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jailola, Ilist.abb. Cas

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est venue écarter tous les doutes à cet égard : ou a trouvé, toujours du même coté, une grande pierre revêtue d'une belle inscription indiquant, sans date, queMarcus Octavius, Galvinius et Lateranus édifièrent le temple et le portique consacrés à Ju])iler.

Saint Benoît vint, quehpie temps après son arrivée, s'établir, lui et ses disciples, dans une des anciennes tours de l'enceinte pélasgique, en deliors de la citadelle romaine. Le jour de la fête de Pà(pie de cette même année 520, il sortit processionnellement, accomj)agné de ses disciples, de qnebpies moines venus de Subiaco le rejoindre et d'une foule nombreuse de fidèles ; franchissant la grande porte au chant de V Alléluia, il ])uriiia les temples, mit la première main à la destruction du bois sacré, et i)rit ainsi possession de son domaine; il avait alors 49 ans'. Ses premiers soins furent donnés à l'installation du nouveau monastère ; il en était le seul architecte, connaissant seul les besoins auxquels il fallait satisfaire ; les religieux servaient d'ouvriers.

Il est bien intéressant de savoir ce (pie pouvait être cette rusticpie et ])rimitive installation, cet endjryon devenu [)lus tard la merveilleuse abbaye que nous allons visiter. Une note, écrite au bas d'une Règle manuscrite attribuée à Pierre Damien, et reproduite par Mabillon, Délia Noce et Gattola, indique que saint Benoît avait établi

1. Dans un angle du cloître qui précède l'église, on voit encore un fût de culoune en marbre serpentine cannelé en spirale, ([ui, suivant la tradition toujours acceptée, aurait servi de piédestal à la statue d'Apollon.

sa demeure particulière dans la j)rinci[)ale tour romaine. Elle était divisée en deux étages séparés par un plancher en bois ; de l'étage inférieur, vaste chambre éclairée par une seule fenêtre, il avait fait sa cellule; il y méditait et travaillait; un escalier en bois conduisait à l'étage supérieur, où une pièce éclairée par deux fenêtres servait d'oratoire et de salle de réunion pour la communauté. Un bàliment situé à la partie orientale de la tour contenait les dortoirs, celui des moines séparé de celui des novices, et des salles destinées à riiôtellerie, au [)èlerinage et à rhoj)ilal; de l'autre côté de la tour, il y avait le grand réfectoire, les cuisines, le cellier, le moulin, le vestiaire, la bibliothètpie et les divers ateliers confinant au jardin potager.

Le temj)le d'Apollon était devenu l'église de Saint- Jean-Ba[)tiste ; une autre église avait été élevée et dédiée à Saint-Martin de Tours. Le monastère présentait donc, dès cette époque, un assemblage assez considérable de bâtiments.

Pour se distraire de leurs pénibles travaux, les moines pouvaient, du haut de leur domaine, admirerundes plus beaux panoramas qu'il soit donné de contempler. Henri Taine en a rendu l'éternelle splendeur dans une page écrite en face de cette merveilleuse nature, à son retour deNaples : « Du côté du vide, dit-il, se déploie l'armée des montagnes; rien que des montagnes, ce sont les seuls habitants, elles occupent tout le paysage; derrière elles d'autres encore etainsi plusieurs tiles. Uned'elles,

la (rte déchirée, s'avance comme un promotoire, et son lon<^ squelette semble un saurien monstrueux accroupi à l'entrée d'une vallée. Un tel spectacle laisse loin derrière soi tous les monuments humains. fJiacune a sa physionomie, ainsi qu'un visage animé, mais une physionomie inexprimable, ])arce qu'aucune forme vivante ne correspond à cette forme minérale ; chacune a sa couleur, l'une grise et calcinée comme une cathédrale écroulée dans la flamme, d'autres brunes et rayées de sillons blancs, les plus lointaines bleues et sereines, les dernières blanchâtres dans la plus glorieuse robe de lumière vaporeuse, toutes tachetées magnilîquement par les ombres de leurs voisines et j)ar les noirceurs mouvantes des nuages, toutes, si diverses (pi'elles soient, audacieuses ou rechignées, grandioses ou lugubres, ennoblies par la lumière veloutée qui les couvre et par la grande coupole céleste dont leur énormité les fait dignes. » A cette étonnante descri])tion, donnant l'idée d'un fantastique cahot, bien pro|)re à encadrerla retraite de moines austères, il faut ajouter que le sommet du mont Cassin domine tout une i)laine immense, peuplée de villes et de villages, à ^travers laquelle le poétique I^iris des anciens, le Garigliano d'aujourd'hui, creuse capricieusement une vallée riche et fertile. Au loin, entre deux nionlagnes, la mer s'aperçoit étincelante sous les rayons du soleil.

A peine le nouveau monastère était-il installé qu'il fut visité ])ar un pèlerin d'un caractère l)ien étrange. En

NOTICK HISTORIQUE

542, Totila, ayant eiiteiulii vanter la réputation de sainteté du patriarche, voulut s'assurer par lui-même de la valeur de ses mérites.

Cette scène historifjue, racontée par saint Grégoire le (jrand, est vraiment curieuse. Totila se lait j)récéder j)ar un ot'licier revêtu de ses habits royaux et l'envoie, entouré de gardes, se présenter à saint Benoît, cherchant ainsi à mettre sa perspicacité en défaut. Mais le saint démasque aussitôt la ruse : « Quittez, dit-il, mon tîls, ces vêtements que vous [)ortez, car vous savez ([u'ils ne vous ap})artiennent pas. » A ces paroles, l'ol'ticier confus se })rosterne et rapporte au roi ce qui est arrivé. Totila vint alors en personne se jeter aux pieds du patriarche vénéré, et, réclamant ses prières, faire amende honorable des excès et des cruautés aux(]uels il s'était livré, jurant de les expier à l'avenir. Ce serment, comme on le sait, fut tenu pendant quelque temps, mais bien oublié parla suite.

Tandis ([ue saint Benoit travaillait à l'édilication de son monastère et à la régénération morale des populations environnantes, il eut la joie de voir venir se ranger sous sa règle des personnages ayant acquis en divers genres une haute notoriété; ])armi ceux-ci il faut citer Gassiodore, le célèbre secrétaire de Théodoric, qui, entré dans l'ordre bénédictin en 537, passa en Galabre et fonda à Squillacia sa patrie, le monastère de Viviers qu'il gouverna jusqu'à sa mort. Mais, dans le même temps, le saint patriarche eut le regret de se séparer de

ses deux disciples les ])lus chers ; Maiir im])lanta la règle bénédictine en France, au monastèredeGlanfeuille, près d'Angers', et Placide vint en Sicile créer une communauté nouvelle dans un domaine de famille que son père Tertulus lui avait al)andonné à cette intention.

Renfermé dans l'enceinte de son monastère, saint Benoît n'en sortait qu'une seule fois chaque année, pour aller visiter sa sœur Scholastique qui habitait, au bas de la montagne, un ermitage d'où elle dirigeait une communauté de femmes. Cet antique asile, berceau des religieuses bénédictines, a disparu, si bien que l'on ne sait même pas exactement où il était situé. On suppose qu'il occupait l'emplacement sur lequel s'est élevé, au milieu du vu" sièle, l'abbaye de Piumarola, édiliée parles princesses lombardes Tasia et Ratrude, femme et iîlle du roi Ratchis, qui y passèrent leur existence.

Les derniers moments de ce frère et de cette sœur, aussi unis par leur foi ardente qu'ils l'avaient été parla nature, sont empreints sous la plume de saint Grégoire d'un charme et d'une ])oésie extrêmes. Saint Benoît s'étant rendu, dit-il, auprès de sa sœur, comme il avait coutume de le faire chaque année, l'ut sollicité, avec toutes les instances que pouvait suggérer une affection si tendre, de rester et de passer la nuit dans la maison

1. Lo monastère de Crlanfciiillc, fondé par saint Maure, existe encore. Les bâtiments ont été totalement reronstniits, mais il subsiste une petite ciiapelie <rarrliilecture romaine, datant de roritrine, dans laquelle inie plaque f^ravée, incrustée dans le mur, indique que Jeanne d'Ai'c est vernie prier sin- la lonilx; du vénéié disci|)le di' saint l'icuoil.

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deScliolastiqiie. Sur son refus, cette sainte femme se mit en prière, et, tout à couj), éclata un ora^e épouvantable (jui força son frère à demeurer; ce fut leur dernière réunion. Trois jours après, étant dans sa cellule, Benoît vit l'àme de Scholastique s'envoler vers le ciel. Il commanda alors à ses moines d'aller chercher le corps et de l'ensevelir dans le tombeau (ju'il avait fait pré])arer au-dessous de l'autel de Saint-Jean-Baptiste, dans une crypte dont les prêtres du temple d'Apollon se servaient pour se cacher, et de là, rendre des oracles. Ce même tombeau devait également recevoir bien ])eu de temps après la dépouille mortelle du saint vieillard. Sentant sa tin prochaine, il se tit transporter dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, et là, debout, soutenu par ses frères en pleurs, il expira, les bras étendus, imj)lorant encore la miséricorde divine. Saint Benoît mourut le 21 mars 543, il avait alors 03 ans.

L'histoire delà grande fondation de Saint-Benoît se confond pendant longtemps avec celle de la civilisation en Occident ; elle en présente même à ses débuts un exact tableau: ravages, destructions, reconstitutions sur de nouvelles et plus larges bases, nouveaux désastres auxquels succèdent des splendeurs surprenantes, telle est la part de l'éditice dans ces temps de désordres et d'invasions. Celle des religieux occupant l'abbaye est aussi mouvementée: après les massacres, les exils, les dispersions, et, malgré cela, toujoui's avec une nouvelle cons-

tance et une fermeté admirable, ils reprennent l'œuvre commencée et la poursuivent jusqu'à son complet développement, jus(pi'à la con([uéte d'une ])uissance et d'une autorité indiscutée. Après de longs siècles d'une prépondérance morale et intellectuelle universellement reconnue, acquise et poursuivie au milieu d'une paix profonde, viennent de nouveaux sacrifices, de nouvelles traverses, et aujoui'd'liui, un régime d'existence précaire, une simjile tolérance permet encore à un petit nombre de pères bénédictins d'habiter leur antique monastère, d'y exercer leur saint ministère, d'y instruire comme autrefois la jeunesse et de s'y livrer à leurs travaux préférés.

L'histoire de l'archimonastère du Mont-Gassin a été maintes fois racontée, néanmoins, il nous parait utile d'en rappeler ici les principaux événements \

Dès l'origine, l'abbaye du Mont-Cassin ])ossé(lait un domaine temporel assez important; à la donation de Tertulus s'en était ajoutée une autre comprenant une

1. Les sources les plus autorisées auxquelles on peul puiser pour bien connaître riiisloire de l'abbaye du iMont-Gassin sont :

1" Paul Diacre, Histoire des Lombards; 2" Léon d'Oslic, (Ibronirpies Cassiniennes ; 3" Pierre Diacre, Uc vir. ill. (las ; 4° I.aiirelo, Cliron. Cas. IfilO ; 5" De/la Noce, Chron. Cas. 16G8 ; fi» Gallola, llist. Abb. Cas. ; 7" UgheJli, llaiia sacra. Kpis. Cas.; 8" Mahillon, Annales Bénédictines; 0" Muralori. Script, lier. Ital. ; 10" Tosli, Storia dclla badia di Mont. Cas.; 11° .1. Dantier, Les Monastères bénédictins d'Italie ; 12° Codici e le Arti a Monte Cassino par D. Andréa Caravila.

Nous renvoyons le lecteur à ces dilTérentes sources auxquelles nous avons nous iiiénies puisé, voulant é\ iter autant tpie possible d'inscrire au bas des pages les textes auxquels nous nous sommes adressés.

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villa et des terres ap])ai'teiiaiit à Gordien, le })èi'e de saint Grégoire le Grand, Ce domaine s'accrut encore sous les successeurs immédiats de saint Benoît et devait présenter une proie déjà tentante et facile à saisir, lorsque en 589, Zoton, premier duc lombard de Bénévent, s'empara du monastère, le pilla, l'incendia et en chassa les l'eligieux. La ])lu])ai't des fugitifs se retirèrent à Rome auprès du pa])e Pelage II qui les autorisa à s'installer dans des bâtiments dépendants de lai)asiliquede Saint- Jean-de-Latran ; ainsi fut fondé ce fameux monastère d'où sortirent dans la suite tant d'illustres personnages.

Cent trente ans plus tard, un riche citoyen de Brescia nommé Petronax vint au Mont-Gassin. accompagné de plusieurs moines du Latran, dans le but de relever les ruines déjà vieilles. Avec l'aide de quelques religieux (pii habitaient les environs et s'étaient constitués les fidèles gardiens du tombeau de saint Benoît, Petronax reconstruisit le monastère, l'agrandit et obtint du ])ape Zacharie de venir en personne en consacrer l'église (748).

Alors s'ouvrit pour la communauté une ère degrande pros|)éi'ité, de tous côtés affinaient les présents et les donations; en môme temps, l'abbaye se peuplait de moines nombreux appartenantàtoutes les classes d'une société si misérablement éprouvée })ar les événements (pie les princes eux-mêmes venaient chercher à l'abri de ses murs le re])0s et la paix: Garloman,fils de Charles Martel et oncle de, Gharlemagne, Ratchis, roi des Loni-

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bards, clioisii'entpoui' retraite l'abbaye du Mont-Gassin ; Gharlemagnehii-niêine, au retour d'une expédition dans l'Italie méridionale, ne n)an(|ua pas de s'y arrêter quelque temps, et lui octroya, à cette occasion, de nombreux pi'ivilèges mentionnés dans une cbarte conservée dans les archives. Pendant ce tenips, sous la direction de Paul Warnefi'ide anciennement secrétaire du roi Didier, il s'était formé au Mont-Cassin des écoles de toute sorte : le chant, la copie des manuscrits, la théologie, les lettres, les sciences, étaient publiquement enseignées'.

Cette belle période dura environ cent cinquante ans, jusqu'au moment où les Sarrazins, ayant inqtosé à Siconolf j)rince de Salerne, le })aiement d'un ti'ibut excédant ses ressources, celui-ci s'adressa aux religieux pour lui venir en aide. Cet emprunt forcé, ])lusieurs fois répété, fut à la fin accueilli ])ar un refus absolu ; Siconolf, employant alors la force, s'empara du monastère et de tout ce (pi'il contenait. Quarante ans plus tard, les terribles Sarrazins ])énètrent eux-mêmes ]"us<prà (iassinum, ]>illent la ville et massacrent les moines (ju'ils y rencontrent. Ce n'était là cependant que le })rélude de

1. l'aiil WaiKolVidc iiaciuil à C.ividalc, en Frioul. Favorablement acciii'illi à la cour de Halchis. il lui iKniinié dianc de l'égliso d'Aquiléo, cl doviiil conseiller de Didier, roi des Lomi)ards. Kail prisonnier par (;iiarlenia;;ne, il revini en Italie el se lit moine au Mont-dassin; c'est là qu'il écrivil son imjioilanle hisloiic De Gcsli Lniigoijardi, qui est parvenue jusqu'à nous, (diarlema^iie l'appcda en France et lui conlia la direction tle ses écoles. Après un séjour de (lueiques années, il rentra au Moid-C-assin en 787.

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plus grands désastres: en 881), sous le gouvernement de l'abbé Berthaire, ces dangereux infidèles s'emparent <lu monastère, le détruisent de fond en comble, tuent ou dispersent les religieux, et, pour la seconde fois de])uis son origine, l'abbaye du Mont-Gassin ne présente plus qu'un amas de ruines désertes.

Grâce à ce sentiment qui attachait si violemment les discijiles de saint Benoît au tombeau de leur saint patron, les moines ne restèrent ])as longtemps éloignés du Mont-Cassin. Dès les premières années du x' siècle, l'abbé Léon fit relever les murailles du monastère et reconstruisit l'église ; l'abbé Aligerne put, en 940, y transporter les débris de la bibliothèque sauvés du pillage.

Avec le xT siècle, s'ouvre une longue période de paix et de prospérité. De tous côtés des hommes éminents accourent vivre sous la règle de saint Benoît, de tous côtés aussi des religieux se répandent dans les contrées voisines pour fonder des monastères ; alors s'élevèrent l'abbaye de Gava et celle de Sainte-Marie de l'Albaneta, (pii devait plus tard recevoir dans ses murs saint Thomas d'Aquinet saint Ignace deLoyola; Florence, Luques, virent également se constituer auprès d'elles des centi'es bénédictins. Les arts étaient déjà fort en honnein^ au Mont-Gassin : l'abbé Athénolfe avait orné l'éo'lise de peintures sur fond d'or, les copistes étaient à l'œuvre, de nombreux manuscrits, existant encore à la bibliothèque, datent de cette époque. Les visiteurs et les pèlerins at'tluaient de tous côtés, et, saint Odilon abbédeGluny,

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donnait à son collègue du Mont-(jassin le titre d'abl)é des abbés [abbas abbatwn), titre que le pajie Pascal II confirmait peu après. Le cardinal de Lorraine, oncle de la comtesse Mathilde, devenu ])ape sous le nom d'Etienne II, enrichissait l'église d'ornements précieux de vases sacrés, de missels et d'anli])honaires d'un grand luxe. C'était l'âge d'or, le grand siècle commençait, il atteignit son apogée sous le gouvernement de l'abbé Didier.

C'est une des plus grandes figures de l'histoire du moyen âge en Italie, que celle de ce jeune capitaine, appartenant à la famille des princes de Bénévent, (pii, ])ris du dégoût du monde, se retire à l'abbaye de Gava, ])asse ])eu a])rès au Mont-Cassin, et bientôt, est élevé à la dignité abbatiale par un vote unanime des moines.

Pendant trente ans, de 1058 à 1087. Didier dirigea la communauté avec une dignité, une autorité, une hauteur de vues qui la portèrent au point culminant de sa puissance et de sonintluence. Elle représentait du reste une force matérielle consi(k''rable avec laquelle les seigneurs et les princes du voisinage étaient obligés de compter. A rexem])le de leurs frères de Subiaco, les religieux du Mont-Cassin avaient érigé des chapelles et des prieurés au centre de chacun de leui's nombreux domaines; bientôt, à coté de ces modestes édifices, s'élevèrent des tours et des châteaux (pii constituèrent de véritables fiefs monastiques, administrés par des moines délégués à cet effet. C'était donc une lourde charge et

NOTICE IIISTORIQUE

une tâche difficile que de maintenir l'unité fraternelle à l'intérieur de ce véritable royaume souvent déchiré par des querelles intestines, de le défendre contre les entreprises du dehors et de veiller à sa prospérité. Il fallait pour cela pourvoir à tous les détails d'une administration générale qui embrassait, outre la partie religieuse, naturellement fort importante, des questions politiques, financières et même commerciales, car, il est constant que des vaisseaux appartenant à l'abbaye venaient apporter des denrées et faire des échanges dans les ports de la Méditerranée; le pape Léon IX, par une bulle spéciale, leur avait même accordé l'entrée en franchise dans le port d'Ostie.

Étroitement uni depuis de longues années avec l'archidiacre Hildebrand, non seulement par les liens d'une solide amitié, d'une conformité de vue et d'une manière identique d'envisager les grandes questions qui agitaient l'église romaine, l'abbé Didier fut pour le pape Grégoire VII, un vigoureux appui et un défenseur énergique dans ses luttes avec l'empire. Aussi, en mourant à Salerne, Grégoire, sollicité par les cardinaux qui l'entouraient de désigner son successeur, nommait l'abbé du Mont-Gassin, l'évêque d'Ostie et l'évêque de Lyon, trois hommes dignes de gouverner l'Église, parmi lesquels on pouvait sans crainte choisir un défenseur de ses libertés.

Didier, j>roclamé pape aussitôt après la mort de Grégoire Vil, mais se jugeant lui-même indigne d'un tel bon-

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neur, et ne se croyant pas ('a|)al)le d'assumer une si grande responsabilité, résista pendant une année entière aux sollicitations des évêques ; cédant enfin, mais à regret, il accepta et prit le nom de Victor III. Son règne fut bien court; une année à peine après son exaltation, Didier revenait avec joie mourir en paix au Mont-Cassin entre les bras de ses chers frères, laissant un nom honoré dans l'histoire de l'église et une célébrité brillante dans les annales de l'ordre bénédictin.

AuMont-Gassin, l'œuvre de Didier fut immense : non seulement il accrutencore d'une façon considérable l'influence de la communauté, mais il entreprit la reconstruction complète du monastère sur des plans tout nouveaux et dans des [)roportions l)eaucoup plus importantes . Profitant des bonnes dispositions de Richard I", ])rince de Ga])0ue, qui venait de lui concéder plusieurs fiefs et châteaux, puisant largement dans le trésor de l'abbaye, alors abondamment pourvu, et s'aidant des libéralités de (|uelques souverains, Didier put mener à l)onne fin et achever presque entièrement ce travail gigantesque.

La direction des constructions fut confiée à des architectes lombards et amalfitains, mais, ayant pu apprécier le mérite et le talent des artistes grecs ou byzantins, l'abbé en fit venir plusieui's au Mont-Cassin. Sculpteurs, peintres, mosaïstes, ciseleurs et fondeurs, tout en travaillant à la décoration du monastère enseignaient à de nombreux élèves; c'est ainsi qu'à côté des écoles déjà tlorissantes de letti'es et de sciences se cons-

NOTICE TIISTORIOUE

titiia une grande école d'art dont le rôle fut prépondéi-aiil dans toute l'Italie méridionale pendant les xn" et xni'' siècles ; c'est ainsi que les cathédrales de Gapoue, de Salerne, d'Amalfî, de Ravello et bien d'autres, sans oublier les monastères de la Trinité de Gava et celui de Santo-Angelo in Formis furent dotés de mervedleuses productions artistiques dont quelques-unes excitent encore aujourd'hui notre admiration.

Parmi les religieux du couvent, on comptait alors des hommes du plus grand mérite et du plus grand savoir: Alfanus, auteur de nombreux ouvrages, devenu plus tard archevêque de Salerne; Oderisius, comte des Marses, écrivain élégant; Pandolfe, parent des princes de Gapoue savant astronome et calculateur; Amatus, l'historien des Normands; Léon d'Ostie, l'auteur de la fameuse Chronica casinensis mi)ior ; citons encore au milieu (le tant d'autres, Gonstantin l'Africain, le fondateur de la célèbre école de médecine de Salerne.

Jusqu'alors, quelques moines seulement s'étaient livrés à la copie et à l'enluminure des manuscrits, Didier voulut avoir au monastère une école complète de calligraphes et de miniaturistes ; maîtres et élèves se mirent au travail, et produisirent bientôt, dans cette belle écriture lombarde perfectionnée que l'on a a])pelée Vécriture casinienne, un nombre considérable de volumes : les œuvres d'Homère, celles de Gicéron, de Térence, d'Horace, les Fastes d'Ovide, Sénèque, Virgile, lesÉfjloiiucsde Théocrite, les sermons de Grégoire

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de Nazianze, des vers de Gharlemagne, les Novilla de Justinien et d'autres encore furent copiés et répandus dans les diftérents monastères où les lettres et les sciences étaient en honneur.

Oderisius, successeur immédiat de Didier, poursuivit ses recherches, compléta les mosaïques et les peintures de la basilique et augmenta le nombi-e des manuscrits delà bibliothèque.

Dès les premières années du xn' siècle, la fortune du Mont-Gassin commence à décliner, sa gloire à s'obscurcir. La grande abbaye était devenue une puissance territoriale, trop importante })Our qu'elle pût s'abstenir de prendre une part active aux luttes des princes normands contre la maison de Hohenstauffen ; les religieux y perdirent le repos, l'abbaye ses richesses.

Le cycle des malheurs commence par la révolte des habitants de San-Germano. Peut-être la main du seigneur abbé était-elle un peu lourde, mais il fallut élever à la Rocca-Janula un haut donjon et y placer une garnison pour maintenir l'obéissance; plus tard, le roi de Sicile Roger I"' pille le trésor; peu après, les soldats de Guillaume le Mauvais chassent les moines de l'abbaye et s'établissent à leur place ; au xm' siècle, Frédéric II, imitant l'exemple de Guillaume de Sicile, transforme en forteresse le monastère qui est livré à toutes les vicissitudes de la guerre ; la prospérité des anciens jours ne put être sérieusement rétablie qu'après la défaite de Manfred par Charles d'Anjou.

NOTICE IIISTORIOUE

Ces alternatives de calme et de détresse, des éclairs de grandeur mais un état presque perpétuel de misère avaient singulièrement diminué le prestige de la célèbre communauté. Le pape Jean XXII, désirant le relever, accorda aux abbés duMont-Gassinle droit de juridiction épiscopale sur un vaste diocèse; c'était peu néanmoins, car les moines avaient perdu le droit d'élire leurs abbés, et, ceux que le })ape désignait de sa propre autorité ne cherchaient qu'à tirer profit de leur importante situation. Cette sollicitude, ou cette sorte de tutelle ne mit j)as poui' longtemps l'abbaye à l'abri de nouveaux coups ; Louis de Hongrie, à la tête de ses bandes de mercenaires, la saccagea encore une fois. Entin, et ])Our terminer cette longue liste de désastres, nous avons à enregistrer un malheur plus épouvantable que tous les précédents. Le îl septembre 1349, un effroyable tremblement de terre, ressenti dans l'Italie entière, renversa tout au Mont-Cassin : basiliques, cloîtres, bâtiments, furent anéantis; un seul instant suftît à transformer l'œuvre de Didier, le fameux monastère, la lumière et la gloire du moyen âge en un monceau de ruines.

Pendant plusieurs années les moines vécurent dans des cabanes adossées aux débris renversés. En 1362, Urbain V, prenant en pitié cette triste situation, se créa lui-même abbé du Mont-Cassin et entreprit une restauration générale ; elle fut continuée par son successeur à la dignité abbatiale, qui construisit la chapelle de Sainte-Agathe.

La commande n'était pas faite pour ramener an monastère la brillante fortune d'autrefois. Qu'ils fussent cardinaux ou même ])rinces, comme Jean de Médicis le futur Léon X, les abbés commandataires, institués en 1454, dépensaient ailleurs les énormes revenus (pi'ils tiraient des biens appartenant à la communauté, et la pauvre abbaye, })rise et reprise ])ar les Angevins, les Espagnols et les Français quisedisj)utaient le royaume de Naples, n'était plus tpi'une forteresse toujours occupée par des soldats.

Après les abbés commandataires, des abbés régulièrements élus dirigèrent la communauté; la paix et la tranrpiilité rentrèrent au monastère, et avec elles la possibilité d'en reédilier les parties principales.

L'abbé Squarcialupi (L510) s'y consacra tout entier; son gouvernement marqua une époque féconde où des artistes éminents laissèrent au Mont-Cassin des souvenirs durables de leur talent.

Les xvn" et xyu!' siècles furent des temps de paix que les religieux mirent à profit pour achever la reconstruction de leur église ; époque de studieux labeur, de productions considérables par leurs étendues et par leur importance littéraire. C'est alors que l'abbé Gattola faisait paraître en quatre volumes in-folio son Histoire du Mont-Cassin, que Jean-Baptiste Federici écrivait VHistoirc des dues de Gaëte, et que Casimir Correale emj)loyait trente années à composer, avec une ardeur et une patience surprenantes, les (juatre-vingt~dix-npuf

volumes de son célèbre Lexique hébreu- chaldéo- biblique, le mominieiit le plus considérable de la science bénédictine. L'abbaye entretenait des relations avec toutes les portions du monde civilisé ; le séjour que firent au Mont-Gassin les pères Mabillon et Montfaucon, appartenant à la communauté de Saint-Maur établie à Paris à Saint-Gerniain-des-Prés, est une preuve des rapports intimes qui existaient entre l'archi monastère et les congrégations françaises de l'ordre de Saint- Benoît.

Avec la Révolution française, l'invasion de l'Italie par les armées de la Républi([ue ramena les mauvais jours, les pillages et les déprédations. On raconte que le général Championnet, esprit cultivé et ami des arts, ne voulut cependant pour sa part de butin (ju'un seul tableau, mais c'était une Sainte-Famille de Raphaël.

L'armée française, mal accueillie |)ar la population napolitaine qui en massacrait les détachements isolés, forcée d'abandonner la capitale et obligée de revenir sur ses pas, passait au pied du Mont-Cassin; (juelques grossiers soldats, ne respirant que vengeance, pénètrent dans le monastère, mettent les religieux en fuite et allument au milieu de la grande cour un feu de joie avec les manuscrits et les pièces tirées du dépôt des archives; triste souvenir des temps les plus barbares. Le pape Pie VII et Joseph Bonaparte, en 1805, encouragèrent les fugitifs à revenir habiter le Mont-Gassin ; cependant, dès l'année suivante ces bonnes dispositions

étaient changées, Joseph supprimait purement et sim- ])lement l'ahbaye, confisquait tous ses biens et convertissait le Mont-Cassin en un dépôt d'objets d'art dont la garde était coniiée à cin(juante religieux laïcisés, dépouillés de l'habit de leur ordre, mais conservant à leur tête l'abbé chargé du soin des affaires spirituelles du diocèse. Ce bizarre état de choses dura jusqu'au retour du roi Ferdinand I" sur le trône de Naples ; la vie calme et religieuse reprit alors son cours et les moines purent encore une fois se livrer à leurs travaux scientifiques et littéraires, enseigner les lettres et la philosophie.

C'est au milieu de ces paisibles occupations que les pères du Mont-Cassin ont été surpris parles événements de 1806 et de 1870. Le nouveau gouvernement italien décréta la suppression de toutes les congrégations religieuses et la confiscation de tous leurs biens. Toutefois, l'utilité reconnue des bénédictins du Mont- Cassin leur valut un semblant d'exception, aussi, l'immense monastère offre-t-il encore un asile, bien précaire il est vrai, aux quelques pères qui .viennent sur cette montagne presque sainte, vivre et enseigner conformément à la règle de saint Benoît.

ABBAYE DU MONT-GASSIN

La ville de Cassino. — Route rlii Mont Cassin. — Plan général de l'abbaye.

ABBAYE DU MONT-GASSIN

Le chemin de fer qui va de Rome à Naples passe vers le milieu de son parcours à la station de Cassino. La ville est d'aspect propre et gai, et dénote chez ses habitants une certaine aisance qui s'accorde avec le mouvement manufacturier de ses faubourgs. Cette propreté relative est venue, depuis peu, remplacer une légendaire décrépitude à travers laquelle erraient, confondus souvent dans une fraternelle étreinte, les enfants et les pourceaux. Les faubourgs sont baignés par les eaux <les deux rivières le Rapido et le Garnello ([ui, l'éunis ])i'ès de la ville, prennent le nom de Garigliano ; nom rendu célèbre par la défaite de l'armée française en 1503, et par la bravoure du chevalier Bayard.

L'ancienne cité de Gassinum, détruite par les Vandales, avait mis longtemps à se relever de ses ruines, ou plutôt, une ville nouvelle s'était élevée dans son voisinage par les soins des abbés du Mont-Gassin. La

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première construction tut une hôtellei'ie destinée à recevoir les pèlerins, et bientôt, tout à côté, une é*^lise était consacrée au Saint-Sauveur ; Tabbé Bertbaire y recueillit les habitants de la contrée lorscpie, en 844, les Sarrazins parurent à l'embouchure du Garigliano. Ainsi ]»rit naissance une cité nouvelle qui fut appelée San- Germano, après que l'empereur Louis II eut envoyé à l'église du Saint-Sauveur un doigt de saint Germain ancien évêque de Gapoue. San-Geruiano devint ])ar la suite la cai)itale d'un ])elit état dont les abbés du Mont- Gassin étaient les princes.

Depuis les événements de 1800, la ville a repris son ancien nom de Gassino; elle ne renferme aucun édifice bien remarquable. L'église collégiale, qui date de la fin du xvu' siècle, é])0(pie de décadence et de banalité architecturale, s'élève cependant sur l'emplacement autrefois occupé par celle du Saint-Sauveur et fait bien regretter, par son apparence froide et prétentieuse, la disparition de cette dernière. On ]>eu(, au njoyen de la descri])tion assez détaillée (pi'en a donnée le chroniqueur Léon d'Ostie, se faire une idée de ce que devait être cette ancienne basilique. Elle avait, écrit-il, 90 coudées de longueur sur 40 de largeur et 20 d'élévation ; vingt-quatre colonnes de marbre s'élevaient juscpi'à un sophite ou plafond fait de bois de cyprès, les parois des murs étaient ornées de figures peintes, le ])avé était composé de morceaux de marbre de différentes couleurs et les murailles du chœur étaient revê-

NOTICE ARTISTIOTE 113

tues (le dalles de marbres précieux. En avant régnait un vaste atrium entouré de portiques soutenus par seize colonnes d'un beau travail. Cette curieuse basilique s'était conservée intacte jusqu'au moment où, comme tant d'autres, elle subit une complète transformation: les barbares que l'on a tant accusés, ont fait moins de ruines que l'amour du faste, l'empbase, la ])rétention à la grandeur jointe à une fausse interprétation des beautés de l'architecture antique. Une autre église appelée église des Cinq Tours, élevée primitivement en l'honneur de la Vierge, vers 778, conserve encore (pielques restes de son antique splendeur. De style byzantin, elle comporte une coupole centrale environnée de quatre coupoles latérales plus petites, d'où le nom des Cinq Tours ; on y reti'ouve encore les colonnes de marbre cannelées, avec chapiteaux corinthiens qui su])portaient la coupole |)rincipale. Enfin, le grand séminaire, voisin du Cotisée, a du être abandonné par suite de l'insalubrité des terrains environnants.

Ce qu'il y a de mieux à faire en arrivant à Cassino est donc d'en sortir au pins vite et de se diriger vers l'archimonastère cassinien.

Fallait-il suivre autrefois le sentier que nous voyons tracé à travers les rocs disloqués, les éboulements, les buissons de lentis([ues aux rudes épines, les crevasses et tous les accidents que peuvent produire, sur un sol désagrégé, les orages et les tremblements de terre aux-

quels cette région est si fréquemment ex])Osée ? Quelle était donc cette route parcourue ])entlant des siècles nombreux par tant de peuples, foulée depuis plus de mille ans par tant de papes, tant de princes, tant de pèlerins, et ])ar tant de soldats? Pour arriver au sommet du mont Gassin, ])renait-on ce lacet excessivement rapide, qui franchit par de longs gradins les points les plus escarpés, praticable seulement aux piétons et aux bêtes de somme, fort dégradé du reste et aujourd'hui pres(|ue complètement délaissé? La foi guidait les uns, l'espoir soutenait les autres, l'appât des richesses excitait les convoitises et la brutalité ; et pourtant, malgré les difficultés de toute sorte, il s'est rencontré, dans tous les temps, des hommes pleins de zèle qui ont élevé sur ce sommet abrupte d'immenses édifices enrichis de tout ce que les arts pouvaient produire de plus somptueux. On reste confondu en songeant à la somme d'énergie et de ténacité qu'il a fidlu déployer pour arriver au résultat visible aujourd'hui à nos yeux, et surmonter d'aussi sérieux obstacles.

L'abbé Ruscelli, en 1590, lit ouvrit une large voie reliant directement la ville de Gassino au monastère ; ce travail, fréquemment interrompu, ne ])ut être achevé qu'en 1720. Peu ou mal entretenue, cette route était devenue impraticable, lorsque le gouvernement italien se décida, vers 1880, à la faire reprendre et réparer complètement. Depuis 1887, on ])eut arriver aisément en voiture jusqu'à la porte de l'antifpie abbaye.

A peine a-t-oii dépassé les dernières maisons de la ville, que se dresse sur les pentes de la montagne un débris de château féodal : c'est un ancien temple de Janus devenu, au moyen âge, la Rocca Janula. Construite en 040, cette forteresse avancée des moines était destinée aussi bien à les protéger des attaques du dehors qu'à maintenir l'obéissance parmi des vassaux souvent révoltés. Ce château fut doté, en 1120, du grand donjon central qui, brisé, éventré, achève de s'écrouler sous les efforts répétés des forces de la nature. A mesure (fu'on s'élève, des chapelles, de petits oratoires, des croix bordent le chemin, rap])elant un épisode ou un fait miraculeux de la vie de saint Benoît. Sur le plateau supérieur, auprès de quelques maisons à demi cachées parmi des chênes verts, des buis, des genêts et des grands euphorbes, une sorte de ferme ou hôtellerie reçoit les dames ; car il est interdit aux femmes de passer la nuit dans l'enceinte du monastère.

Si, de loin, dans son ensemble, l'abbaye du Mont- Cassin présente l'aspect d'une vaste citadelle, couronnant le sommet de la montagne avec ses solides murailles d'où émerge à peine le dôme de l'église, il n'en est plus ainsi lorsfju'on aitproche et qu'on regarde de près. On voit alors (pie les bâtiments du monastère reposent sur d'importantes substructions solidement établies au-dessus du rocher, formées de pierres de grandes dimensions, admirablement appareillées, pouvant résister à toutes les commotions souterraines, à tous les

ébranlements extérieurs, et par conséquent, remontant, en partie du moins, à la construction du xi' siècle, sinon au delà. Au-dessus de ces véritables remparts, figurant un immense parallélogramme, s'élèvent des corps de logis fort étendus, percés, suivant des étages réguliers, de longues successions d'arcades et d'innombrables fenêtres; sur deux des côtés, les bâtiments sont reliés entre eux par de larges terrasses.

Les pentes de la montagne sont généralement arides et incultes, mais à mesure qu'on ap])roche du sommet, on rencontre une végétation assez abondante où l'olivier se mêle aux essences les plus variées, chêne-liège, bouleau, châtaignier. Une belle allée en pente douce, bordée d'acacias, amène à la grande porte du monastère, hante arcade construite en blocs de travertin et gardée de chaque côté par deux lions de pierre assez mutilés, signe distinctif figurant dans les armoiries des abbés dès le x" siècle.

Le plan général actuel n'a pas dû varier depuis le xi' siècle; il est, du reste, d'une magistrale simplicité : le grand axe passe par le milieu de l'église, divisant en deux parties symétricjues les cloîtres et les bâtiments pour aboutir à la grande loggia, que surmonte la terrasse princi])ale.

De cette loggia, large l)aie en arcade ouverte sur la campagne, la perspective intérieure est étrangement grandiose. Devant soi, le grand cloître élève de trois côtés ses majestueux porticpies, ouverts sur les faces

latérales, pour former des galeries de circulai ion et relier ainsi le cloître principal à deux autres cloîtres de moindre importance, mais d'architecture sensiblement pareille ; aussi, la vue passant sous les hautes arcades, embrasset-elle librement tout l'espace. En face, un magniticpie escalier monte entre les bâtiments du couvent par cinq larges paliers et aboutit à un ])ortique situé à son sommet ; de là, on pénètre dans l'atrium (pii précède immédiament l'église.

La cathédrale du Moid-(^assin s'élève encore aujourd'hui sur le même emplacement ({n'occupait autrefois le temple d'Apollon.

Comme nous l'avons indicjué, elle subit les diverses forlunes du monastère: détruite, rebâtie, renversée de nouveau et réédiiiée toujours à peu près sur les mêmes données et dans les mêmes dimensions, elle était devenue toulà fai( insuflisante, lorscpie ra])bé Didier conçut le vaste projet de la reconstruire en entier ainsi que tout le monastère.

A partir de cette époque, l'histoire artisti([ueduMont- Gassin peut se diviser en quaire périodes que nous désignerons sous les noms de xMoyenAge, Renaissance, Siècles dorés, Tenq)s modernes. Elles comprennent, dans leur ensemble, un espace de neuf siècles, pendant lesfpiels il s'est 0])éré un nombre considérable d'évolutions et des changements profonds dans les manifestations artistiques de l'esprit humain. De ces quatre périodes, la première, la plus importante, la plus belle

MUM-CASSIX

peut-être, n'est plus <^uère représentée que par des souvenirs'.

1. Le dessin que nous avons déjà piildit' dans notre ouvrage sin-les Basiliques cl Mosaïques ciiiétiennes, I. I, p. 'lil, dessin exécidé au wia^sièrle par un liabile architecte, en donne une idée IbrL exacte, rien n'ayant changé depuis cette époque.

AI]|]AVK ï)[j AlONT-CASSIN

LE MOYEA A(iE

SdMMAir.E

Étal (le l'église du inoiiaslèro au inonieiit de riiivasidii des Sarrazins. — Restauration de l'abbé Aligeine. — Travaux de l'abbé Jean III, 997. — Travaux de l'abbé lîichard, l():i8. — L'abbé Didier. — Anciennes ebi'dniques. — Léon d'Oslie. — Pierre Diacre. — La grande reconstruelion.

— Descri[)tion de la basili(|ue. — Les artistes grecs. — Les iu(>saï(|ues.

— Ornements et tables d'autel. — Peintures extérieures. — Les portes de l)r(nize. — Le grand réfectoire. — La salle du chapitre. — L'atrium.

— Le grand cloître. — La petite basilif|ue. — Travaux d'Oderisius. — Aspect de la grande église. — Les cuisines.

ABBAYE DU MONT-GASSIN

LE MOYEN ACE

Depuis la reconstruction du monastère par Pétronax et les moines venus du Latran, l'aspect elles dispositions en avaient de jour en jour été modifiées par des adjonctions successives correspondant à l'accroissement de ses richesses territoriales et au nombre toujours de plus en plus considéralde de ses habitants.

L'église, devenue trop petite, avait été reconstruite dans de plus grandes dimensions. La char[)ente avait été refaite en bois de cyprès, recouverte de lames de plomb et décorée à l'intérieur d'ornements dorés. Sur l'autel de saint Benoît, on avait placé un ciboire d'argent remarquable par ses beaux émaux de couleurs variées et ses fines ciselures. Grâce aux présents ol'terts au tombeau de saint Benoît par des princes venus de tous côtés, l'abbaye possédait un véritable trésor. Cette richesse et cette prospérité furent cause de sa ruine ; en 882, sous le gouvernement de l'abbé Bertaire, les Sarrazins l'envahirent et la saccagèrent complètement.

L'abbé Anf>élaire, successeur du malheureux Bertaire, mort en cette circonstance, commença à relever les murailles du monastère ; mais les travaux, menés avec lenteur, ne furent repris avec activité que \)nv l'abbé Aligerne. Celui-ci, ayant rétabli ])armi les moines une véritable discipline monastique, put alors sonf>'er à entreprendre une sérieuse restauration. Ses premiers soins furent donnés à l'église, la partie la plus atteinte. Il lit refaire toute la charpente qui avait été incendiée, et rétablitlebeau [»lafond,ou softite, composé de ])Outres et de tables formant par leur assemblage des compartiments décorés. Il orna les murs de peintures à fresques et lit poser en avant de l'autel de saint Benoît un pavement en mosaïque et marbres de différentes couleurs, genre de travail, coj)ié sur les dallages des grandes basiliques romaines, ap})elé opus Alexandrinnm. Ce même autel de saint Benoît, objet, auMont-Cassin, d'une vénération toute particulière, fut revêtu sur toutes ses faces de tables d'argent sculptées, et, une autre table de même métal était [)lacée sur la façade de l'autel de saint Jean- Baptiste. En même temps, pour renouveler le mobilier de l'église, pillé par les Sarrazins, l'abbé faisait acheter des calices, des encensoirs, une magnilicpie crosse et une couverture d'évangéliaire, le tout en argent ciselé.

A quels artistes l'abbé Aligerne avait-il pu s'adresser pour faire exécuter toutes ces belles choses? Nous ne saurions préciser. Rome et Naples étaient absolument ment dépourvues d'hommes capables de ré])ondre à ses

LE MOYEN AGE

désirs. Peut-être Amalfi, ville de luxe et de commerce, pouvait-elle fournir de l'ouvrage à des orfèvres ciseleurs ; mais ces habiles artisans ne ])Ouvaient être que des Grecs établis dans le pays, car Byzance était, à cette époque, la seule école, la véritable source d'où provenait tout travail ayant quelque prétention au titre d'œuvre d'art.

Il est possible de se faire une idée très exacte de ce que devaient être ces belles tables d'autel en argent ciselé. Car, à défaut de celles du Mont-Cassin dont aucune n'a pu être conservée, il nous reste ([uebpies beaux exemples de ce genre de travail. Celui cpii nous semble devoir se rapprocher le [)lus des tables d'autel commandées par Aligerne, se trouve à la basili([ue de Saint-Ambroise à Milan. Le maître-autel y est recouvert sur toutes ses faces de panneaux composés de lames d'argent doré, disposées de manière à former un damier dont les casiers sont occupés par des plaques de métal ciselé et repoussé représentant des scènes de l'ancien et du nouveau Testament, des épisodes de la vie de Notre-Seigneur ; le Christ en Croix, occupe le compartiment <lu milieu le plus élevé. Ce magnitique revêtement, que l'on peut encore admirer dans son entière perfection, avait été commandé à des artistes grecs de Constantinople par l'arche vê({ue Angilbert en 835, date gravée sur le métal, à côté du nom du donateur. En tenant compte de la stabilité des formes adoptées par les Byzantins, nous devons certainement retrouver à

Milan le type des lahles (l'autel exécutées au \ siècle |)our l'église du Mont-Gassin.

Dès le début duxf siècle, l'abbé Jean III (997-1010) lit entourer le monastère d'une forte muraille garnie de tours, et Aténolf, son successeur, construisit un grand et solide campanile. Non content de com])léter ainsi le gros œuvre de la basilique, il lit ériger de chaque coté de la porte d'entrée deux autels surmontés chacun d'un ciborium porté sur des colonnes de pierre, et livra aux peintres l'abside majeure, qui fut ornée de grandes ligures de saints se détachant sur un fond d'or.

Ainsi, à côté des copistes, des écrivains et des enlumineurs, déjà nombreux à cette époque, les artistes, peintres, sculpteurs ou architectes, trouvaient au monastère l'emploi de leurs divers talents. Dans une i)etite chapelle ])lacée sous l'invocation de saint Nicolas, élevée par l'abbé ïhéobalde (10^22-1035), sur une colline voisine de Cassinum, il reste un intéressant témoignage de ce que pouvaient être les peintures de la voûte de l'abside. Cette chaj)elle était de construction régulière, et l'on aperçoit encore sur la voûte de son abside (pielques fragments d'anciennes peintures représentant une Vierge assise avec le divin Enfant, un escabeau de couleur rouge, un ])ied qui repose dessus, et quebpies portions de vêtements; à la partie inférieure, trois médaillons renferment des têtes de saints de grandeur naturelle. Ces procédés d'art différaient fort peu d'ailleurs de ceux que les belles fresques de l'église de Saint-

LE MOYEN AGE

Angelo î)i formis, encore parfaitement conservées, nons permettent d'étudier. Le gouvernement de l'abbé Théobalde fut, du reste, fécond en fondations saintes et en œuvres d'art : croix émaillées, reliquaires d'or, vases d'argent vinrent en nombre considérable augmenter, [>ar ses soins, le trésor de la basili([ue.

L'abbé Richard (1038-1055) ne montre pas njoins de zèle pour embellir le monastère et en accroître l'importance; après avoir fait élever un vaste bâtiment d'habitation, il construisit, autour de l'atrium, des portiques conqîosés d'arcades reposant sur des colonnes de pierre. Les affaires temporelles de la communauté étaient donc en pleine [trospérité, l'esprit artistique s'y trouvait développé, le goût du travail remis en honneur, lorsque parut l'abbé Didier.

Elevé dans une cour fastueuse, en continuel ra])poi't avec les contrées orientales, l'abbé Didier avait contracté le goût des nobles et belles choses; de plus, ses séjours à Rome lui avaient enseigné les beautés plus sévères des monuments antiques. Ayant admiré les grandes basiliques, il résolut d'imiter leur magniticence. Dans ce but, il acheta et fît transporter par mer, de Rome à Gaëte, des colonnes, des chapiteaux, des fragments de sculpture, qui, remontant le cours du Garigliano sur des chalands, étaient hissés, au j)rix des plus grands efforts, jusqu'au sommet de la montagne. Kn peu d'années Didier parvint ainsi à élever un palais abbatial, des bâtiments claustraux

126 MUNT-CASSIN

fort étendus, une biljliolhè({ue et une splendide basilique dont la dédicace eut lieu en 1071, en présence du pape Alexandre II, des cardinaux Hildebrand, Pierre Damien, d'une quantité considérable d'évêques, de princes lombards et normands, et <le membres du clergé séculier.

Les anciennes chroniques auxquelles nous venons d'em})i'unter ces indications vont devenir maintenant des guides surs et nous permettre d'entrer dans une desci'i])tion détaillée de l'œuvre de Didier; leurs auteurs, émerveillés de ce qui se faisait sous leurs yeux, en notaient les sj)lendeurs avec une fidélité si scrupuleuse que nous pouvons presque reconstituer le monastère du Mont-Gassin tel qu'il devait être à la fin du xf siècle.

Ces chroniques sont au nombre de deux. La première en date a })Our auteur le moine bénédictin Léon Marsicano, créé plus tard évéque d'Ostie parle pape Pascal II, et connu sous le nom de Léon d'Ostie ; il écrivait pendant le gouvernement de l'abbé Oderisius, successeur immédiat de Didier, entre les années 1087 et 1105. Ce vaste travail a])pelé la Grande chron'ujuc, ])rend l'histoire de l'abbaye depuis son origine, et la poursuit jusqu'à la fin du \i" siècle; elle a été continuée, sous le titre de Petite ehvoninue, j)ar un autre bénédictin nommé Pierre Diacre. Ce second choniqueur, accueilli au monastère dès l'âge le ])lus lendre, raconte chronologiquemenl, avec beaucoup de détails, les événements

LE MOYEA AGE

survenus de sou teuips et dont il l'ut témoin; sa narration commencée à l'année 108G, se termine en H28. Parmi les nombreux ouvrages dus à la plume de Pierre Diacre, nous ne retiendrons que le : De viris UlustriMis Cassinensium auquel nous avons emprunté quelques détails relatifs à notre sujet '.

A l'avènement de l'abbé Didier, l'église du monastère n'offrait donc, malgré les soins de ses prédécesseurs, qu'un assemblage assez bizarre d'éléments divers et hétérogènes réunis sans beaucoup d'art; les ruinesdu tem])le païen en avaient fourni probablement la partie la plus importante; le reste était composé de matériaux mis en œuvre à la hâte, pour satisfaire aux besoins urgents des constructeurs.

L'œuvre de Didier présente au contraire un véritable caractère artistique, et la Chronique eassinienne nous en a conservé heureusement tous les détails. C'était une grande basilique dont les trois nefs donnaient dans un transept; trois absides situées vis-à-vis des nefs, com- ])létaient ce plan fort simple. Elle avait 120 coudées de long sur 40 de large et 28 de hauteur ; deux rangées de dix colonnes reliées par des arcades séparaient la nef principale d'avec les bas-côtés. Au-dessus des arcades passait un entablement, et plus haut, vingt fenêtres s'ou-

1. La chronique de Léon d'Osiie et celle de Pierre Diacre furent imprimées pour la première fois à Venise en 1513. — L'abbé Angelo délia Noce en publia uu(! nouvelle édition à Paris en 1559. — Ces œuvres ont été réimprimées de nos jours dans la collection publiée par l'abbé M\'^ne.

vraient clans les grands murs (|ui ])oi'taient la charpente à double pente; les nefs latérales, beaucoup plus basses, étaient couvertes par un simple appentis. L'autel, situé vis-à-vis de l'abside principal, était dédié à saint Jean- Baptiste, les absides secondaires étaient occupées par des autels consacrés, l'un à la Sainte-Vierge, l'autre au pape saint Grégoire le Grand. A l'entrée de l'église, une tour fort élevée, bâtie eu pierres régulièrement taillées, servait de campanile. En avant du monument, s'étendait un atrium composé de quatre ])ortiques, les deux ])lus petits, parallèles à la façade principale, étaient soutenus par quatre colonnes, tandis ([ue les deux plus grands, formés de huit colonnes, se terminaient par deux petites basiliques placées sous l'invocation de saint Pierre et de saint Michel; on y montait par des escaliers de 24 degrés. En outre, des bâtiments accessoires appropriés au service du cultes se rattachaient à l'éditice principal.

Pour se faire une idée à jieu près exacte de ce que pouvait être cette basilique, on peut en comparer la description avec un monument analogue existant aujourd'hui. Nous aurions jui trouver ])lusieurs exemples de cette belle architecture, mais celui qui nous a paru répondre le mieux aux données générales que nous venons d'indiquer est la cathédrale de Salerne. Dédiée à saint iMathieu })ar Robert Guiscard, premier duc de Pouille, elle a été construite en 1080, c'est-à-dire à la même é])oque (pie l'église du Mont-Gassin, et les tra-

LE MOYEN AGE

\aux ont été, comme pour notre basilique, dirigés par des architectes lombards et amaltitains. Guiscard et l'abbé Didier étaient liés d'une étroite amitié, bien faite pour amener leur esprit à suivre la même voie et à s'aider des mêmes moyens; peut-être même, employèrentils les mêmes artistes. Quoi qu'il en soit, il est certain que le style des deux monuments devait-être à peu près identique. En effet, malgré les changements que plusieurs restaurations successives ont apportés à son architecture, on peut reconnaître, à la cathédrale de Salerne, les trois nefs, le transept, les trois absides, et, en avant delà basilique, l'atrium avec ses quatre portiques formés d'arcades retombant sur des colonnes anti([ues ; Guiscard avait tiré ses principaux matériaux des temples de Pœstum; les colonnes et les marbres de Didier étaient venus de Rome. Il y avait donc grande similitude entre les deux édifices, non seulement dans les données du plan général et dans l'aspect d'ensemble, mais l'emploi de matériaux étrangers et d'origine antique devait contribuer à leur donner une apparence presque absolument semblable.

La tâche des architectes étant terminée et les parties principales de la construction achevées, Didier fait venir de Gonstantino])le des artistes grecs pour décorer son église; les marbriers couvrent le sol tout entier d'un magnifique pavement de dalles de marbre ou de porphyre encadrées par les enroulements de bandes de mosaïque, ouvrage beaucoup })lus important et plus

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magniti(|ue (|iie raiicien pavage placé j)ar l'abbé Aligerne devant l'autel de saint Benoît.

Les mosaïstes et les peintres attaquent les surfaces intérieures, ornent les tympans des arcades et les panneaux compris entre les fenêtres de grandes compositions ou de tigures isolées se détachant sur l'or et sur l'azur; la voûte de l'abside est entièrement couverte d'une immense mosaï(}ue, et, sur l'arc majeur, situé entre le transept et la nef, les mômes mosaïstes tracent une inscription dont le cbroni(pieur nous a transmis le texte exact :

VT TE PATRIA IVSTIS POTIATVR ADEPTA HIC DESIDERIVS PATER HANC TIBI CONDI- DIT AVLAM.

Afin que sous la direction la patrie des justes puisse être atteinte ; Xotrc père Didier a i'ondé cette église en ton honneur.

Cette apostrophe ou cette prière, adi'essée ici à saint Jean-Ba])tiste, rej)roduisait, à bien peu de chose ])rès, le fameux disti(|ue, également incrusté en lettres de mosaïques sur l'arc triomphal de la basilique vaticane, en l'honneur de saint Pierre :

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