‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 5 sur 222 · LES AMIS DES BÊTES · texte numérisé non relu

LES AMIS DES BÊTES

Une dame de qualité, pour nous servir d’une expression chère à Brautôme, fit le testament que voici :

« Attendu que mon chien a été le plus fidèle de mes amis, je le fais mon exécuteur testamentaire, et je lui confie la disposition de toute ma fortune. J’ai beaucoup à me plaindre des hommes. Ils ne valent rien, ni au moral ni au physique. Mes amants étaient faibles et trompeurs; mes amis, faux et perfides. De toutes les créatures, il n’y a que mon chien auquel j’aie reconnu quelques bonnes qualités. Je veux donc qu'il hérite de mon bien, et qu’on distribue des legs à ceux qui recevront ses caresses. »

Vers 1781, un paysan des environs de Toulouse fit d’un cheval qu’il aimait son légataire universel. L’acte ne contenait que ces trois lignes :

« Je déclare que j’institue mon cheval à poil roux mon héritier, et je veux qu’il appartienne à N , mon ne-

veu. »

Le » Journal de Paris, » du 3 décembre 1782 nous apprend que le testament fut déclaré valable et que la succession fut adjugée au neveu désigné comme propriétaire du cheval, « parce qu’on regarda que la simplicité du villageois devait assurer l’exécution de sa dernière volonté, et qu’ayant désigné son neveu celui-ci devait être son héritier. »-

La veuve d’Adam Dupuis, sieur de Roquemout, qui avait été en grande réputation comme joueuse de luth et de harpe, laissa une fortune considérable, dont elle disposa de la façon la plus saugrenue. — Nous allons détacher quelques passages de la singulière pièce qui renferme ses dernières volontés et dont le paragraphe final est un modèle du genre :

« Item, » je donne et lègue à Jeanne, ma commère, quinze francs une fois payés, afin qu’elle prie Dieu pour moi. Je veux qu’ils portent le deuil de moi, un an durant, le mari et la femme, et qu’ils suivent mon corps. C’est elle qui m’a donné de bon lait d'ùnesse... »

La testatrice prend ici à partie une demoiselle inconnue :

« Je vous défends de venir chez moi : je vous ai donné un manteau de taffetas, doublé de ouate, une juppe de

brocart, des rubans couleur de feu et jaune; vous étiez mal habillée, et comme un haillon, comme une puante, une vilaine, une infâme; ceux qui vous ont donné à cause de vos beaux yeux et de votre petite bouche étaient aveugles... •

« Je prie, dit-elle en terminant, je prie mademoiselle Bluteau, ma sœur, et madame Calonge, ma nièce, d’avoir soin de mes chats. S’ils sont deux, il faudra leur donner trente sous par moi, aliu qu’on les nourrisse bien. On leur donnera deux fois du potage à la chair, de même que nous en mangeons; mais il faut donner séparément, chacun sur une assiette. Il faut que le pain ne soit pas coupé en soupe; il faut le mettre en gros.morceaux comme de petites noix : autrement ils ne le mangeraient pas. Quand on leur a mis du bouillon du pot, et que le pain trempe, on met un peu de chair menue dans le potage, on le couvre bien, on le laisse mitonner jusqu’à ce qu’il soit bon à manger. S’il n’y a qu’un chat, il ne lui faudra que la moitié de l’argent... »

Le 5 mai 1803, mourut à Kinghts-Brige, près de Londres, un gentleman du nom de Borkev. Cet homme avait pour les chiens une affection toute particulière : il en nourrissait quatre àgueule-que-veux-tu.Comme on lui disait: — Ne feriez-vous pas mieux de distribuer à vos semblables, qui sont dans la misère, l’argent quevons coûtent ces animaux?

— Mes semblables ont attenté à mes jours, répondit-il; c’est un de ces animaux qui m’a sauvé.

11 avait été attaqué en Italie par des brigands et, sans son chien, aurait été leur victime.

Son sauveur étant mort, il constitua à quatre de scs descendants une pension alimentaire de vingt-cinq livres sterling. 11 les recommanda à son intendant, puis, ayant fait placer des fauteuils de chaque côté de son lit, il appela d’une voix défaillante les quatre chiens, reçut leurs dernières caresses et rendit l’ème entre leurs pattes.

11 avait ordonné que leurs bustes fussent sculptés aux quatre coins de son tombeau.

Le docteur Christian, doyen de la Faculté de droit de Vienne (Autriche), légua, par son testament, une somme de six mille florins pour l’entretien de ses trois chiens.

Le comte de La Mirandole, mort à Lucques, en 1825, donna toute sa fortune à une carpe qu’il nourrissait depuis vingt ans dans une piscine antique.

Une vieille lady formula ainsi scs dernières volontés (1828) :

« Je laisse à mon singe, mon cher et amusant Jocko, pour en jouir sa vie durant, la somme de dix livres sterling (deux cent cinquante francs environ), qui sera employée exclusivement il son entretien. Je lègue à mon fidèle chien Sliock et à mon bien-aimé chat Tib cinq livres sterling de pension annuelle, à chacun. En cas de mort de l’un desdits légataires, la rente à lui faite passera sur la tête des deux survivants, et des deux au dernier, quel qu'il soit. Après le décès de toutes les parties, la somme à elles léguée appartiendra à ma fille G..., à qui je donne cette préférence, entre tous mes autres enfants, a cause de sa nombreuse famille qu’elle a tant de peine à nourrir et à élever. »

« Il vient de mourir, en Amérique, raconte « l’Opinion Nationale - du 6 septembre 1860, un ancien planteur de

coton, dont le testament est, certes, un des spécimens les plus curieux de la fantaisie américaine. Il laisse une fortune de cinq cent mille francs, répartie ainsi par un testament en bonne et due forme :

<> Je lègue tous mes biens aux enfants de mon frère, aux conditions suivantes :

« Désirant reconnaître le service que mon chien de Terre-Neuve m’a rendu en me sauvant la vie un jour que je me noyais, et voulant constituer une rente au profit de ma gouvernante, j’établis ladite gouvernante nourricière, tutrice et mère ( sic) de mon chien.

<■ Mes héritiers naturels seront obligés, de ce chef, à lui payer, sur ma fortune totale, une rente quotidienne dont voici les conditions :

« Cette rente durera aussi longtemps que vivra le Terre-Neuve, mais pas une seconde (sic) de plus.

« La première année qui suivra le jour de ma mort, aussi longtemps que vivra le Terre-Neuve, ma gouvernante louchera vingt-cinq francs par jour.

« La seconde année cinquante francs par jour, la troisième année soixante-quinze francs.

« Le mois de la mort du chien, il sera payé à la gouvernante, par jour d’existence dudit chien, six cent vingtcinq francs.

« Le |jour de la mort du chien, il lui sera payé, par heure, mille deux cent cinquante francs.

» La dernière heure de la vie du chien, elle recevra par minute mille huit cent soixante-quinze francs, et par seconde de la dernière minute deux mille cinq cents francs.

« Mon notaire est chargé de veiller à l’exécution de ce testament. »

« Si nous voulons prendre un moment ce testament au sérieux et que nous en comprenions bien les dispositions, en admettant que le fameux Terre-Neuve rende le dernier soupir le 30 d’un mois, à cinq heures .cinquanteneuf minutes cinquante-neuf secondes (nous admettons que le jour finisse à six heures de l’après-midi), on aurait à compter à sa gouvernante :

Pour 30 jours du dernier mois à 625 fr. 18,750 fr. « 11 heures » jour à 1,250 13,750

« 59 minutesde la dernière heure à 1 ,875 110,625

" 59 secondes » minute à 2,500 147,500

290,625 fr.

" La plus belle chance qui reste aux héritiers bipèdes de ce bizarre testateur, c’est que l’usufruitier avale une boulette foudroyante, le premier jour d’un mois, à six heures précises du matin, auquel cas sa mort ne vaudrait pour sa chère tutrice que six cent vingt-cinq francs. «

ANAXAGOBK.

Ce philosophe, qui avait été condamné à mort.comme impie, pour avoir combattu les superstitions de son

temps, et qui, grâce à Périclès, en avait été quitte pour l’exil, mourut, à Lampsaque, non de ses soixante-douze ans, mais d’un éclat de rire insensé qui le saisit en voyant un ûne dévorer un panier de figues.

— Apportez-lui donc à boire! s’écria-t-il.

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