‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 98 sur 99 · DATE LILIA · texte numérisé non relu

DATE LILIA

Oh I si vous rencontrez quelque part sons les deux Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux, Que suivent quatre enfants dont le premier chancelle, Les surveillant bien tous, et, sUl passe auprès d'elle Quelque aveugle indigent que l'Âge appesantit, Mettant une humble aumône aux mains du plus petit; Si, quand la diatribe autour d'un nom s'élance. Vous voyei une femme écouter en silence. Et douter, puis vous dire : c Attendons pour juger. Quel est celui de nous qu'on ne pourrait charger? On est prompt à ternir les choses les plus belles. La louange est sans pieds et le blâme a des ailes. » Si, lorsqu'un souvenir, ou peut-être un remords, Ou le hasard vous mène à la cité des morts. Vous voyez, au détour d'une secrète allée, Prier sur un tombeau dont la route est foulée. Seul avec des enfants, un être gracieux Qui pleure en souriant comme l'on pleure aux cieux ; Si de ce sein brisé la douleur et l'extase S'épanchent comme l'eau des fêlures d'un vase ;

Si rien d^humain ne reste à cet ange éploré ; Si, terni par le deuil, son œil chaste et sacré, Bien plus levé là-haut que baissé yers la tombe, Avec tant de regret sur la terre retombe Qu'on dirait que son cœur n^a pas encor choisi Entre sa mère au ciel et ses enfants ici ;

Qaand, vers Pâque ou Noël, Téglise, aux nuits tombantes,

S'emplit de pas confus et de cires flambantes ;

Quand la fumée en flots déborde aux encensoirs

Conune la blanche écume aux lèvres des pressoirs,

Quand au milieu des chants d'honmies, d'enfants, de femme»,

Une àme selon Dieu sort de toutes ces âmes ;

Si, loin des feux, des voix, des bruits et des splendeurs,

Dans un repli perdu parmi les profondeurs,

Sur quatre jeunes fronts groupés près du mur sombre,

Vous voyez se pencher un regard voilé d'ombre

Où se mêle, plus doux encor que solenne\,

3Le rayon virginal au rayon maternel ;

Oh! qui que vous soyez, bénissez-la. C'est elle ! La sœur, visible aux yeux, de mon àme immortelle! Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours ! Toit de mes jeunes ans qu'espèrent mes vieux joxaé

C'est elle ! la vertu sur ma tête penchée ; La figure d'albÂtre en ma maison cachée ; L'arbre qui, sur la route où je marche à pas lourds, Verse des fruits souvent et de l'ombre toujours ; La femme dont ma joie est le bonheur suprême ; Qui, si nous chantons, ses enfants ou moi-même. Sans parole sévère et sans regard moqueur.

Les soutient de la main et me soutient du cœur ;

Celle qui, lorsqu'au mal, pensif, je m'abandonne,

Seule peut me punir et seule me pardonne ;

Qui de mes propres torts me console et m'absout ;

A qui j'ai dit : « Toujours ! » et qui m'a dit : « Partout ! •

Elle ! tout dans un mot 1 c'est dans ma froide brume

Une fleur de beauté que la bonté parfume I

D'une double nature bymen mystérieux !

La fleur est de la terre et le parfum des cieux !

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