‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 82 sur 99 · A L'HOMME QUI A LIVRÉ UNE FEMME · texte numérisé non relu

A L'HOMME QUI A LIVRÉ UNE FEMME

O honte! ce n'est pas seulement cette femme, Sacrée alors pour tous, faible coeur, mais grande âme, Mais c'est lui, c'est son nom dans l'avenir maudit, Ce sont les cheveux blancs de son père interdit, C'est la pudeur publique en face regardée Tandis qu'il s'accouplait à son infâme idée, C'est l'honneur, c'est la foi, la pitié, le serment, Voilà ce que ce juif a vendu lâchement l

Juif! les impurs traitants à qui Ton vend son âme Attendront bien longtemps avant qu'un plus infâme Vienne réclamer d'eux, dans quelque jour d'effroi, Le fond du sac plein d'or qu'on fit vomir sur toi !

Ce n'est pas même un juif! C'est un païen immonde^

Un renégat, l'opprobre et le rebut du monde.

Un fétide apostat, un oblique étranger

Qui nous donne du moins le bonheur de songer

Qu'après tant de revers et de guerres civiles,

U n'est pas un bandit écume dans nos villes.

Pas un forçat hideux blanchi dans les prisons, Qui yeuille mordre en France au pain des trahisons ! Rien ne te disait donc dans TÀme, 6 misérable ! Que la proscription est toujours vénérable, Qu'on ne bat pas le sein qui nous donna son lait, Qu'une fille des rois dont on fut le valet Ne se met point en Tente au fond d'un antre infâme , Et que n'étant plus reine, elle était encor femme!

Rentre dans l'ombre où sont tous les monstres flétris Qui, depuis quarante ans, bavent sur nos débns ! Rentre dans ce cloaque ! et que jamais ta tète, Dans un jour de malheur ou dans un jour de fête, * Ne songe à reparaître au soleil des vivants! Qu'ainsi qu'une fumée abandonnée aux vents, Infecte, et dont chacun se détourne au passage, ^ Ta vie erre au hasard de rivage en rivage !

Et tais- toi I que veux-tu balbutier encor? Dis, n'as-tu pas vendu l'honneur, le vrai trésor? Garde tous les soufiBets entassés sur ta joue. Que fait l'excuse au crime et le fard sur la boue?

Sans qu'un ami t'abrite à l'ombre de son toit, Marche, autre juif errant ! marche avec l'or qu'on vt)it Luire à travers les doigts de tes mains mal fermées ! Tous les biens de ce monde en grappes parfumées Pendent sur ton chemin, car le riche ici-bas A tout, hormis l'honneur qui ne s'achète pas I

Hôte- toi de jouir, maudit! et sans relâche

Marche! et qu'en te voyant on dise : « C'est ce lâche I »

Marche 1 et qoe le remords soit ton seul compagnon ! Marche 1 et sans rien poavoir arracher de ton nom ! Car le mépris publie, ombre de la bassesse. Croit d'année en année et repousse sans cesse , Et Ta s'épaississant sor les traîtres pervers Comme la feuille an firont des sapins toujours verts

£t qoand la tombe nn jour, cette embûche profonde

Qoi s'ouvre tout à coup sur les choses du monde ,

Te fera, d'épouvante et d'horreur agité,

Passer de cette vie à la réalité,

La réalité sombre, étemelle, ûnmobile ;

Quand d'instant en instant, plus seul et plus délûle ,

Tu te cramponneras en vain à ton trésor \

Quand la mort, t'accostant couché sur des tas d'or,

Videra brusquement ta main crispée et pleine

Comme une main d'enfant qu'un homme ouvre sans peine,

Alors, dans cet abime où tout traître descend,

L'un roulé dans la fange et l'autre teint de sang,

Tu tomberas, perdu sur la fatale grève

Que Dante Alighieri vit avec l'œil du rêve !

Tu tomberas damné, désespéré, banni,

Afin que ton forfait ne soit pas impuni.

Et que ton àme, errante au milieu de ces âmes,

Y soit la plus abjecte entre les plus infâmes !

Et lorsqu'ils te verront paraître au milieu d'eux.

Ces fourbes dont l'histoire inscrit les noms hideux.

Que l'or tenta jadis, mais à qui, d'âge en âge,

Chaque peuple en passant vient cracher au visage,

Tous ceux, les plus c^scurs comme les plus fameux,

Qui portent sur leur lèvre un baiser venimeux,

Judas qui vend son Dieu, Leclerc qui vend sa ville ,

LES CHAJyrS DU CRÉPUSCULE. U03

Groupe au lonche regard, engeance ingrate et vile. Tous en toule accourront joyeux sur ton chemiD, Et Louvel indigné repoussera ta main 1

Novembre 4833.

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