‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 22 sur 99 · SARA LA BAIGNEUSE · texte numérisé non relu

SARA LA BAIGNEUSE

Le soleil et les yents, dans ces bocages sombres, Des feuilles sur son front faisaient flotter les ombres

ÀLrRSD DE VlONT.

Sara, belle d'indolence.

Se balance, Dans un hamac, au-dessus Du bassin d'une fontaine

Toute pleine D'^u puisée à Tllyssus,

Et la frêle escarpolette

Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la baigneuse blanche

Qui se penche, Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle.

Qui chancelle, Passe à fleur d'eau dans son vol.

On voit sur l'eau qui s'agite

Sortir vite Son beau pied et son beau col.

Elle bat d'un pied timide

L'onde bumide Où ti-emble un mouvant tableau, Fait rougir son pied d'albâtre ,

Et, folâtre, Rit de la fratcbeur de l'eau.

Reste ici caché : demeure !

Dans une heure, D'un œil ardent tu verras Sortir du bain l'ingénue,

Toute nue.

Croisant ses mains sur ses bras !

Car c'est un astre qui brille

Qu'une fille Qui sort d'un bain au flot clair.

Cherche s'il ne vient personne,

Et frissonne.

Toute mouillée au grand aîr !

Elle est là, sous la feuillée,

Éveillée Au moindre bruit de malheur; Et rouge, pour une mouche

Qui la touche, Comme une grenade en fleur,

On voit tout ce que dérobe

Voile on robe, Uans ses yeux d'azur en feu, Son regard que rien ne voile

Est rétoile Qui brille au fond d'un ciel bleu.

L'eau sur son corps qu'elle essuie

Roule en pluie, Comme sur un peuplier ; Comme si, gouttes à gouttes,

Tombaient toutes Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante

Est bien lente A finir ses doux ébats ; Toujours elle se balance

En silence.

Et va murmurant tout bas ;

« Oh ! si j'étais capitane.

Ou sultane.

Je prendrais des bains ambré?, Dans un bain de marbre jaune.,

Près d'un trône, Entre deux gri£fons dorés !

« J'aurais le hamac de soie

Qui se ploie Sous le corps prêt à pâmer; J'aurais la molle ottomane

Dont émane

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Un parfum qui fait aimer.

« Je pourrais folâtrer nue,

Sous la nue, Dans le ruisseau du jardin, Sans craindre de voir dans Tombre

Du bois sombre Deux yeux s'allumer soudain.

ft II faudrait risquer sa tète

Inquiète, Et tout braver pour me voir, Le sabre nu de Theiduque,

Et l'eunuque Aux dents blanches, au front noir !

« Puis, je pourrais, sans qu'on presse

Ma paresse.

Laisser avec mes habits Traîner sur les larges dalles

Mes sandales De drap brodé de rubis. >

Ainsi se parle en princesse.

Et sans cesse Se balance avec amour La jeune fille rieuse.

Oublieuse Des promptes ailes du jour.

L'eau, du pied de la baigneuse Peu soigneuse.

Rejaillit sur le gazon, Sur sa chemise plissée.

Balancée • Aux branches d^un vert buisson.

Et cependant des campagnes

Ses compagnes Prennent toutes le chemin.

Voici leur troupe frivole

Qui s'envole En se tenant par la main.

Chacune, en chantant conune elle.

Passe et mêle Ce reproche à sa chanson :

< Oh 1 la paresseuse fille

Qui s'habille Si tard un jour de moisson ^ •

Juillet 1828.

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