A M. LOUIS B
Lymessl domns alta. solo Laorente sepulcrniii.
YnioiLK.
Lionis, quand vous irez, dans un de vos voyages,
Voir Bordeaux, Pau, Bayonne et ses charmants rivages,
Toulouse la romaine, oh dans des jours meilleurs
J'ai cueilli tout enfant la poésie en fleurs,
Passez par Blois. — Et là, bien volontiers sans doute,
Laissez dans le logis vos compagnons de route.
Et tandis qu'ils joueront, riront ou dormiront,
Vous, avec vos pensers qui haussent votre front.
Montez à travers Blois cet escalier de rues
Que n'inonde jamais la Loire au temps des crues
Laissez là le château, quoique sombre et puissant,
Quoiqu'il ait à la face une tache de sang;
Admirez, en passant^ cette tour octogone
Qui fait à ses huit pans hurler une gorgone ;
Mais passez. — Et sorti de la ville, au midi,
Cherchez un tertre vert, circulaire, arrondi,
Que surmonte un grand arbre, un noyer, ce me semble*
Comme au cimier d'un casque une plume qui tremble.
Vous le reconnaîtrez, ami , car, tout rêvant. Vous l'aurez vu de loin sans doute en arrivant*
Sur le tertre monté, que la plaine bleuAtre, Que la ville étagée en long amphithéâtre, Que Féglise, on la Loire et ses voiles aux vents. Et ses mille archipels plus que ses flots mouvants, Et de Chambord là-bas au loin les cent tourelles, Ne fassent pas voler votre pensée entre elles* Ne levez pas vos yeux si haut que Thorizon, Regardez à vos pieds. . . —
Louis, cette maison Qu'on voit, bâtie en pierre et d'ardoise couverte, Blanche et carrée, au bas de la colline verte. Et qui, fermée à peine aux regards étrangers, S'épanouit charmante entre ses deux vergers : C'est là. — Regardez bien : c'est le toit de mon père* C'est ici qu'il s'en vint dormir après la guerre. Celui que tant de fob mes vers vous ont nommé, Que vous n'avez pas vu, qui vous aurait aimé!
Alors, ô mon ami, plein d'une extase amèrc, Pensez pieusement, d'abord à votre mère. Et puis à votre sœur, et dites : < Notre ami Ne reverra jamais son vieux père endormi !
« Hélas ! il a perdu cette sainte défense
Qui protège la vie encore après l'enfance.
Ce pilote prudent, qui pour dompter le flot
Prête one expérience au jeune matelot!
Plus de père pour lui ! plus rien qu'une mémoire!
LES FEUILLES D'AUTOISINE. 209
Plus d' auguste vieillesse à couronner de gloire I
Plus de récits guerriers ! plus de beaux cheveux blancs
A faire caresser par les petits enfants !
Hélas ! il a perdu la moitié de sa vie»
L'orgueil de faire voir à la foule ravie
Son père, un vétéran, un général ancien !
Ce foyer où l'on est plus à l'aise qu'au sien»
Et le seuil paternel qui tressaille de joie
Quand du fils qui revient le chien fidèle aboie !
« Le grand arbre est tombé ! resté seul au \allon L'arbuste est désormais à nu sous l'aquilon. Quand l'aïeul disparaît du sein de la famille, Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille, Se rallie inquiet autour du père seul.
Que ne dépasse plus le front blanc de l'aïeul. C'est son tour maintenant. Du soleil, de la ploie, On s'abrite à son ombre, à sa tige on s'appuie. C'est à lui de veiller, d'enseigner, de souffrir, De travailler pour tous, d'agir et de mourir ! Voilà que va bientôt sur sa tète vieillie Descendre la sagesse austère et recueillie ; Voilà que ses beaux ans s'envolent tour à tour, fiSmportant l'un sa joie et l'autre son amour. Ses songes de grandeur et de gloire ingénue, Et que pour travailler son âme reste nue, Laissant là l'espérance et les rêves dorés. Ainsi que la glaneuse, alors que dans les prés Elle marche, d'épis emplbsant sa corbeille, Quitte son vêtement de fête de la veille ! Mais le soir, la glaneuse aux branches d'un buisson Reprendra ses atours, et chantant sa chanson
îliO LES FEUILLES D'AUTOMNE.
S'en reviendra parée, et belle, et consolée ; Tandis que cette vie, âpre et morne vallée, *
N'a point de buisson vert où Ton retrouve un jour L'espoir, l'illusion, l'innocence et l'amour I.
c II continuera donc sa tâche éôttiméncéê. Tandis que sa famille, autour de lui iire«sée. Sur son front, oh des ans s'imprimera le cours, Verra tomber sans cesse et s'amassef toujours. Comme les feuilles d'arbre au vent de la tempête. Cette neige des jours qui blanchit notre tète !
« Ainsi du vétéran par la guerre épargiié^ Kien ne reste à son dis, muet et résigné. Qu'un tombeau vide, et toi, la maison orpheliiie Qu'on voit blanche et carrée au bas de la colline, Gardant, comme un parfum dans le vase festé. Un air de bienvenue et d'hospitalité !
c Un sépulcre à Paris! de pierre ou de porphytè,
Qu'importe ? les tombeauj: des aigles de l'Empire
Sont auprès* Ils sont là tous ces vieux géiléràiiit
Morts un jour de victoire en atitiques héi^os.
Ou, regrettant peut^tre et canons et mitraille.
Tombés à la tribune, autre champ de bataille.
Ses ûls ont déposé sa cendre auprès des leurs,
Afin qu'en l'autre môtide, heureux pour lés meilleurs,
U puisse converser â.\et ses ^rères d'armes ;
Car sans doute ces ehefs, pleures de tàht de larmes,
Ont là-bas une tente. Ils y viennent le soir
Parler de guerre ; au loin, dans l'ombré, ils peuvent voir
Flotter de l'eniiemi léè étiseigUéâ rivales :
LES FEUILLES D'ALTOMNE. 411
Et l'Empereur au fond passe par intervalles.
« Une maison à Blois ! riante, quoique en deuil.
Élégante et petite, avec un lierre au seuil.
Et qui fait soupirer le voyageur d'envie
Comme un charmant asile à reposer sa vie,
Tant sa neuve façade a de fraîches couleurs,
Tant son front est caché dans l'herbe et dans les fleurs !
« Maison ! sépulcre I hélas I pour retrouver quelque ombre De ce père parti sur le navire sombre. Où faut-il que le fils aille égarer ses pas?... Maison, tu ne l'as plus ! tombeau, tu ne l'as pas ! »
Juin 4880.
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