‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 121 sur 222 · LULLI · texte numérisé non relu

LULLI

« Lulli se blessa un jour au petit doigt du pied en battant la mesure avec sa canne. Cette blessure, qu’on négligea d’abord, devint si considérable que son médecin lui conseilla de se faire couper le doigt. Malheureusement on retarda l’opération et le mal gagna insensiblement la jambe. Son confesseur, qui le vit en danger, lui dit qu’à moins de jeter au feu ce qu’il avait noté de son opéra nouveau, pour montrer qu’il se repentait de tous ses opéras, il n’y avait point d’absolution à espérer. 11 le fit. Le confesseur s’étant retiré, M. le Duc vint le voir et lui dit :

— Quoi ! tu as jeté au feu ton opéra ? Que tu es fou d’en croire un janséniste qui rêvait !

— Paix! monseigneur, paix, lui répondit Lulli à l’oreille, je savais bien ce que je faisais : j’en avais une seconde copie ‘. »

Ce qui avait rendu son mal incurable, c’étaient les excès dont il était coutumier. Sa femme dit au chevalier de Lorraine qui larmoyait prés de son lit :

r- Oh ! oui vraiment, vous êtes fort de ses amis : c’est

I < Anecdotes littéraires, d t. 11 , p. 39-40.

vous qui l’avez enivré le dernier et qui êtes cause de sa mort.

— Tais-toi, ma chère femme, dit Lulli ; monsieur le chevalier m’a enivré le dernier, mais, si j’en réchappe, c’est lui qui m’enivrera le premier.

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