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QUE NOUS AVONS LE DOUTE EN NOUS

De nosjours, — plaignez-nous, vous, douce et noble femme' L'intérieur de Thomme offre un sombre tableau. Un serpent est visible en la source de Teau, Et l'incrédulité rampe au fond de notre âme.

Vous qui n'avez jamais de sourire moqueur Pour les accablements dont une àme est troublée. Vous qui vivez sereine, attentive et voilée. Homme par la pensée et femme par le cœur,

Si vous me demandez, vous muse, à moi poète, D'où vient qu'un rêve obscur semble agiter mes jours. Que mon front est couvert d'ombres, et que toujours, Conuue un rameau dans l'air, ma vie est inquiète ;

Pourquoi je cherche un sens au murmure des vents; Pourquoi souvent^ morose et pensif dès la veille»

Quand Phorizon blanchit à peine, je m'éveille Même ayant les oiseaux, même avant les enfants;

Et pourquoi, quand la brume a déchiré ses voiles, Comme dans un palais dont je ferais le tour, Je vais dans le vallon, contemplant tour à tour Et le tapis de fleurs et le plafond d'étoiles?

Je vous dirai qu'en moi je porte un ennemi. Le doute, qui m'emmène errer dans le bois sombre, Spectre myope et sourd, qui, fait de jour et d'ombre, Montre et cache à la fois toute chose à demi I

Je vous dirai qu'en moi j'interroge à toute heure Un instinct qui bégaye, en mes sens prisonnier, Près du besoin de croire un désir de nier. Et l'esprit qui ricane auprès du cœur qui pleure !

Aussi vous me voyez souvent parlant tout bas ; Et, comme un mendiant à la bouche affamée. Qui rêve assis devant une porte fermée. On dirait que j'attends quelqu'un qui n'ouvre pas.

Le doute ! mot funèbre et qu'en lettres de flammes Je vois écrit partout, dans l'aube, dans l'éclair. Dans l'azur de ce ciel, mystérieux et clair. Transparent pour les yeux, impénétrable aux âmes !

C'est notre mal à tous, enfants des passions Dont l'esprit n'atteint pas votre calme sublime; A nous dont le berceau, risqué sur un abîme. Vogua sur le flot noir des révolutions.

500 LES CHANTS DU GRËPUSGULEt

Les soperstidons, ces hideuses vipères, Foumiilleot sons nos fronts où tout germe est flétri. Nous portons dans nos cceurs le cadavre pourri De la religion qui vivait dans nos pères.

Voilà pourquoi je vais, triste et réfléchissant; Pourquoi souvent, la nuit, je regarde et j'écoute. Solitaire, et marchant au hasard sur la route A rheure où le passant semble étrange au passant*

Heureux qui peut aimer, et qui dans la nuit noire. Tout en cherchant la foi, peut rencontrer Tamour ! II a du moins la lampe en attendant le jour. Heureux ce cœuri Aimer, c'est la moitié de croire*

Octobre 1834.

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