ANAXARQUE
Alexandre demandait au sceptique Anaxarque, assis à sa table, ce qu’il pensait du festin.
— Je pense, répondit-il, qu’il y manque une tête de tyran dont votre cuisinier aurait pu tirer un excellent parti.
Et, en même temps, il regardait, comme pour le désigner, Nicocréon, tyran de Cyprc.
Alexandre mort, Nicocréon, qui couvait sa vengeance, se mit en devoir d’accommoder le philosophe, comme ce lui-ci avait désiré qu’il le fût lui-même. 11 le fit mettre dans un mortier et, comme on commençait à le piler avec des pilons de fer :
— Tu peux tout sur mon corps, mais rien sur mon üme, dit Anaxarque.
Et le tyran l'ayant menacé de lui faire couper la langue :
— Tu ne le feras pas, petit efféminé, ajouta-t-il.
El, la coupant lui-même avec ses dents, il la lui cracha au visage.