DI
acte fait à la police. » Ce correspondant, malgré ce chiffre énorme de la mortalité, ajoute : c De ceux qui ont esté malades, en est bien guaiy le tiers pour le moins, qui est signe que le mal ne procédait pas de la corruption d'air (i). »
Enfin, Ton ne peut passer sous silence les détails que fournit un recueil manuscrit du temps (2) : c Le dimanche, 5 e jour du dit moys (Juini58o), entre six et sept heures du soir, il tonna et esclaira extrêmement à Paris par l'espace d'environ une heure, et sur le minuit il recommença encores à tonner et esdairer arec grand estonnement d'ung chacun. Et dès le lendemain commença en tous les endroits de la ville, une maladie nommée la coqueluche, qui fut telle qu'il n'y eut presque * personne en toute la ville qui n'en fust attaint. Les ungs en estaient plus malades, les autres moings. Les ungs vomissoient, les autres avoient la fièvre, les
(1) Arck. cur. de VHist. de France. 8% m -série, t. XX, p. 32 1.
(2) Registre contenant mémoyres de plusieurs choses mémorables et non vulgaires, advenues tant au Parlement de Paris qu'en divers lieux de France. Oibh nat., nu. Dupuy, 3oi, fol. 85^)
autres seulement une extrême douleur d'estomach, et aultres de' teste. En telle maison, toutes se trouvèrent malades tout d'ung coup sans que l'un peùst secourir l'autre. Pendant ceète maladie Ton ne pauvoit ny boire ny manger; Ton sentoît d'extrêmes douleurs sur tout le corps comme si Ton eust esté tout brisé et rompu. Aucuns estants guéris avoient une toux et une enroueure merveilleuse. Ce fut une chose miraculeuse qu'entre tant de malades aucun n'en mouroit; et ceux qui moururent pendant ledit temps avaient d'aultrës maladies. Ce qui estonnoit plus les hommes, c'est qu'il y avoit quelque suspection de peste; dont aucuns estaient morts auparavant, comme aussi il en mourut quelques unes pendant le temps que dura ladite coqueluche, qui fut principalement depuis le Iundy 6 dudit moys de Juing jusqùes au dimanche 19 du mesme moys. C'estoit pitié de voir une infinité d'hommes par la ville, les uns toussants et crachants extrêmement, les autres tous pâles et décharnés comme s'ilz feussent sortis du tumbeau. Les plus curieux demeurèrent en grand soulcy, à scavoir si telle coqueluche estoit point comme une fourrière qui vint annoncer la venue
d'une plus contagieuse maladie ; ou bien si elle n'auroit servi pour purger et nettoyer les mauvaises humeurs. Dieu par sa saincte grâce veuille regarder son pauvre peuple en pitié. (i). »
L'on peut déjà se convaincre par ces citations empruntées à des sources non médicales, que l'épidémie de l'année 1 5 80 forma deux périodes distinctes, non seulement par la durée, la gravité du fléau, mais encore par la nature même des accidents. Dans la première, qui ne dura. guère que la première quinzaine de juin, ce fut ce qu'on appela alors la coqueluche, caractérisée par une « petite fièvre, rhume, mal de teste, mal de cœur, grand, desgoutement, et sueur qui terminoit la maladie (2). » Dans la seconde période, beaucoup plus longue, puisqu'elle persévéra toute l'année, ce fut la peste qui régna, la contagion, c'est-à-dire, pour employer le langage des médecins du temps,
(1) Voyez encore sur la Coqueluche de i58o : Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1 142 ; De Thou, Hist. univ., liv. LXXII; Valleriola, Appendix ad très sup. locor. med. Comment., liber, i58g, p. 82; Journ. hist» de Pierre Fayet. Tours, i852, 8% p. 19.
(2) Ellain, Advissur la peste. Paris, 1604, 8*, 52 p.
« une maladie contagieuse, maligne, vénéneuse, poursuivant par antipathie substantielle et inimitié plus que hostile, la vie des hommes, produisant horribles symptômes, comme bosses, carboucles, morbilles 3 fièvres aiguës, syncopes, frénésies, convulsions (i);» « une maladie fort courte, populaire, contagieuse, accompagnée de mauvais accidens, et de laquelle plusieurs meurent (2). »
Comme pour les épidémies précédentes, la Faculté de médecine de Paris Ait consultée dans ce grand désastre public.
Il s'agissait surtout de pourvoir les nom* breux malades qui ne pouvaient être traités chez eux, de refuges où ils reçussent tous les soins désirables, et où réunis, agglomérés et séquestrés, ils ne pussent contaminer les autres citoyens, et répandre autour d'eux le miasme pestilentiel dont ils étaient pénétrés. Pierre de l'Estoile nous a annoncé que dans le mois de juillet on commença à élever à Grenelle des bâtiments pour loger les pestiférés. Claude Haton mentionne des tentes, des pavillons, qu'on dressa au même
(1) Jean Suau, Traité de la peste. Paris, i586, 8«.
(2) Ellain, op. cit.
endroit. Mais ce que ne nous apprennent pas ces deux chroniqueurs, c'est que le choix du lieu, la direction des travaux furent confiés aux médecins de Paris. Le 3 juillet 1 58o t le doyen de la Faculté, Henri de Monantheuil, accompagné du prévôt de Paris, d'un architecte, et du chirurgien Ambroise Paré, visitait les faubourgs Saint-Marcel et Saint- Victor; quelques jours après (7 juillet), le même doyen, menant avec lui deux avocats du roi, le lieutenant civil, le prévôt des marchands, l'abbé de Sainte-Geneviève, parcourait le village de Grenelle, examinait le territoire, la disposition des lieux, et marquait là le plan des pavillons temporaires qu'on devait y élever de suite. De plus, malgré les tristes oublis de la part de l'Administration de la ville, qui n'avait pas tenu ses engagements dans un malheur public précédent, et qui n'avait pas payé les médecins qui s'étaient si noblement dévoués, la Faculté ne trouva pas moins parmi ses membres des hommes prêts à voler au secours de leurs semblables. Ce fut Jean Stellatus, déjà sexagénaire, qui sera, lui aussi, victime de l'ingratitude publique, et qui se verra obligé, pour subvenir à ses besoins, de
demander à ses confrères un secours de dixhuit livres parisis ; ce fut aussi Simon Malmedy, qui devait à jamais s'illustrer par son courage et son dévouement.
Les registres de la Faculté de médecine de Paris renferment une curieuse et importante consultation, que la célèbre compagnie de la rue de la Bûcherie rédigea à l'occasion de cette grave épidémie de coqueluche de Tannée i58o.
On se méprendrait singulièrement si par ce mot de coqueluche, appliqué par les auteurs et chroniqueurs contemporains, il fallait entendre la véritable coqueluche d'aujourd'hui, cette affection qui tourmente tant nos petits enfants, et dont la diagnose peut se résumer ainsi : toux violente et convulsive, revenant par quintes à des intervalles plus ou moins longs, et consistant en plusieurs expirations successives, suivies d'une inspiration sonore, avec rougeur du visage.
Ce ne sont pas là les phénomènes présentés par la coqueluche des années i5io et i58o. Jean Suau, « médecin et jurisconsulte » nîmois, Ta décrite dans son livre de i586 (i) et
(i) Traicté de la merveilleuse et prodigieuse mala-
là caractérise ainsi : « céphalalgie, c'est-à-dire douleur de tête, de matière humorale et vaporeuse, contagieuse et maligne, produisant horribles symptômes comme céphalalgie, anorexie, toux, vomissemens, syncopes, pleurésies, catarrhes, toux violente, souvent diarrhée, flux de ventre simple ou choleric. » Nicolas Ellain, doyen de la Faculté de médecine de Paris, en parle aussi, et lui donne « petite fièvre, rhume, mal de tête, mal de cœur, grand desgoutement, et tous les malades guérissoient par la bonté de nature, qui leur excite une petite sueur (i). » Sous la plume d'Ambroise Paré, l'affection épidémique, nommée coqueluche par le vulgaire, se caractérise ainsi : « grandes douleurs en la teste, dans l'estomac, aux reins, aux jambes, fièvre continue, délire, phrénésie (2). »
Il n'est aucun médecin qui, dans ces définitions, ne reconnaisse notre grippe actuelle,
die épipendémique et contagieuse, appellée coqueluche, très docte et très utile, faict et composé en forme de dialogue, par maistre Jean Su au, natif de la ville de Nymes, en Languedoc, médecin et jurisconsulte. Paris, i586, S*.
(1) Ellain, Advis sur la peste. Paris, 1604, 8».
(2) A. Paré, Traité de la peste y p. 22.
V influença des Italiens, ce catarrhe bronchique, épidémique, qui vient de temps à autre nous visiter et qui, chose remarquable, a immédiatement précédé l'épouvantable épidémie cholérique qui, en 1817, porta la terreur et la mort dans la plus grande partie de l'Europe. Eh bien ! la même chose arriva à Paris en 1 5 80 : la coqueluche (lisez grippe) jeta tout d'abord au lit presque tous les habitants de la grande ville ; puis survint aussitôt une peste, une contagion, beaucoup plus pernicieuse dans ses résultats, qui dura plus de six mois, fit de nombreuses victimes, et a pu être aussi une affection cholérique, un véritable trousse-galant.
Mais pourquoi ce nom, assez singulier de coqueluche imposé par le peuple à ce catarrhe bronchique épidémique? On a émis plusieurs étymologies à ce sujet, mais j'aime mieux l'explication qu'en donne Jean Suau, qui écrivait quelques années après la contagion de i58o.
« En notre langage, dit-il, coqueluche, capuche, cocuche, noms synonymes, signifient les couvertures de la teste, pyramidales, anciennement fréquentes aux femmes, et encore de nos temps aux moynes chartreux,
sous le nom de capuche ou ca poche, du nom de la teste appelée en italien capo, ou de coqueluche pour la similitude de la crête et corne aiguë et pointue de certains oiseaux. Le tout à cause que cette maladie afflige principalement la tête en tous, et semble l'investir et eslever par sa plénitude à la similitude des capuches ou coqueluches. » Tous ceux qui ont souffert de la grippe reconnaîtront ce qu'il y a de juste dans cette explication; une personne grippée, en effet, rapporte presque toutes ses douleurs à la tête, qui est comme serrée, enclavée dans un capuchon, ou coqueluchon; il lui semble, à chaque quinte de toux, que le crâne va éclater, en rompant l'étau qui le tient emprisonné.
Epidémie de i5q6.
ous avons peu de renseignements sur cette épidémie. Voici en quels . .. termes Pierre de l'Estoile ouvre cette *c, année :
«... Janvier 1596... A Paris, on eut plus d'occasion d'y pleurer que d'y rire; car la constitution du temps, maligne, toute contraire à la saison, à scavoir tellement chaude et humide qu'on y cueilloit en ce mois de janvier les violettes de mars, causoit d'estranges maladies, avec attente de pis, comme il parut bientost après. Puis, la cherté de toutes choses et celle du pain principallement, dont le pauvre peuple ne mangeoit pas à moictié son saoul, achevoit le demeu-
may, et l'hiver en juin. » Ce qu'il y a de remarquable encore, c'est que la maladie, quelle qu'elle fut, frappa de préférence les personnes vivant dans l'aisance, pouvant se donner une nourriture saine et abondante, et s'entourer de soins hygiéniques. « Plusieurs bonnes maisons de la ville, écrit encore Pierre de l'Estoile, en furent infectées; car elle tumboit sur les plus gros. En la paroisse Saint-Nicolas, à la porte Montmartre, à la Croix-des-Petits-Cbamps, fauxbourgs Saint-Denis, Saint-Honoré, et Saint-Martin, où à cause de la pauvreté et saleté où s'entretient le petit peuple, mal nourri et Comme entassé l'un sur l'autre, cette maladie avoit accoustumé de racler tout, y en avoit fort peu. Mesmement, dans tout le faubourg Saint-Marceau, ne s'en remarquoit que trois ou quatre maisons ; le faubourg Saint-Germain en étoit beaucoup plus infecté, encore qu'il fut beaucoup plus net et plus aéré. »
Toutes les mesures,, tous les règlements administratifs et prétendus anti-contagieux, adoptés en i533, furent renouvelés encore cette fois. On y en ajouta d'autres encore plus sévères.
Epidémies depuis 1606 jusqu'à i63i.
elle-la furent peut-être moins graves que les précédentes, mais jetèrent cependant la terreur et l'épouvante dans le cœur des Parisiens. Dès le mois de janvier 1606, — mois humide et extraordinàirement pluvieux, — il se développa en France et à Paris, des « maladies estranges et subites » qui emportèrent un assez grand nombre de personnes.
Le 29 juin, la police marquait d'une croix blanche cinquante maisons « infectées de la peste. »
Au mois de septembre le mauvais génie pénètre jusque dans l'hôtel de la reine Mar.
guérite, sœur du roi, et tue deux ou trois de ses officiers ; abandonnée de ses # commensaux, la princesse est forcée de se réfugier à Issy, chez La Haye.
En octobre, l'épidémie, après quelques semaines de repos, se ravive, et continue jusqu'à la fin de novembre, pour être remplacée au mois de décembre par des catarrhes, des maux de gorge « avec fièvres pestilentes, furoncles et apostèmes. »
Tout cela assez mitigé, en somme, et plus effrayant que grave, puisque la mortalité normale qui était, selon de l'Estoile, de huit personnes par jour dans les temps ordinaires, n'avait nullement augmenté pendant l'épidémie de 1606.
Néanmoins, telle était la terreur qu'inspirait une affection, dont la transmissibilité par contact était regardée comme si facile et si commune, qu'il n'était pas de précautions qu'on ne prît pour éviter la contagion. On vit alors, par exemple, les gouverneurs de l'Hôtel -Dieu, trembler pour leur propre compte, s'éloigner du foyer pestilentiel de ce grand établissement hospitalier, et décider, dans une assemblée tenue le 8 juillet 1606, que leur bureau se tiendrait doréna-
vaut au logis de l'un d'eux, M. d'Àubray (i). Les chanoines de Notre-Dame ne cherchent pas moins à sauvegarder leur chère santé ; ils s'arrangent de manière à ce que les chapelains qui desservaient l' Hôtel-Dieu, n'entrent plus dans l'église métropolitaine,; il y avait une porte qui faisait communiquer le chapitre avec une cour basse de l'hôpital ; cette porte fut murée ; il y en avait une autre qui servait de passage aux viandes de boucherie : on y mit un cadenas, et la clef en fut confiée au dépensier (2).
Dans le milieu de l'année 1623, Paris est encore visité par une épidémie. Cette fois on a recours aux lumières de la Faculté de médecine.
Le 2 août, une grande assemblée a lieu au Châtelet, dans la chambre des causes civiles; le lieutenant civil, Le Bailleul, y a convoqué tous les officiers de police générale, et invité le doyen des docteurs (André Du Chemin) à s'y rendre, accompagné de Claude Gervais, censeur, et de Jean Martin, l'un des médecins de Henri IV. L'on n'a pas oublié
(1) Archives de l'assistance publique, reg. de 4élibèr. de l'Hôtel-Dieu, n» 63g2.
(2) Ibid.
non plus les chirurgiens jurés, les barbiers et les pharmaciens. Hélas! cette séance qui devait être tout entière consacrée au salut public devient une scène sur laquelle se maltraitent ces quatre corps de l'art de guérir.
Le premier échevin. — Je voudrais que la Faculté désignât dix de ses docteurs qui auraient pour mission d'étudier les causes des maladies régnantes, et d'indiquer les moyens propres à les combattre.
Le plus ancien des chirurgiens. — J'appuie fortement la motion de M. le premier échevin ; mais il faudrait que les chirurgiens fussent aussi consultés.
Du Puys, Vun des barbiers. — Moi, je possède des formules et des remèdes contre la peste; pourquoi ne les emploie-t-on pas ?
Le doyen de la Faculté. — En vérité, c'est par trop d'audace, voir un barbier se mêler de choses qui ne le regardent pas.
Un pharmacien juré. — Moi, je promets de fournir les médicaments nécessaires, et particulièrement l'antidote que dans une autre circonstance la Faculté de médecine a conseillé contre la peste. Que messieurs les médecins veuillent bien me donner leur formule.
Le doyen. — La Faculté ne doit pas donner cette formule.
L'assemblée se levant comme un seul homme. — Et pourquoi donc, s'il vous plaît?
Le doyen. — Nous n'avons pas mis la dernière main à la confection de cet opiat, lequel n'a même pas été approuvé par toute la Faculté; nous en donnerons la formule dans Tantidotaire qui sera bientôt livré au public.
Les pharmaciens et les gens de la police, en chœur. — Soyez donc alors pharmaciens, messieurs les médecins!...
Le doyen, gravement et solennellement.
— Nous avons été, nous sommes, et nous serons pharmaciens, toutes les fois que cela nous plaira. A vous, de vendre les médicaments.
Et ainsi se sépara l'assemblée du 2 août 1606. Une autre réunion eut lieu le lendemain au Palais, dans la chambre de Saint- Louis. Elle fut plus importante que la pre-.
mière. Il y avait là des représentants de tous les ordres du clergé, les présidents de toutes les cours, et le doyen de la Faculté de médecine, accompagné de Harduin de Saint- Jacques, Bazin, Bouvard, Gervais, Martin,
Bourgeois, Le Clerc. Il s'agissait surtout d'avoir les avis de la science. Le doyen prononça, en conséquence, un long discours qui peut se résumer ainsi :
« Les maladies qui sévissent aujourd'hui sont pestilentielles; caries maladies qui dans une ville frappent un grand nombre de gens, emportent la plupart de ces derniers.
Cependant, grâces à Dieu, un tel malheur n'est pas encore arrivé ; les maladies actuelles ne sont pas tellement pernicieuses qu'elles justifient cette grande terreur du peuple, et même celle des magistrats. La cause de la peste régnante ne doit pas être rapportée à l'air, dont la corruption est loin d'être prouvée ; personne n'est donc en droit de di^e que ladite peste soit causée par la corruption de l'air. Elle a été apportée de Rouen et de Beatfvais par la voie du commerce. Le collège des médecins espère que cette peste ne sera ni longue, ni très-grave, pourvu que les malades soient portés, sans désemparer, à l'hôpital, et qu'ils soient bien soignés. Il est rationnel que tous les matins le pavé des rues soit lavé à grande eau, qu'on allume le soir de grands feux dans lesquels on jettera des plantes aromatiques. Comme
moyens prophylactiques, les citoyens de* vraient faire usage de confections de hyacinthe, de thériaque et d'oxycrats. La Faculté a écrit là dessus assez de livres pour qu'il ne soit pas nécessaire qu'elle en écrive de nouveaux. »
Le 2 septembre i63i, la peste sévissait encore cruellement à Paris. Le doyen était appelé au Châtelet. Un arrêt du Parlement du même jour enjoignait aux médecins de déclarer de suite aux commissaires 'de leurs quartiers les cas de peste qu'ils rencontreraient dans leur pratique. * Ils auront à donner les noms, surnoms, qualités, et demeures des malades > qui seront inscrits sur un registre ad hoc placé au Châtelet. »
Cette mesure est justifiée, « parce que la maladie n'est pas tant produite par corruption de l'air, que par le contact et la communication qui se fait des personnes infectées aux personnes saines. » Cette mesure provoqua de la part des docteurs, la lettre suivante, qu'ils adressèrent le 10 septembre au lieutenant civil :
« Les doyen, docteurs régents de la Faculté de médecine en l' Université de Paris, certifient, monsieur le Lieutenant civil, que
suyvant son ordonnance du 2 septembre, signifiée au Doyen le 6 dudit mois, ils ont été assemblés en leurs écoles ce mercredy 10 du mesme mois ; où on a fait la lecture mot à mot, de son ordonnance, laquelle ils désirent accomplir et entretenir en tous ses articles, comme utile à la conservation de la santé publique, de laquelle ils sont non seulement les gardiens et restaurateurs, mais aussi amateurs très affectivement. Sur lequel respect il plaira à Monsieur le Lieutenant civil trouver bon que pour la descharge de leurs consciences et le deu de leurs, charges, ils luy remonstrent très humblement, qu'il y a plusieurs autres deffauts en cette ville, qui fomentent et augmentent les maladies contagieuses : comme sont les boues et les esgouts, qui, à faulte d'estre nettoyés, par leur infection gastent et corrompent l'air; la vente des mauvais fruicts, melons et concombres, qui servent de matière à allumer le feu de tant de fiebvres, que nous voyons dégénérer en pestilentielles et contagieuses, la foule des pauvres aux esglises et aux rues, qui sortent le plus souvent mal guéris de la maison de santé ; un nombre infini de charlatans, qui font la médecine avec des dro-
gués et remèdes pestilentiels, et autres abus et manquements ; esquels ils sont prests d'en dresser les advis, dès qu'il plaira à Monsieur le Lieutenant civil de leur en faire le commandement, afin qu'il luy plaise, par sa prudence ordinaire, d'y apporter remède, et en arrestant le cours d'un mal si furieux, s'acquérir le titre et le sur nom de conservateur de la santé publicque.
« Faictès dites escolles,ce dixiesme septembre mil six cent trente un.
« Moreau, doyen. »
Le 9 juillet 1668, le Parlement avertit la Faculté que la peste menace la ville et demande qu'on prenne des mesures en conséquence. On va même jusqu'à soupçonner qu'un homme arrivé à Paris depuis peu de jours, d'une province infectée, après avoir logé d'abord rue de la Parcheminerie, puis, rue de la Harpe, avait été mourir de la contagion dans une maison « sur le fossé d'entre les portes Saint- Jacques et Saint-Michel (1). » Aussitôt les magistrats se rendent à la maison
(1) Arch. de l'ass. publ., Reg. des délibérations,
suspecte, y séquestrent les pauvres gens qui avaient communiqué avec le prétendu pestiféré, et pourvoient à leur nourriture (i).
Bien plus, un arrêt intervient, qui pour plus de sécurité, encore, ordonne que ces mêmes gens seront conduits, pour y faire une quarantaine, dans une maison appartenant au président Musnier, sise dans le haut de la Courtille, non loin de l'hôpital Saint- Louis (2). Les officiers du guet, commandés par le magistrat de police pour exécuter cet arrêt prennent peur; ils ne veulent pas s exposer, et prétendent que c'est aux prévôts de la santé qu'incombe cette fonction. On ne les écouta pas, et le Parlement les força bel et bien à obéir aux ordres du lieutenant de police (3).
Les derniers jours de l'année 1675 sont signalés par une épidémie qui semble avoir eu tous les caractères de notre grippe actuelle. Le lieutenant général de police, de La Reynie, crut devoir adresser à La Faculté» la lettre suivante:
(1) Delamare, liv. IV, tic XIII, ch. vin.
(2) Voyez cet arrêt, Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. VIII.
(3) Ibid.
« Pour Monsieur Morand, doyen de la Faculté de médecine de Paris.
«Paris, 18 décembre 1675.
« Le grand nombre des malades qu'on voit dans la ville depuis quelques jours, la qualité de la maladie et le sujet qu'il peut y avoir d'en apréhender les suites, m'obligent de vous prier de vouloir bien examiner s'il ne seroit pas important que vous prissiez la peine d'inviter Messieurs vos confrères, d'observer, autant qu'il leur seroit possible, tout ce qui peut donner lieu de juger, non seulement des causes et de ce qui peut être à craindre de cette maladie, mais encore tout ce que l'expérience aura fait connaître de plus convenable ou de contraire à la guérison des malades qui en auraient été affligés; un tel soin peut être digne de la Faculté de médecine de Paris, et il luy sera, ce semble, avantageux aussi bien qu'au public, si avec le secours de ses docteurs, et dans cette sorte de conjectures, mesmes dans celles qui seroient encore plus fascheuses, il nous étoit possible de congnoistre, ou si ceux qui viendront après nous pouvoient apprendre en
consultant ses registres, les expériences du passé, et pour ainsi dire juger de ce qui se devroit faire parlaconnoissance de ce qui aurait esté fait en d'autre temps pour la guérison de semblables ou plus fascheuses maladies. Je suis, Monsieur, vostre très-humble et bien obéissant serviteur.
« De La Reynie. »
A cette invitation, nos pères répondirent que dans toutes ces maladies qu'on voit aujourd'hui, il n'y a aucun principe malin, aucun virus pestiféré ou contagieux ; tout le monde guérirait à peu près, si ce n'étaient les empiriques qui fourmillent à* Paris.
Hélas, oui, le charlatanisme le plus honteux régnait alors dans la bonne ville de Paris.
Mais il est temps de mentionner une mesure qui fut prise et qui fut certainement la plus importante de toutes, puisqu'elle con-* sista à fonder aux portes de Paris des asiles, où, pour éviter l'agglomérafion de l'Hôtel- Dieu, on transporta, réunit, et séquestra les malheureux que le génie épidémique avait frappés.
Pendant bien des siècles il n'y eut à Paris
que l'Hôtel-Dieu pour recevoir les malades pauvres ; les pestiférés y étaient reçus comme les autres, et tout ce que Ton pouvait faire en temps de contagion, c'était de mettre les malheureux réputés atteints d'une affection contagieuse, dans une même salle, séparée avec soin des autres. L'on sait que Antoine Duprat, cardinal et légat du Saint-Siège, améliora considérablement cet état de choses, lorsque en Tannée 1 535, il obtint la construction d'une salle spéciale, fort grande, salle qu'on ménagea entre les anciens bâtiments de l v Hôtel-Dieu et le Petit-Pont, et qui, baptisée du nom de salle du légat fut exclusivement consacrée aux pestiférés.
Mais cette salle du légat ne pouvait manquer de devenir insuffisante devant le renouvellement si fréquent des épidémies parisiennes. D'ailleurs, elle faisait encore partie de l'Hôtel-Dieu, elle y était comme accrochée ; et avec les idées contagionistes qui régnaient alors, on dût craindre à chaque instant, que le foyer pestilentiel de la salle du légat ne communiquât ses effluves à travers les cloisons qui la séparaient des autres salles. « Il serait nécessaire, écrit le médecin Ellain en 1604, d'avoir deux
maisons aux deux faubourgs de Paris, es lieux commodes, choisis par l'advis des médecins, pour retirer les pauvres malades de la peste. Il est trop désavantageux à la santé publique, que les pauvres malades soient logés au grand Hostel-Dieu assis près la grande église, au milieu de la ville, dont il faut transporter ceux qui sont décédés, par ladite ville, au cimetière de la Trinité (i). »
L'épidémie de 1606 raviva ces craintes.
Les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu exposent à Achille de Harlay, premier président du Parlement, le besoin pressant où était la ville de Paris d avoir quelques maisons pour les pestiférés ; des pourparlers s'établissent à ce sujet, et Ton décide deux choses, savoir : que Ton convertirait en Maison de santé l'ancien hôpital de Saint-Marcel, fondé par la veuve de saint Louis, et qu'on bâtirait dans un enclos placé entre le faubourg Saint-Denis et le faubourg Saint-Martin, un refuge pour les pestiférés.
Le 20 juin 1607, le bureau de l'Hôtel- Dieu faisait bail au rabais pour la construction de ce nouvel hôpital ; le 1 3 juillet
(1) Nicolas Ellain, Advis sur la peste, 1604, 6*.
la première pierre en était posée; au bout de quatre ans et demi s'élevait majestueusement l'hôpital Saint- Louis, et Ton promulguait des règlements dont voici les principaux:
Toutes les personnes «frappées de contagion et logées en garni, seront promptement enlevées pour être conduites, soit à la maison de santé de Saint-Marcel, soit à l'hôpital Saint* Louis; leur maisons seront fermées avec des cadenas, barres de fer ou ais de bois; défense est faite aux Parisiens de se faire soigner chez eux, à moins qu'ils n 'occupent seuls une maison. Les chirurgiens de l'Hôtel-Bieu seront chargés de soigner les malades transportés à Saint-Louis et à la maison de santé. Si ces chirurgiens ne suffisent pas, on leur adjoindra des compagnons chirurgiens, qui pourront gagner la maîtrise après six ans d'exercice; de ces compagnons chirurgiens, le plus ancien se tient à la porte des deux maisons de santé, visite et reçoit les malades (î); tandis qu'un autre compagnon chirurgien placé à la porte du Parvis Notre-Dame, examinera
(i) Delamare.
les malades, et renverra à Saint- Louis ceux qui seraient atteints de la peste (i).
C'est à la maison de santé de Saint-Marcel et à l'hôpital Saint-Louis, que pendant bien des années on a entassé une foule de malheureux atteints de maladies regardéeà comme contagieuses.
Guillaume Potel assure qu'en 1606, il y avait deux mille malades dans la maison de Saint-Marcel, tandis que l'année suivante on n'en compta que vingt.
Pierre de 1 Estoile ne se loue pas non plus de cet hôpital Saint-Marcel (logis de Voisin) ; il assure que les malheureux qui y étaient enfermés, y mouraient de faim et avaient été contraints d'en sortir, pour aller se réfugier dans des cabanes dressées au milieu des champs, près des Chartreux.
Le registre 6397 desdélibérationsdu bureau de l' Hôtel-Dieu (2) ne donne pas un tableau moins sombre. Il fait remarquer (3 septembre i638), que les malades qui se présentent à l'Hôtel-Dieu, et qui sont convaincus de contagion sont renvoyés aux hôpi-
(1) Arch. de Vass. publ.> regist. des délibérations, n» 63g5.
(2) Arch. del'assist. publ.
taux Saint-Louis et Saint-Marcel; « mais ils se trouvent tellement atténuez, que n'y pouvant aller, ils demeurent et meurent par les chemins, de plain jour, eu grand scandale des voisins... Les deux prévôts de la santé seront avertis de retrancher deux archers du nombre qui leur a été baillé, au lieu desquels le maître emballeur se pourvoiera de deux hommes qui demeureront assidus, pendant le jour, proche de l'Hos-tel-Dieu, afin que à l'instant qu'un malade de peste sera visité et renvoyé, ils le conduisent aux dits hôpitaux dans une chaire qu'ils auront à cet effet. »
Au 23 juin 1666, on trouve encore cette note dans ces curieux registres de délibérations.
« M. Perrauet M.deGomont estant aies hier à l'hôpital de Saint-Louis avec M. . le prévost des marchands, ils firent remarquer que pour porter les malades à. Saint-Louis plus promptement, et plus passer par la porte du Temple, il en fallait réparer les chemins, parte que l'abord de l'hôpital de ce côté-là était fort vilain et étroit. »
Rappelons que la Porte du Temple était située à peu près au confluent actuel du bou-
levard et du faubourg du Temple ; qu'elle fut fermée à cause des troubles de la Ligue, depuis l'an 1 564 jusqu'en 1606 ; qu'elle fut rouverte à la faveur de la paix générale; qu'on la rebâtit même à cette occasion ; mais que par ordre du prévôt des marchands et des échevins, elle fut démolie en 1684. Ce n'était pas, en effet, le chemin le plus court pour porter un malade de l'Hôtel-Dieu à l'hôpital Saint-Louis j on abrégeait beaucoup en suivant la rue et le faubourg Saint- Martin ; mais il fallait alors traverser le Marais, qui n'était, en 1666, qu'un vaste champ de culture maraîchère détrempé par les eaux.
De là ce vœu exprimé dans le registre de délibérations du grand hôpital de Paris.
Epidémie de « grosse vérolle » en 14g 7.
e n'est pas ici le lieu de discuter la question si obscure et si controversée de l'origine de la maladie vénérienne ; nous n'avons pas à rechercher si les Italiens ont raison de l'appeler morbus gallicus, si les Français n'ont pas tort de la baptiser de morbus napolitanus, si elle n'aurait pas été apportée par les soldats de Christophe Colomb, si, au contraire, elle a existé de toute antiquité. Ce qu'il importe de dire, c'est l'époque précise où la maladie est officiellement annoncée comme existant à Paris à l'état d'épidémie et de contagion. Car la théorie de la communication des maladies
populaires, par contact, théorie que nous avons vue régner dans les pages précédentes, était tellement enracinée que l'on se figurait que la syphilis, ou grosse vérolle, se propageait par l'air, par les vêtements, par les étoffes, par les denrées, absolument comme le feraient la rougeole, la scarlatine, et d'autres affections essentiellement contagieuses.
Donc, dans le commencement de Tannée 1495, la « grosse vérolle » a fait irruption dans Paris, et deux ans après, elle était encore assez intense pour éveiller l'attention de l'administration de la ville. Le Parlement s'en émeut; il. mande vers lui les officiers du Châtelet; ceux-ci se rendent auprès de l'évêque de Paris (Simon de Champigny), pour prendre les mesures qu'imposait la circonstance. Mais les choses ne marchant qu'avec lenteur, le Parlement fait acte de son autorité; il renouvelle aux officiers du Châtelet ses ordres : une nouvelle réunion a lieu au palais épiscopal, où l'on adopte des moyens de sauvegarde, ainsi que le constate l'extrait suivant emprunté à l'un des registres du Parlement, et qui porte cette date : 6 mars 1497.
« Aujourd'huy , sixième de Mars 1496 (N. S. 1497), pour ce que en ceste ville de Paris, y avoit plusieurs mallades de certaine maladie contagieuse nommée la grosse verdie, qui puis deux ans en ça, a eu grant force en ce royaulme, tant de ceste ville de Paris que d'aultres lieux, l'occasion de quoy estoit à- craindre que sur ce printemps elle multiplias t, a esté ad visé qu'il estoit expédient y pourveoir. Pour quoy ont esté mandés les officiers du roy en Chastelet, lesquels venus en la Cour (du Parlement) avoient esté en la maison de Tévesque de Paris (1) pour y mectre provisions, mais n'y estoit encore advisé parmi le tout, pour les difficultés qui se trouvoient. Si leur a ordonné la Cour y pourveoir, et pour assister avec le dit évesque, a esté commis maistre Martin de Bellefaye et moy greffier (2), en sa compagnie. Et après que en la maison "du dit évesque avons communiqué ensemble, me a esté enjoint en faire l'ordonnance; ce que ay fait selon les articles cy après enregistrés. Laquelle ordonnance ay, moy, portée au
(1) Simon de Champigny.
(2) Il se nommait Pierre de Cerisay.
Chastelet, et délivrée au prévost de Paris, a esté mise à exécution, et jusqu'ici bien gardée.
« Pour pourveoir aux inconvénients qui adviennent chascun jour par la fréquentacion et communication des malades qui sont de présent en grant nombre en ceste ville de Paris, de certaine malladie contagieuse appelée la grosse vérolle, ont esté advisés, conclus, et délibérez par révérend père en Dieu, Monseigneur l'évesque de Paris, les officiers du roy, prévost des marchands, ej eschevins de Paris, et le conseil et advis de plusieurs grants et notables personnages de tous estats, les points et articles qui s'en suivent :
« Premièrement. Sera fait cry publique de par le roy, que tous malades de ceste maladie de grosse vérolle, estrangiers, tant hommes que femmes, qui n'estoient demourans et résidens en ceste ville de Paris, alors que la ditte malladie les a prins, fcxnii heures après le dit cry fait, s'en voisent et partent hors de ceste ville de Paris, es pays et lieux dont ils sont natifs, ou là où ils faisoient leur résidence quant ceste maladie les a prinSj ou ailleurs où leur semblera, sous peine de la hart (corde) ; et à ce que plus
facilement ils puissent partir, se retirent es portes Saint-Denis et Saint-Jacques, où ils trouveront gens députés, lesquels délivreront à chacun mi s. p. (6 fr.), en prenant leur nom par escript, et leur faisant défense, sur la peine que dessus, de non rentrer en ceste ville, jusques à ce qu'ils soient entièrement guaris de ceste ditte malladie.
« Item. Que tous mallades de ceste malladie estant de ceste ville, ou qui estoient résidens et demourans en ceste ville, alors que la ditte malladie les a prins, tant hommes que femmes, qui auront puissance de eulx retirer es maisons, se retirent dedans les dûtes xxiiii heures, sans plus aller par la ville, de jour et de nuict, sur la ditte peine de la hart ; et lesquels, ainsi retirés en leurs dittes maisons, s'ils sont povres et indigens, pourront se recommander aux curés et marguilliers des paroisses dont ils seront, pour être recommandés. Et sans qu'ils partent de leurs maisons, leur sera pourveu de vivres convenables.
« Item. Tous autres povres mallades de ceste ville, hommes, ou qui avoient prins icelle malladie eulx résidans, demourans, ou servans en ceste ville, qui ne ont puissance
de eulx retirer en maisons dedans les dittes xxnn heures après le cry fait, sur la ditte peine de la hart, se retirent à Sainct Germain des Prés, pour estre et demourer es maisons et lieux qui leur seront baillés et délivrés par les gens députés à ce faire ; auxquels lieux, durant la ditte malladie, leur sera pourveu de vivres et aultres choses à eux nécessaires. Et auxquels leur deffend, sur la ditte peine de la hart, de non rentrer en ceste ville de Paris, jusques à ce qu'ils soient entièrement guari s de la ditte maladie.
« Item. Que nul ne soit si hardy de prendre lesdits un s. s'il n'est étranger, comme dit est, ou qu'il voulust partir de ceste ville sans plus rentrer jusques à ce qu'il soit entièrement guari.
« Item. Quant aux femmes mallades, leur sera pourveu de aultres maisons ou demourances, et qu'elles seront fournies de vivres et autres choses à eulx nécessaires.
« Item. A esté ordonné que pour satisfaire au dit cry, les dits mallades qui estoient de ceste ville, ou qui estoient demourans en ceste ville à l'heure qu'ils ont été prins de ceste ditte maladie, seront mis en la maison qui ja a esté louée pour ceste cause à Sainct
Germain des Prés ; et oîi elle ne pourroît fournir, seront prins granges et aultres lieux estait près d'icelle, affin que plus facilement ils puissent èstre pansés; et en ce cas seront, coiilx à qui seront les dittes granges et maisons, rénumérés et satisfaits de leurs louaiges pkrceulx qui sont commis députés à recevoir l'abgent cueilli et levé en ceste ville de Paris pour les dits mallades, par l'ordonnance des dits évesque et officiers du roy et prévost des marchands. Et à ce souffrir seront contraints réaument et de fait.
« Item. Après le dit cry fait, sera pourveu par ceux qui sont commis à recevoir le dit argent, à ce qu'ils mettent deux hommes, c'est assavoir : ung à la porte Saint-Denis, pour, en la présence de ceulx qui seront commis par les officiers du roy, et prévost des marchands, payer les dits mi s. p., et prendre les noms par escript de ceux qui les recevront, en leurs faisans deffenses dessus dittes.
« Item. Sera ordonné par le prévost de Paris aux examinateurs et sergens, que es quartiers dont ils ont la charge, ils ne souffrent et permettent aucuns d'iceulx mallades aller, converser, communiquer parmi la
ville ; et où ils en trouveront aulcuns, ils les mettent hors de ceste ville, ou les envoient ou mènent en prison pour estre punis corporellement selon la ditte ordonnance.
« Item. Après le dit cry mis à exécution, soient ordonnés gens par les dits prévost et échevins, lesquels se tiendront aux portes de ceste ville de Paris, pour garder et défendre qu'aucuns mallades de ceste malladie ne entre apertement ou secrètement en ceste ditte ville de Paris.
« Item. Soit pourveu par ceulx qui sont députés à recevoir l'argent donné et aumosne aux dits mallades, à ce que à iceulx retirés es dittes maisons, soit pourveu de vivres et autres choses nécessaires soigneusement et en dilligence, car aultrement ils ne pourroient obéir aux dites ordonnances (i). »
Deux mois après cet arrêt du Parlement (5 mai 1497), la Cour faisait payer, en effet, une somme de 60 livres parisis destinées aux véroles. On lit dans le même registre (fol. 124, r°).
« Ce jour, la Court a ordonné la somme de 60 livres parisis estre baillée et délivrée
(1) Archiv. génér., X, i5o3, fol. 74, v*.
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par M M Nicolas Herbelot, Receveur des Exploits et Amendes de la Court de céans, à sire Nicolas Potier, et autres commis touchant le faict des Malades de Naples, pour icelle somme estre employée es affaires et nécessitez desdicts malades. Faict le 5 may. *
Et le 27 du même mois, l'argent manquant, l'évêque de Paris s'adressait au Parlement, sur le registre duquel on lit ceci :
« Aujourd'huy (samedi, 27 mai 1497), l'Evesque de Paris a remonstré que des malades de la grosse vérole, qui par ordonnance de la Cour avoient esté mis es Fauxbourgs de ceste ville, y en avoit de garis en bien grant nombre, mais l'argent estoit failly, et y faisoit Ion de petites aumosnes pour le présent ; s'il estoit le plaisir de la Court y faire quelque aumosne en pitié, elle seroit bien emploiée. Et pour ce que des deniers ordonnez par la Court à employer en œuvres pitéables ne estoit posçible en recouvrer aucune chose, remonstrant à la Court qu'il y avoit en mon greffe xv ou xvi escus depuis dix ans avoit et ne sçavoit Ion à qui ils appartenoient, si c'estoit le plaisir de la Cour ordonner qu'ils fussent distribuez es povres mallades, les délivrerois. Ce qui a
esté ordonné, et iceulx ay baillez à M Jean Fournier, chanoine de Nostre Dame de Paris, lequel s'en est chargé (i). »
II? est à croire que ces mesures n'eurent pas le résultat qu'on en attendait, puisque environ quinze mois après (25 juin 1498), le prévôt de Paris se plaignait que, malgré l'ordonnance du 6 mars 1497, les malades atteints de la « grosse vérolle », pullulaient à Paris, « conversant parmi la ville avec les personnes saines », et qu'il faisait publier à son de trompe, 1' « injonction » suivante :
« Combien que par cy devant ait été publié, crié, et ordonné à son de trompe et cry public par les carrefours de Paris, à ce que aucun n'en pust prétendre cause d'ignorance, que tous malades de la grosse vérole vuidassent hors la ville, et s'en allassent, les estrangers es lieux dont ils sont natifs, et les autres vuidassent hors ladite ville, sous peine de la hart ; néantmoins, lesdits malades, en côntempnant lesdits cris, sont retournés de toutes parts, et conversent parmi la ville avec les personnes saines, qui est chose dan-
(1) Archiv. génér. y X, i5o3, fol. 141, v°.
gereuse pour le peuple et la seigneurie qui est à présent à Paris.
« L'on enjoint, derechef, de par le Roy et mondit sieur Prévost de Paris, à tous lesdits malades de ladite maladie, tant hommes que femmes, que incontinent après ce présent cry, ils vuident et se départent de ladite ville et faubourgs de Paris, et s'envoisent, lesdits forains faire leur résidence es pays et lieux dont ils sont natifs, et les autres hors ladite ville et faubourgs, sur peine d'être jetés à la rivière, s'ils y sont pris lejour~ d'huy passé ; et enjoint-on à tous commissaires, quarteniers, et sergens, prendre ou faire prendre ceulx qui y seront trouvés pour en faire l'exécution (i). »
Triste époque ! où de malheureux syphilitiques étaient séquestrés chez eux, éloignés de la capitale, renfermés dans des granges, pendus, ou jetés dans la Seine !
N'importe ! En dépit de ces sauvages
(i) Archiv. génér., X, i5o3, fol. 141, v°. I9ambert (Recueil général des ancien, lois franc., 1^827, 8°, t. XI, p. 2 1 3), et Pastoret (Ordonnances des rois de France, t. XX, p. 436), ont publié cette pièce; mais la date qu'ils lui donnent est erronée. Cest bien 25 juin 1498 qu'il faut lire.
ordonnances, le mal de Naples fait des progrès dans la capitale ; les véroles se faufilent dans les salles de l'Hôtel-Dieu ; ils y sont en grand nombre ; et comme on se figurait que le mal pouvait se communiquer par l'air, on craint pour les autres malades, pour les sœurs de charité, pour les médecins euxmêmes. On veut une enquête, que provoquent le prévôt de Paris et les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu. Le 7 février i5o8, on se réunit dans la chambre du conseil du Parlement. La compagnie est nombreuse : il y a Baillet, président du Parlement, l'abbé de Saint-Magloire, le Doyen et le pénitencier de l'église de Paris, le président de la chambre des Comptes, le prévôt des marchands, les échevinsde Paris, les gouverneurs de l'Hôtel- Dieu, des conseillers, quarteniers, et bourgeois de la ville. Et après mûre délibération, l'on renouvelle la décision prise le 6 mars 1497. Il faut donner tout au long, le procèsverbal de cette curieuse séance, qui nous est parvenu :
Extrait du livre des délibérations de la ville de Paris.
« L'an mil cinq cens et sept, le Jeudi, dixseptiesme jour du moys de février. A la requeste de Messeigneurs les prévost des marchans et eschevins de la ville de Paris, et instance des commis au gouvernement de Fhostel Dieu de Paris, a este faicte assemblée par ordonnance de la Court en la chambre du Conseil au palays. Où se sont trouvés monseigneur le président Baillet, monseigneur l'abbé de Sainct Magloire, messeigneurs les Doyen et pénitencier de Paris, monseigneur le Président des Comptes, et aucuns de messeigneurs de la chambre, messeigneurs les prévost des marchans et es* chevins de la dite ville, les commis au gouvernement dudit Hostel Dieu, et plusieurs des Conseillers quarteniers et bourgeois d'icelle ville. Et illec a este exposé par monseigneur le prévost des marchans comme par lesdits commis dudit hostel Dieu, il avoit este le jour précédent adverty que à présent audit Hostel Dieu y a de huit a neuf vingts malades de la grosse véroile, qui se y sont
puis naguéres retirés pour ce qu'ils n'ont de quoy vivre ne lieu où ils saichent hébergier. Que c'est une maladie contagieuse, comme chascun peut congnoistre, et telle que par la fréquentacion d'iceulx, les autres poures malades qui sont audit Hostel Dieu, et y ont leurs recours pour y estre pensés et recouvrer santé ; et semblablement les seurs religieuses, gardes, serviteurs, et autres d'iceluy Hostel Dieu, pourraient tumber en ladite maladie de grosse vérolle, qui serait un inconvénient inestimable et très pitéable.
« A ceste cause, à l'instance desdicts commis et d'iceluy prévost des marchans, requis à la court ceste assemblée estre faicte pour a ce que dit est adviser et donner remède et expédient, et à ce que lesdits vérollés soient mis hors dudit Hostel «Dieu et leur soit ailleurs provision assignée. Requérant à mon dit seigneur le président en demander les avis et oppinions aux assistans. Ce que Mondit seigneur le président a faict. Et a la matière bien amplement esté ouverte par les oppinans. Et finalement advisé, conclud et délibéré, en ensuyvantice qui aultrefoys en pareil cas a esté faict : Que les deux maisons despiéça ordonnées à recevoir et hébergier
malades de la grosse vérolle, assises, c'est assavoir, Tune pour les hommes es faukbourgs sainct Germain des prés, et l'autre pour les femmes es faulxbourgs sainct Honoré, soient réparées et utencillées deuement Item, que pour faire lésâtes repparacions et utentiUes desdites deux maisons, et aussi pour substanter, nourrir journellement lesdits povres malades, les marguLUiers des paroisses de ceste ville feront faire queste d'aumosnes par les sermons et es maisons des paroissiens, et que Monseigneur de Paris ou ses vicaires donneront pardons et indulgences à tous bienffaitteurs auxdits vérollés- Item, que les abbayes et couvens rentes de ceste ville de Pari/s, et bonnes maisons, y contribueront ^charitablement. Et pour recueillir, recevoir et pourchaisser lesdites au* nosaes, quittes, dons et deniers, et autres bienflaiz, .et aussi pour faire régir, gouverner et penser lesdits malades, et faire que cest oeuvre piiéable se puisse «entretenir en bonne police, seront nommées et députtée* aucunes personnes, c'est assavoir, l'un par les gens d'église eî chapitre de Paris, ung par la Court de parlement, ung par la chambre des comptes, ung par la ville de
Paris, et ung par les commis dudit Hostel Dieu, lesquels et chascun d'iceulx auront en ce que dit est et es deppendances auctorité de justice.
« Item, et sera cryé à son de trompe en ceste ville de Paris : que tous estrangiers malades de ladite vérolle se retirent à leurs nacions dedans certain temps, qui leur sera préfix, sur peine de pugnicion corporelle.
Ainsi signé :
« Collation est faicte. Hesselin ;
« Messeigneurs de chapittre de Paris ont délégué messeigneurs de Louviers et Claustre, chanoines de Paris ;
ce Messeigneurs de la chambre des comptes ont délégué maistre Jehan Prévost ;
« Messeigneurs de la ville ont délégué sire Jehan Chenart ;
« Messieurs les commis ail gouvernement de THostel Dieu, ont délégué Guillaume Langloys (i). »
Puis, on fait venir deux chirurgiens de Paris et on leur donne Tordre de se rendre à THôtel-Dieu, de voir tous les malades qui y sont renfermés, de prendre leurs noms,
(i) Arch. deFass. publ.yltivent. desarch., 11*42 17.
surnoms, et lieux de naissance ; le tout pour en faire leur rapport.
Ce rapport est du 23 février i5o8. Il constate que à cette époque il y avait à l' Hôtel-Dieu de Paris, 106 malades atteints en ce moment ou qui avaient été atteints de la syphilis ; sur ce nombre on compte 48 hommes et 58 femmes ; 66 individus (3g hommes et 27 femmes), furent trouvés par les chirurgiens experts assez bien guéris pour pouvoir quitter l'a.sile hospitalier. On notera le nombre plus considérable des femmes atteintes du triste mal. Il est probable que c'étaient presque toutes des filles folles de leurs corps ; beaucoup portent des noms de guerre.
Quant aux deux chirurgiens, Philippe Roger et Gilles des Moulins, les deux experts en question, ce n'étaient pas les premiers venus ; ils occupaient à Paris le haut du pavé : Gilles des Moulins était même chanoine de Paris (et mourut le 22 novembre 1 553) ; Philippe Roger était à la tête de ses confrères lorsque, le 3 janvier 1 507, les chirurgiens de Paris vinrent à Saint- Yvesjdéclarer solennellement qu'ils « se réputoient écoliers, disciples, et subjects de la Faculté
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de médecine, prests à luy obeyr comme vrays escoliers. »
Voici donc comment nos deux Dupuytrens de Tannée i5o8, rédigèrent le procès-verbal qu'on leur demandait.
« Nous, Philippe Roger et Gilles des Molins, chirurgiens jurés du roy, nostre seigneur, certifiions que le mercredy, xxnj me de ce présent mois de febvrier, mil cinq cens et sept (i5o8) , par le commandement et ordonnance de Mons r le Lieutenant criminel, nous sommes transportés en l'Ostel Dieu de Paris ; pour illec veoir et visiter tous les malades estans couchés en icelluy. Ce que avons faict en présence de Guillaume de Nourry, Claude Vanif, Guillaume Roger, Thomas de Soutences, Guillaume Wally, et Estienne Barat, aussi maistres chirurgiens jurés à Paris, et d'aucuns de Messeig** les gouverneurs dudict Hostel Dieu, pour toutes les salles et offices de céans. Et en ce faisant y avons trouvé de plusieurs et diverses espèces de maladies ; mais principalement nous sommes arrestés à prendre les noms et surnoms de ceulx qui sont oudit Hostel Dieu, malades de la maladie de Naples, que on
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appelle autrement la grosse vérolle. Et avons faict rédiger par escript les noms, surnoms et diocèses dont ils sont natifs, dont les noms s'ensuyvent cy après. Dont d'iceulx malades, tant hommes que femmes, y en a qui ont de grands ulcères aux jambes et en diverses parties de leurs corps, les autres ont les gouttes, avecques duresses et éminences aux bras et jambes, qui les tourmentent jour et nuict. Laquelle maladie est contagieuse et dangereuse à communicquer et fréquenter ; et notamment céans, pour la multitude des malades qui chascun jour y affluent (i), est nécessaire coucher autres malades avec lesdicts malades de Naples, 4ont il s'ensuyt et peut ensuyr grands inconvénients. Et est nécessaire de les mectre en autres lieux et séparés, où ils puissent estre pensés et secourus hors dudict Hostel Dieu. Tesmoings nos seings manuels cy mis, les jour et an dessus dicts.
« P. Roger. Des Molins.
« S'ensuyvent les noms et surnoms desdicts malades de la grosse vérolle.
(i) En i65i, année d'épidémie parisienne, il y avait à l'Hôtel-Dieu plus de 1,200 malades»
« Premièrement, en la salle Sainct- Denis : Loys Roncurreau, natif du Mayne ; Richart Doriot, natif de Dompfront, en Normandie ; Etienne Can, natif de Paris ; Guillaume Belle, natif du Perche ; Jehan Godin, natif de Rouen; Philibert Moreau, natif de Sainct-Marceau-lès-Paris ; Guillaume Buffet, natif de Paris ; ung nommé Anthoine, natif de Biauce (?) ; Noël Delamarre, natif de Beauvais.
« A ïenfermerie dudict Hostel Dieu :
Charlotte Bauchelle , de Rouen ; Jehanne Morelle, native de Paris ; Jehanne Cossette, native de Paris ; Marguerite Bourgoise, de la rue Sainct-Martin ; Collette Delacroix, native de Paris ; Jehanne Jardine, de Corbueil ; Jehanne Russete, de Nanterre ; Huguete Genest, de Troies; Jehanne Duval, de Sainct-Marceau-lès-Paris ; Michelle la Hermette, de Tours ; Marron Contante, de Paris ; Annette Fromont, de Tours ; Jehanne Labbesse, native d'auprès Anthoigny ; Marguerite Larchambaulde, de Blois ; Marron Morigne, d'auprès Chartres ; Gillette Catreligne, native de Paris ; Katherine la Gounalle, de Panthin ; Jehanne Labrigecte, de Paris ; Perrette la Jolie, de Chartres.
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« En la salle Sainct-Denis, du renc devers Veaue (i): Philbert Chefdeville, natif de Paris ; Estienne Boutigny, natif de Meleun; Simon Clément, de Meaulx; Pierre Quentin, d'Angers ; Jehan Deiaborde, de Valois ; Pierre Herland, de Tours ; Jehan Poncet, de Compicngne.
« A la salle S ainct- Thomas : Mathieu Turquoys, d'auprès Puisseletz, près Estampes ; Raouland Berne, de Bretaigne ; Pierre Mofame, d'auprès le mont Sainct- Michel ; Gervais Geurseau, natif d'Alençon.
« S'ensuyt les noms et surnoms d'autres malades estans audict Hostel-Dieu, qui aussi ont esté visitez par lesdicts cirurgiens, lesquels sont sains et garis, et s'en peuvent aller hors dudict Hostel-Dieu.
« Premièrement , en la salle S ainct- Denis : Martin Le Gay, natif de la Chastre, en Berry ; Guillaume Clivon, natif de Cléry ; Jehan Patault, d'Irouville, en Beausse ; Thomas Parisot, natif de Flam....; Jehan Thoulouse, de Paris ; Mahiel Le Maistre, de Dampmartin; Guillaume Aubec, de Bayeux.
(i) Du renc devers Veaue, c'est-à-dire de la rangée de lits du côté de la Seine.
« A l'enfermerie : Jehanne Morelle, de Paris ; Perrette, femme Nicolas Moreaa, de Paris; Philippe Germaine, de Chartres ; Perrette Boucher, de Nostre-Dame-des-Champs; Jehanne la Trouvée, de Paris ; Anthoinete Morete, de Paris ; Gervaise la Flumailk r du Mans ; Jehanne de Labre/ de Picardie ; Perrette la Hermande, de Paris ; Françoise Chamigue, de Vendosme; Geuffrette Gervaisote, de Paris; Mariette Lambrie, de Cambray; Claude Jubeline, de Paris ; Jehanne Marcel, de Lorraine.
c En la salle Sainct-Denis, du renc du milieu : Brisset Rimère, de Nantes, en Bretagne ; Jehan Lecoq, de Corbueil.
« Au renc devers Veaue de ladicte salle Sainct-Denis : Anthoine Cloquet, de Valence ; Bénard Parceval y de Meauht , en Brie ; Léonard Menux, de Limosin ; André Holdonel, Alertant,
« A la salle Sainet-Thomas : Jehan des Boys, de Brie-Comte-Robert ; Jehan Ceret, de Paloiseau; Jehan Chamoys, de Bretaigne; Jehan Dupré, de Flandre ; Symonnet Gaulthier, de Sainct-Marceau ; Jehan Dupuys, de Sainct-Marceau ; Guillaume Grosmellin, de Seure (?) ; Yvonnet Sergent, de Bretaigne;
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Guillaume Salmon, de Paris ; René. Fromentin, de la Brie ; Jehan Tremant, de Bretaigne ; Christophe Roussel , de Meaulx ; Pierre Mauclerc, deGorbueil; Jehan Lar<chier, près de Nantes; Jehan Dambourg, de la place Maubert ; Adam Bellay, d'auprès Rouen ; Jehan de la Barne , près Ponthoise ; Guillaume, d'auprès Brie-Comte- Robert ; Anthotne Karendeau, de Montdidier; Adam Maugrex, de Rouen; Bernard Clignart, de Paris ; Léonard Maugras, de Blois ; Pierre Bruneau , de Limosiri ; Christophe Chatonnet, de Châlons; Pierre Fermeluys, près Gaillon; Robin Duhot, de Sainct-Denis, en France; Pierre Marin, de Clamart; Jacques Lorrain, de Tévesché de Laon.
c En la salle neufve, du caste des accouchées : Ysabeau Alvequin, de Mante ; une Flamande; Katherine de Fermont, d'auprès Beauvais; Marguerite la Panière, de v Rouen; Perrette la Roberde, de Paris; Claude Bref, de Paris ; Anne Du Coq, de Vendosme ; Perrette Ancorde , de Paris ; Jehanne du Croc, de Paris, et y a trois ans qu'elle y est; André la Viasonne, de Montmartre; Guillemette Lyonne, d'auprès
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Sainct-Pol; Jehanne Bertret, d'Alençon; Thomasse Lombarde, de Rouen (i). ■ Au reste, en consultant les registres des comptes de la maison de Charles VIII, on a plus d'une fois l'occasion de constater les tristes résultats de la maladie vénérienne; qui n'offre pas à cette époque le caractère honteux qu'on lui prête de nos jours, et à l'occasion de laquelle les comptables n'hésitent pas à écrire en toutes lettres les noms des malheureux qui en étaient atteints. Ici, c'est Jehan Denis, « pauvre malade de la grosse vérolle », qui, pour s'en faire guérir, participe aux aumônes du roi, et reçoit par l'entremise de l'aumônier de Charles VIII, Geoffroy de Pompadour, archevêque de Sarlard, soixante sous tournois (2) ; là c'est Adam Lemoyne qui pour le même sujet obtient quarante sous tournois (3). Dans un autre endroit, on voit Charles VIII accorder à Michaut Du Boys, quarante sous tournois, « pour luy ayder à vivre et se faire guérir de la grosse vérolle (4) ; » à Marc Bernard,
(1) Arch. de V assistance publique.
(2) Arch. gén., K K, 77, fol. 29, r*, année 1497.
(3) Ibid., fol. 3o, v.
(4) Ibid., fol. 32, v°.
pareille somme, « pour luy ayder à payer ses barbiers et chirurgiens qui le guérissent (i). »
Qui ne sait aussi que la syphilis gravit plus d'une fois les marches du trône, et que sans compter Henri III qui la donna à sa femme (2), François I er en mourut dans d'atroces douleurs (3).
En Tannée i5io, le maître des enfants de chœur de l'hôpital Saint-Jacques, était aussi atteint du mal de Naples ; on le renvoyait de l'asile hospitalier, et on le remplaçait par un autre maître, mais non sans lui donner, « pour la pitié » une aumône de 32 sols parisis (4).
(1) Arch. gén., K K, 77, fol. 37, v».
(2) Anecdotes de l'histoire de France, pendant les xvi» et xvii* siècles, tirées de la bouche de M. le garde des sceaux Du Vair et autres, publiées par M. Lalanne, à la suite des Mémoires de Marguerite de Valois. Paris, in- 12.
(3) Pour la maladie de François I er , voir : Louis Guyon; Diverses leçons, t. II, liv. r, p. 109; Guy Patin, lettre cxxxii ; Brantôme, Vie des Dames illustres, Leyde, i665, p. 298 ; Dict. de Bayle, 1. 1, 2 a partie, p. 1187, note B; Varillas, Hist. de France, I, liv. xii, p. 264 ; Mézeray, Hist, de France, in-fol., t. II, p. 1039.
(4) Arch. de l'assistance publique, invent, de l'hôpital Saint-Jacques, art. 357.
Du moment que la « grosse vérole » était réputée contagieuse par l'intermédiaire de l'air, on dut prendre aussi des règlements pour que les malheureux qui en étaient atteints, ne fussent pas admis à l'Hôtel- Dieu, dans ce grand centre nosocomial, où à part les affections épidémiques, on recevait tous les autres groupes de maladies. Il y a à cet égard un document : c'est un ordre du Parlement, daté du 21 janvier 155g, par lequel , « attendu que dès longtemps , les malades de la grosse vérolle auraient été mis à l'hôpital Sainct-Eustace pour y être pensés et médicamentés ; neantmoins, plusieurs desdits malades de la vérolle disoient être malades de fièvres et autres maladies, alloient audit Hostel Dieu coucher avec autres malades d'autres maladies, ignorans qu'ils feussent malades de ladite vérolle, en manière qu'ils gastoient et infectoient les autres, comme hommes, femmes, et petits enfants... La Cour ordonne que lesdits malades de la grosse vérolle seront doresnavant menés et conduits audit hospital Sainct-Eustace pour y estre pences, comme il avait esté accoustumé cy devant ; lesquels malades seront reçus par les dits
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dudit hospital. A quoy faire ils seront tenus et contraincts par toutes voyes deues et raisonnables... (i) »
Comme un des plus curieux monuments de la maladie vénérienne à la fin du xv e siècle, nous donnons le fac-similé d'une gravure empruntée au rarissime petit livre de Barthélémy Steber, et qui porte ce titre : A mala Francços, morbo gallorum, preservatio ac cura, a Bartholomeo Steber, viennensi artium et medicine doctore, nuper édita. Vienne, par Jo. W. (J. Winterburg), (s. d.) ; in-4. Caractères gothiques. La scène se passe entre deux époux encore jeunes, atteints de la « grosse vérole », un médecin et un chirurgien. Le médecin est debout près du chevet de la femme : il se reconnaît aisément à la fiole d'urine qu'il tient à la main, et dont il examine curieusement et savamment le contenu, cherchant à y découvrir la cause de la maladie et les indications du traitement. Le chirurgien, lui, est armé d'un rasoir ; il est en train d'enlever quelquesunes des horribles pustules dont le mari a, ainsi que sa femme, le corps couvert.
(1) Arch. de l'ass. pub!., inventaire, n» 4217.
Nous bornons là cette étude des épidémies parisiennes. Nous ne pouvons mieux la ter-»* miner qu'en empruntant au docteur Ernest Marchand (i) cette excellente conclusion :
« En somme, il n'y a pas lieu pour nous de regretter le passé; nous sommes moins durement frappés que l'ont été nos pères, parce que nous sommée plus avancés en civilisation. Nous avons su arrêter le retour ou atténuer les effets du fléau qu'ils subissaient, résignés et impuissants. Nous avons fermé nos portes • à des épidémies qui, de leurs foyers lointains, débordaient à l'impro» vkte sur nos populations épouvantées. Et quant à celles dont nos efforts et -nos précautions ne peuvent ni détruire le germe, ni prévenir les invasions, : nous nous défendrons indirectement contre eîles, en accroissant la prospérité matérielle, en élevant le niveau moral de notre société; et en restreignant ainsi le terrain dévolu à leurs ravages. »
(1) Étude hist et nasol. sur quelques épidémies dm
moyen âge. Paris, 1873, 8°.
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a court a permis et permectaupreuostdeparis ou a son lieutenant criminel, défaire publier par les carrefours de ceste ville de paris. Les articles cy après declaire\fai\ de lordonnance dicelle par ledict lieutenant criminel pour euiter au danger de peste en cestedicte ville et es faulxbourgs de paris, ensemble les inionctions et aultres articles adioustee^par ladicte court, et iceulx faire imprimer, a ce que aucun nen prétende cause dignorance.
8our mectre prouision j au dangier de peste | qui a eu cours en la
I ville de Paris, et fuyr
les lieux et personnes qui en ont este entachez (i). Len commande et enioinct de par le roy nostre sire et monseigneur le preuost de Paris (2). A tous propriétaires et locatifz des maisons estans en ladicte ville de Paris.
(1) Nous reproduisons scrupuleusement cette curieuse pièce. Nous avons respecté son et range orthographe et même les fautes d'impression qu'elle renferme.
(ï) Il se nommait Jean de la Barre, chevalier, et avait remplacé, en idïï, Gabriel d'Alègre, baron.
Es quelles puis deux mois en ca ont este mallades aulcunes personnes de peste ou allez de vie a trespas, et qui après ce présent cry pourront estre mallades. Quilz aient a mectre ou faire mectre es fenestres desdictes maisons ou aultre lieu plus apparent vne Croix de boys.
Et au meilleu de la principalle porte , huys , et entrée dudict hostel vne aultre croix de boys clouée et fichée contre lesdictes portes et huys. A ce que chascun en puisse auoir congnoissance et soy abstenir y entrer. Les quelles croix. Leh deffend oster ou faire oster directement ou indirectement iusques deux mois après cedict pre^
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sent cry. Sur peine damende arbitraire.
Len enioinct oultre. A toutes personnes qui ont este mallades, et qui cy après seront mallades desdictes malladies et aussi à tous ceulx de sa maison, et famille ou auront este et seront mallades lesdictes personnes. Quilz aient a porter en leur main en allant et venant par la ville vne verge blanche ou bâton blanc. Sur ladicte peine.
ITEM len deffend comme dessus a toutes personnes de quelque estât ou condicion quelles soient dé non apporter ou faire apporter en cestedicte ville et faulxbourgs de paris des villes villaiges et autres lieux.
Aussi de ne transporter ne faire transporter dune maison chambre ne autre hostel ou logis ou len se seroit mort de peste en autre hostelz, maison, chambre, garnier, ne autre logis. Aucuns lictz, couuertures loudiers (i) coustepoinctes (2) draps de layne de lange serges custodes (3) coustes (4) simples ne autre biens ou la peste se peult retenir Soient que lesdictz biens leur aapartiennent par succession ou autrement en quelque manière que
(1) Loudiers, ou plutôt Lodiers ; espèce de couverture de lit, faite de coton, de laine, ou de bourre, étendu entre deux lays de satin, de taffetas, de toile, ou d'autre étoffe contrepointée.
(2) Coustepoinctes, couvertures de lit faites d'une étoffe quelconque mise en double et rembourrée de coton, laquelle était pointe ou cousue.
(3) Custodes, rideaux de chambre ou de lit.
(4) Couste, lit de plumes.
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ce soit mais délaissent ' lesdictz biens es lieux ou len se seroit mort de peste iusques a ce que le péril en soit hors sur peine de la hart et de confiscacion de corps et de biens.
ITEM len deffend a tous freppiers, priseurs, de biens par inuentoires, cousturiers, rabilleurs dabillemens, colporteurs, colportarresses, reuendeurs, reuenderesses dabiilemens, et a toutes autres personnes de quelque estât quelles soient, et aussi a tous sergens du roy nostredict seigneur et de toutes autres terres et seigneuries estans en ladicte ville et faulxbourgs de paris quilz ne vendent ne exposent en vente en cestedicte
ville er faulxbourgs de paris soubz couleur de vendre biens par iustice ne autrement aucuns desdictz lictz, couuertures, loudiers, couste poinctes, serges, custodes, habillemens, robbes, sayons(i), draps, de laine, ne de lange, et generallemetit tous autres biens ou la peste et mauuais air se peult retenir, sur peine de la hart et de conâscacion de corps et de biens.
ITEM len deffend a tous de non aller aux estuues (2) : et aux propriétaires et locatife dicelles estuues Ne les chauffer
(1) Soyons, ou saies, casaques qui couvraient les épaules, les bras et la poitrine.
(2) Les bains publics.
iusques après le iour et feste de noel prochainement venant sur peine destre pugnis corporellement.
ITEM len commande et enioinct a, tous curez vicaires marguilliers gouuerneurs des parroisses et églises desdictes ville et faulxbourgs de ne laisser entrer esdictes églises aucuns maraulx et mendians de non entrer durant le seruice esdictes églises : aussi ne se tiendront lesdictz maraulx et mendians près et ioignant les portes, mais loing dicelles et tellement que on puisse liberallement sans dangier hors alaine et infection de puanteur entrer esdictes églises. Et ce
sur peine ausdictz maraulx et mendians destre pugnis corporellement et destre fustiguez.
ITEM pource que la conuersacion des " personnes ladres entaches de malladie de lèpre et de mesellerie (i) est abhominable et tresperilleuse entre personnes saines, tant pource que icelle malladie de lèpre est malladie contagieuse, cornme autrement. On deffend a toutes manières de ladres meseaulx et meselles Qu'ilz ne voisent , viennent , ne conuersent auec personnes saines.
Et en especial nentrent, voi-
(i) Méçellerîe était synonyme de lèpre; on remployait encore pour indiquer un hôpital destiné aux meneaux ou mé^elles, c'est-à-dire aux lépreux et aux lépreuses.
sent, viennent, ne conuersent En la ville de paris : ains se retirent en leurs maladeries.
Sur peine destre mis en prison vng mois au pain et a leaue, de perdre et forfaire leurs cheuaulx, housses, cliquettes, et barilz, et de autrement estre pugnis en corps.
Touteffois il est loisible ausdictz mallades de lèpre eulx faire quester en ladicte ville et faulxbougs par gens et personnes saines. En ayant surce congie de iustice pqur obuier aux abbuz qui se y sont commis et peuuent commettre.
ITEM len inhibe et deffend a tous meseaulx et meselles qui sont estrangers et qui ne
sont de la preuoste et viconte de paris de eulx tenir es malladeries desdictes ville et preuoste : ains eulx retirer es malladeries, parroisses, et diocèses, dont ilz sont incontinant après ce présent cry faict sur peine destre batus par les carreffours de ladicte ville de paris.
ITEM len deffend a tous cirurgiens et barbiers quilz ne soient si osez ne si hardyz de porter et gecter ou faire porter et getter les sangs des personnes mallades de quelque malladie que ce soit, par eulx ou aucuns deulx saignées En la riuiere de seyne ne alleurs a paris mais les portent ou enuoyent au dehors de la ville
de paris scauoir est en la riuiere de seine. Au dessoubz de lescorcherie aux cheuaulx, Sur peine de prison et damende arbitraire.
ITEM et si est inhibe et deffendu. A tous cirurgiens et barbiers, qui auront faict les seignees de malladie de peste de non eulx entremettre de leur art pratique , ou mestier, Sur les corps des gens et personnes saines iusques a ce que par iustice eu esgard au temps quilz auront faict lesdictez saignies leur soit permis faire Sur peine de la hart.
ITEM aussi est enioinct a tous mareschaulx de faire les saignées des cheuaulx que sai-
gneront en vng vaisseau. Et le sang seront tenus lesdictz mareschaulx porter aux voiries hors la vile et faulxbourgs. Et de [ne] (i) vser de charbon de pierre ou de terre. Sur peine de prison et damende arbitraire (2).
(1) Cette particule ne est en marge de l'original et écrite à la main. Elle avait été oubliée par le compositeur typographe.
(2) Si nos aïeux revenaient sur cette terre et qu'ils vissent la consommation prodigieuse que nous faisons de charbon de terre, soit dans nos maisons, soit dans nos usines, ils seraient eux-mêmes bien étonnés au souvenir des préoccupations qu'éveillait dans leur esprit le prétendu danger pour la santé de l'usage du précieux combustible. Us se rappelleraient que dès l'année i52o, le 4 juillet, le Parlement et le prévôt de Paris avaient fait appel aux médecins et leur avaient demandé si l'on pouvait permettre, à cause de La mauvaise odeur, l'usage du charbon de terre (terra anglica) aux forgerons. La Faculté de médecine répondit « que pourvu que par certains moyens la fumée soit bien dirigée et éliminée, il ne peut résulter aucun inconvénient. » (Registres-commentaires de la Faculté de médecine de Paris, t. IV, fol. 89, v<\)
ITEM len commande et enioinct tresexpressement, a toutes personnes quelconques de quelque estât quilz soient. Que doresnauant et pour laduenir.
Ilz facent pauer, refaire le paue corrumjpu et enfondre, tiennent ledict paue en bon estât et les rues nectes. chascun en droict soy gectent eaue en tout temps soir et matin deuant leurs huys sur ledict paue. Mesmement dedans le ruysseau. Et facent tellement: Que les ruisseaulx et esgoutz ne soient arrestez ou empesches a lendroit de leurs maisons que immundices ne se y puissent arrester.
Et que pour quelconques pluye ou aultre chose descendant des
cieulx, nul soit si hardy de curer, baloyer, ou nettoyer deuant son huys , iusques a ce que la pluye soit passée, et esgoutee . Mais laisser leaue auoir son cours sicomme elle le peult auoir de raison. Et leaue passée quiconques vouldra baloier ou nettoier detiant son huys faire le debura, et pourra. Par ainsi que tantost ladicte cureure et nectoieure sera ostee et portée au lieu acoustume. Sans ce que soit en temps de pluye ou aultrement Les voisins puissent aualler les vngs sur les aultres. Et ne seront gectees des maisons par les fenestres ordures, charrees, infections ne eaues quelles que
soient. Et ne soient retenues longuement esdictes maisons vrines, eaulx croppies, corrumpues , ou aultres infections , ains incontinant et le plus tost seront portées au ruisseau. Et après gecte un seau deaue necte.
ITEM est enioinct tresexpressèment doresnauant et pour ladvenir , a toutes personnes quelconques et de quelque estât quelles soient de ne wider et mectre en plain de rue aucuns feurres, fiens, charrees, boues, ne autres immundices, ne iceulx bourter ou faire boutter es rues, mais ce pendant iceulx fiens et immundices serrer et mectre en contre le long de
leurs maisons dedans panniers et mannequins. Et aux tailleurs de pierres maçons couureurs, et tous aultres : de non wider ou faire wider desdictes maisons grauois ou aultre chose , dont infection ou empeschement se peult ensuyuir si promptement : ilz nont tumbereaulx, charrectes, voictures, ou hotteurs . prestz. Pour incontinant charger lesdictes widanges, grauois, fiens, charrees, et immundices. Et iceulx porter ou faire porter aux champs et lieux a ce ordonnez selon et a mesure ce quilz seront ostez et mis hors de lhostel dont ilz seront yssuz. Et ce sur peine de prison et destre rigoureusement
pugnis : a la volunte de iustice. Et du faict du présent article, aussi du prochain précédant .
Les maistres et maistresses respondront pour leurs varletz, seruiteurs, et chamberieres. Oultre la pugnition qui se en pourra neantmôins faire diceulx varletz, seruitèurs et chamberieres.
ITEM aussi len commande aux commis par iustice sur le faict des boues, et aultres gens qui en ont eu la charge. Que toutes exusacions cessans : ilz se appliquent et facent curer et nettoyer lesdictes rues et facent mener lesdictes boues et immondices es lieux a ce ordonnez. Sur peine de prison et damende arbitraire. Et est en-
ioinct aux tumbelliers. Que incontinant après ilz soient en toute diligence prestz, eulx, et leurs tumbereaulx soient cloz et serrez. En sorte quil nen puisse sortir aucune chose. Et que la pièce qui estoupe le cul du tombereau soit aussi haulte ou plus que le deuant dudict tombereau . Sur peine ausdictz tumbelliers chartiers et meneurs de grauois destre mis en prison et de confiscation de leursditcz cheuaulx, et tumbereaulx, et damende arbitraire.
Et enioinct len, et permect a tous sergens, et bourgois de Paris: Que ou ilz verront et trouueront desdictz tumbereaulx qui ne soient cloz comme dessus :
diceulx prendre ou faire prendre et mener oudict chastellet. Pour en estre ordonne, ainsi que iustice verra estre a faire par raison.
ITEM est aussi prohibe et deffendu pour laduenir, a tous bouchiers , charcutiers , rotisseurs 2 boullengiers , regratiers ( i ) , reuendeurs de vollailles, et poullailles, tauerniers, laboureurs, mesnagiers, gens de mestiers, et a toutes aultres personnes de quelque estât ou condicion quilz soient. Quilz ne tiennent ne facent tenir, ne nourrir en quelque lieu que ce soit en cestedicte ville et faulxbourgs
(i) Regratiers. C'étaient nos fripiers d'aujourd'hui ; ils paraient et fardaient les. vieille» marchandises pour les vendre plus cher.
de Paris. Aucuns pourceaulx, truyes, cochons, oisons, pigeons ne congnins. Soit pour vendre, pour leur viure, entretenement de leur maison, mesnaige, ne pour quelque cause, occasion, ou couleur que ce soit. Et enioinct len a tous les dessusdictz quil tiennent et nourrissent es lieux dessusdictz. lesdictz pourceaulx, cochons, oisons, congnins, et pigeons, que dedans huy toutes excusacions cessans maynent et portent ou facent mener, enuoyer, et porter lesditctz pourceaulx, truyes, cochons , oisons , pigeons , et congnins (i) nourrir ailleurs es
(i) Congnins, ou Connins, Lapins, du mot latin Cuniculus, souterrain.
champs hors lesdictes ville et faulxbourgs de Paris. Sur peine de confiscation desdictz pourceaulx, truyes, cochons, oisons, congnins et pigeons, de prison, et destre tresgriefuement pugnis, a la volunte de iustice.
Et si est enioinct a tous de le reueler et annuncer a iustice, le plus diligemment que faire se pourra. Sur peine de prison, et damende arbitraire.
ITEM et est enioinct trèsestroictement pour laduenir a tous propriétaires de maisons hostelz et demeures, ou ny a aucunes fossez a retraictz, que incontinent sans delay et a toute diligence ilz en facent faire sur peine damende arbi-
traire. Et neantmoins les louaiges desdictes maisons seront arrestez, saisiz, prins par iustice, -et employez a y faire lesdictes fosses et retraictz. Et si est inhibe et deffendu a tous qui ont acoustume de curer lesdictz retraictz de non les curer et nettoier doresnauant sans le congie de nous ou nosdictz lieutenants, sur peine de prison et damende arbitraire.
ITEM est deffendu par manière de prouision et iusques a ce que par iustice autrement en soit ordonne a tous les manans et habitans de cestedicte ville de paris de quelque estât, condicion, ou
mestier, quilz soient, que doresnauant ilz ne ayent a mettre aux fenestres et en droit de leurs hostelz respondant sur rues aucuns draps tendus sur perche Et ce sur peine de dix liures parisis damende.
ITEM est ordonne et enioinct aux examinateurs commissaires oudict chastelet de faire garder ces présentes et aux quartiniers, dixiniers, et cinquantiniers (i), de leur bailler con-
(i) Avant Philippe-Auguste, Paris était divisé en quatre parties, qu'on nomma, à cause de leur nom* bre, quartiers. Les magistrats chargés de la police dans ces quartiers en tirèrent le nom de quarteniers. Ces derniers commandaient le guet de leur quartier; ils veillaient à ce que les rues fussent garnies de chaînes; ils prêtaient secours à ceux que menaçait un incendie, et étaient dépositaires des seaux, crocs et outils, etc.,j>our arrêter les ravages du feu. Les cinquanteniers étaient chargés de transmettre
fort et ayde et reueler les transgressions et faultes en ce qui viendra a leur congnoissance Et est permis incontinant emprisonner, ou faire emprisonner ceulx qui sont a contraindre par emprisonnement de leurs personnes et qui contremendront es articles cy dessus Pour iustice en estre par nous faicte ausquelz commissaires, quartiniers dixiniers, cinquantiniers , et tous aultres : a ce soient plus songneurs de Reueler et dénoncer les faultes et faire les captions et emprisonnemens en ce qui
aux bourgeois les ordres des quarteniers; il y en avait deux sous chaque quartenier. Enfin, les diçainiers étaient subordonnés aux quarteniers et cinquanteniers.
leur est permis et chsacun (sic) en leur esgard Sera baillé Le tiers des amendes qui seront par nous adiugees.
Faict soubz le signet de mondict seigneur le preuost. le samedi, xxvi. iour. Daoust Lan Mil cinq cens. xxxi. Ainsi signe.
vL morin.