UN GALANT HOMME
Le comte de G.... fit prier fiourdaloue de venir l’assister :
— Monsieur, lui dit ce dernier, il faut songer à se sauver.
— Je le veux bien, mais je voudrais me sauver galamment.
— Monsieur, il faut retrancher la fin de votre période.
GALIANT.
Deux jours avant sa mort, il fit venir son maitre-d’hôtel, et lui demanda des nouvelles d’un cheval qu’il lui désigna. Cet homme lui répondit qu’il avait été vendu le matin même.
DE LA DERNIÈRE 1IEI'RK
— Le ciel en soit loué ! dit le moribond.
Et se tournant vers ses amis parmi lesquels était le docteur Galti :
— Quel pensez-vous que puisse être le motif qui m’a fait m’informer de ce cheval que l’on a vendu par mon ordre? Ne croyez pas que ce soit le besoin d’argent : j’en ai, et la ressource eût été trop faible si j’en avais manqué. Je ne m’eu suis défait, mes amis, que parce qu’il me gênait dans mes dispositions testamentaires. Je ne savais en quel classe le ranger. Dans mes effets? Il a encore quelque espèce de mouvement. Parmi les meubles? Il donne rarement quelques signes d’existence. Cela eût pu faire naître des contestations entre mes héritiers, et je veux leur éviter matière à discussion.
Le chevalier Gatti dit à Galiani, le soir qui précéda sa mort :
— Voyez, mon cher abbé, combien je vous suis attaché. L’ambassadrice de France m’avait demandé pour être dans sa loge à l’Opéra : j’ai refusé ; j’ai préféré vous tenir compagnie.
— Et vous prétendez à un remerciement? lui réponditil. Est-ce parce que, me regardant comme Arlequin dont les lazzis vous égaient plus que les concctti de l’Opéra, vous êtes venu chercher ici le dernier amusement de ce genre que je puisse vous fournir?
Le testament de Galiani porta l’empreinte de l’originalité qui l’avait caractérisé tonte sa vie. 11 légua au prélat Gaétani une épée qu’il disait avoir appartenu à César Borgia, duc de Valculinois, à la condition de la payer à ses héritiers cent onces d’or; et dans le cas où il n’accepterait pas ce legs, ou ferait difficulté de payer la somme fixée, il lui substituait l’impératrice de Russie. Son musée
fut laissé au roi de Naples, son souverain, mais avec la clause de le payer six mille ducats, monnaie de Naples. Le général Acton se présenta chez lui peu de moments avant sa mort. Lorsqu’on le lui annonça, il répondit :
— Dites à Son Excellence que ma voiture est prête; mais aussi que l’on ne tardera pas à préparer celle destinée à M. le général*.