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UNE VÉNITIENNE

Un jeune Hongrois, cadet dans un régiment au service de l’Autriche,* avait conçu une passion violente pour une jeune Vénitienne d’une rare beauté, et sa passion était partagée. Mais la jeune fille avait déclaré qu’elle ne céderait jamais à l’entrainement de son cœur, car il ne lui était jias possible à elle, dont les trois frères combattent sous le drapeau de l’Italie, d’épouser un officier au service de l’Autriche. Une correspondance s’était engagée entre eux, et c’était toujours par les mêmes sentiments que la jeune fille répondait, tout en protestant qu’elle ne serait jamais il un autre, puisqu’elle ne pouvait pas être à celui qu’elle aimait. Plusieurs fois, le Hongrois avait demandé des rendez-vous qui avaient été refusés. Il

adressa à la jeune Vénitienne une lettre dans laquelle il insistait avec plus d’énergie encore pour obtenir un entretien secret. Cette fois, la jeune fille répondit :

« Aurez-vous assez de courage pour me tuer? Si vous y consentez, je serai au rendez-vous... Je n’y serai qu’à celte condition... Vous me tuerez, mais vous me respecterez... Si je De reçois .pas de réponse, c’est que vous accepterez, c'est que vous aurez le courage que j’attends de vous. » 11 n’y eut pas de réponse... et le soir la jeune 1111e partit, après avoir placé à sa ceinture un bouquet blanc.

Le lendemain, au lieu du rendez-vous, près d’un cours d’eau profonde, on trouva plantés en terre, en forme de croix, l’épée et le fourreau du cadet hongrois ; tout autour étaient effeuillées des fleurs.

En suivant le courant de l’eau, un peu au-dessous, on aperçut les cadavres des deux jeunes gens étroitement enlacés dans les bras l’un de l’autre.

La main du jeune Hongrois s’était crispée au fond de l’eau à la racine d’un saule comme pour s’y maintenir et rendre la mort plus prompte et plus certaine. La jeune fille avait encore son bouquet blanc à la .ceinture, et le médecin, qui a constaté le décès, a pu reconnaître que les volontés suprêmes de la jeune Vénitienne avaient été respectées.

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