TENTATIVE DE CORRUPTION
A Toulouse, un jeune homme de dix-huit ans, qu’on se disposait à exécuter, dit au bourreau qui était de son quartier :
— Compère, tu devrais mettre du coton, à cause de la connaissance.
DE LA DERNIERE HEl RE
L ABBÉ TF.HRASSON.
La naïveté de Terrasson et son ignorance des choses de ce inonde faisaient dire à madame de Lassay :
— 11 n’y a qu’un homme de beaucoup d’esprit qui puisse être d’une pareille imbécillité.
•• Sur la (in de sa vie, raconte d’Alembcrt, il perdit ab-, solument la mémoire. Quand on lui faisait quelque question :
« — Demandez, répondait-il, à mademoiselle Luquet, ma gouvernante.
« Le prêtre qui le confessa dans sa dernière maladie, et qui l’interrogeait sur les péchés qu’il avait pu commettre, ne tira pas de lui d’autre réponse :
« — Demandez à mademoiselle Luquet. «
TESTAMENT d’uN ANCIEN GARÇON d’aUBEUGE.
■> Avant tout, on doit savoir que mon nom est Jean, et mon surnom Thiéry. J’ai été baptisé dans la paroisse de Château-Thierry en Champagne. Quant à mon âge, je ne le sais pas positivement, ayant perdu tous mes papiers
LES 0RIG1NAIX
dans les différents dangers que j’ai courus sur mer. Il y a cent vingt ans que notre famille prend son origine eu Lorraine et se divise en trois parties, desquelles l’une se trouve dans la ville de Bàle en Suisse, l’autre en Lorraine, et la dernière, où je suis né, en Champagne. Mon grand-, père, gendarme du roi de France, se nommait Robert Thierry. 11 eu trois fils : Pierre, Claude et François Thiéry mon père. Et moi, présent en cette étude, je me dénomme Jean ; j’ai été baptisé à Château-Thierry. Et ma mère se nommait Françoise Bricot; elle est baptisée à Amance, Franche-Comté de Bourgogne; elle est morte à Cutray, diocèse de Langres. Et j’ai quitté mon pays sans en avoir fait part à personne. Je me suis échappé (il était alors âgé de quatorze ans), après avoir reconnu qu’il n’y avait pas de bien dans la maison de mon père; voulant chercher fortune, je suis venu en Italie, et je me suis loué pour être garçon d’auberge, à l’auberge de la Tour, dans la ville de Brescia, état de Venise. J’ai trouvé un marchand étranger, grec de Nati, nommé Athany (Athanase) Tipaldy. 11 me proposa de voyager, j’y consentis sur-le-champ; et ayant commencé A voyager avec ce riche marchand qui n’avait point d’enfants, il me prit en amitié, et, comme il n’avait point de parents, étant fils naturel de la maison de Tipaldy de A'apoli dcRomanie, dont les deux branches sont éteintes, ledit sieur Alhanv, étant vieux et accablé d’infirmités, me laissa toute sa succession tant sur mer que sur terre. Scs biens consistaient en trois vaisseaux marchands, et huit cent mille écus vénitiens, dits à la croix, lesquels sont placés sur la banque de Venise appelée la Zona; et il dépend de moi de les retirer quand bon me semblera et quand je le jugerai à propos, comme il parait par le testament de mon bienfaiteur Athany Ti -
DE LA DERNIÈRE IIF.l'RE
paldy, fait à Corfou le 1 er août 1636, intestamenté ( rédigé) par le notaire présent Santomida. Comme je me trouve âgé de soixante-quinze ans, je veux me retirer dans la ville capitale du duché de Venise, pour y vivre et mourir par la grâce de Dieu.
« Item », j’appelle à ma succession les Tliiéry de Chain-'' pagne, c’est-à-dire les enfants de monsieur mon père, nommé François Tliiéry, inhumé à Château-Thierry, et de madame ma mère nommée Françoise liricot, pourvu qu’ils soient du même lit que moi; car si ledit sieur mon père et ladite dame ma mère ont contracté un second mariage, j’en exclus tous les enfants de ma dite succession, et j’y appelle les fils de Pierre, de Claude et de François Tliiéry, mon père ( c’est-à-dire ses neveux et ses frères utérins consanguins).
« Je prie messieurs les Tliiéry de Champagne de ne point abandonner ceux de la Lorraine et de Bâle ; mais je dis que mes vrais et légitimes héritiers sont ceux de la Champagne, enfants de François Tliiéry, mon père : c’est à ceux-ci que j’abandonne tous mes biens après ma mort, et à leur défaut à ceux de Bâle et de Lorraind.
« Je fais ledit testament à Corfou, pour ne donner soupçon à qui que ce soit de mes richesses et de ma fortune, et afin de n’étre pas inquiété soit par des amis, soit par des parents, le peu de temps qu’il me reste à vivre, et je veux passer le reste de mes jours à soigner les pauvres par charité, ayant appris quelques secrets dans mes voyages. »
Le chiffre de la succession de l’ancien garçon d’auberge s’élevait à plus de cinquante millions.
THRASKAS.
Il regardait avec mépris les Romains qui faisaient litière de leur dignité aux pieds de Néron. Sénateur, iî donnait à ses collègues des leçons de vertu, qui lui valaient tout à la fois leur estime et leur haine. 11 savait le danger de sa situation et risquait sa vie résolument. 11 refusa de s’associer au sénat, décidant que la statue du tyran serait placée à côté de celle de Minerve, inscrivant au nombre des jours néfastes le jour de la naissance d’Agrippine et décernant les honneurs divins à une drôlessç du nom de Poppée, que son auguste époux finit par envoyer dans l’autre monde, d’un coup de pied dans le ventre. Dégoûté de la servilité du sénat, Thraséas cessa de prendre part à ses délibérations, puis de paraître en public, et se confina dans l’intérieur de sa famille. Néron s’indigna de la répulsion dont il était l’objet et dépêcha contre le coupable deux gredins, Costusianus et Marcellus Eprius, qui se constituèrent ses accusateurs.
« On lui envoya, sur le soir, dit Tacite, un questeur du consul. Il avait rassemblé plusieurs personnes de distinction, hommes et femmes, et il s’entretenait avec Démétrius, philosophe cynique. On jugeait, à leur gravité pensive et aux mots qu’on entendait, quand ils élevaient la voix, qu’ils s’occupaient de la nature de l’âme et de la séparation de l’esprit et du corps. Enfin DoinitiusCœcilia-
nus, un de ses amis intimes, vint lui annoncer le décret du sénat. Les assistants s’abandonnèrent aux larmes et aux plaintes. Thraséas les pria de se retirer et de ne point s’exposer à partager le sort d'un condamné. Arm, sa femme, voulait, à l’exemple de sa mère, périr avec son mari; il la supplia de vivre et de pas priver sa fille du seul appui qui lui restait. Ensuite il s’avança sous le portique. Là, le questeur le trouva presque joyeux, parce qu’il apprit que son gendre Helvidius était seulement exilé d’Italie. Quand il reçut le décret, il fit entrer dans sa chambre Helvidius et Démétrius, et se fit ouvrir les veines des deux brus. Alors, priant le questeur d’approcher et répandant à terre une partie de son sang :
. •• — Faisons, dit-il, une libation à Jupiter libérateur. Regarde, jeune homme, et que les Dieux détournent de toi ce présage. Du reste, tu es né dans un temps où le courage même a besoin de grands exemples.
« Puis, comme la mort était lente il venir et qu’il souffrait, il se tourna vers Démétrius... «
Quelques minutes après, il rendait le dernier soupir.