HENRY MÜRGER
On lui demandait de quelle façon il traitait la maladie qui l’a emporté :
— Par l’indifférence, répondit l’historien de la Bohême.
— Lurine est là -haut! disait-il dans ses derniers moments. Quand j’y serai, nous pourrons y faire un «Figaro... » Pourvu que Villemessant n’y vienne pas!... Le bon Dieu nous enverrait un avertissement...
Et comme M. d’Hormoys, pour le calmer, lui parlait de guérison et de convalescence prochaine :
— Oui, dit-il, j’entrerai bientôt en convalescence... de la vie.
Il finit par s’exalter et s’écriait dans son délire :
— Regardez... là... là-bas : il y a un sauvage... je le vois.
— Allons donc, lui dit Nadar en secouant les rideaux du lit; il n’y a pas plus de sauvage que sur la main.
— Il y a un sauvage, répéta-t-il.
— Et quand cela serait, ajouta Nadar, qui ne voulait pas trop le contrecarrer, dans la crainte d’augmenter la crise; quand cela serait !... Ne suis-je pas bon pour un sauvage ?
Murger expira le 28 janvier 1861, à dix heures du soir, en murmurant :
— Pas de musique... Pas de bruit... Pas de Bohême.