‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 1 sur 222 · I)E VIVRE, — IL A VÉCU · texte numérisé non relu

I)E VIVRE, — IL A VÉCU

Les- Egyptiens, au contraire, cherchaient à se cuirasser contre de semblables appréhensions. Au milieu de leurs festins, un homme paraissait brusquement et, montrant un squelette qu’il tenait à la main :

— Bois et te réjouis, s’écriait-il, car, mort, tu seras tel.

« Il faut toujours être botté, écrit Montaigne, et prêt à partir... Qu’importe, me direz-vous, comment que ce soit, pourvu qu’on ne s’eu donne point de peine! Je suis de cet avis, et en quelque manière qu’on se puisse mettre à l’abri des coups, fùt-ce sous la peau d'un veau, je ne suis pas homme qui y reculât, car il me suffit de passer à mon aise. »

De son côté, l'auteur du « Traité de la sagesse, » apostrophant les trembleurs : « Que pleurez-vous? leur demande-t-il. — Les parents et amis : Vous en trouverez encore plus oii vous allez, et tels que vous n’avez encore jamais vus ; et puis ceux d’ici que vous regrettez vous suivront bientôt... Peut-être que vous craignez de vous en aller seul, c’est grande simplcsse : tant de gens meurent avec vous et à môme heure que vous. »

Charron, se familiarisant avec le lecteur, finit par cette algarade bouffonne : « Si tu te fâches de mourir, il ne fallait pas naitre ; l’on ne vient point en ce monde à autre marché que pour en sortir ; qui se fâche d’en sortir n’y devait pas entrer. » Que vous semble de la semonce?

Madame de Sévignése cabrait à la pensée de cette implacable nécessité. Elle écrit à sa fille :

PRÉFACE

« Vous me demandez si j’aime toujours bien la vie ; je vous avoue que j’y trouve des chagrins cuisants ; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort. Je me trouve si malheureuse d’avoir à finir tout ceci par elle que, si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui embarrasse ; je suis embarquée dans la vie sans mon consentement, il faut que jen sorte, cela m’assomme. »

Elle aurait dû prendre courage avec lîion le Boristhénite, qui a dit :

« Le chemin de l’autre monde est fort aisé : on y va les yeux fermés. »

Ou avec La Bruyère qu’elle avait sous la main et qui, sans craindre de marcher sur les brisées de M. de La Palice, a hasardé cet aphorisme :

« La mort n’arrive qu’une fois. »

Aphorisme que le marquis d’Argenson a allongé et enjolivé de la façon que voici : • ,

« Tout le monde croit qu’il est difficile de mourir. Je le crois comme les autres. Cependant, je vois que, quand on en est là, chacun s’en tire. »

Une des plus spirituelles contemporaines de l’illustre épistolaire, madame Pilou, qui badinait de toutes choses, aurait cru déchoir si elle avait gardé son sérieux en pareille matière. — Une femme, dont le frère avait été exécuté à Melun, récriminait devant elle, prétendant qu’il avait été mal jugé :

— A-t-il été confessé? lui demanda la femme du procureur.

— Oui.

— A-t-il été enterré en terre sainte?

— Oui.

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