‹ Les orateurs de la révolutionChapitre 7 sur 55 · ÉDUCATIOX ORATOIRE I>E MIRABEAU. SA POLITIQUE · texte numérisé non relu

ÉDUCATIOX ORATOIRE I>E MIRABEAU. SA POLITIQUE

Est-il besoin de dire que nous n'avons pas l'intention d'étudier toute la vie et toute l'œuvre de Mirabeau ? Une telle étude dépasserait les limites que nous nous sommes tracées en entreprenant cette histoire de l'éloquence parlementaire pendant la Révolution. Ce sont plusieurs volumes, c'est toute une vie d'écrivain et de cbercbeur qu'il faudrait consacrer à ce grand homme, sans autre espérance peut-être que de léguer à ceux qui viendraient ensuite des matériaux, des commencements, des ébauches. On devrait d'abord contrôler et rectifier les Mémoires si abondants écrits par Lucas-Montigny, apologie finalement partiale (1); on devrait obtenir et étudier minutieusement tous les papiers de la famille, dont M. de Loménie, dans ses deux gros volumes, n'a pas débrouillé tout le chaos. Ce procès domestique, si tragique et si digne de l'histoire, il faudrait le juger de nouveau. La seule étude des plaidoiries demanderait tout un volume. Resterait la vie privée de Mirabeau émancipé,

(1) Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau, écrits par lui-même, par son père, son oncle et son fils adoptif (Lucas-Montigny), Paris, 1834, 8 vol. in-8*'.

ses fautes, ses niallieurs, ses maîtresses, ses intrigues, et enfin sa rie publique avant la Eévolution, son rôle de diplomate, d'agent secret, de conseiller bénévole des ministres, de défenseur spontané des peuples. Et ce ne serait rien encore: on verrait se dresser devant soi une tâche infinie, l'étude des innombrables écrits de ce moraliste, de ce pamphlétaire, de ce romancier, de cet inépuisable épistolographe. Tout d'abord la bibliographie de cette œuvre oiïrirait de grandes difficultés. La plupart des écrits de Mirabeau sont anonymes, et il est certain que beaucoup de ceux qu'on lui attribue ne sont pas de lui. Mais lesquels? Là-dessus Quérard, Brunet et les plus experts pâlissent vainement. Mirabeau, écrivain, nous apparaît comme un être collectif, impersonnel dont le nom sert de passeport à une foule de libelles et de gros livres disparates de style, assez semblables de pensée, enfants légitimes, ou bâtards, ou attribués, dont le célèbre polygraphe n'avoue ni ne récuse la paternité. Il prenait et donnait de toutes mains, tour à tour inspirateur et inspiré, ne distinguant plus lui-même son bien d'avec le bien d'autrui, sans amour-propre, sans dignité, mais servant toujours la cause de la liberté. Même aux ouvrages dont il est sûrement l'auteur se mêle une part de collaboration ou de plagiat qu'on ne discernerait, si on la discernait jamais, qu'après des années de recherches. Laissons donc à d'autres cette étude si longue et si tentante néanmoins, et bornons-nous à montrer l'orateur à la tribune de l'Assemblée constituante. Et encore, dans l'examen de l'éloquence du grand tribun, supposerons-nous que le lecteur est déjà au courant, qu'il a lu les discours de Mirabeau et quelques-uns des nombreux écrits consacrés à ces discours, et nous insisterons de préférence sur ces trois points: Quelle fut l'éducation oratoire de Mirabeau ? Quelle était sa politique ? Quelle est la part de la collaboration dans ses discours ?

CHAPITEE PEEMIER

Page 1