‹ Les orateurs de la révolutionChapitre 6 sur 55 · I. — Droite. Elle la subdivise en trois partis: l'' les · texte numérisé non relu

I. — Droite. Elle la subdivise en trois partis: l'' les

(1) (( La grande table étendue dans la largeur séparait les deux partis. » (Bailly, t. l^r, p. 155.)

(2) On disait aussi côté de la Heine, par opposition au côté du Palais-Royal. Ces dénominations changent au moment de la translation dans la salle du Manège : u Par allusion à l'ancien usage de la nouvelle salle, on appela le côté droit les noirs; le côté gauche, les enragés ou les blancs; et le centre se donna le titre d'impartiaux ». (Bûchez, 2« éd., t. II, p. 208.) Mais ces termes ne furent jamais populaires et tombèrent bientôt en désuétude.

(3) No 48 (rédigé en l'an IV).

(4) Le Moniteur ne mentionne jamais que la droite et la gauche, à l'Assemblée constituante. Il ne parle d'un centre que dans les derniers mois de la Législative, et encore emploie-t-il cette expression : les membres du milieu de la salle. (Séance du pr juillet 1791.)

(5) Considérations, II, 6.

intransigeants de droite, ou ceux qui, « ne transigeant jamais avec les circonstances, croyaient faire le bien en aggravant le mal ». — 2° Le parti de la noblesse, avec Cazalès pour orateur. — 3* Le parti du clergé, dirigé par M. l'abbé Maury. Mais ce parti existait-il autrement que dans l'imagination de M""® de Staël?

II. — Plaine ou marais. Constitutionnels anglais: Malouet, « administrateur de première force » ; Lally, « doué d'une superbe éloquence » ; Mounier, « publiciste de la plus haute sagesse ».

III. — Parti populaire. M™® de Staël le divise en 4 sections. Mais elle annonce cette division et ne la donne pas. Elle se contente d'énumérer les chefs de ce parti, en allant de droite à gauche, dans cet ordre:

La Fayette, Mirabeau, Duport, Barnave, Siéyès.

Et elle ajoute: « Les Montagnards formaient le quatrième parti du côté gauche. Kobespierre était déjà dans leurs rangs, et le jacobinisme se préparait par leurs clubs » (1).

Quant au parti du duc d'Orléans, il n'avait pas d'existence réelle. Mirabeau avait bien vite reconnu que le duc n'était pas capable de jouer le rôle d'un Guillaume III.

Alexandre de Lameth, dans son Histoire de VAssem^hlée constituante, complète et rectifie le tableau tracé par M™^ de Staël. D'autres témoins oculaires^ entre autres Montlosier, ont vanté l'exactitude et la fidélité des souvenirs de l'ancien Constituant, en ce qui concerne la division des partis. Nous allons citer ces pages si autorisées; on y voit plus nettement qu'ailleurs la situation

(1) Le mari de M^^ de Staël, le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède, écrit à son gouvernement, le 22 octobre 1789, que l'Assemblée se divise en quatre partis : 1** les aristocrates; 2» le parti intermédiaire entre les démocrates et les aristocrates (Mounier, Lally, etc.); 3" le parti ou plutôt la <( conspiration du duc d'Orléans »; 4*^ la « cabale » Duport- Barnave-Lameth. (Corr. dij^l., p. 140 et suiv.)

respective de ces partis auxquels les histoires de seconde main donnent une existence un peu factice :

a Pour bien comprendre, dit Lameth, la division des partis dans l'Assemblée, il n'est pas inutile de se représenter leur position respective dans la salle où elle tenait ses séances. C'était un parallélogramme: le fauteuil du président et le bureau du secrétaire étaient placés au milieu, et la tribune vis-à-vis. Tout ce qui siégeait à droite appartenait, plus ou moins, au parti aristocratique; la gauche était formée par le parti patriote; mais l'un et l'autre se subdivisaient d'une manière à peu près égale. A droite, à la partie la plus élevée, étaient placés les plus chauds partisans' de la féodalité et de toute espèce de privilèges, comme d'Eprémesnil, le vicomte de Mirabeau, les plus violents des parlementaires. Le milieu était plus modéré; on y voyait un grand nombre de curés et d'hommes sans opinion politique bien déterminée. La troisième partie avait pour chefs des membres qui n'étaient point étrangers aux grandes questions de droit public, mais qui n'auraient voulu peut-être que de légères améliorations à l'ordre ancien. On comptait parmi eux Cazalès, Malouet, Clermont-Tonnerre, l'évêque de Langres, Montlosier (1), malgré son enthousiasme pour les institutions féodales. Lally et Mounier en auraient fait partie, s'ils n'eussent point abandonné l'Assemblée.

« La même disposition d'esprit et de sentiments avait classé, en sens inverse, les partis qui divisaient aussi le côté gauche: celui qui se rapprochait le plus du centre se composait des plus indécis, des hommes qui n'avaient point approfondi les questions politiques. Ils n'avaient point un système suivi, et votaient selon l'impulsion du moment; cependant, ce qui est remarquable, c'est que beaucoup d'entre eux se sont laissé entièremeiit entraîner par la succession des événements, comme Merlin (de

(1) Classification contestable, comme nous le verrons.

Douai), Grégoire, Barère, Camus, etc., etc., et dans un sens différent, les hommes qui ont rempli des emplois supérieurs sous l'Empire et qui ont été placés depuis dans la plus élevée de nos magistratures. Au-dessus d'eux étaient placés les membres qui constituaient le parti national et qui a eu la principale direction dans l'Assemblée. Les désigner, serait rappeler les noms de tous les hommes qui ont jeté le plus d'éclat dans la Révolution. L'extrémité du côté gauche formait le noyau de ce qu'on a appelé depuis la Montagne. Là, siégeaient Eobespierre, Buzot, Petion et tous ceux qui poussaient à une révolution radicale (1). »

Cette division n'est complètement exacte que pour le milieu de la carrière de l'Assemblée constituante. Dans les premiers mois les subdivisions de la droite et de la gauche apparaissent à peine, et- dans les derniers temps elles s'accentuent davantage. A ce moment, le parti des constitutionnels anglais s'émiette et tend à disparaître. Des absolutistes de l'extrême droite ont émigré, et au moment où l'Assemblée se sépare, la situation des partis est singulièrement changée. La fuite du roi et son arrestation ont radicalement modifié la politique générale de l'Assemblée: l'extrême gauche et les démocrates prennent de l'influence et voient venir à eux beaucoup de modérés. Les espérances de ceux qui croyaient à l'établissement de la monarchie parlementaire et à la bonne foi du roi sont ruinées d'un coup, ou leur politique est toute désorientée. Mais un nouveau classement né succède pas à l'ancien, faute de temps, puisque l'Assemblée n'a plus que trois mois à vivre, et puisque les Constituants, en interdisant leur propre réélection, se sont condamnés à mort politiquement et ont frappé de stérilité les dernières semaines de leur existence. A ce moment-là, il n'y a, à vrai dire, plus de partis, et l'opinion s'écarte de l'As-

(1) Histoire de VAssemhUe constituante, t. II, pp. 262-263.

semblée expirante pour se tourner tout entière vers les futures élections à l'Assemblée législative.

Nous pouvons néanmoins tenir compte de la division établie par Lameth, et qui est vraie pour la plus grande partie de la carrière de l'Assemblée constituante. En faisant toutes nos réserves sur le sens qu'il faut attacher au mot groupes politiques, quand on parle de ces débuts du régime parlementaire, nous étudierons les principaux orateurs de la Constituante en les plaçant cïïacun au milieu de son groupe, dont nous apprécierons successivement les opinions et la conduite parlementaire.

Nous parlerons d'abord de Mirabeau, qui forme à lui tout seul comme un parti dans l'Assemblée constituante: isolé à la fois par son génie et par sa mauvaise renommée, il est aussi le seul à posséder, sur le fonctionnement du régime nouveau, les idées qui ont prévalu depuis chez la plupart des monarchistes parlementaires.

Puis nous passerons en revue les chefs des partis en allant de droite à gauche, comme l'ont fait Lameth et ^|me jg Staël. Cet ordre nous permettra de placer Mirabeau cadet à côté de son aîné, dont il éclaire et complète la physionomie.

On comprend que nous ne pourrons étudier que les discours des orateurs notables, et voici, en définitive, l'ordre que nous suivrons, en adoptant provisoirement, pour la désignation des groupes, les appellations aujourd'hui en usage:

1° Mirabeau.

2° Extrême droite (Absolutistes): Le vicomte de Mirabeau, d'Eprémesnil.

S"" Droite: L'abbé Maury, Cazalès, l'abbé de Montesquiou, Montlosier, etc.

4" Centre droit (Monarchiens ou Impartiaux): Malouet, Mounier, Lally, Bergasse, Clermont-Tonnerre, Virieu.

B"* Centre gauche (Patriotes, club de 89): Siéyès, Camus, Grégoire, Eabaut Saint-Etienne, Thouret, Le

64 MŒURS parlementairp:s.

Chapelier, Target, Tronchet, de Beaumez, D'André, Barère, La Fayette.

6° Gauche (Triumvirat, Jacobins première manière, puis Feuillants): Barnave, Duport, les Lameth.

7"* Extrême gauche (Démocrates): Robespierre, Petion, Buzot.

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