‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 35 sur 99 · MAZEPPA · texte numérisé non relu

MAZEPPA

Away I — Away ! ^

Btbon. lUuêffc^

En «Tant ! en arant I

AinsiV quand Mazeppa, qui rugit et qui pleure,

A vu s^s bras, ses pieds, ses flancs qu'un sabre effleure,

Tous ses membres liés Sur un fou|;ueux cheval, nourri d'herbes marines, Qui fume, et fait jaiUir le feu de ses narines

Et le Cpu de ses pieds ;

i^uand il s'est dans ses nœuds roulé comme un reptile Qu'il a bien réjoui de sa rage inutile

Ses bourreaux tout joyeux.

Et qu'il relombe enfin sur la croupe farouche, La sueur sur le front, récume dans la bouche, j

Et du sang dans les yeux ; jl

LES ORIENTALES. ik'i

Un ciî part, et soudain roîlà qne par la plaine Et rhomme et le cheval, emportés, hors d'haleine,

Sur les sables mouvants.

Seuls, emplissant de bruit un tourbillon de poudre P'jreil au noir nuage où serpente la foudre.

Volent avec les vents ! .^

Ils vont. Dans les vallons comme un orage ils passent, Comme ces ouragans qui dans les monts s'entassent,

Comme un globe de feu; Puis déjà ne sont plus qu'un point noir dans la brume, Puis s'efiacent dans Tair comme un flocon d'écume

Au vaste océan bleu.

Ils vont. L'espace est grand. Dans le désert immense. Dans l'horizon sans un qui toujours recommence,

Us se plongent tous deux.

Leur course comme un vol les emporte, et grands chênes Villes et tours, monts noirs liés en longues chaînes,

Tout chancelle autour d'eux. -'^

Et si l'infortuné, dont la tête se brise. Se débat, le cheval, qui devance la brise,

D'un bond plus effrayé , S'enfonce au désert vaste, aride, infranchissable. Oui devant eux s'étend, avec ses plis de sable,

Comme un manteau rayé.

Tout vacille et se peint de couleurs inconnues : Il voit courir les bois, courir les larges nues.

Le vieux donjon détruit.

Les monts dont un rayon baigne les intervalles;

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ikk LES ORIENTALES.

I) voit; et des troupeaux de fumantes cavales Le suivent à grand bruit !

Et le ciel, où déjà les pas du soir s'allongent, Avec ses océans de nuages où plongent

Des nuages encor, Et son soleil qui fend leurs vagues de sa proue. Sur son front ébloui tourne comme une roue

De marbre aux veines d^or !

Son œil s'égare et luit, sa chevelure traîne, Sa tête pend ; son sang rougît la jaune arène,

Les buissons épineux; Sur ses membres gonflés la corde se replie. Et comme un long serpent resserre et multiplie

Sa morsure et ses nœuds.

Le cheval, qui ne sent ni le mors ni la selle, Toujours fuit, et toujours son sang coule et ruisselle.

Sa chair tombe en lambeaux ; Héks! voici déjà qu'aux cavales ardentes Oui le suivaient, dressant leurs crinières pendantes,

Succèdent les corbeaux I

Les corbeaux, le grand-duc à Pœil rond, qui s'efîraie, L'aigle effaré des champs de bataille, et Forfraie, *

Monstre au jour inconnu.

Les obliques hiboux, et le grand vautour fauve Qui fouille au flanc des morts, où son col rouge et chauve

Plonge comme un bras nu!

Tous viennent élargir la funèbre volée;

Tous quittent pour le suivre et Tyeuse isolée Et les nids du manoir.

I Lui, sanglant, éperdu, sourd à leurs cris de joie, Demande en les voyant : c Qui donc là-haut déploie Ce grand éventail noir? » ; ;

^ La nuit descend lugubre, et sans robe étoilée. L*essaim s'acharne, et suit, tel qu'une meute ailée.

Le voyageur fumant.

Entre le ciel et lui, comme un tourbillon sonnbre, Il les voit, puis les perd, et les entend dans Tombre

Voler confusément.

Enfin, après trois jours d'une course insensée, Après avoir franchi fleuves à l'eau glacée.

Steppes, forêts, déserts.

Le cheval tombe aux cris des mille oiseaux de proie. Et son ongle de fer sur la pierre qu'il broie

Éteint ses quatre éclairs.

Voilà l'infortuné, gisant, nu, misérable, Tout tacheté de sang, plus rouge que l'érable

Dans la .saison des fleurs.

Le nuage d'oiseaux sur lui tourne et s'arrcle; Maint bec ardent aspire à ronger dans sa tête

Ses yeux brûlés de pleurs.

j Eh bien! ce condamné qui hnrle et qui se traîne, Ce cadavre vivant, les tribus de l'Ukraine

Le feront prince un jour.

Un jour, semant les champs de morts sans sépulture^, 11 dédommagera par de larges pâtures K V r r. / ^ . , ■ . 10

146 LES ORIEJO'ALES.

L'orfraie et le vautonr.

Sa sauvage grandeur naîtra de son supplice. Un jour, des vieux hetmans il ceindra la pelisse,

Grand à Toeil ébloui ; Et quand il passera, ces peuples de la tente, Prosternés, enverront la fanfare éclatante

BandÎF autoor de loi !

I Ainsi, lorsqu'un mortel, sur qui son dieu s'étale,

S'est vu lier vivant sur ta croupe fatale,

Génie, ardent coursier.

En vain il lutte, hélas ! tu bondis, tu l'emportes Hors du monde réel, dont tu brises les portes

Avec tes pieds d'acier!

Tu franchis avec lui désert, cimes chenues \

Des vieux monts, et les mers, et, par delà Ic^ nues,

De sombres régions; Et taille impurs esprits que ta course réveille Autour du voyageur, insolepte merveille,

Pressent leurs légions!

Il traverse d'un vol, sur tes ailes de flamme, Tous les champs 4u possible, ^t les mondes de Tâme;

Boit au fleuve éteroej ; Dans la nuit orageuse ou la puit étoilée, Sa chevelure, 4ux crins des comètes mêlée,

Flamboie aii (rqnt dq piel,

' ' Les six lunes d'Herschel, Panneau du vieux Saturne, Le pôle, arrondissant une aurore nocturne

Sur son front boréal, Il voit tout; et pour lui ton vol, que rien ne lasse, De ce monde sans borne à chaque instant déplace f L'horizon idéal.

t' Q"î pewt savoir, honnis les démons et les anges. Ce qu'il souffre à te suivre, et quels éclairs étranges A ses yeux reluiront, ' Comme il sera brûlé d'ardentes étincelles,

r^ Hélas ! et dans la nuit combien de froides ailes I Viendront battre son front?

[1 crie épouvanté, tu poursuis implacable. Pâle, épuisé, béant, so^s ton vol qui Paocable

Il ploie avec effroi ; Chaque pas que tu fais semble creuser sa tombe. Enfin le terme arrive.... il court, il vole, il tombe,

Et se relève roi !

Mai 4838

tkS LES ORIENTALES.

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