NAÏVETÉS
Un original, qui s’appelait de Bélançourt et qui logeait près de la Seine, ne cessait de se plaindre des blanchisseuses voisines dont les battoirs toujours en mouvement troublaient son sommeil. Un jour, hors de lui, il s’écria:
— Si je ne me retenais, j’irais mettre le feu à la rivière !
Voyant un homme qui lisait en louchant :
— Ce gaillard-là, dit-il, doit être doublement savant, car il lit deux pages à la fois.
Prêt à rendre le dernier soupir, son médecin lui ayant demandé s’il n’avait rien pris de la journée :
— Pardonnez-moi, répondit-il, j’ai pris une mouche.
•< M. Dubreuil, pendant la maladie dont il mourut, disait à son ami Pehméja :
« — Mon ami, pourquoi tant de monde dans ma
DE LA DERNIERE IIEl’RE
chambre? Il ne devrait y avoir que toi; ma maladie est contagieuse 1 . »
Un Suisse, qui marchait à la potence demanda qu’on le saignât.
— On prétend, dit-il, que la première saignée sauve la vie.
On disait à une paysanne qui succombait à une longue et douloureuse maladie :
— Vous serez bien heureuse d’étre délivrée de tous vos maux.
— C’est vrai, répondit-elle, mais on est si longtemps mort !
i CBAMFOBT. édit ou llotxel, p. 197.
DES ORIGINAUX
Un paysan débitait « in extremis » tout ce qu’il avait fait de bien, de mal, voire même d’insignifiant
— Je no vous demande que vos péchés, lui dit* son confesseur.
— Est-ce que je in’y connais, moi? prenez là-dedans tout ce qu’il vous faut.
Saint-Foix parle d’un individuqui prit le parti, àquatrcvingts ans, de voyager jusqu’à la mort, parce que, disaitil, il ne voulait pas savoir où il serait enterré.
Un grenadier, près de mourir, discutait avec son confesseur. Le prêtre, pensant l’effrayer, lui dit ;
PE LA DERNIÈRE IlEERE
— Songez, mon ami, que Dieu se lasse à la lin; hàtczvous de vous repentir, sans quoi l’enfer pourrait bien devenir votre partage. Une éternité de souffrance, c est bien long !
— Oh ! oui, mon père, mais je suis sûr qu’à la longue on s’y fait.
Un caporal, condamné à être pendu, voulut informer sa femme, non de sa situation présente, mais de sa situation posthume. 11 lui écrivit :
« -Ma chère veuve, après t’avoir souhaité une santé aussi bonne que la mienne l’est pour le moment, je te dirai que j'ai été pendu aujourd’hui entre onze heureset midi. J’ai fait, •grâce au ciel, une assez belle mort, et j ai eu le plaisir de voir que tous les assistants me plaignaient. Souviens-toi de moi et fais-cn ressouvenir mes pauvres enfants qui n’ont plus de père. — Ton affectionné mari jusqu’à la mort. >»
Mon ami, n’ôtes-vous pas janséniste ? demandait un
confesseur à un moribond.
— Non, mon père, je suis ébéniste.
Un prêtre, dont la simplicité d’esprit égalait la bonté d’âme, conduisant un assassin à la guillotine, lui dit, pour le consoler .
— « Hodie tihi, cras milii » (aujourd’hui ton tour, demain le mien ).
-- <> Amen », répondit le patient.
Une vieille femme, près de sa fin, se confessait de la passion qui l’entrainait au jeu.
— Péché de conséquence, dit le prêtre, qui d’abord fait perdre beaucoup de temps...
— Oh ! oui, mon père, on perd bien du temps à battre les cartes.
Un garçon de ferme, qui se donnait les gants d’avoir le spleen, se jette dans la Seine, au-dessous de Rouen : repêché par un marinier qui flânait sur la rive, il avait à peine regagné le bord qu’il fait le plongeon de nouveau. Il s’obstinait inutilement à périr de cette façon, car il ne tarda pas à reparaître sain et sauf. — Fatigué de l’insistance de sou sauveur, il le toise de l’œil et avisant un arbre :
— Nous verrons, se dit-il, lequel des deux, cédera à l’autre*.. Je lui défends, avec son ventre, de me suivre là-haut.
Et le voilà qui grimpe comme un chat et qui, tirant une corde de su poche, se pend à la branche la plus solide.
Un passant, qui survient, interpelle le marinier demeuré impassible :
— Comment, lui demande-t-il, n’avez-vous pas empêché ce malheureux de se pendre ?
— Il était mouillé jusqu’aux os, répondit-il, et je croyais qu’il voulait se sécher.