À MADAME
Ce livre errant qui va Faile brisée, Et qae le vent jette à votre croisée Comme mi grêlon à tous les mors cogné,
Hélas ! il sort des tempêtes publiques. Le froid, la pluie, et mille éclairs obliquer L'ont assailli, le pauvre nouveau-né.
Il est puni d'avoir fî4 ma demeure.
Après avoir chanté, voici qu'il pleure; Voici qu'il boite après avoir plané 1
En attendant que le vent le remporte.
Ouvrez, Marie, ouvress-Iui votre porte.
Raccommodez ses vers estropiés !
Dans Totre alcôve à tous les vents bien close, Poor un instant souffrez (fu'il se repose, Qu'il se réchauffe au feu de vos trépieds^
Qu'à vos côtés, à votre ombre, il se couche. Oiseau plumé, qui, frileux et farouche.
Tremble et palpite, abrité soos vos pieds 1
XK
Anacréon, poète aux ondes erotiques Qui filtres du sommet des sagesses antiques, Et qu^on trouve à mi-c6te alors qu'on y gravit, Gair, à l'ombre^ épandu sur Therbe qui revit, Ta me plais, doux poète an flot calme et limpide ! Quand le sentier qui monte aux cimes est rapide, Bien souvent , fatigués du soleil, nous aimons Boire au petit ruisseau tamisé par les monts 1
Août 1833,
434 l^S CHANTS DU CaÉl'USCULE.
L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuît; Le rêve et la brume Vont où va la nuit; Paupières et roses S'ouvrent demi-closes ; Du réveil des choses On entend le bruit.
Tout chante et murmure, Tout parle à la fois, Fumée et verdure.
Les nids et les toits; Le vent parle aux chênes, L'eau parle aux fontaines; Toutes les haleines Deviennent des voix I
Tont reprend son àmc, L'enfant son hochet, Le foyer sa flamme*
Le luth son archet; Folie ou déoMoce, Dans le monde immense»
Chacun reconmience Ce qa'il âwnchait.
Qa'on pense on qn'on alme> Sans cesse agité.
Vers un but suprême. Tout Tole emporté; L'esquif cherche un môle, L'abeille un yieux sanle^ La boussole un pôle, Moi la Térité !
Vérité profonde !
Granit éprouvé Qu'au fond de toute onde Mon ancre a trouvé I De ce monde sombre Où passent dans l'ombre Des songes sans nombre.
Plafond et pavé I
Vérité, beau fleuve Que rien ne tarît I Source où tout s'abreuve !
Tige où tout fleurit!
Lampe que Dieu pose
436 LES CHAIfTS DU CREPUSCULE.
Près de toute cause!
Clarté que la diose Enroe à l'esprit!
AriMre àmdeéoorce, Cbénean Taste (root.
Que sekm sa force L'homme ploîe oq rompt; D'où Fombre s'épanche ^ Oh chacon se penche.
L'on sar une brandie.
L'antre sor le tronc !
Mont d'o& tont ruisselle!
Goofire où tout s'en Ta !
Soblime étincelle Qoe fait JéfaoTa!
Rayon qa'on blasphème ! OSAI calme et suprême Qa'aa front de Diea même L'homme on joor crera !
O terre ! 6 merveilles Dont l'éclat joyeux Emplit nos oreilles, Eblooit nos yenx!
Bords on meurt la vague Bois qa^un soufile élague, De rhorizon vafi;ue
Plis mystérieux !
Axar dont se voile L'eaa du gouffre amer, Qnand, laissant ma yoile Fuir aa gré de l'air, Pttiché smr la lame, J'écoute ayec Pâme Cet épithalame Qae chante la mer!
Azur non moins tendre Du ciel qui sourit, Quand, tâchant d'entendre Ce que dit l'esprit, Je cherche, 6 nature, La parole obscure Que le vent murmure.
Que l'étoile écrit!
Création pure 1 Être universel I Océan, ceinture De tout sous le ciel!
Astre que fait naître Le soufQe du maître; Fleurs où Dieu peut-être Cueille quelque miel !
O champs! 6 feuillages!
Monde fraternel !
Gocher des viUages
Humble et solennel !
Mont qui portes Paire !
Aube fraîche et daire.
Sourire ^bémère De Tastre étemel I
PTètes-Toos qu'on livre Sans fin ni milieU) Où chacun pour vivre Cherche à lire un peu?
Phrase si profonde Qu'en vain on la ionde!
L'œil y voit un monde, L'Ame y trouve un Dieu •
Beau livre qu'achèvent Les cœurs ingénus; Où les penseurs rêvent Des sens inconnus, Où ceux que Dieu charge D'un front vaste et large Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !
Saint livre où la voile Qui flotte en tous lient, Saint livre où l'étoile Qui rayonne aux yeux, Ne trace, 6 mystère!
Qu'un nom solitaire, Qu'un nom sur la terre, Qu'un nom dans les cietixf
Livre salutaire Oh le cœur s'emplît l Où tout sage austère Travaille et pâlit!
Dont le sens rebelle Parfois se révèle I Pythagore épèle Et Moïse lit f
Décembre 1884
Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses Toiles, Était digne de toi, tant elle avait d'étoiles ! Tant son calme était frais, tant son sonffle était doux i Tant elle éteignait bien ses romeors apaisées ! Tant elle répandait d'amonreuses rosées Sur les fleurs et sur nous !
Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme. Car tu me r^ardais avec toute ton Âme I J'admirais la beauté dont ton front se revêt ; Et sans même qu'un mot révélât ta pensée, La tendre rêverie en ton cœur commencée Dans mon cœur s'achevait !
Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie Sur la nuit et sur toi jeta tant d^barmonie, Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heure ir Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures. Si pleines de rayons, de parfums, de murmures, Si douces toutes deux !
Oh I oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde ! C'est lui qui fit ton &me et qui créa le monde !
Lui qui charme mon cœur! loi qni ravit mes jenxl C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère ! C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre Comme l'étoile aux cieuxl
C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose, L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose ! C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour. C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine, A versé la beauté comme une coupe pleine, Et dans mon cœur l'amour !
Laisse-toi donc aimer ! — Oh ! l'amour, c'est la vie C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner. Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne. La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne : Laisse-toi couronner !
Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire, Ce n'est pas un peu d'or, ni mêm^e un peu de gloire. Poussière que l'orgueil rapporte des combats ; Ni l'ambition folle, occupée aux chimères. Qui ronge tristement les écorces amères Des choses d'ici-bas;
Kon, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées, Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées. Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur. Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire , Et toutes les chansons de cette douce lyre Qu'on appelle le cœur i
Il n'est rien sons le ciel qui n'ait sa loi secrètes Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite, Oà mille instincts profonds lions filent nuit et Jour; Le pècheor a la barqne où respoir raccompagne , Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne, Les âmes ont ramonr!
la...
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