‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 15 sur 222 · UN BIBLIOTHÉCAIRE ENDURCI · texte numérisé non relu

UN BIBLIOTHÉCAIRE ENDURCI

Le bibliothécaire du maréchal de Richelieu, qui avait nom Boquemare et qui était devenu impotent dès l’âge de soixante ans, étant tombé dans le feu, eut le corps tout rôti. Sa situation était des plus graves et on pensa qu’il était temps de le réconcilier avec l’Église, du sein de laquelle il se tenait éloigné depuis plusieurs années. Un capucin est appelé; mais Boquemare, en proie à d’atroces souffrances, jure comme un déchaîné sans égard pour le religieux et, dans les intervalles de ses douleurs, trouve encore assez de gaieté pour le cribler de ses saillies. Force fut au capucin de regagner son couvent. On mande le curé de Saint-Roch, qui, éprouvant le même échec, va faire part au maréchal de la détermination que le malade a prise de mourir dans l’impénitence finale. Richelieu se

rend aussitôt près de Boquemare qui le reçoit comme les autres. Le maréchal continue sou sermon :

— Mon ami, dit-il, l’éternité est longue. Vous soulTrez horriblement pour être resté un moment dans un méchant feu. Songez donc au feu de l’enfer, où vous cuirez sans trêve, si vous ne vous hâtez de vous repentir. Allons, dépéchez- vous de faire votre acte de contrition. Dieu est bon; il vous pardonnera vos fautes...

— Il ne m’aime pas, répondit brusquement Boquemare; je ne lui ai jamais demandé d’autre faveur que de mourir d’une sainte apoplexie, et il me la refuse!

— Mais, mon cher Boquemare !

— Monsieur le maréchal, vous avez été toujours un peu comédien ; vous l'étes à celte heure plus que jamais.

Et Boquemare ne voulut pas en entendre davantage.

BŒRHAAVE.

Ce savant, a qui, dit-on, parvenaient de Chine des lettres portant cette simple suscription : « A monsieur Bœrhaave, médecin en Europe, » mourut de la goutte en 1738. Sa main tenait serré un livre qui passait pour renfermer tous ses secrets. On s’empressa de l’ouvrir : tout en était blanc, excepté un feuillet sur lequel était écrit cet apophtegme :

« Tenez-vous la tête fraîche, les pieds chauds, le ventre libre, et moquez-vous des médecins. »

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