‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 34 sur 99 · FANTOMES · texte numérisé non relu

FANTOMES

Laesga es su noebe^ y cerradof

Estan SOS ojos pesados. ! Idos, idos en paz, Tientos aladost

Longae est sa unit, et fermés sont sfts yeu« lourds. Allez, allez en paix^ Tents ailés}

Ilélas ! que j'en ai vu mourir de jeunes filles ! C'est le^destin. Il faut une proie au trépas. Il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles ; Il faut que dans le bal Jes folâtres quadrilles Foulent des roses sous leurs pas.

Il faut que l'eau s'épuise à courir les vallées ; Il faut que l'éclair brille, et brille peu d'instants , Il faut qu'Avril jaloux brûle de ses |;elées Le beau pommier, trop fier de ses fleurs étoilées. Neige odorante du printemps.

Oui, o'est la vie. Après le jour, la nuit livide. Après tout, le réveil, infernal ou diviii«

in6 LES ORIENT A.LE5.

Autour du grand banquet siège une foule avide ; Mais bien des conviés laissent leur place vide, Et se lèvent avant la &n.

Que j'en ai vu mourir! — Tune était rose et blanche , L'autre semblait ouïr de célestes accords , L'autre, faible , appuyait d'un bras son front qui penche, Et, comme en s'envolant l'oiseau courbe la branche, Son âme avait brisé son corps.

Une, pâle, égarée, en proie au noir délire. Disait tout bas un nom dont nul ne se souvient , Une s'évanouit, comme un chant sur la lyre ; Une autre en expirant avait le doux sourire D'un jeune ange qui s'en revient.

Toutes fragiles ^urs, sitôt mortes que nées î Alcyons engloutis avecleurs nids flottants I Colombes, que le ciel au monde avait données ! Qui, de grâce, et d'enfance, et d'amour couronnées, Comptaient leurs ans par les printemps !

Quoi, mortes ! quoi, déjà, sous la pierre couchées I Quoi I tant d'êtres charmants sans regard et sans voix Tant de flambeaux éteints I tant de fleurs arrachées !... Oh ! laissez-moi fouler les feuilles desséchées. Et m'égarer au fond des bois !

Doux fantômes ! c'est là, quand je rêre dans l'ombre,

Qu'ils viennent tour à tour m'entendre et me parler. Un jour douteux me montre et me cache leur nombre , A. travers les rameaux et le feuillage sombre, Je vois leurs yeux étinceler.

Mon àme est une sœur pour ces ombres si belles. La vie et le tombeau pour nous n^ont p]ns de loi. Tantôt j'aide leurs pas , tantôt je prends leurs ailes Vision ineffable où je suis mort comme elles. Elles, vivantes comme moi !

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées. Je les vois l je les vois l Elles me disent : < Viens ! » Fuis autour d'un tombeau dansent entrelacées ; Puis s'en vont lentement, par degrés éclipsées . Alors je songe et me souviens....

Une surtout : — un ange, une jeune Espagnole ! Blanches mains, sein gonflé de soupirs innocents, Un œil noir, où luisaient des regards de créole. Et ce charme inconnu, cette fraîche auréole Qui couronne un front de quinze ans !

Non, ce n'est point d'amour qu'elle est morte : pour elle, L'amour n'avait encor ni plaisirs ni combats ; Rien ne faisait encor battre son cœur rebelle ; Quand tous en la voyant s'écriaient: «Qu'elle est belle! « Nul ne le lui disait tout bas.

Elle aiudait trop le bal, c'est ce qui Ta tuée. Le bal éblouissant ! le bal délicieux 1 Sa cendre encor frémit, doucement remuée , Quand, dans la nuit sereine, une blanche nuée Danse autour du croissant des cieux.

Elle aimait trop le bal. '— Quand venait une fête, Elle y pensait trois jours, trois nuits elle en rêvait. Et femmes, musiciens, danseurs que rien n'arrête, Venaient, dans son sommeil, troublant sa ieune tête, Rire et bruire à son chevet.

Puis c'étaient des bijoux, des colliers, des merveilles ! Des ceintm'es de moire aux ondoyants reflets ; Des tissus plus légers que des ailes d'abeilles ; Des festons, des rubans, à remplir des corbeilles ; Des fleurs, à payer un palais I

La fête commencée, avec ses sœurs rieuses Elle accourait, froissant Féventail sous ses doigts, Puis s'asseyait parmi les écharpes soyeuses, Et son cœur éclatait en fanfares joyeuses, Avec l'orchestre aux mille voix.

C'était plaisir de voir danser la jeune fille ! Sa basquine agitait ses paillettes d'azur , Ses grands yeux noirs brillaient sous la noire mantille: Telle une double étoile au front des nuits scintille Sous les plis d'un nuage obscur.

Tout en elle était danse, et rire, et folle joie. Enfant ! — Nous l'admirions dans nos tristes loisirs ,

LES ORIENTALES. <:i9

Car ce n'est point au bal que le cœur se déploie : La cendre y Yole autour des tuniques de soie, L'ennui sombre autour des plaisirs.

Mais elle, par la valse ou la ronde empoitée, Volait, et revenait, et ne respirait pas, £t s'enivrait des sons de la flûte vantée, Des fleurs, des lustres d'or, de la fête enchantée , Du bruit des voix, du bruit des pas.

Quel bonheur de bondir, éperdue, en la foule. De sentir par le bal ses sens multipliés, Et de ne pas savoir si dans la nne on roule, Si l'on chasse en fuyant la terre, ou si Ton foule Un flot tournoyant sous ses pieds ! *

Mais hélas ! il fallait, quand l'aube était venue. Partir, attendre au seuil le manteau de satin. C'est alors que souvent la danseuse ingénue Sentit en frissonnant sur son épaule nue Glisser le souffle du matin.

Quels tristes lendemains laisse le bal folâtre ! Adieu, parure, et danse, et rires enfantins ! Aux chansons succédait la toux opini&tre, An plaisir rose et frais la fièvre au teint bleuâtre, Aux yeux brillants les yeux éteints.

Elle est morte. — A quinze ans, belle, heureusef adorée I Morte an sortir d'an bal qui nous mit t^us en deuil, Morte, hélas ! et des bras d'one mère égarée La mort aax froides mains la prit toute parée. Pour rendormir dans le cercueil.

Pour danser d'autres bals elle éiait encor prête, i

Tant la mort fut pressée à prendre un corps si beau! ^

Et ces roses d'un jour qui couronnaient sa tête. Qui s'épanouissaient la veille en une fête, Se /anèrent dans un tombeau.

Sa pauvre mère, hélas ! de son sort ignorante, Avoir mis tant d'amour sur ce frêle roseau, Et si longtemps veiilé son enfance souffrante, El passé tant de nuits à l'endormir pleurante Toute petite en son berceau !

A quoi bon? — Maintenant la jeune trépassée. Sons le plomb du cercueil, livide, en proie au ver, Dort; et si, dans la tombe où nous l'avons laissée, Quelque fête des morts la réveille glacée. Par une belle nuit d'hiver.

On spectre au rire affreux à sa morne toilette

Préside au liea de mère, et lui dit : c II est temps ! » Et, glaçant d'un baiser sa lèyre violette. Passe les doigts noueux de sa main de squelette Sous ses cheveux longs et flottants.

Puis, tremblante, il la mène à la danse fatale. An chœur aérien dans Tombre voltigeant , Et sur rhorizon gris la lune est large et pâle. Et Farc-en-ciel des nuits teint d^un reflet a opale Le nuage aux franges d^argent.

Vous toutes qu'à ses jeux le bal riant convie, Pensez à l'Espagnole éteinte sans retour, Jeunes filles I Joyeuse, et d'une main ravie, Elle allait moissonnant les roses de la vie, Beauté, plaisir, jeunesse^ amour !

La pauvre enfant, de fête en fête promenée, De ce bouquet charmant arrangeait les couleurs p Mais qu'elle a passé vite, hélas ! l'infortunée ! Ainsi qn'Ophéiia par le fleuve entraînée.

Elle est morte en cueillant des fleurs !

Avril \92S.

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