A PROPOS D'UN ROL
PnBbete aores, tos qui eontmetit maltitodines et plaeeds Tobis in turbis nadonani, quoniam non eostodittif legem jasdtiae, neqae secundam ▼olnntatem Dd ambulastis.
Sap. 6.
Voitures et chevaux à grand bruit, l'autre jour, Menaient le roi de Naple au gala de la cour. J'étais au Carrousel, passant avec la foule Qui par ses trois guichets incessamment s'écoule Et traverse ce lieu quatre cents fois par an Four regarder un prince ou voir l'heure au cadran* Je suivais lentement, comme l'onde suit l'onde, Tout ce peuple, songeant qu'il était dans le monde. Certes, le fils aîné du vieux peuple romain, Et qu'il avait un jour, d'un revers de sa main, Déraciné du sol les tours de la Bastille. Je m'arrêtai : le suisse avait fermé la grille.
Et le tambour battait^ et parmi les bravos Passait chaque voiture avec ses huit chevaux.
La fanfare emplissait la vaste cour, jonchée
D'ofiBciers redressant leur tète empanachée ;
Et les royaux coursiers marchaient sans s'étonner,
Fiers de voir devant eux des drapeaux s'incliner*
Or, attentive au bruit, une femme, une vieiUe,
En haillons, et portant au bras quelque corbeille,
Branlant son chef ridé, disait à haute voix :
« Un roi I sous l'Empereur, j'en ai tant vu, des rois ! »
Alors je ne vis plus des voitures dorées La haute impériale et les rouges livrées, Et, tandis que passait et repassait cent fois Tout ce peuple inquiet plein de confuses voix, Je rêvai. Cependant la vieille vers la Grève Poursuivait son chemin en me laissant mon rêve, Comme l'oiseau qui va, dans la forêt lAché, Laisse trembler la feuille où son aile a touché*
Oh ! disais-je, la main sur mon front étendue.
Philosophie, au bas du peuple descendue !
Des petits sur les grands grave et hautain regard !
Où ce peuple est venu, le peuple arrive tard ;
Mais il est arrivé. Le voilà qui dédaigne I
U n'est rien qu'il admire, ou qu'il aime, ou qu'il craigne.
Il sait tirer de tout d'austères jugements.
Tant le marteau de fer des grands événements
A, dans ces durs cerveaux qu'il façonnait sans cesse,
Comme un coin dans le chêne enfoncé la sagesse !
Il s'est dit tant de fois : « Où le monde en est-il if Que font les rois ? à qui le trône ? à qui l'exil ? » (^u'il médite aujourd'hui comme un juge suprême,
Sachant la un de tout, se croyant en soi-même Assez fort pour tout voir et pour tout épargner, Lui qu'on n'exile pas et qui laisse régner !
La cour est en gala 1 pendant qu'au-dessous d'elle» Comme sous le vaisseau l'Océan qui chancelle, Sans cesse remué, gronde un peuple profond Dont nul regard de roi ne peut sonder le fond.
Démence et trahison qui disent sans relâche : « 0 rois, TOUS êtes rois ! confiez votre tâche Aux mille bras dorés qui soutiennent vos pas* Dormez, n'apprenez point et ne méditez pas. De peur que votre front, qu'un prestige environne, Fasse en s'élargissant éclater la couronne ! »
O rois, veillez, veillez I tâchez d'avoir régné. Ne nous reprenez pas ce qu'on avait gagné ; Ne faites point, des coups d'une bride rebelle. Cabrer la liberté qui vous porte avec elle ; Soyez de votre temps, écoutez ce qu'on dit, Et tâchez d'être grands, car le peuple grandit.
Ecoutez, écoutez, à l'horizon immense,
Ce bruit qui parfois tombe et soudain recommence,
Ce murmure confus, ce sourd frémissement
Qui roule et qui s'accroît de moment en moment.
Cest le peuple qui vient ! c'est la haute marée
Qui monte incessamment par son astre attirée.
Chaque siècle, à son tour, qu'il soit d'or ou de fer.
Dévoré comme un cap sur qui monte la mer.
Avec ses lois, ses mœurs, les monuments qu'il fonde,
Vains obstacles qui font à peine écumer Tonde,
Avec tout ce qu'on vit et qu'on ne verra plus,
Disparaît sous ce flot qui n'a pas de reflux I
Le sol toujours s'en va, le flot toujours s'élève.
Malheur à qui le soir s'attarde sur la grève.
Et ne demande pas au pécheur qui s'enfuit
D'où vient qu'à l'horizon on entend ce grand bruit!
Rois, hâtez- vous ! rentrez dans le siècle où nous sommes.
Quittez l'ancien rivage I — A cette mer des hommes
Faites place, ou voyez si vous voulez périr
Sur le siècle passé que son flot doit couvrir I
Ainsi ce qu'en passant avait dit cette femme Remuait mes pensers dans le fond de mon àme. Quand un soldat soudain, du poste détaché. Me cria : « Compagnon, le soleil est couché, v
48 mai 4830.
De toto, nada • De todos, aadie.
Caldbsoii
Que l'importe, mon cœur, ces naissances des rois. Ces victoires qui font éclater à la fois
Cloches et canons en volées»
Et louer le Seigneur en pompeux appareil, Et la nuit, dans le ciel des villes en éveil.
Monter des gerbes étoilées ?
Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité :
La gloire fuit à tire-d'aiie ; Couronnes, mitres d'or, brillent, mais durent peu ; Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu
Fait pour le nid de l'hirondelle I
Hélas I plus de grandeur contient plus de néant! La bombe atteint plutôt l'obélisque géant
Que la tourelle des colombes.
C'est toujours par la mort que Dieu s'unit aux rois; Leur couronne dorée a pour faite sa croix,
Son temple est pavé de leurs tombes.
Quoi ! hauteur de nos tours, splendeur de nos palais, riapoléon. César, Mahomet, Périclès,
Rien qui ne tombe et ne s'efface !
Mystérieux abîme où l'esprit se confond ! A quelques pieds sous terre un silence profond,
Et tant de bruit à la surface !
Juin ISSO.
218 LKS FEUILLES D'AUTOMNE