A MES AMIS L. B. ET S. B
Here't a tigh to those who love Die, AdcI a smile to those wlio bâte ; And, whatever, sky*» abore me, Here*s a heart for every fate.
Btron.
Amis l c'est donc Rouen, la ville aux vieilles rues, Aux vieilles tours, débris des races disparues, La ville aux cent clochers carillonnant dans Tair, Le Rouen des châteaux, des hôtels, des bastilles, Dont le front hérissé de flèches et d'aiguilles Déchire incessamment les brumes de la mer;
C'est Rouen qui vous a 1 Rouen qui vous enlève I
Je ne m'en plaindrai pas. J'ai souvent fait ce rêve
D'aller voir Saint-Ouen à moitié démoli.
Et tout m'a retenu, la famille, l'étude.
Mille soins, et surtout la vague inquiétude
Qui fait que l'homme craint son désir accompli.
J'ai différé. La vie à différer se passe.
De projets en projets, et d'espace en espace
LES FEUILLES D'AUTOMNE. 2si
Le foi esprit de l'homme en tout temps s'envola. Un jour enûn, lassés du songe qui nous leurre, Nous disons ; « U est temps. Exécutons 1 c'est l'heup. ■ Alors nons retournons les yeux, — la mort est là !
Ainsi de mes projets. — Quand vous yerrai-je, Espagne, Et Venise et son golfe, et Rome et sa campagne, Toi, Sicile que ronge un volcan souterrain, Grèc^ qu'on connaît trop, Sardaigne qu'on ignore, Cités de l'aquilon, du couchant, de l'aurore. Pyramides du Nil, cathédrales du Rhin ?
Qui sait? Jamais peut-être. — Et quand m'abriterai-je Près de la mer, ou bien sous un mont blanc de neige, Dans quelque \ieux donjon, tout plein d'un vieux héros, Où le soleil, dorant les tourelles du faite, N'enverra sur mon front que des rayons de fête Teints de pourpre et d'azur au prisme des vitraux ?
Jamais non plus, sans doute.' — Eniattendant, vaine ombre, Oublié dans l'espace et perdu dans le nombre, Je vis. J'ai trois enfants en cercle à mon foyer ; Et lorsque la sagesse entr'ouvre un peu ma porte. Elle me crie : c Ami I sois content. Que t'importe Cette tente d'un jour qu'il faut si tôt ployer?»
Et puis, dans mon esprit, des choses que j'espère Je me fais cent récits, comme à son fils un père. Ce que je voudrais voir je le rêve si beau ! Je vois en moi des tours, des Romes, des Cordoues, Qui jettent mille feux, muse, quand tu secoues Sous leurs sombres piliers ton magique flambeau!
îf82 LES FEUILLES D'AUTOMNE.
Ce sont des Alhambras, de hautes cathédrales. Des Babelsy dans la nue enfonçant leurs spirales. De Qoirs Escurials, mystérieux séjour, Des villes d'autrefois, peintes et dentelées, Où chantent jour et nuit mille cloches ailées, Joyeuses d'habiter dans des clochers à jour !
Et je rêve ! Et jamais yilles impériales N'éclipseront ce rêve aux splendeurs idéaleu. Gardons l'illusion ; elle fuit assez tôt. Chaque homme, dans son cœur, crée à sa fantaisie Tout un monde enchanté d'art et de poésie : C'est notre Chanaan que nous voyons d'en haut.
Restons où nous voyons. Pourquoi vouloir descendre, Et toucher ce qu'on rêve, et marcher dans la cendre ? Que ferons-nous après? où descendre? où courir ? Plus de but à chercher ! plus d'espoir qui séduise ! De la terre donnée à la terre promise Nu] retour; et Moïse a bien fait de mourir 1
Restons loin des objets dont la vue est charmée : L'arc- en-ciel est vapeur, le nuage est fumée. L'idéal tombe en poudre an toucher du réel. L'âme en songes de gloire ou d amour se consume. Comme un enfant qui souffle en un flocon d'écume, Chaque homme enfle une bulle où se reflète nn ciel I
Frêle bulle d'azur, au roseau suspendue. Qui tremble au moindre choc et vacille éperdue I Voilà tous nos projets, nos plaisirs . notre bruit ! Folle création qu'un zéphyr inquiète
Sphère aux mDle couleurs, d'une goutte d'eau faite ! Monde qu'un souffle crée et qu'un souffle détruit 1
Ré ver 9 c'est le bonheur ; attendre, c'est la vie.
Courses, pays lointains, voyages, folle envie I
C'est assez d'accomplir le voyage éternel.
Tout chemine ici-bas vers un but de mystère.
Où. va l'esprit dans l'homme? Où va l'homme sur terre?
Seig;neur 1 Seigneur ! où va la terre dans le ciel ?
Le saurons-nous jamais ? — Qui percera vos voiles, Noirs firmaments, semés de nuages d*étoiles? Mer, qui peux dans ton lit descendre et regarder? Où donc est la science? où donc est l'origine? Cherchez an fond des mers cette perle divine, Et, l'océan connu, l'àme reste à sonder I
Que faire et que penser ? — Nier, douter ou croire ? Carrefour ténébreux I triple route 1 nuit noire I Le plus sage s'assie4 sous l'arbre du chemin, Disant tout bas : « J'irai, Seigneur, où tu m'envoies. > il espère; et, de loin, dans les trois sombres voies, Il écoute, pensif, marcher le genre humain!
Mal 4830.
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