‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 85 sur 222 · GALLET · texte numérisé non relu

GALLET

Gallet, qui avait tenu une boutique d’épicerie dans la rue des Lombards, était allé, après sa banqueroute, se réfugier, lui et ses chansons, dans le vaste enclos du Temple, qui servait de lieu d’asile aux débiteurs pourchassés.

Ses créanciers, ne pouvant l’atteindre autrement, l’accablaient de leurs mémoires, et lui de dire :

— Je suis logé au temple des mémoires.

Il continuait, malgré son hydropisie, de vivre de la vie de cabaret, qu’il avait toujours menée. 11 était d’une gaité incurable et ne respectait rien. Lorsque le vicaire du Temple vint lui apporter l’extrême-onction :

— Ah ! monsieur l’abbé, lui dit-il, vous venez me graisser les bottes. Cela est inutile, car je m’en vais par » eau.»

Quelque temps après, Marmonlel rencontrant Panard, le compagnon habituel de Gallet :

J. Goiuifi. a Mémoire! secrets », t. i* r .

— Je prends part à voire affliction, dit-il.

— Ah! monsieur, elle est bien vive et bien profonde! Un ami de trente ans avec qui je passais ma vie! A la promenade, au spectacle, au cabaret, toujours ensemble! Je l’ai perdu. Je ne chanterai plus, je ne boirai plus avec lui... 11 est mort. Je suis seul au monde. Je ne sais plus que devenir... Vous savez, ajouta-t-il, qu’il est mort au Temple? J’y suis allé pleurer et gémir sur sa tombe. Quelle tombe ! Ah ! monsieur, ils me l’ont mis sous une gouttière, lui qui, depuis l’àge de raison, n’avait pas bu un verre d’eau !

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