UNE CLAUSE POINTUE
« Une vieille demoiselle dévoie, choquée de ce que les ecclésiastiques, familiarisés avec les cérémonies lugubre des enterrements, n'y paraissaient pas, pour la plupart, fort tristes, et mémo y riaient quelquefois, voulut réformer cet abus, au moins pource qui regarderait ses funérailles. Mais le moyen qu’elle employa produisit un effet tout opposé au but qu’elle se proposait. Elle lit son testament et, par une clause spéciale, elle déclara que, si quelque ecclésiastique s’avisait de rire à son convoi, elle entendait qu’il ne lui fût rien payé de la somme très-forte qu’elle destinait aux honoraires du chapitre, cl que la portion du nu des rieurs fût répartie sur ceux qui ne riraient pas. Quelque temps après, la bonne dame meurt ; son frère, qui était son héritier, convoque le clergé et fai' part aux ecclésiastiques de l’article du testament qui leur prescrivait d’ètre sérieux pendant la cérémonie. On promit bien de l’exécuter, mais à peine le cortège fut en marche qu’il n’v eut pas un seul prêtre qui, jetant les yeux sur son voisin, et songeant à la clause testamentaire, pût s’empêcher do rire. Pendant le trajet, au lieu saint et même au cimetière, l’hilarité continua; alors le frère, prenant acte de cette infraction au prescrit de la disposition testamentaire, refusa au clergé ses honoraires. L’affaire fut plaidée : l’avocat de l’héritier lit valoir la
sagesse de la clause; mais celui du clergé lui répondit qu’il était impossible, dans une pareille circonstance, d’envisager le zèle hypocrite d’un frère, héritier d’une succession opulente, sans en rire; qu’ainsi il fallait mettre cette clause au rang des dispositions non écrites. — Le clergé gagna sa cause '.