‹ Les origines bénédictinesChapitre 12 sur 24 · PI. VI · texte numérisé non relu

PI. VI

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Photo. Moscioai, Rome

SUBIACO. - ABBAYE DE SAINT -BENOIT Portrait du Pape Innocent III

Alil'.AVI-; DK S,\I.M-I!K.\()IT

HIC EST p.p. GREGORIVS OLIM EPISCOPVS HOSTIENSIS QVI HANC CONSECRAVIT ECCLE- SIAM.

Celui-ci est le |);i|te (iirgoiro aiiliolMis ('■vè(iiie d'Ustie (jiii i-onsiicra

celte cliapello.

Dans cette iiiènie ciiapelle se ti'ouve le portrait de saint François d'Assise, fait en souvenir du pèieiùnage accompli au Sacro Speco par le [)ieux fondateur de l'ordre des Frères Mineurs; son nom, FR. FRAN- CISCVS est écint à côté de sa tète; un grand froc de laine brune, dont le capuchon est relevé, le couvre tout entier, une corde lui ceint les reins, à la main il tient un rouleau dével()p])é sur lecpiel on peut lire : PAX HVIC DOMVI (paix à cette maison). Or, saint Fi^ancois a été canonisé en li238 par ce même pape Grégoire IX, et, le nom inscrit sur le tableau n'étant {)as accompagné du mot saint, il faut en conclure ([ue le portrait a été exécuté avant cette canonisation, c'est-à-dire, en même tem[)s (jue le tableau précédent.

A côté du portrait de saint François, on voit, dans une aiiti^e peinture, un moine, les bras tendus vers le ciel, recevant la bénédiction d'un ange ([u'il invo({ue. Le nom de ce moine est également inscrit, il se nommait FR. ODDO, et, c'est à ce religieux (pi'il faudrait, d'après les chroniques de rabl)aye, attrilnier toutes les peintures de la chaj)elle. 11 n'était pas rare, on le sait, de trouver des artistes parmi les membres d'une com-

SUIUACO

uiunaulr, le taii n'a donc rien de surprenant en luimême ; ce qui a lieu d'élonnei', c'est de trouver tant de sincérité et une étude déjà si bien appropriée de la nature chez un jxMutre de cette époque.

Dans cette bien curieuse église souterraine, on rencontre encore deux ceuvres très ini])ortan(es qu'il nous l'aul signaler. r]lles occupeni cliacune le fond d'une arcade en se faisant vis-à-vis. La ])remière représente la Vierge mère, assise sur un (rone magnifique soutenu de cha([ue côté par des ai'cs et des colonnettes d'une délicatesse extrême ; deux anges de moindre dimension, agenouillés à droite et à gauche du troue, sont en adoration. Cette i)einture intéressante est surtout remar- (piable en ce <prelle nous fait connaître le nom de son auteur; les mots:

MAGISTER CONXOLVS FECIT HOC OPVS

Maiire Coiixolus fil cet ouvrage.

sont écrits à côté de la têle de la Vierge.

L'autre tableau est le mémoi'able '|)ortrait du paj)e Innocent III ; car c'est un véritable portrait ([ue cette belle tigure en buste placée seule tians l'arcade (pii lui sert d'encadrement. Le pape, coiffé de la haute tiare pointue de forme indienne et revêtu du pallium, étend la main droite, comme pour montrer ou présenter à un moine nind»é, assis dans une stalle et ligurant saint Benoit, un grand panneau (ju'il tient de la main gauche

MMi.WK DE S.\IM-IîF:NOIT

el ({iii occupe (oiite lu })ar(ie iiilci'ieure du (ahleau. Siii' ce [)aiineau, on peut lire encore distinctement, écrit en caractères gothi([ues, alternativement rouges et noirs, 1(^ diplôme renfermant les importants j»rivilèges octroyés par Innocent 111 à l'abbé Jean VI, le 2 i- juin 1213. Nous sommes ici en présence d'un j)ortrait ol'ticiel, peint très probablement de mémoire, aussi, trouvons nous une certaine solennité dans l'allure du [)ersonnage et une régularité conventionnelle dans les traits du visage, ce qui fait écarter l'idée d'une œuvre exécutée d'après nature. 11 n'en est pas moins vrai ([ue la netteté du dessin, la puissance du coloris, aussi remarfjuable dans ce portrait que dans les autres tableaux du même })eintre, indi([uent n\\ talent d'une originalité toute particulière: c'est un art véritablement italien, dans leipiel le souvenir du style byzantin se fait à peine sentir, et qui, par la beauté des formes, par la noblesse des poses, parla simplicité des draperies, se rapproche bien plus de l'art anti([ue.

Le maître à (jui l'on doil, non seulement ces deux tableaux, mais toute une longue suite de fresques, se nommait donc Gonxolus, nom tout à fait ignoré des anciens historiens d'art. La signature n'est pas accompagnée d'une date, aussi, nous serait-il difticile de préciser répo(pie à laquelle ces peintures ont été exécutées, si le diplôme ne venait à notre secours. 11 est bien évident qu'elles sont postérieures à l'année 1213, dale de sa concession, mais de bien peu cependant, j)uisque

suniAco

l'une <rentre elles n'a d'autre but (jue de rai)])eler cet acte important. Nous pouvons donc admettre que Gonxolus peignait au Sacro Speco vers 1215, c'est-àdire vingt ans au moins avant la naissance de Cimabue et (puirante ans avant celle de Giotto, auxquels ont est toujours convenu, en s'appuyant sur les biographies de Vasari, d'attribuer la rénovation delà peinture en Italie. Et, c'est là, malgré son isolement, un ffiit remarquable dont l'histoire de l'art doit tenir compte, car, les œuvres datant de cette épo(pie, certainement peu nombreuses, détruites, soit par les injures du temps, soit |»ar la main des hommes, sont bien rarement parvenues jusqu'à nous. Les seules peintures qui, à notre connaissance, pourraient être rapprochées de celles que Gonxolus a laissées au couvent de San-Benedetto, se trouvent à Rome, au porti([ue extérieur de la basilique de Saint- Laurent-liors-les-Mnrs. Elevé vers 1220, à la suite de la grande transformation opérée dans la dis])Osition générale du monument par le pape Honorius III, ce ])ortique l'ut, dès cette é})0([ue, orné de fres([ues aujourd'hui bien effacées; celle cpii s'est le mieux conservée repi'ésente le sacre de Pierre de Gourtenay, comte d'Auxerre, élu empereur d'Orient, et de son éj)Ouse Yolande; cette cérémonie, j)résidée par le pape Honorius III, eut lieu dans la basilique de Saint-Laurent, en 1218. Gonxolus est-il l'auteur de ces peintures ? On ne peut l'aftirmer, mais cela ne serait pas impossible. Elles se rapprochent beaucoup pai' la date et ])ar le style des

A B BAVE DK SA I N T-B K.N UlT

fresques du Sncro Speco, et, il t'aul jjenser que les artistes capables de les exécuter devaient alors être bien peu nombreux, partant fort recherchés; de plus, le mot miujistcr, qui i)récède dans la signature le nom de Conxolus, indique bien un artiste de métier, travaillant ])Our (jui veut l'employer et non pas un moine peintre comme frère Oddo, strictement attaché à son pro|)re couvent. En admettant (pi'il y ait identité de personne entre l'auteur des fres({ues de Saint-Benoît et de celles du portique de Saint-Laurent, ce serait là tout ce (pii resterait de l'œuvre de ce remarcpiable précurseur des plus anciens maîtres de l'école italienne ; la rareté de ces peintures, ajoutée à leui' mérite, en augmente considérablement la valeur.

Le couloir conduisant à la sainte Grotte, ainsi (pie la chapelle de la sainte Vierge, sont décorés de fresques d'une allure bien différente de celles dont nous venons de parler. Elles sont signées : STAMATICO GRECO PICTOR. P, et appartiennent évidemment à une époque ])Ostérieure aux œuvres de Conxolus, sans dépasser toutefois les limites du treizième siècle; ce sont des œuvres absolument italiennes malgré le mot Greco, ([ui accompagne le nom de l'auteur et indlcjne probablement son origine.

Parmi les principales, nous citerons, à côté du Couronnement et de la Mort de la stdjitc Vierac, VEntrée de Notre Seiij)ieur ii Jéruf^alem : .Jésus monté sur l'ânesse suivie de l'ànon, est accompagné des douze

apôtres, coiifonuénient au texte de l'évangile de saint Mathieu; dans un coin du tableau, des enfants cueillent des palmes que d'autres déposent à terre surle chemin. 11 y a dans tout ces sujets un mouvement général, une vivacité de geste, une expression pai'ticulière pour chacpie visage, une variété de types si bien et si naïvement comprise, rendue avec tant de justesse, qu'il convient de faire à l'artiste un grand mérite «l'avoir aussi franchement reproduit la nature en abandonnant toute tra<lition d'école. Certes, le dessin n'est pas irréprochable, on ])eu relever bien des imperfections, mais le coloris est brillant et les compositions assez conq)liquées, sont librement traitées. Le peintre Stamatico est encore un incomiu pour Vasari ; sa manière peut être com])arée à celle de Ducio, le vieux peintre siennois, (jui signait en 1320 un tableau représentant, comme celui (pie nous venons de citer, une Entrée à Jérusalem.

Beaucoup d'autres fres(pies datent encore des xnT et xiv" siècles ; nous les laisserons de ciMé, malgré l'intérêt qu'elles ])réscntent, pour arriver à une grande scène du xv' l'eprésentant le Jiujcmcnt dernier. On le sait, ce vaste sujet avait été traité dans tous les tem]Ks et par toutes les écoles, il se rencontre en bien des endroits ; l'Italie en offre de nondjreux exemples, soit en mosaïque, soit en ])einture, mais le tableau du Sacro Speco se rapproche beaucou]) de la |»age magistrale laissée au Onq)o Sanlo de Pise

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ABBAYli DE SAINT-BENOIT

])ar Andréa Orcagna, il en est du reste largement ins- ])iré et a dû être exécuté peu d'années, croyons nous, aj)rès l'apparition de ce dernier. Le Triomphe de la Mort, comme on appelait autrefois ces grandes compositions, représente toujours les joies du ])aradis à coté des angoisses et des tortures de l'enfer; mais ici, le tableau est complété par une fres(pie voisine exécutée à la même épo([ue et due à la même main. Elle représente la légende des Trois morts et des trois vifs, également reproduite ])ar Orcagna. Trois jeunes et élégants cavaliers sont arrêtés devant trois cercueils renfermant des cadavres de rois et de princesses, que leur indique un moine; à la suite de cette contemplation, l'un des cavaliers demeure au])rès du moine, les deux autres poursuivent gaîment leur chemin, lors(|ue survient la mort qui étend sur leur tête sa redoutable main. Toutes ces figures sont accompagnées de devises ex])licatives. Nous n'insisterons ])as davantage sur ces peintures, en nombre si considérable, qui couvrent, nous l'avons dit, toutes les voûtes et toutes les murailles des églises du vieux monastère de Saint-Benoît. Elles peuvent être rangées en trois grandes divisions : la ])remière, partant du milieu du xi" siècle, avec le style byzantin dan^ toute sa raideur archaïque, arrive après quelques heureuses modifications, au commencement du xni° siècle. La seconde, débute avec le moine Oddo, que suit, à peu d'années de distance, Gonxolus dont le génie précurseur introduit dans ses œuvres la vie, le mou-

vemeiit et l'esj)i'it l'eligieux jtalien ; cette période, la plus curieuse, la plus instructive, se poursuit, jusqu'à la fin du xni' siècle, avec Stamatico qui marque l'apogée de cette primitive école naturaliste. La troisième division comprendrait les fres(jues des xv' et Nvi' siècles, toutes inspirées des œuvres des maîtres florentins ou ond)rieiis.

Cette étonnante réunion de scènes variées et de fif];ures isolées, constitue un merveilleux enseignement (jue l'on ne saurait i-encontrer autre part. Gréées pour occuper la place où nous les voyons encore aujourd'hui, ces peintures doivent à cette circonstance heureuse et rare une partie de leur importance, tandis que la vénération, (pii, ])endant tant de siècles, a entouré la retraite de saint Benoît, explique leur existence.

Il ne nous a])pai'tient pas de rechercher quel peut être ])Our une âme chrétienne, le hénélice moral et spirituel d'un pèlerinage à Subiaco. Nous avons sim- ])lement voulu indiquer dans ces notes combien tout concourt à faire de ce charmant voyage une véi'itable promenade artistique: paysages, monuments, peintures, l'avissent les yeux, charment l'esprit et le retiennent sous une impression admirative qui envelo})pe, comme d'une auréole dorée, la légende et l'auguste figure de saint Benoît.

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