‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 61 sur 222 · UN DUEL A MORT · texte numérisé non relu

UN DUEL A MORT

« On a raconté devant moi, écrit Stendhal dans ses « Mémoires d’un touriste, » le singulier suicide d’une jeune protestante de Grenoble. Elle avait les plus beaux yeux du Dauphiné, mais passait pour être un peu légère ; c’està-dire que, dans ses jours de gaité, elle ne refusait pas à certains jeunes gens, de ses amis, de se promener avec eux devantla boutique de sa mère, ce qui passait pour un grand crime aux yeux des dévots du voisinage, trèsdisposés déjà à la haïr à cause de sa religion. Rien de plus innocent, comme la suite le prouve. Victorine avait un caractère vif et gai, connu dans tout le faubourg Très-Cloître ; elle se laissait facilement entraîner par la joie. Un jeune voisin, d’un caractère sombre, catholique de religion, et qui la blâmait d’abord avec emportement, devient éperdument amoureux d’elle ; d’abord la jeune personne se moqua de lui, puis elle l’aima. Les parents du jeune homme se sont refusés avec indignation à ce mariage avec une fille d’une gaité si suspecte, et d'ailleurs protestante. Les jeunes gens ont employé tous les moyens possibles pour les fléchir; ensuite ils ont eu l’idée, maintenant si simple, de se tuer. La veille du jour qui devait être le dernier, le jeune homme apporte cent francs au chirurgien du faubourg, en lui disant ces propres paroles : » J’aurai uu duel un de ces jours ; si je succombe,

<• donnez-moi votre parole de faire l'autopsie « desca- « davres. » Gela est essentiel à la paix de nos derniers « moments. Vous êtes un liomme de sens et vous me « comprendrez dans trois jours. Rappelez-vous que je « compte sur votre honneur, et que c’est « l’honneur » « qui me fait parler. »

Le chirurgien, qui n’entendait rien à ce langage, le crut revenu à ses anciennes idées de mysticité.

Les pauvres jeunes gens ont loué une chambre, où on les a trouvés asphyxiés. La jeune fille avait dit la veille en pleurant : « Un jour on reconnaîtra qui 1 j’ai toujours été sage. » C’est sur quoi l’autopsie du cadavre n’a laissé aucun doute. Un a trouvé sur elle une lettre louchante dont on montrait la copie ; en voici une phrase : « Je » serai oubliée aussitôt qu’enterrée ; mais, avant cet ou- « bli final d’une pauvre lille trop malheureuse, j’espère « que l’on dira daus tout Très-Cloitre : « Victorinc fut « parfaitement sage. »

DUKI.LI Tli ENRAGÉ.

Un duelliste renommé mourait de maladie, dans son lit, comme le plus vulgaire des mortels.

Il interpelle son médecin :

— Je suis bien bas, lui dit-il ; répondez-moi franchement : pensez-vous que je puisse m’en tirer?

Le médecin secoue la tête en signe de doute.

Alors le malade se dressant sur son séant :

— Une épée ! crie-t-il; line épée!

— Calmez-vous! fait le docteur effrayé.

Il connaît les antécédents du moribond et ne tient pas à être sa dernière vÿtime.

— Une épée ! répète celui-ci.

— Mais enfin que voulez-vous en faire?

— Docteur, un homme comme moi doit mourir les armes à la main !

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