A UNE FEMME
Ceit «M âme channan».
DUIIOT
Enfant I si j'étais roi, jedonnerab Fempire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux, Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut sufBre, Pour un regard de vous I
Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi, Et le profond chaos aux entrailles fécondes. L'éternité, l'espace, et les deux et les mondes, Pour un baiser de toi I
Mai 18..
872 LES FEUITXES D'AUTOMNE.
XXID
■ Quien no ama, no TÎve.
Oh 1 qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage.
Si jamais vous n'avez épié le passage.
Le soir, d'un pas léger, d'un pas mélodieux.
D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres.
Et, comme un météore au sein des nuits funèbres,
Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;
Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire Au poète amoureux, qui chante et qui soupire , Gesupréme bonheur qui fait nos jours dorés, De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux, de n'avoir pour étoiles," De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés ,
Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre, Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre. L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront. Pour voir votre beauté, comme un éclair qui brille. Rose avec des yeux bleus et toute ieune (ille. Passer dans la lumière avec des fleurs au front ; *
Si vous n'avez jamais senti la fréné^î^
De ▼oir la main ou'on veut par d'autres mains choisie, De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs; Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère La valse impure, au vol lascif et circulaire, Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;
Si jamais vous n'avez descendu les collines, Le cœur tout débordant d'émotions divines ; Si jamais vous n'avez, le soir, sous les tilleuls. Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre, Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre. Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;
Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;
Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre,
Jb t'aime ! n'a rempli votre àme tout un jour ;
Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes
En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes.
Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait l'amour !
La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne, Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec la tour saxonne et l'église des Goths, Laisse sans les compter passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires. S'envolent des clochers par groupes inégaux ;
Si jamais vous n'avez, à l'heure où tout sommeille. Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille. Pleuré comme un enfant à force de souffrir. Crié cent fois son nom du soir jusqu'à l'aurore. Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore ,
Et maudit votre mère, et désiré mourir;
Si jamais tous n*avez senti que d'une femme Le regard dans votre &me allumait une autre àme. Que vous élies charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue, U vous serait bien doux d'expirer sur la roue..** Vous n'avez point aimé, vous n'avei point souffert !
Noremora 48t4«
Mens bUnda in corpore blando.
Madame, autour de vous tant de grÀce étincelle » Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charme si vainqueur, Un si touchant regard baigne votre prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle
De si doux pour le cœur,
Que lorsque vous venez, jeune astre qu'on admire, Éclairer notre nuit d'un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter, Comme Toisean des bois devant l'anbe yermeille, Une tendre pensée au fond des cœurs s'éveille
Et se met à chanter 1
Vous ne Tentendez pas, vous l'ignorez, madame, Car la chaste pudeur enveloppe votre âme
De ses voiles jaloux ; Va l'ange que le ciel commit à votre garde IV^a jamais à rougir quand, rêveur^ il regarde
Ce qui se passe en voust
Avril It84.
Araor, ch*a noir amato amar perdona, Mi prese del costui placer si forte Che, corne yedi, ancor non m'abbandona.
Daiitb.
Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents; Suivre de loin de blanches voiles ; Voir au ciel briller les étoiles Et sous rherbe les vers luisants;
Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond ; D'un bal compter les girandoles; La nuit, voir sur Teau les gondoles Fuir avec une étoile au front;
Regarder ta lune sereine ; Dormir sous l'arbre du chemin; Être le roi lorsque la reine.
Par son sceptre d'or souveraine.
L'est aussi par sa blanche main ;
Ouïr sur les harpes jalouses
Se plaindre la romance en pleors;
Errer, pensif, snr les pelouses, Le soir, lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;
Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol.
Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées Dans la chanson du rossignol ;
Ne plus se rappeler le nombre De ses jours, songes oubliés , Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds ;
Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon , Voir, après l'absence fatale , Enfin, de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon;
Non, tout ce qu'a la destinée
De biens réels ou fabuleux
N'est rien pour mon Àme enchaînée,
Quand tu regardes inclinée
Mes yeux noirs avec tes yeux bleus .
StptMnbra 48.
S78 LES FEUILLES D'AUTOUNE.
Oh 1 les tendres propos et les charmantes choses Qae me disait Aline en la saison des roses! Doox zéphyr» qai passiez alors dans ces beaux lieux, N'en rapporties-TOus rien à Toreille des dieux ?
Seorau.
Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue Verse la pluie à flots sur son écorce nne; Mais attends que Thiver s'en aille, et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle; Et tu demanderas comment un bourgeon frêle Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.
Demande alors pourquoi, ma jeune bien-aiiuée, Quand sur mon âme, hélas! endurcie et fermée, Ton soufiQe passe, après tant de maux expiés, Pourquoi remonte et court ma sève évanouie, Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds !
c'est que tout a sa loi, le monde et la fortune ; C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune, C'est que tout ici^bas a ses reflux constants;
LES FEUILIJ:S D» automne. 579
C'est qu'il faut Tarbre au vent et la feuille au zéphire ; C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ; C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps 1
• b'évrier id„
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