux opposants d'habiles concessions, afin de les désarmer et de leur indiquer (l'ancien élève des Jésuites s'était-il retrouvé?) une restriction mentale qui leur permît de jurer sans jurer, de se soumettre pour la forme seulement. Ne soyons pas sévère pour cette trop grande habileté de cet ardent patriote: il sentait venir la guerre civile et voulait l'éviter à tout prix.
« Vous avez bien voulu, dit-il, m'écouter quelquefois avec une indulgence que je réclame en ce moment. La religion, la patrie et la paix sont chères à mon cœur; c'est en leur nom que je vais articuler quelques mots. Parmi les ecclésiastiques fonctionnaires publics, qui se trouvent dans cette Assemblée, les uns ont prêté leur serment, les autres s'y sont refusés. De part et d'autre nous devons supposer des motifs respectables. Il ne s'agit que de s'entendre: nous sommes tous d'accord; il est certain que l'Assemblée n'a pas entendu toucher à ce qui est purement spirituel. (On applaudit.) Il est certain que tout ce qui est purement spirituel est hors de sa compétence; personne ne contredira cette assertion: l'Assemblée a déclaré formellement le principe; elle l'a toujours reconnu; elle a toujours applaudi ceux qui l'ont professé. (On applaudit.) C'est un premier motif pour calmer les inquiétudes. L'Assemblée ne juge pas les consciences, elle n'exige pas même un assentiment intérieur. (Il s^ élève beaucoup de Tnurmures.)
a Je suis bien éloigné de prétendre justifier des res-
trictions mentales, mais je veux dire seulement que l'Assemblée entend que nous jurions d'être fidèles, d'obéir, de procurer l'obéissance à la loi; voilà tout ce que l'Assemblée exige, voilà tout ce qu'elle demande par le serment qu'elle a prescrit. (On applaudit.) Il se peut qu'une loi civile ne soit pas conçue et rédigée comme beaucoup de citoyens l'auraient désiré; cependant par le serment civique ils se sont engagés à obéir et à procurer l'obéissance à la loi; je ne pense donc pas que le serment demandé puisse effrayer les consciences. Attaché par une union fraternelle, par un respect inviolable à mes respectables confrères les curés, à nos vénérables supérieurs les évêques, je désire qu'ils acceptent cette explication, et si je connaissais une manière plus fraternelle, plus respectueuse de les y inviter, je m'en servirais (1). » (On applaudit.)
Les conseils de Grégoire, on le sait, ne furent pas écoutés, et son éloquence resta sans écho. Mais on peut dire que dans cette circonstance le prêtre et le patriote ne font qu'un dans son cœur. Ajoutons que si parfois sa robe le gêne, elle lui prête aussi une singulière autorité, et les coups portés sur le trône par un homme de l'autel furent les plus meurtriers. Une telle éloquence avait, dès la Constituante, une singulière originalité: elle frappa les contemporains, et voici comme le jeune Thibaudeau (2), qui accompagnait presque quotidiennement son père aux séances, apprécie l'abbé Grégoire et l'éloquence des prêtres libéraux à la Constituante:
« Je voyais souvent Grégoire avec nos curés du Poitou. Quoique prêtre jusqu'au bout des ongles et au fond de l'âme, il était un des députés pour lesquels j^avais le plus de sympathie et de respect. Il était avec tant de bonne foi, de candeur, de courage et de dévouement, patriote et révolutionnaire! Sa figure était ouverte; il avait
(1) Moniteur, séance du 4 janvier 1791.
(2) Biographie et Mémoires, p. 100.
le sourire de la bonté et de la bienveillance; son regard, quoique légèrement louche, était fin et spirituel; ses habits et sa frisure d'abbé étaient soignés. Sans se dire hautement républicain, il en avait toute l'allure et la réputation. Sans être précisément orateur, il parlait avec hardiesse, chaleur et facilité. Le bas-clergé en était fier. L'ordre, en général, n'était pas aussi fertile en orateurs qu'on se le serait imaginé, pas autant que les deux autres ordres, et surtout que le Tiers état. C'est que la tribune était un théâtre bien autrement brûlant que la chaire, où il n'y avait pas de contradicteurs, et oii l'auditoire ne pouvait ni murmurer, ni applaudir. Le prêtre, surtout dans le bas-clergé, n'était pas mêlé au temporel comme le séculier. Les curés avaient des mœurs et des sympathies populaires, mais ils ne savaient rien des matières d'Etat; dans l'Assemblée, le bruit et la hardiesse des opinions contrastaient avec leur caractère et leurs habitudes. Excepté un très petit nombre, Grégoire, Thibault, curé de Souppes, Dillon, curé du Yieux-Pouzauges, Massieu, curé de Cergy, les autres ne parlaient pas et se bornaient à bien voter. Mon bon curé Lecesve était dans ce cas. »
CHAPITEE YIII.
LES ECCLÉSIASTIQUES ( Suitc) : RABAUT SAINT-ETIENNE.
C'est tout un livre qu'il faudrait consacrer à la mémoire de E-abaut Saint-Etienne. Ce bon citoyen, cet écrivain de talent, ce pasteur à l'esprit large et nullement sectaire, mériterait mieux que l'insuffisant article de la France jnotestaîite de Haag, et même que la notice émue placée par Boissy-d'Anglas en tête du recueil de ses discours. Comment se fait-il que la biographie de l'auteur du VieUcX Cévenol, cette histoire dramatique des mi-
sères des réformés au xviii® siècle, n'ait pas sollicité la plume de quelqu'un de ces pasteurs érudits de la ville de Nîmes, où Rabaut et ses deux frères ont été célèbres, où leur père, l'héroïque Paul Rabaut, a laissé des souvenirs encore vivants ? J'ai bien sous les yeux une courte brochure de M. A. Borrel, pasteur à Nîmes, sur Paul Râbaut et ses trois fils (1). C'est peut-être assez sur le père, c'est trop peu sur le fils, qui illustra le nom de Rabaut, et dont la vie n'est encore qu'imparfaitement connue. Il y aurait là un beau livre à écrire.
Nous n'avons à nous occuper ici que de l'orateur. Eabaut Saint-Etienne arriva aux Etats généraux précédé d'une grande réputation d'éloquence et d'héroïsme. Son Vieuœ Cévenol , ses Lettres à, Bailly sur Vhistoire iiriinitive de la Grèce^ et surtout ses Considérations sur les droits et sur les devoirs du Tiers état lui avaient fait un nom dans les lettres et dans la politique, ce qui alors était souvent la même chose. Pasteur du désert, comme son père, il s'était fait une grande réputation de tolérance, et de savoir. Ce jeune homme, à peine revenu de Lausanne, où il avait été recevoir les leçons de Court de Gébelin, se trouva être, presque au sortir de l'adolescence, un politique avisé : il comprit que les temps étaient mûrs pour l'abrogation des lois odieuses portées contre les protestants, mais qu'on n'obtiendrait du pouvoir la justice déjà accordée dans l'opinion que par une conduite propre à dissiper les derniers préjugés. Cette objection, populaire : « Les protestants ne sont pas bons Français, ce sont des séparatistes », Eabaut la détruisit autant qu'il fut en lui. Sa prédication recommanda le respect des lois, robéissance au prince. Quand celui qui devait être Louis XYI épousa Marie-Antoinette, Rabaut fit un sermon très politique en l'honneur de ce mariage, et il agit de même lors du sacre de Louis XYI. Il fit plus :
(1) Le pasteur Bahaut et ses trois fils, par A. Borrel, pasteur à Nîmes. Nîmes, librairie protestante, 1854, in-12.
l'évêque de Nîmes, Bec-de-Lièvre, qui venait de mourir, avait montré quelque tolérance envers les protestants : Eabaut composa et imprima un éloge de ce prélat. Enfin, délégué par ses coreligionnaires, il se rend à Yersailles, et là, par l'entremise de La Fayette et de Maleslierbes, il approche du trône et obtient de Louis XYI l'édit de novembre 1787, qui rend l'état civil aux protestants.
Cette grande victoire valut à Eabaut d'être envoyé aux Etats généraux par le Tiers état de la sénéchaussée de Nîmes, dont il fut le premier député. Deux autres protestants le suivaient sur la liste. Accueilli, fêté par ses collègues des communes, il parut être la personnification du droit de penser longtemps persécuté, enfin victorieux. Il fut, lors des pourparlers, un des orateurs les plus écoutés. Il contribua à débrouiller un peu les discussions qui précédèrent et amenèrent la réunion des trois ordres. De ces discussions, dit-il noblement dans son Précis de Vliistoire de la Révolution, « il sortit de si grandes lumières et une si grande énergie, que les députés se réunirent presque tous à une même opinion » .
C'est surtout pendant l'année 1789 qu'il se signale par son influence et son éloquence. Habitué par sa naissance et son éducation à lutter paisiblement contre la violence, le fils de Paul Eabaut montra, daiiA oes premières heures de la Eévolution où l'Assemblée était à la merci des baïonnettes (1), un courage calme, une con-
(1) Sur les dangers personnels que coururent alors les députés, voir Thibaudeau, Biographie et Mémoires, p. 82 : ((Le bruit se répandit qu'on devait arrêter un certain nombre de députés, que des lits étaient préparés à la Bastille, à Vincennes, que les ordres étaient signés, que leur exécution était imminente. — Les uns s'armèrent pour résister; d'autres découchèrent; la terreur était dans l'Assemblée. Le soir, on se séparait en disant: A demain, si nous y sommes. » La nation doit savoir gré aux hommes énergiques qui, comme Rabaut, s'élevèrent au-dessus de ces alarmes^^assurèrent et entraînèrent la masse flottante et hésitante.
fiance souriaute et imperturbable. Il semblait né et formé exprès pour prêter contre la tyrannie le serment du jeu de paume.
Il eut la joie et la g'ioire de couronner, en quelque sorte, sa carrière en faisant adopter à l'Assemblée le principe de la liberté des cultes. Son discours causa une vive impression, et c'est là que nous trouverons toutes les qualités de son éloquence plus forte que brillante, plus raisonnable encore que pathétique. En voici, d'après le texte qu'il publia lui-même, les passages les plus remarquables :
« Je ne ckerche pas à me défendre de la défaveur que je pourrais jeter sur cette cause importante, parce que j'ai intérêt à la soutenir, et je ne vois pas que personne doive être suspecté dans la défense de ses droits...; d'ailleurs, je remplis une mission sacrée, j'obéis à mon cahier, j'obéis à mes commettants. C'est une sénéchaussée de 360.000 habitants, dont plus de 120.000 sont protestants, qui a chargé ses députés de solliciter auprès de vous le complément de l'édit de novembre 1787. . .
« Les non-catholiques (quelques-ujis de vous l'ignorent peut-être) n'ont reçu de cet édit que ce qu'on n'a pu leur refuser, oui, que ce qu'on n'a pu leur refuser î Je ne le répète pas sans quelque honte; mais ce n'est pas une inculpation gratuite; ce sont les propres termes de l'édit. Cette loi, plus célèbre que juste, fixe les formes d'enregistrer leurs naissances, leurs mariages et leurs morts; elle leur permet, en conséquence, de jouir des effets civils et d'exercer leur profession... et c'est tout... Et encore ces formes auxquelles la loi les a soumis sontelles accompagnées de gêne, d'entraves, et l'exécution de de cette loi de grâce a porté la douleur et le désordre dans les provinces oii il existe des protestants... Cependant ces protestants sont privés de plusieurs avantages de la société ; cette croix, prix honorable du courage et des services rendus à la patrie, il leur est défendu de la recevoir; car, pour des hommes d'honneur, pour des
Français, c'est être privé du prix de riionneur que de l'acheter par l'hypocrisie : enfin, pour comble d'humiliation et d'outrages, proscrits dans leurs pensées, coupables dans leurs opinions, ils sont privés de la liberté de professer leur culte ; les lois pénales (et quelles lois que celles qui sont posées sur ce principe (^ue l'erreur est un crime !), les lois pénales contre leur cuite n'ont point été abolies; en plusieurs provinces ils sont réduits à le cérébrer dans les déserts, exposés à toute l'intempérie des saisons, à se dérober comme des criminels à la tyrannie de la loi, ou plutôt à rendre la loi ridicule, en l'éludant, en la violant chaque jour...
« Ainsi, messieurs, les protestants font tout pour la patrie, et la patrie los traite avec ingratitude; ils la servent en citoyens, ils en sont traités en proscrits; ils la servent en hommes que vous avez rendus libres, ils en sont traités en esclaves. Mais il existe enfin une nation française, et c'est à elle que j'en appelle en faveur de deux millions de citoyens utiles qui réclament aujourd'hui leur droit de Français. Je ne lui fais pas l'injustice de penser qu'elle puisse prononcer le mot d'intolérance ; il est banni de sa langue, ou il n'y subsistera que comme un de ces mots barbares et surannés dont on ne se sert plus, parce que Tidée qu'ils représentent est anéantie. Mais, Messieurs, ce n'est pas la tolérance que je réclame, c'est la liberté. La tolérance ! le support ! le pardon ! la clémence ! Idées souverainement injustes envers les dissidents, tant qu'il sera vrai que la différence d'opinion n'est pas un crime. La tolérance ! je demande qu'il soit proscrit à son tour, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous présente que comme des citoyens dignes de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne, ceux que le hasard souvent et l'éducation ont amenés à penser d'une autre manière que nous (1). »
(1) Séance du 23 août 1789.
Dans ce discours, Rabaut donna tout ce qu'il pouvait donner, eut tout le succès qu'il pouvait avoir. Quand il remonta à la tribune, on le trouva moins éloquent, et il paraît avoir compris que, malgré sa grande expérience de la parole, il resterait un orateur de second rang, bien au-dessous des Mirabeau et des Barnave. Ce héros des premiers jours s'eiïaça-t-il lui-même, ou le négligeat-on? L'un et l'autre arriva sans doute. Président de l'Assemblée et membre du Comité de Constitution, il passe dans la catégorie des bons rapporteurs, des travailleurs utiles. Il fait un remarquable rapport sur l'organisation de la garde nationale, mais il renonce à l'improvisation. La gloire de l'éloquence, à laquelle il avait sans doute cru pouvoir prétendre, lui échappe (1).
Eloquent, il l'a été cependant, mais la plume à la main, dans son Précis de Vhistoire de la Révolution française, publié d'abord en 1791 sous le titre modeste d'x4/manach. Dans cet admirable petit livre qu'on devrait réimprimer, E-abaut a mis toute son âme, tout son patriotisme, toute sa vertu. Modeste à l'excès, il n'y parle jamais de lui: seulement, aux événements auxquels il a pris part, le ton s'anime, le style s'élève. S'agit-il de préciser le rôle utile joué par la garde nationale ? Il n'a garde de mentionner son rapport, mais il parle de la milice civique avec confiance et admiration:
(( La France, dit-il, était comme un vaste chaos dans lequel tous les éléments de l'ordre subsistent encore et n'attendent que la main du Créateur. Les pouvoirs étaient suspendus, les autorités méconnues, et les débris de la féodalité ajoutaient encore à ce monceau de décombres. Tout faisait craindre que le royaume ne fût en proie à l'anarchie: et, si c'était la crainte des bons citoyens, c'était l'espoir de ceux qui ne se lassaient pas
(1) Cf. dans la Galerie des Etats généraux, t. I, p. 150, le portrait de Stephano : c'est une caricature, mais dont quelques traits sont justes et vivants.
d'espérer de ramener le despotisme. Mais un peuple qui a vieilli dans l'iiabitude de l'ordre en sent le besoin et ne peut plus s'en passer. Les propriétaires étaient tous armés, et ce fut le salut de la France; car cette classe d'hommes qui n'a rien à perdre et tout à gagner dans le désordre des révolutions ne pouvait se rassembler nulle part, dans la crainte d'être réprimée. Les armes devinrent la passion d'un peuple naturellement guerrier. Paris leur donnait un grand éclat par l'ordre et la beauté de ses milices nationales ; et, cette émulation se répandant partout, la France était couverte de trois millions d'hommes revêtus de l'uniforme de la nation. Tous ces hommes devinrent les protecteurs des propriétés et la véritable force publique, et quoiqu'en plusieurs lieux ils aient causé eux-mêmes des désordres partiels, quoiqu'en d'autres les mécontents les aient employés pour arrêter la révolution, la totalité des gardes nationales forma dans le royaume une telle masse de résistance, que la France en fut sauvée. C'était la nation qui protégeait la nation, et cette grande force était aussi une grande sagesse. »
Quoi de plus remarquable que cette grande foi dans la Eévolution, que ce libéralisme sincère, exempt des petites peurs et des défiances d'un Malouet et d'un Meunier? Le pauvre Eabaut, qui pourtant devait périr sur l'échafaud, ne voyait en 1791 que sujets de joie et d'espérance. Le roi a accepté la Constitution; la Révolution est finie. Telle est sa naïve conviction, et à la fin de son livre, qui n'est autre chose qu'une noble apologie de l'œuvre de la Constituante, il exprime toute sa confiance en une généreuse péroraison:
« La Eévolution française a été le produit des lumières qui avaient pénétré, plus que chez d'autres peuples, dans toutes les classes de citoyens. Elle a commencé du moment oii les hommes ont réfléchi, les fautes de trois règnes l'ont mûrie, la résistance des privilégiés l'a accélérée et l'impétuosité française l'a consommée. Lorsque
Bacon faisait ses premières expériences, lorsque Montaigne doutait, lorsque Bayle se faisait l'avocat général de la philo sopliie, ils préparaient la Eévolution de France. Mais les lumières de la raison appartiennent à tous les peuples et à tous les pays, et il n'est au pouvoir d'aucun potentat et d'aucun corps d'en retarder aujourd'hui les progrès. Elle continuera donc son ouvrage avec cette lenteur et cette sagesse qui font mûrir les événements sans les précipiter; et, tandis que la France achèvera la lutte pénible dans laquelle elle est engagée, les peuples de l'Europe ne verront pas sans émotion s'accomplir ces destinées étonnantes de qui dépendront les destinées de l'univeTs. »
î^ous retrouverons à la Convention Rabaut Saint- Etienne déçu, irrité de la perte de son beau rêve, chagrin et violent contre la violence officielle. A la Constituante, son éloquence se distingue par l'onction, par le calme, par une argumentation forte et toujours courtoise. Ce qui manque à son style oratoire, c'est la couleur et la passion.