BOINDIN
L’auteur du « Bat d’Auteuil » allait souvent causer, dans sou quartier, chez un libraire dévot et janséniste qui l’aimait beaucoup, malgré son incrédulité. Un jour, pendant un orage, le libraire lui dit :
— Monsieur, vous avez pris Dieu en grippe. Quand il fera beau, vous viendrez chez moi tant que vous voudrez ; mais, quand il tonne, je vous prie de rester chez vous.
Lorsqu’on demandait à Boindin quelle différence il y avait entre le grammairien Dumarsais et lui, il répondait :
— Dumarsais est athée janséniste, et moi je suis athée moliniste.
Boindin est mort vieux et comme il avait vécu.
On lui fit cette épitaphe :
Sans murmurer contre la parque, Dont il connaissait le pouvoir, Boindin vient de passer la barque Et nous a dit à tous bonsoir;
Il l’a fait sans cérémonie,
On sait qu'en ces derniers moments On suit volontiers son génie:
11 n’aimait pas les compliments.
DES ORIGINAUX
l’abbé de boisbobebt.
Boisrobert était un de ces abbés de qui Lacordairc a dit • « Quatre-vingt-treize a été pour eux une juste expiation. » Boudon attitré du cardinal de Richelieu, il déconsidérait la religion par ses vices et le sans-façon de ses allures
On raconte qu’allant dîncren ville et s’entendant appeler pour confesser un pauvre diable que plusieurs personnes entouraient dans la rue Saint-Anastase, et qui, tombé sur le pavé, était prêt à rendre le dernier soupir, l’abbé dit en s’approchant :
— Mon camarade, pensez à Dieu; dites votre « Bénédicité. » *
Madame de Chàtillon, sa voisine, fut la première qu le porta à faire une lin chrétienne. Il disait aux assistants :
— Oubliez Boisrobert vivant et ne considérez que Boisrobert mourant.
Comme son confesseur lui disait que Dieu avait pardonné à de plus grands pêcheurs que lui :
— Oui, mon père, il y en a de plus grands; l’abbé de Villarceaux, mon hôte ( il lui en voulait parce qu’il avait perdu son argent contre lui), est sans doute plus grand pécheur que moi ; cependant je ne désespère pas que Dieu ne lui fasse miséricorde.
Madame de Toré lui disait ;
— Monsieur l’abbé, la contrition est une vertu...
— Eh! madame, je vous la souhaite de tout mon cœur.
Il fut avare jusqu’à la fin et voulait que son neveu s’habillàj d’un habit qu’il laissait, au lieu de le donner à un pauvre valet de chambre qu’il avait.
Il disait :
— Je me contenterais d’étre aussi bien avec Notre- Seigneur que j'ai été avec le cardinal de Richelieu.
Comme il tenait le crucifix et qu’il demandait pardon à Dieu :
— Ah ! dit-il, au diable soit ce potage que j’ai mangé chez d’Olonne! il y avait de l’oignon, c’est ce qui m’a fait mal.
Et puis il reprenait :
— Le cardinal de Richelieu m’a gâté; il ne valait rien, c’est lui qui m’a perverti *.