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RELATIFS A L'HISTOIRE DE PARIS

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pour éviter

LE DANGIER DE PESTE Année i53i.

TIRE A 35o EXEMPLAIRES

TOUS NUM ÉROTÉS

325 sur papier vergé des Vosges.

22 — chine véritable.

3 sur parchemin.

Cette affreuse dermatose , qui était sans doute entretenue par la malpropreté, par le mauvais état des habitations, par l'usage de denrées falsifiées, et qui nécessita la création de tant de léproseries ou maladières, n'est pas la seule maladie épidémique qui ait régné en France et à Paris dans les premiers siècles de la monarchie. Sous les noms àz peste, contagion, mortalité, il est fait mention de terribles fléaux qui décimèrent les populations et qui n'épargnèrent pas même les familles royales.

La peste, la vraie peste d'Orient est signalée par Grégoire de Tours (i) sous le nom significatif d'inguinaria, à l'année 420 et à l'année 552. Le même historien parle (2) d'une grande mortalité, qui sévit à Chinon, après un tremblement dé terre. En 58o, c'est une affection dysentérique qui envahit presque toutes les Gaules, s'attaquant d'abord aux jeunes enfants, frappant le roi Chilpéric, faisant mourir deux enfants de ce prince; ceux qui en souffraient avaient une forte

(1) Hist. eccîés. des Francs, trad. de M. Henri Bordier, i85 9 , 8% liv. II, ch. xvm, et liv. IV, ch. v.

(2) Ibid., liv,. V, ch. xvin.

fièvre, des vomissements, des douleurs dans les reins, de la pesanteur de tête, et d'autres phénomènes qui font croire (i) à l'existence, à cette époque, de la variole ou petite vérole (2). Deux .ans plus tard (582), les populations sont encore gravement atteintes par « une maladie maligne accompagnée de pustules et de tumeurs. » A Narbonne, Vinguinaria dépeuplait la ville et tuait en peu d'instants ceux qui en étaient atteints (3).

En 588, Marseille est ravagée par la peste inguinaire (4).

Félibien fait mention, à l'année 666, d'une peste qui dépeupla une partie de la ville de Paris, et qui ayant gagné l'abbaye de Saint- Martial, fondée par saint Éloy, emporta une grande partie des religieuses (5).

Est-ce la même peste d'Orient qui envahit la France en 1259, et qui devint surtout terrible à Paris (6) ?

(1) K. Littré, les Grandes épidémies (Revue des Deux-Mondes, 4* série, t. V, année i836, p. 220.)

(2) Grégoire de Tours, liv. V, ch. xxxv.

(3) Jbid., liv. VI, ch. xiv.

(4) Ibid.y liv. Vif, ch. xxi.

(5) Félibien, Hist. de Paris, 1. 1, p. 58.

(6) Vie de saint Louis, par le Nain de Tillemont, éd. J. de Gaulle. Paris, 1861, 8*, t. IV, p. 204.

Qu'était-ce, aussi, que le mal des ardents, Jeu sacré, feu saint Éloy,feu saint Antoine, qui, en 945 (1) exerça ses ravages tant à Paris qu'en province, qui régna pareillement en 993, « attaquant les membres et les détachant du tronc après les avoir consumés » (2), et fit une nouvelle irruption en 1089, « rendant les membres noirs comme du charbon, lesquels se détachaient du corps » (3) ? Il y a lieu de voir là une maladie bien connue des modernes, Yergotisme gangreneux, c'est-à-dire la gangrène des membres, des inférieurs surtout, par l'action sur l'économie de cette altération particulière du seigle et même du blé, appelée ergot.

Les rimeurs du commencement du xrv* siècle parlent aussi des grandes mortalités qui se répandirent dans plusieurs parties de Ut France, et semèrent la mort.

Dans la Chronique rimée, attribuée à Geffroi de Paris, on lit ceci :

L'année m. ccc et vu

En avril fist-il si grants froits

(1) Frodoard, Historiens des Gaules, t. VIII, p. 199.

(2) Raoul Glaber, ibid., t. X, p. 19.

(3) Sigebert, ibid., t. XIII, p. 259*

Que vijnes en borjons gelèrent,

Ne riens cel an ne portèrent ;

Dont maintes lors l'eaue burent,

Qui puis en septembre morurent j

Ainsi en fu la vérité,

Si en ru la mortalité

En cel an sur les hommes grant.

Li phisiciens grandement

Lors gaaingnèrent : qui ne purent

En cel an vivre, celz morurent.

Et à l'année i3i5 :

En cel an fu mortalité

Et famine, c'est vérité :

Les genz par les rues morurent

Ne nul secours ils ne trouvoient ;

La nuit gisoient toutes nues

Les bonnes genz par les rues.

Maître Gefroi des Nés, auteur de la Vie de saint Magloire, n'est pas moins affirmatif :

L'an mil ccc et xv ensamble Tempestes de venz ce me semble, De mortalité, pestillence Et famine furent en France

A Paris especiaument Car là entôur plus cruaumerit Celé graqt pestillence es toit Qui tout le pals contristoit.

Au reste, à part la lèpre qui est parfaite-

ment caractérisée par les chroniqueurs ou les médecins du temps r ;et-qui forme bien une affection tranchée, sut generis, ayant ses symptômes, ses caractères, son mode particulier d'évolution, les mots mortalité, contagion, peste n'expriment, dans les extraits que nous venons de donner, rien de scientifique ni de médical. Aussi, Du Cange a-t-il grande raison lorsqu'il rappelle que le mot pestis a été souvent employé à la place de miseria, dJexitio et même As famine. Monstrelet, en parlant de la famine et de la cherté des blés en Tannée 1437, n'emploie-t-il pas le mot pestilence (1)?

Nous allons passer successivement en rpvue les grands fléaux qui ont affligé la France et surtout Paris.

(1) La Chronique d'Enguerran de Monstrelet, par L. Douët-D'Arcq, 1 861, t. V, p. 3og et 329.

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Grande peste de 1348. —Peste noire. — P«fw atra. — Peste de Florence. — Grande pestilence. — Mort alitât. — Mortaudat. — Empedimia de bosses. — Peste inguinaire. — Impidemie. — Pestilence de boces. — Mortalegra grande.' — Anguinalgia. — Pestis atrocissima. — Peste épouvantable. — La mort noire. — La mort, etc.

els sont les noms sous lesquels on désigne ce terrible fléau, le plus épouvantable de tous ceux dont il ait été fait mention, et qui, détruisant « la tierce partie du monde, » ravagea l'Europe entière, et, avant l'Europe, l'Asie depuis l'extrême Orient jusqu'aux rives du Bosphore, et toutes les côtes africaines de la Méditerranée. La description des historiens, aussi bien que celle des médecins, ne peut laisser aucun doute sur

la nature de la Peste noire : ce fut une vérir table, peste à bubons, telle qu'elle revint depuis encore visiter l'Europe, telle qu'elle ravagea Marseille en 1720, telle, enfin, qu'on l'observe encore aujourd'hui en Egypte, en Palestine et en Syrie. Le tiers de la population européenne fut emportée par le fléau (1). Gilles le Muisit, prieur de l'abbaye de Saint-Martin de Tournay, mort en i352, affirme qu'il y eut des villes où de 20,000 habitants il en resta à peine 2,000, et des villages, où de i,5oo personnes, à peine 100 échappèrent (2).

Avant d'atteindre Paris, la peste noire s'appesantit sur le petit village de. Roissy, près de Gonesse : « Et estoit très grant pitié de veoir les corps des morts en si grant quantité, car en l'espace dudit an et demi (1348- 1349), selon ce que aulcuns disoient, le nombre des trespassés à Paris monta à plus de 5o mille (3). » La cour de France ne fut

(1) Voyez Histoire de la peste noire (1346-1 35o), d'après des documents inédits, par A. Philippe. Paris, i853, 8».

(2) Notices et extraits manuscrits de la Bibliothèque impériale, publiés par l'Institut, 4*, t. II (an VII), p. 228.

(3) Chroniques de Saint-Denis.

pas plus, épargnée que le peuple ; la peste enleva Jeanne de Bourgogne, reine de Navarre; sa bru, la duchesse de Normandie; la reine de France, Jeanne, femme de Philippe de Valois. Au nombre des illustres victimes dans Paris, il faut compter l'évéque Foulques de Chanac, les prévôts de Paris Jean de Milan, Pierre Belagent, Guillaume Gourmont, Philippe de Croisy, Alexandre de Crèvecœur.

Guy de Chauliac, avec son talent ordinaire a décrit de visu cette épouvantable épidémie; elle soulevait la peau par des reliefs glandulaires ou purulents, la parsemait de disques livides, la couvrait de taches gangreneuses, et la rongeait par des ulcères creusés sous des charbons incendiaires; l'expectoration d'un sang noir livide, complétait ce tableau (i).

Devant un tel malheur public, la Faculté de médecine de Paris devait intervenir ; elle avait alors pour chef Girard de Beato Desiderio, homme considérable, chanoine de Paris, qui, sur Tordre qui lui fut donné par

(i) Guy de Chauliac, Chirurgia. Venet., 1546, in- fol., tract. II, doct. II, cap. v.

le roi Philippe, réunit ses confrères dans l'église de Notre-Dame, et leur imposa le devoir de rédiger une Consultation, ou Compendium, comme on disait alors. Cette consultation nous est parvenue, avec quelques fâcheuses mutilations il est vrai ; mais telle qu'elle est, si scientifiquement parlant elle n'a pas grande importance, empreinte qu'elle est des idées superstitieuses du siècle et des folies de l'astrologie, elle n'en est pas moins un monument historique intéressant d'une grande école. M. J.-A. Joseph Michon a donné ce document in extenso dans son excellente brochure (i).

(i) Documents inédits sur la grande peste de 1348. Paris, 1860, 8».

Épidémies au quinzième siècle.

lus d'un fléau épidémique s est appesanti sur Paris au xv ô siècle. Suivant la Chronique de Charles VI, une grande mortalité exerça ses ravages dans le camp du roi pendant toute la moitié de Tannée 141 2. C'étaient « des dysenteries et plusieurs autres maladies. » Une « peste épidémique d'apostèmes » (apostematum pestis epidemialis), la contagion, se répandit dans presque tout le royaume de France, enlevant, dans plusieurs grandes villes, la plupart des membres des principales familles. Pierre de Navarre, frère unique du roi de Navarre, en devint victime. Les médecins les plus expé-

rimentés déclarèrent que le mal ne venait pas de la corruption de l'air, et recommandaient d'éviter toute communication avec les malades. D'après leurs conseils, presque tous ceux qui étaient pris de fièvre et qui sentaient se former des tumeurs et des apostèmes, soit à l'aine, soit aux aisselles, soit à la gorge, cherchèrent à y remédier par une prompte saignée ( i ) .

Six ans après (141 8), le même fléau se renouvelait, et frappait particulièrement les jeunes gens des deux sexes.» Ceux qui étaient atteints éprouvaient un violent mal de tête, et avaient le visage et toute la peau recouverts d'une grande quantité de boutons enflammés ; ils succombaient au bout de deux ou trois jours. Il n'y avait de chance de salut que quand on pouvait faire l'incision de ces boutons (2). »

En Tannée 1414, ce fut une toux convulsive appelée alors la coqueluche, le tard, le horion (1), qui devait encore frapper Paris en i58o, et qui ne fut, comme nous le ver-

(1) Chroniques de Charles VI, édit. Bellaguet, liv. XXIII. ch. xvii.

(2) Ibid., liv. XXXIX, ch. xn.

(3) Félibien, Histoire de Paris, t. II, p. 776.

rons tout à l'heure, qu'une véritable grippe ou influença.

La Chronique d'un Bourgeois de Paris n'a pas oublié cette terrible épidémie, qui faisait de tels ravages à Paris, dans le mois de novembre 141 8, qu'on ne savait où enterrer les morts. Dans les divers cimetières, aux Saints-Innocents, à la Trinité, et ailleurs, on fit de grandes fosses dans chacune desquelles on jetait six cents cadavres. Les cordonniers de Paris perdirent dix-huit cents des leurs. Les maîtres de l'Hôtel- Dieu, les fossoyeurs affirmèrent que dans l'espace compris entre la Nativité et la Conception de la Vierge (8 septembre au 8 décembre), on avait enterré à Paris plus de cent mille cadavres appartenant à peu près tous à des enfants et à des jeunes gens (1).

Monstrelet parle d'une grande famine, cherté de blés en 1437 et 1438 : « si très grande et si destreceuse, que c'estoit moult piteuse chose de veoir les povres gens morir en grand multitude par le moyen d'icelle famine. Et avec ce fu très grande mortalité

(1) Journal d'un Bourgeois de Paris sous Charles VI, collection Buchon, t. XL, p. a5 1.

en diverses parties du royaume de France; et pareillement dedens la cité de Paris (i).»

Mais l'épidémie de 1466 fut encore peutêtre plus terrible et plus meurtrière. Les registres-commentaires de la Faculté de médecine de Paris signalent que la peste a chassé tous 'les bacheliers des écoles, et que les actes scolaires ont été interrompus à cause de cette « peste ». La Chronique scandaleuse s'exprime en ces termes :

« En ladite année (1466), es mois d'aoust et septembre, fut grande et merveilleuse chaleur, au moien de laquelle s'en ensuivit grande mortalité de pestilence, et autres maladies, dont de quoi il mourut tant en la ville, villaiges voisins, prévosté et vicomte de Paris, quarente mil créatures, et mieulx ; entre lesquels y mourut maistre Arnoul, astrologien du Roy, qui estoit fort homme de bien, saige et plaisant, et aussi y mourut plusieurs médecins et officiers du Roy en ladicte ville de Paris. Et si grand nombre de créatures furent portez ensevelies et enterrez au cymetière des Saincts Innocents, en

(1) La Chronique d'Enguerran de Monstrelet, édit. de M. Dou5t-D'Àrcq, 1861, 8<>, t. V, p. 3 19 et 33g.

ladicte ville de Paris, que tant des morts en ladicte ville que de TOstel Dieu, tout y fut remply. Et fut ordonné que delà en avant on porterait les morts au cymetière de la Trinité, qui est et appartient à l'Ostel de la ville de Paris. Et continua ladicte mort jusques au mois de novembre, que pour la faire cesser et prier Dieu qu'il luy pleust de le faire, furent faictes de moult belles processions généralles à Paris, par toutes les paroisses et Esglises d'icelle... (i). »

En 1482, Paris devenait encore le théâtre d'une peste épouvantable, qui régna sous la forme d'une fièvre inflammatoire, avec délire, céphalalgie, etc. (2).

(1 ) Les Chroniques du roy Louys XI, édit. de Denyt Godefroy. Bruxelles, 1706, #°, p. 8g.

(2) Edward Bascome, A Mistory af épidémie pestilences front tke earliesf çges. ..Laxidon, i85i, 8%

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Épidémies de i5oo à i5ig.

ous avons peu de renseignements sur cette période relativement à la santé publique. Cependant, il est certain que des affections épidémiques y ont plusieurs fois régné. Les registres-commentaires font mention, au 20 mars 1 5oo, d'une lettre que le prévôt de Paris (Jacques Destouteville) écrit à la Faculté, lui demandant si l'état actuel est favorable à la peste, ainsi que de la réponse que font les médecins, « Oui, disent-ils, la peste sévit sur plusieurs points de Paris; mais il vaut mieux ne pas en parler, afin de ne pas effrayer les populations. La Faculté nommera deux docteurs

qui seront payés par la ville, et qui visiteront tous les malades, qu'ils soient ou non affectés de la peste. »

Ce fléau était même assez grave pour que les gens de la ville, très-embarrassés des morts, eussent eu l'idée de faire inhumer, dans le jardin des Bernardins les malheureux morts à l'Hôtel-Dieu de la peste, et que dans une assemblée de l'Université, tenue le 12 août i5oo, les principaux des trois collèges de Saint-Bernard, Cardinalle-Moine, et Bons-Enfants, eussent protesté contre cette mesure.

Le i5 novembre i5io, c'est le Parlement qui demande à la Faculté de médecine six de ses docteurs, lesquels avec six barbiers, donneraient leurs soins aux pestiférés de Paris. L'épidémie sévit évidemment avec rage. Une ordonnance du prévôt de Paris (16 novembre i5jo) enjoint à ceux qui occupent des maisons infectées, « de mettre à l'une des fenêtres ou autres lieux plus, apparents, une botte de paille, et de l'y laisser encore pendant deux mois après que la maladie aura cessé (1). »

(1) Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. ir.

D'après un passage emprunté à un livre d'Ambroise Paré, il n'est pas douteux qu'en cette année i5io, l'épidémie parisienne n'ait été la même que celle qui devait sévir avec tant de rage en i58o, c'est-à-dire la coqueluche : « Ainsi que Tan i5io, survint une maladie par tout le royaume de France, tant es villes que es villages, nommée par le commun coqueluche, parce que quand aucuns estoient espris de ceste maladie, ils sentoient grande douleur en la teste, ensemble à l'estomac, es reins et es jambes, et avoient fièvre continue avec délire et frénésie ; et lorsqu'on les purgeoit et saignoit, on abrégeoit leurs jours. Et d'icelle mourut un grand nombre, tant riches que pauvres (i). »

En i5i6, les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu veulent faire construire un pont et des chambres pour les pestiférés, près de la rue du Fouarre. Protestations de l'Université, qui ne veut pas d'un tel voisinage pour ses écoliers. Protestations des médecins qui se joindront, pour cet effet, à la mère comf1 ) Ambr. Paré, Traité de la peste, i568, 8%

mune, et qui chargeront leur collègue, Brissot, de rédiger des articles d'opposition (18 juin 1 5 1 6} .

Le 14 avril iSiç, la peste est encore à Paris. Le prévôt demande si Ton peut sans danger permettre la représentation du mystère de Notre-Seigneur dans le cimetière de Saint-Jean. La Faculté répond que les grandes agglomérations sont dangereuses, et qu'on doit empêcher cette représentation.

Épidémie de i53i à i533.

'est celle à l'occasion de laquelle fut criée et publiée à son de trompe l'ordonnance que M. Léon Willem réimprime aujourd'hui, et qui a été l'occasion de cette notice. Elle fut une des plus graves de toutes celles qui affligèrent lu capitale, si l'on en juge par les mesures administratives qui furent prises. Dans ce siècle, la théorie de la nature contagieuse des maladies dites pestilentielles règne dans toute sa plénitude. On s'imagine que le mauvais génie peut se transmettre, non-seulement par la cohabU tatiôn avec un malade, mais -encore par les vêtements , les meubles, les ustensiles qui

lui ont servi ; il y a même tels tissus qui sont regardés comme particulièrement susceptibles de servir de refuge au mauvais air : les lainages, les fourrures ont surtout cette propriété, qu'ils doivent sans doute au relâchement des fils qui le? composent, au moelleux de leur trame, à leurs nombreuses lacunes, dans lesquelles le virus doit trouver un abri assuré. De là les mesures prises par le Parlement, et l'ordonnance en question : les maisons infectées auront aux fenêtres et à la principale porte, une croix de bois, afin que chacun puisse savoir où est le danger et ne pas s'y exposer. Toute personne qui aura été malade, tout membre de sa famille, tout habitant même de la mai* son habitée par ce malade, ne pourront circuler dans la ville, sans avoir à la main une baguette ou un *bâton de couleur blanche.

Défense absolue de faire entrer dans Paris ou dans les faubourgs, ni lits, ni couvertures, courte-pointes, draps de laine, serges, rideaux, « ne autres biens où la peste peult retenir; » la même défense s'applique aux objets à transporter d'une maison infectée dans une autre. Les fripiers , les priseurs, les couturiers, les revendeurs, etc., ne pour-

ront même plus continuer leurs métiers, relativement à ces tissus, « où la peste et mauvais air se peult retenir. » Le Parisien n'aura plus le loisir d'aller aux étuves; les propriétaires de ces derniers établissements s'abstiendront jusqu'au prochain jour de Noël, c'est-à-dire pendant près de cinq mois, de chauffer les dites étuves ; on craignait évidemment le rapprochement entre les gens sains et les gens contaminés. Tout marraut, tout mendiant sera impitoyablement rejeté de l'intérieur des églises. Les ladres ou lépfeux, habitants de Paris, se retireront en leurs maladières. Les chirurgiens et barbiers seront tenus de ne point jeter dans la partie de la Seine comprise dans l'enceinte de Paris, le sang des saignées qu'ils au* ront pratiquées, mais de le porter au delà de cette enceinte, au-dessous de l'écorcherie aux chevaux. Ces mêmes chirurgiens, s'ils ont été convaincus d'avoir saigné des lépreux, devront s'abstenir de pratiquer leur métier pendant un temps déterminé par la justice. Les mêmes prohibitions s'appliquent aux maréchaux qui recevront dans un vase le sang provenant de la saignée dés chevaux, et qui iront jeter ce sang aux voi-

ries, hors la ville et les faubourgs. On leur défend aussi d'entretenir leurs forges avec du charbon de terre ; on s'imagine que les vapeurs bitumineuses répandues par ce combustible , alors nouveau , peuvent aider le fléau dans ses manifestations. Excellente mesure : le pavé devant les maisons, sera réparé s'il est mauvais ; soir et matin, « mesmement dedans le ruisseau, » on arrosera; on empêchera l'engorgement des égouts, on laissera l'eau du ciel tomber en toute lir berté, sans balayer ni nettoyer durant cette pluie ; défense de jeter par les fenêtres quoi que ce soit en fait d'ordures^ d'eaux ; de garder longtemps dans les maisons les urines et les eaux ménagères. Dorénavant, et à. l'avenir, défense est faite de vider dans la rue les ordures des maisons ; on les mettra dans des paniers, le long des maisons, où elles seront prises de suite par des charretiers pour être jetées en dehors de la ville. Ces charretiers sont appelés à une grande diligence dans le débarras de ces ordures ; la planche qui ferme le derrière de leurs tombereaux, devra être aussi haute que celle de devant, afin que les immondices ne puissent tomber sur la voie publique. Défense

est faite aux bouchers, charcutiers, rôtisseurs, vendeurs de volailles, etc., d'entretenir chez eux, dans la ville de Paris, des cochons, des pigeons, des poules, etc. Les propriétaires de maisons seront tenus de faire creuser immédiatement des latrines dans leurs propriétés ; les vidangeurs ne pourront vider ces fosses qu'après en avoir demandé l'autorisation à qui de droit. Es expressément défendu l'étalage des draps aux fenêtres donnant sur la rue. Les examinateurs-commissaires au Châtelet, les quarteniers, les dizainiers, les cinquanteniers, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution de ces différents points.

Tel est le résumé succinct de l'ordonnance du 26 août i53i. Mais ce dont ne parle pas ce curieux document c'est la création des Prévôts de la santé, lesquels, aidés d'un certain nombre d'archers, devaient s'enqué* rir des maisons infectées, séparer prompte* ment les malades d'avec les personnes saines, veiller à l'exécution des règlements sanitaires. Ils devaient se tenir habituellement, afin qu'on pût toujours les trouver, au cimetière de Saint-Gervais ou à celui de Saint- Séverin. Ils se rendaient matin et soir chez

les commissaires, et plusieurs fois dans la journée, chez les quarteniers, dizainiers, médecins, barbiers, chirurgiens, apothicaires de chaque quartier, afin d'apprendre d'eux les noms et demeures des citoyens frappés. Ces derniers, ils les confiaient aussitôt aux barbiers ou aux chirurgiens nommés par la police, ou les faisaient porter â T Hôtel-Dieu . Les prévôts de la santé avaient encore le soin de marquer d'une croix blanche les maisons abritant des pestiférés, et de veiller à ce que les domestiques de ces mêmes maisons ne sortissent qu'avec une verge blanche à la main. Les peines portées contre ceux qui eussent osé effacer ces croix blanches marquées par les prévôts de la santé, étaient extrêmement sévères : les délinquants avaient le poing coupé. Enfin, ces officiers sanitaires, leurs aides et archers, ne marchaient dans les rues que portant une casaque d'étoffe noire avec une croix blanche.

- A cette occasion, nous rappellerons que dans la peste qui ravagea Marseille en 1720, on prit une mesure encore plus extravagante.

Nous donnons ici le fac-similé d'une curieuse gravure du temps représentant le cos-

tume que portaient les médecins chargés de soigner les pestiférés : robe en maroquin du Levant, parce que cette étoffe, par son odeur et son poil, est la pluscapablede résister au venin pestilentiel; la tête est complètement fourrée dans un capuchon fait du même maroquin ; ce capuchon est percé, au niveau des yeux, d'ouvertures pour permettre la vue, mais ces ouvertures sont soigneusement bouchées par un cristal. Le nez, en forme de bec, était rempli de parfums et de matières balsamiques.

Mais, ce que le Parlement fît de mieux dans 1 épidémie de i53i-i534, ce fut de s'adresser à la Faculté de médecine, et de lui demander aide, secours et conseils. Le 8 septembre i533, les Parisiens épouvantés par le fléau qui répandait de tous côtés la terreur et la mort, furent un peu rassurés en lisant dans tous les carrefours l'arrêt suivant :

«... Et au surplus, ordonne, ladite chambre (le Parlement), que la Faculté de médecine députera quatre médecins, docteurs ré* gens en icelle, de qualité tant en théorie que practique, pour visiter et médicamenter les malades de peste en cette ville et faubourgs

de Paris. Et pour ce faire,, auront, chascun d'eulx, trois cens livres parisis pour ceste présente œuure. Et il leur sera aduancé un quartier... Aussi, ordonne, içelle chambre, que les dits quatre médecins qui seront esleus et commis à ce que dit est, pendant le temps dessus dit et quarante jours après, s'abstiendront de voir et visiter et médicamenter autres personnes que pestiférées, sur peine de punition corporelle, priuation de leurs offices, et amende arbitrale.»

Le collège des chirurgiens fut aussi appelé à prouver son zèle et son ardeur à venir au secours des malheureux pestiférés.

Il dut élire deux chirurgiens pour visiter, panser, et médicamenter les malades; leurs gages furent, pour chacun, de 120 livres parisis. Enfin les barbiers fournirent aussi deux compagnons, qui devaient être payés à raison de 80 livres.

Nous ne devons pas oublier les noms des quatre médecins que la Faculté choisit pour obéir aux ordres du Parlement, et qui n'hésitèrent pas à accepter le mandat, quoique avec les idées contagionistes exagérées de l'époque, c'était, pensait-on, courir presque sûrement à la mort. Honneur donc à Pierre

Royer, Jacques Fournier, Jean Guido, Pierre Collier ! Ce n'est pas sans raison que là Faculté les baptisa de suite de ces titres : Medici Parabolani, du grecIIapafoXoç, téméraire, audacieux, rappelant ainsi le courage civique que montrèrent les dignes enfants de nos écoles de Paris.

Toutes ces mesures, si sages en apparence, et marquées au coin d'une si grande sollicitude pour le salut public, engendraient pourtant, d'effroyables désordres. Ambroise Paré nous a laissé un tableau navrant des misères de toutes sortes dans ces temps de calamités publiques, où le malheureux pestiféré, traqué comme une béte venimeuse, était arraché à son foyer domestique, séquestré dans des lieux infects, et souvent victime des voleurs et des assassins. Ecoutons l'illustre chirurgien :

« ... Outre plus, les plusopulens, mesmes les magistrats et autres, qui ont quelque auctorité au gouvernement de la chose publicque, s'absentent ordinairement des premiers, et se retirent ailleurs, de sorte que la justice n'est plus administrée, n'y estant personne à qui on la puisse requérir; et lors, tout s'en va à confusion, qui est un mal des

plus grands qui sçauroient advenir à une république quand la justice défaut. Et a donc, les méchants ameinent bien une autre peste ; car ils entrent es maisons, et y pillent le plus et desrobent à leur aise impunément, et couppent le plus souvent la gorge aux malades, voire aux sains mesmes, afin de n'estre cogneus et accusés après.». En ceste ville de Paris, se sont trouvés des gens, qui avec l'aide de tels maistres, ayant fait entendre à leur ennemy qu'il avoit la peste, sans avoir mal quelconque, et le jour qu'il devoit parler de son procès, ou faire quelque acte où sa présence étoit requise, l'ont fait ravir et emporter à l'Hostel-Dieu, par la force de ces galands, quelque résistance qu'il pût faire, estant plusieurs contre un; et si de fortune il imploroit l'aide et miséricorde du peuple qui le voyoit, les larrons et meurtriers l'empeschoient et crioient encore plus fort que luyy afin qu'il ne fust entendu; ou bien, ils donnoient à entendre que le mal l'avoit rendu furieux et démoniaque, pour faire fuyr chacun d'auprès, et, ce pendant, avoir moyen de le poulser audit Hostel-Dieu et le faire lier et coucher avec les pestiférés. Et quelques jours après mouroit, tant de

déplaisir que de l'air infecté, ayant esté sa mort auparavant vendue et achaptée à beaux deniers contants.. . Geste maladie rend l'homme si misérable que si tost qu'il est soupçonné, sa maison (qui luy estoit le plus seur et le plus libre) luy sert d'une cruelle prison ; car on l'enferme dedans sans qu'il puisse sortir, ny que personne y soit admise pour le secourir. Si, ce pendant, quelqu'un de ceux qui sont ainsi resserrés et enfermés se meurt, il faut que les autres qui sont là dedans voyent quelquefois durant long temps cet horrible spectacle de corps remplis de vermine et pourriture, avec une grande puanteur charongneuse, qui fait renforcer l'infection et vénénosité de l'air, qui puis après fait redoubler la peste, et est souvent cause de la mort de tous ceux qui sont en la maison. Et si on se retire aux champs, la mesme crainte et horreur y est... Tout est clos et fermé aux villes, villages et bourgades, voire les maisons propres sont closes à leurs maistres, tellement que souvent on est contraint de faire quelque logette aux champs, arrière de toute conversation et xrognoissance... Et qui plus est, na-t-on pas veu es dites loges, que le père et la mère estans

griéfvement malades, et ne pouvans aider à leur enfant, l'ont veu suffoquer et manger aux mouches guespes, et la mère cuidant le secourir, se lever, puis tomber morte entre l'enfant et le mary ! Plus on est recogneu des vassaux, subjects, ou serviteurs qu'on ait, chascun tourne le dos, et personne n'y oseroit aller ; mesme le père abandonne l'enfant et l'enfant le père ; le mary la femme, et la femme le mary ; le frère la sœur, et la sœur le frère ; voire, ceux que vous pensez les plus intimes et féales amys, en ce temps vous abandonnent pour l'horreur et danger de ceste maladie. Et s'il y a quelqun meu de pitié et charité chrestienne, ou par la consanguinité, se veut advancer pour secourir et visiter un malade, il n'aura après parent ny amy qui le vueille fréquenter ny approcher.

Qu'ainsi soit on a veu, lorsqu'on apercevoit seulement es rues les médecins, chirurgiens et barbiers, esleus pour panser les malades, chascun couroit après eux à coups de pierres pour les tuer comme chiens enragés, disant qu'il falloit qu'ils n'allassent que de nuict. de peur d'infecter les sains. »

Épidémie de i56i et i5Ô2.

elle -la est appelée lues pesti/era sur , les registres de la Faculté de médecine, et dura à Paris plus d'un an.

Claude Haton qui en parle (i), évalue à plus de 25,000 le nombre des morts dans la capitale. Le fléau avait commencé à Provins le i5 mai i56i; les gouverneurs de la ville durent nommer des barbiers, des gardes, et un fossoyeur « pour médeciner, garder, panser et enterrer les atteints. » On compta un jour 80 pestiférés et 60 morts, parmi les-

(1) Mémoires de Claude Haton, édités par M. F. Bourquelot. 1857, 4% p. 223 et 332.

quels les barbiers et le chirurgien. Nécessité de remplacer ces derniers; le choix tombe sur Nicolas Douy, chirurgien, et sur Ayoul fossoyeur; mais ces deux braves se sauvent, on les juge par défaut, ils sont condamnés à être pendus; Martin Lange et Antoine Dantiii se dévouent ; ils sont emportés par l'épidémie. A Paris, on dut prendre des mesures urgentes. Le 2 juillet i56i, le Parlement demande à la Faculté huit médecins, qui devaient être payés par le prévôt des marchands; les marguilliers de chaque paroisse installent un fossoyeur pour inhumer Les corps aux frais de la fabrique ; ces fossoyeurs devront se garder d'enterrer d'autres cadavres que ceux appartenant à des pestiférés ; l'administration de la ville poste à chaque porte un barbier pour porter secours aux malades. Le Châtelet choisit les barbiers dont les noms suivent : De la Forest, demeurant sur le rempart, entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin; Boisart, qui habite près de Saint- Paul, et le Vieux, dont la maison est rue Notre-Dame, près de Sainte-Geneviève des Ardents.

Nous connaissons les noms de quatre des médecins de Paris qui se dévouèrent dans

ces tristes circonstances. Ce furent Stellatus, Perdulcis, Palmarius et De Lor. Le Parlement, toujours attentif aux intérêts des populations, eut une excellente idée, en invitant la Faculté à composer certains remèdes propres à prévenir et à combattre le lues pestifera. La savante compagnie de la rue de la Bûcherie, nomma sans désemparer, pour s'occuper de ce sujet : Roger, Vigoreux, Mustel, De Gorris, Granger et Legrand.

Epidémie de i5j8.

l n'y a pas de doute; ce fut une véritable cholérine, telle que nous l'observons aujourd'hui, qui régna en cette année. Le mot « co.urant » par lequel elle est désignée par les auteurs contemporains, le prouverait suffisamment, si les détails qu'ils donnent ne venaient confirmer cette analogie. Écoutons Claude Haton qui assure que la maladie commença à Paris dans le mois d'août, et s'étendit à Corbeil, à Lagny, à Meaux :

« Cette maladie, le courant, fut une dysenterie de boyaux et mal de ventre fort doloreux et si cruel qu'il amena ung flux de

sang horrible et de grandissime doleur, accompagnée d'une colique -passion telle, qu'il semblait aux pauvres patients qu'ils deussent jetter par le fondement leurs tripes et boyaux ; plus de cent garderobes en 24 heu nés. A plusieurs, avec ce mal, leur vint un vomissemeot d'estomac et de cœur, et de tels peu échappa. A plusieurs malades tomba une froidure sur leur corps et membres si grande que le fer n'est plus froid, et si ne les povoit-on réchauffer en quelque sorte que ce fût; toutes fois les dits patients ne se plaignoient de telle froidure, non plus que s'ils n'en eussent rien senty. Aucuns frappés de cette froidure en échappèrent, mais bien peu. Le souverain remède et le meilleur qu'on trouva pour guérir cette maladie fut de se tenir au lit le plus chaudement qu'il étoit possible, et de laisser tout échapper et faire son aysance dedans le lit sans se lever, de peur de se morfondre, et de manger des coings, pommes cuites entre deux braises.

Cette maladie dura jusques à la Saint-Martin d'hiver (1). »

Claude Haton assure que les médecihs,

(1) Mémoires de Claude Haton, p. 967.

- 4 3 chirurgiens et apothicaires de Paris se rassemblèrent pour donner leur avis sur les causes de cette maladie. Il ajoute que « le tout bien disputé, n'en purent que dire sinon que c'étoit une maladie, que Dieu envoyoitaux humains en pugnitïon. Toutefois, il fut résolu à ladite assemblée, qu'on expérimenteroît par la saignée et les purgatifs.

Ceux qui furent les mieux secourus et mediciner moururent en plus grande peine que ceux les pauvres qui n'avoient moyen de se roédiciner que d'eux-mêmes. »

Nous n'avons pas trouvé trace de cette consultation annoncée par le malicieux chroniqueur.

Epidémie de i58o.

n lit ceci dans le registre-journal de

Pierre de F Es toile :

• Depuis le 2° jour de ce mois de juing (i58o) jusques au 8, tombent malades à Paris dix mille personnes, d'une maladie aiant forme de reume ou de cathairre qu'on apela la coqueluche, mesme le Roy, le duc de Mercœur, son beau -frère, le duc de Guise et le seigneur d'O, en furent travaillés. Ceste maladie prenoit par mal de teste, d'estomach, de reins et courbature par tout le corps, et persécuta quasi tout le roiaume de France tant que Tannée dura, n'en eschappant quasi personne d'une ville,

vilhige ou maison, puis qu'une fois elle y estoit entrée estant comme avant coureuse de la peste, qui fust grande à Paris et aux environs tout cest an. Le meilleur remède qu'y trouvèrent les médecins fut de faire abstenir de vin les malades (et combien qu'à aucuns ils ordonnassent la saignée et la rheubarbe, et aux autres la casse), si est-ce qu'enfin le meilleur qu'ils y trouvèrent fut de faire tenir les malades au lit et les faire boire et manger peu, sans autre recepte ni médecine. On disoit à Paris que de ceste coqueluche estoient morts à Romme, en moins de trois mois, plus de dix mille personnes.

« Juillet. — La peste, en ce temps rengrège à Paris, et pour y remédier, Messieurs les prévôts de Paris et des marchans , avec quelques conseillers de la cour, députés par icelle, s'assemblent souvent en la salle de la chancellerie, bien empeschés à y donner quelque bon ordre et provision. Enfin, ils créent un officier qu'ils appellent le prévost de la santé, qui va rechercher les malades de la peste par tous les quartiers de la ville, et par certains satellites qu'il a en sa charge, les fait porter à l'Hostel-Dieu au cas qu'ils

ne veuillent et n'aient le xnoien de demeurer en leurs maisons. Malmedî, liseur du Roi aux mathématiques, philosophe et sçavant médecin, entreprend la Visitation et cure générale des pestiférés, et en fait bien son devoir et son profit. Tentes et loges sont dressées vers Monfaucon, les fauxbourgs Montmartre et Saint-Marcel, où se retirent plusieurs pestiférés, qui y sont passablement nourris et pensés.

« On commence à bastir à Grenelle, lieu champestre, à l'endroit des Minimes, de l'autre costé de la rivière de Seine, vers Vaugirard, que l'Hostel-Dieu achète de l'abbé Sainte-Geneviève et autres particuliers auxquels la dite ferme appartenoit, et pour les frais nécessaires pour les bastiments, afin d'y loger les malades de peste, et les y panser et traitter, contribuent tous les habitants de Paris, les uns de gré par forme d'aumosne, et les autres par quote imposée sur eux. La contagion et mal furent grands et plus effroiables toutes fois que dangereux : car il ne mourust point à Paris et aux fauxbourgs, en tout ledit an 1 58o, plus de trente mil personnes, et fut néantmoins l'effroi tel et si grand, que la pluspart des habitants de

Paris aiant quelque moien, vida hors la ville, et les forains n'y vinrent environ six mois durans, de façon que pauvres artisans et manœuvres crioient à la faim et jouoient aux quilles sur le pont Notre-Dame et en plusieurs autres rues de Paris, mesme dans la grande salle du Palais. Ceste peste par la contagion venant de Paris, s'espandist par maints villages, bourgs et bourgades et petites villes d'alentour, ou il mourust grand peuple de cette maladie, et y fust plus cruelle et plus dangereuse qu'à Paris. »

Claude Haton n'a pas non plus oublié la coqueluche dans ses mémoires. Voici ce qu'il en dit :

« ... Dedans la ville de Paris, au mois de Febvrier (i 5 80), commença à avoir cours une maladie qu'on apela la coqueluche, qui fort tormenta les personnes qui en furent atteintes, dont la plus grande partie morut par un cours de ventre qui les saisit durant ladite maladie. Dès la fin du moys de Febvrier s'apperçut-on qu'elle estoit contagieuse et une peste couverte, et avant qu'il fust la my mars fut cognue estre une peste patente et découverte, avec tous les signes et accidens qui la suyvent; et commencèrent dès lors les Parisiens

à desfuyr ceux qui en estaient frappés et à se contregarder de hanter les lieux où elle avoit cours. Elle se respandit et print son cours par les quatre coings et le milieu de ladite ville et des fauxbourgs d'icelle, avant qu'il fust la saint Jean-Baptiste, à la fin de Juing, et se continua de plus en plus jusques à la fin de Décembre, à la fin duquel n'estoit encore cessée. Les mors de ceste maladie; en ladite ville et fauxbourgs de Paris furent estimés excéder le nombre de soixante mille personnes... Ladite maladie ayant son cours de plus en plus, furent les habitans et gouverneurs contraints de faire dresser des tentes et pavillons à la mode d'ung camp, hors la ville et fauxbourgs Saint-Germain, en tirant droit aux Chartreux, pour y faire mener les malades par faulte de maison commune des* tinée à cest effect. Tous estrangers, comme escolliers des collèges, clercs de justice, serviteurs des marchans, absentèrent ladite ville pour s'en retourner en leurs pays ou aultjre part... Une partie des présidents, conseillers, advocats, procureurs, notaires, sergens, gentishommes, bourgeois, marchans et artisans de Paris, qui avoient fermes, métairies et maisons aux champs pour se retirer,

ou parens, amys ou alliés, qui les voulussent recevoir, s'absenta aussi, et ne demeura audit Paris que gens qui n'avoient moyen de se retirer aultre part... Après la Saint-Martin d'hiver, que les vacations de justice furent baillées, plusieurs personnes, comme advocats, procureurs, clercs et autres, retournèrent audit Paris, espérant que, à cause de la saison de l'hiver, la maladie cesseroit ; la plus grande partie desquels furent frappés de ladite maladie, et peu en réchappèrent. Moult de barbiers eteirurgiens, qui de leur volonté ou par justice, furent nommés à panser les malades, morurent; la plus grande partie d'entre eux estoient compagnons de Testât, lesquels se hasardèrent au danger, pour soulager les maistres, qui leur promettoient de les recevoir maistres s'ils en eschappoient (i) ... »

Dans une lettre qu'un personnage,' dont le nom est resté inconnu, écrivait de Paris, le 25 novembre i58o, à son ami de Lyon, le nombre des Parisiens enlevés par l'épidémie de i58o, se serait monté oc de six à sept vingts mille, ainsi que le rapport ou

(i) Mémoires de Claude Haton, p. ioi3.

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