‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 158 sur 222 · PERPLEXITÉ DE DEUX SUISSES · texte numérisé non relu

PERPLEXITÉ DE DEUX SUISSES

« Un suisse, condamné à être pendu par le conseil de guerre, était conduit au lieu du supplice ; chemin faisant il montra une grande indécision pour savoir dans quelle religion il mourrait : il était né protestant et s’était

I « Journal étranger, » juin 175*.

fait catholique. Dans cette perplexité il s’adressa au major de son régiment, et lui dit

— Monsié le’machor, lequel de ces deux rellichions est la meilleure ?

— Tiaple ! mon ami, répondit le major, de la meilleure foi du monde, ché donnerais pien tout à slir cent pons écus pour lé safoir *.

MAITRE PERTUIZOT.

Cet avocat, qui était de Lesmont près Brienne-le-Chûteau,etqui mourut en 1817, avait abandonné les affaires de chicane, à la fin de sa vie, pour s’occuper d’économie rurale et domestique. 11 laissa deux testaments : le premier qu’il intitula « Testament civil », est un imbroglio oit l’agriculture coudoie la morale, l’histoire naturelle la métaphysique et le droit l’astronomie ; on y remarque surtout un curieux chapitre sur le mariage et le système planétaire. « On trouvera sans doute singulier, dit en terminant maître Pcrtuizot, que j’aie parlé de plusieurs faits extravagants... La raison en est que les choses utiles et communes ne présentent souvent pas assez d’intérêt pour se faire lire. J’ai pensé qu’il fallait dédommager la curiosité de ceux qui en prendraient la peine, par l’exposé de quelques phénomènes qui offrent beau-

1 « Journal de Collé. »

LRS ORIGINAUX

coup il penser aux physiciens et aux philosophas... Tant pis pour ceux qui n’y verront rien d’intéressant! »

L’autre testament porte pour titre: « Mon testament de mort. » Citons-en certaines parties :

<• ... Je demande à être inhumé dans le cimetière de ce lieu | Lesmont), en face de mon jardin qui est au nord, dépendant de la maison que j’ai fait construire en pierre, ayant fait placer dans ce jardin mon cénotaphe » oh memoriam » dans un bocage où seront renfermés, sous le granit, quelques restes de mon existence transitoire et fugitive.

« Je recommande à mes enfants, petits-enfants et gendres, leurs successeurs, et à leur postérité, de conserver ce monument de mon néant, qui n’occupe que deux mètres de surface, étant largement récompensés de ce léger sacrifice que je demande à leur piété filiale et à leurs sentiments de reconnaissance, par tous les autres biens que je leur ai amassés.

« Ce monument funèbre est destiné à contenir les restes de mes dépouilles mortelles, de celles de ma femme et de nos descendants, qui voudront bien adjoindre leurs tristes reliques à celles de leurs auteurs...

« Je donne et lègue à la fabrique de Lesmont..., à condition qu’il sera chanté tous les ans à l’issue des vêpres, le dimanche qui suivra l’époque de mon décès, le « Libéra me, Domine, ab his qui oderunt me, » etc., sous les grandes portes de l'église de Lesmont, qui seront ouvertes, et le célébrant et le chantre tournés en face du monument qui est dans mon verger...

« C’est une vérité éternelle que nous ne naissons que pour mourir. La mort est une dette de la nature qu’il

faut nécessairement payer, en nous réunissant, par notre dissolution, aux éléments qui ont produit les modifications de nos dépouilles mortelles...

« Suit l’épitaphe de mon tombeau :

« Au bas de ce mur est le corps de Pierre-Edme pertl'Izot, jurisconsulte... Il a fait construire la maison voisine qui est au nord, et planté d’arbres fruitiers la cour et les vergers. Il a vécu jusqu’à... (cinquante-six ans), dans les agréments de la vie champêtre qui nous rapproche de la nature...

« ... Ne vous prévalez pas de votre santé ; gardezvous d’en abuser, car un rien peut la déranger. »

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