SECONDE PARTIE
LE MONÏ-CASSIN
NOTICE ÎIISTORIQUE
Aux |j;ro(tes de Siil)ia(?o, saint Benoît s'était séparé (lu monde en s'enfonçant dans la retraite la })lus solitaire, au sommet du mont Cassin. 11 va reprendre contact avec ce monde (ju'il avait voulu fuir, mais en le dominant de toute la hauteur de l'édifice moral ({u'il vient de fonder. Ces deux jdiases de la vie de saint Benoît marcpu^nt les deux j)arties de la U'(jcnilc que nous a transmis saint Grégoire le Grand.
Nous avons laissé Benedictus, accompagné de ses jeunes disci])les, Placide et Maure, cheminant lentement à liavers les défilés des Apennins sous la conduite de deux anges, dit cette légende, et ])récédé de deux corheaux, ajoute la ti'adition, (]e voyage, entrepris dans le hut d'échaj)per aux passions soulevées contre lui et de soustraire ses disci]»les aux |)érils qui les menaçaient, n'était |»as une course d'aventure ; elle avait un ohjectif
MONT-CASSL\
(li'ieriîiiné. Il s'unissait (l'atteindre un domaine (|ue Tertuliis, })ère de Placide, avait régulièrement cédé à saint Benoît, le rendant, en vertu de cette donation, propriétaire indiscutable du sol sur lequel dallait s'établir, et assurant ainsi une existence certaine, une base solide à la nouvelle fondation. Aussi, ])eut-on, sans trop d'irrévérence envers l'éminent hagiograplie, se demander si les deux anges dont il |>arle n'étaient pas des protecteurs terrestres, et, si les deux corbeaux ne représentaient pas, dans un langage figuré ])ropre à frapper les imaginations populaires, les deux jeunes compagnons du maître, qui lui servaient de guides et marchaient en avant vêtus de leurs longs Jiabits noirs.
Quoi(ju'il en soit, les termes du louchant récit du grand pontife ont, à tout le moins, le mérite d'envelopper cet exode d'une ])ieuse et |)oéti(pie auréole.
Cependant, et malgré le silence observé par saint Grégoire le Grand, le sup])lément à la Ghroni(jue de Mirzio,s'appuyaiit sur les actes de la vie de saint Placide rédigés par Paul Diacre, ainsi que sur des traditions conservées et reproduites dans plusieurs brefs ])ontiticaux, indique, d'une façon bien positive, l'itinéraire suivi ])ar saint Benoît et ses compagnons.
Partis de Subiaco au printem[)s de l'année 5^9, ils descendent à Archinasco, passent à Torre, prennent la route d'Alatri, mais n'entrent pas dans la ville et void demander asile au monastère de Saint-Sébastien, établi, peu de temj)s auparavaid, dans les environs, au moyen
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des généreuses libéralités du patricien Liberius. Trois églises élevées à la mémoire de saint Benoît, rappellent le séjour qu'il fit auprès de cette ville.
D'Alatri, les voyageurs se dirigent vers Veroli, et de là, pénètrent dans la vallée du Liris, en suivant la Via Latina, pour arriver bientôt à Cassinum.
Cassinum avait été jadis une cité tlorissanle, les Sabins et les Étrusques l'appelaient Gasca. Avec le nom de Cassinum, les Romains lui octroyèrent le droit de devenir colonie militaire. Elevée plus tard au rang de municipe, elle eut des édiles, des magistrats, des prêtres, des monuments et des tenq)les.
On voit encore aujourd'hui les restes de son amphithéâtre et ceux d'un théâtre construit, vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne, aux frais d'une famille Umidia Quadratilla, comme l'indique une inscription. Saccagée ])arles Vandales, ])rivée de ses habitants disj)ersés depuis la dernière invasion des Goths de Théodoric, en 493, la ville était à peu près déserte à l'arrivée de saint Benoît. Son premier soin, dit saint Grégoire, fut de s'y installer et de ramener auprès de lui quelques citoyens restés tidèles au culte du vrai Dieu.
Cassinum avait été cependant convertie au christianisme et pourvue d'évêques dès que la nouvelle religion eut été officiellement reconnue par Constantin; mais la croyance en la divinité du Christ, superficiellement implantée, n'avait pas résisté aux troubles et aux désastres occasionnés paV les fréquents passages des armées bar-
bares; les éve([iies avaient disparu et le [)aganisiiie avait repris possession de ses temples. Faut-il s'en étonner, lorscpi'on se souvient de la vigueur avec hupielle l'empereur Théodore était oldigé, un siècle avant saint Benoît il est vrai, de réprimer, même dans les grandes villes de l'empire, le retour à l'idolâtrie, et, lors({u'on songe aux déchirements dont souffrait la chrétienté à la lin du v' siècle, divisée qu'elle était en tant de sectes, se faisant entre elles une guerre acharnée.
De la ville de Gassinum, saint Benoît j)ouvait contempler le domaine dont Tertulus avait doté la petite communauté.
Situé au sommet d'une montagne aride, les ])ierres, les rochers et quelques broussailles s'en partageaient presque tout l'espace; le cadeau n'était donc pas d'une bien grande valeur.
Cependant, de tout temps, cet emplacement avait été protégé |)ar une enceinte fortifiée. Non loin de l'abbaye, on retrouve encore aujourd'hui des traces de constructions cyclopéennes ou pélasgi(jues remontant à une époque bien antérieure à celle de la conquête romaine. Ces fortes murailles devaient nécessairement entourer un espace consacré où s'élevaient des autels et des tem- })Ies, et destiné, en cas de danger, à servir de lieu de retraite aux habitants du pays. Ferentino, Alatri, Armelia, Ar[)ino et, comme nous l'avons indicjué, Vicovaro, montrent encore des restes assez importants de juui's cyclopéens semlilables à ceux dont était entouié
le sommel du mont Cassin. Deux autres murs de construction analogue, partant de cette enceinte, descendaient de clia(|ue côté sur les tlancs de la montagne, formant ainsi un énorme triangle dont la ville occupait la hase; on en reconnaît encore aujourd'hui des parties assez importantes.
Les énormes matériaux mis en œuvre par les populations primitives furent employés par les Romains à élever de nouveaux retranchements; ils créèrent une véritahle acropole, arx, servant à protéger Gassinum, et à renfermer les monuments sacrés. Cette enceinte se déveIop])ait sur une assez grande étendue, tlanquée de distance en distance de tours dont la plus importante était de forme carrée et percée à sa partie inférieure d'une porte (pii donnait accès dans Varca. A l'intérieur, on voyait, à droite, le temple d'Apollon, à gauche, celui de Jupiter; entre les deux, un hois consacré à Vénus, répandait, sur ce terrain aride une omhre hienfaisante; çà et là, se dressaient quelques autels dédiés à des divinités de moindre importance.
Saint Grégoire ne parle, dans ses dialogues, que du seul temple d'A])ollon, maisauxvu" siècle, des fouilles entreprises dans la partie du monastère située au nord, pour construire un nouvel hospice, mirent à jour de nombreux fragments antiques ayant appartenu au temple de Ju])iter '. De plus, une autre découverte, faite en 1880,