‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 16 sur 222 · BOINDIN · texte numérisé non relu

BOINDIN

L’auteur du « Bat d’Auteuil » allait souvent causer, dans sou quartier, chez un libraire dévot et janséniste qui l’aimait beaucoup, malgré son incrédulité. Un jour, pendant un orage, le libraire lui dit :

— Monsieur, vous avez pris Dieu en grippe. Quand il fera beau, vous viendrez chez moi tant que vous voudrez ; mais, quand il tonne, je vous prie de rester chez vous.

Lorsqu’on demandait à Boindin quelle différence il y avait entre le grammairien Dumarsais et lui, il répondait :

— Dumarsais est athée janséniste, et moi je suis athée moliniste.

Boindin est mort vieux et comme il avait vécu.

On lui fit cette épitaphe :

Sans murmurer contre la parque, Dont il connaissait le pouvoir, Boindin vient de passer la barque Et nous a dit à tous bonsoir;

Il l’a fait sans cérémonie,

On sait qu'en ces derniers moments On suit volontiers son génie:

11 n’aimait pas les compliments.

DES ORIGINAUX

l’abbé de boisbobebt.

Boisrobert était un de ces abbés de qui Lacordairc a dit • « Quatre-vingt-treize a été pour eux une juste expiation. » Boudon attitré du cardinal de Richelieu, il déconsidérait la religion par ses vices et le sans-façon de ses allures

On raconte qu’allant dîncren ville et s’entendant appeler pour confesser un pauvre diable que plusieurs personnes entouraient dans la rue Saint-Anastase, et qui, tombé sur le pavé, était prêt à rendre le dernier soupir, l’abbé dit en s’approchant :

— Mon camarade, pensez à Dieu; dites votre « Bénédicité. » *

Madame de Chàtillon, sa voisine, fut la première qu le porta à faire une lin chrétienne. Il disait aux assistants :

— Oubliez Boisrobert vivant et ne considérez que Boisrobert mourant.

Comme son confesseur lui disait que Dieu avait pardonné à de plus grands pêcheurs que lui :

— Oui, mon père, il y en a de plus grands; l’abbé de Villarceaux, mon hôte ( il lui en voulait parce qu’il avait perdu son argent contre lui), est sans doute plus grand pécheur que moi ; cependant je ne désespère pas que Dieu ne lui fasse miséricorde.

Madame de Toré lui disait ;

— Monsieur l’abbé, la contrition est une vertu...

— Eh! madame, je vous la souhaite de tout mon cœur.

Il fut avare jusqu’à la fin et voulait que son neveu s’habillàj d’un habit qu’il laissait, au lieu de le donner à un pauvre valet de chambre qu’il avait.

Il disait :

— Je me contenterais d’étre aussi bien avec Notre- Seigneur que j'ai été avec le cardinal de Richelieu.

Comme il tenait le crucifix et qu’il demandait pardon à Dieu :

— Ah ! dit-il, au diable soit ce potage que j’ai mangé chez d’Olonne! il y avait de l’oignon, c’est ce qui m’a fait mal.

Et puis il reprenait :

— Le cardinal de Richelieu m’a gâté; il ne valait rien, c’est lui qui m’a perverti *.

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