L'ABBAYE DE MONTE-OLIVETO-MAGGIORE
SOMMAIRE
Bernard Tolomcï. — Silualioii <lii iiiniiaslôro. — Fondation de l'Onlro olivélain. — Clironiqiie d'Antoine de Barga. — Visite de Charles -Quint. — Les livres de choeur. — Elal actuel. — L'église. — Les stalles du chœur. — Fr. Jean de \'érone. — Le grand cloître. — L'ahbé Airoldi. — Luca Signorelli. — Antonio Bazzi dit le Sodoma. — Dispositions des fresques. — Enumération des sujets. — Arrivée de Maur et de Placide auprès de saint Benoît. — Le tableau des courtisanes. — Critiques de ces peintures. — Interprétations diverses de la Légende de saint Benoît.
Parmi les très nombreuses fondations bénédictines, émanations directes de la souche primitive, rangées sous la Règle toujours observée de saint Benoît, il en est une des plus importantes, des plus somptueuses et certainement des ])lus vénérables qui offre, à l'artiste, un intérêt tout particulier; sur ses murailles, en effet, deux])eintres célèbres ont retracé, à la fin du w" siècle, une grande partie des faits principaux rapportés dans la Légende de saint Grégoire le Grand. Ces pages vivantes, pleines d'animation, superbes de couleur, sont signées Luca Signorelli et Sodoma.
Avant d'aborder l'examen de ces belles peintures, il ne sera pas inutile de tracer en peu de mots l'histoire du grand monastère de Monte-Oliveto et de la congrégation religieuse qui a vécu pendant six siècles à l'ombre de ses murailles. Nous prendrons pour nous guider dans ce travail un livre qui nous a été remis au couvent même et dont un de nos compatriotes est l'auteur'.
1. L'alihaye du Moiil-OIivet-Majeur : Essai historique et artistique pai' Dom Giéi;x>iie M. Tlionias, l)éiit'(Iiftin de la congrégation du Mont-Olivel.
Bernard Tolomeï, né en 1272, descendant d'une noble famille de Sienne, se livra de bonne heure aux études de jurisprudence et professa bientôt à l'Université de sa ville natale. Malgré ses succès, en exécution d'un vœu fait par lui pendant une dangereuse maladie, il abandonnait, au bout de peu de temps, sa chaire de professeur ainsi que la brillante jeunesse qui suivait avec ardeur ses leçons, pour se retirer du monde, et, à l'imitation du grand fondateur de l'Ordre bénédictin, vivre à l'écart au fond d'un désert, afin de se livrer tout entier à la prière et à la pénitence. Deux de ses amis, Ambroise Piccolomini et Patrice Patrizzi, l'ayant suivi dans sa retraite, les trois compagnons se dirigèrent vers une terre (pie la famille Tolomeï possédait non loin de Sienne, dans un lieu isolé nommé Accona, éloigné de toute région habitée, et, répondant ainsi au besoin de solitude qui les faisait changer d'exi,stence. Ceci se passait en 1312 ; Bernard avait alors quarante et un ans.
Au sud-est de Sienne, et en vue des Apennins,, dont les cimes s'aperçoivent dans le lointain, s'étend une contrée d'un aspect bizarre et sauvage, mais empreint d'une puissante majesté. Figurez-vous un entrecroisement de ravins profonds aux flancs dénudés, creusés dans un terrain blanchâtre, profondément déchiqueté [)ar le ruissellement des eaux, instable, et fréquemment bouleversé par les tremblements de terre; cette sorte de désert, peu propre à la culture, s'étend jusqu'à la Maremme et remonte jusqu'à Volterra. Dans un des
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cotés les plus sauvages, mais certainement un des plus pittoresques de cet immense cahos, à trente kilomètres environ de Sienne, se développe un petit plateau cultivable, (pii s'avance, comme un promontoire incliné, environné d'abîmes plus profonds et d'une nature plus désolée qu'en aucun autre lieu d'alentour : c'était la l)ropriété des Tolomeï. Bernard et ses compagnons s'y réfugièrent, et, après s'être creusé des abris dans les flancs de la montagne, construisirent un petit oratoire. Quebpie temps après, ayant été rejoints par d'autres habitants de la ville, ils formèrent le premier noyau de la future congrégation.
A la sollicitation de Bernard, l'évéque d'Arezzo fut chargé |)ar le pape Jean XXII de veiller à ce ([ue ces hommes religieux vécussent sous une règle approuvée par l'Eglise. L'évécjue Guy Tarlati choisit tout d'abord la règle de saint Benoît, mais, pendant la nuit il eut un songe merveilleux, à ce que rapporte la Chronique : « La Vierge Sainte lui apparut vêtue d'un habit d'une blancheur éblouissante, et, après avoir approuvé le choix de la règle de saint Benoît, lui prescrivit d'habiller tout de blanc les nouveaux moines, promettant de prendre la congrégation sous sa divine protection. En outre, elle indiquait, comme signe distinctif, trois monts surmontés d'une branche d'olivier et comme nom celui de Monte-Ohveto. » Ainsi fut créée la branche bénédictine des Olivétains; la Charte ])ontiticale date de 1310. Immédiatement après, Bernard Tolomeï et
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Patrice Petruzzi, firent donation de tous leurs biens à la communauté.
Singulier rapprochement entre la naissance de ce grand rameau et celle de la création initiale de l'Ordre tout entier. Les deux fondateurs sont issus de familles nobles, tous deux instruits, lettrés, éprouvent le même besoin de fuire le monde, de se réfugier au désert; même concours d'amis venant les rejoindre pour prier et vivre sous leur loi ; tous deux fixent le siège de leur communauté sur des domaines leur appartenant, donnant ainsi, dès le début, à leur œuvre une base solide (pii lui permettra de vivre et de s'étendre au loin.
Bernard Tolomeï mourut, ainsi que quatre-vingts moines de son ordre, en soignant les malades, pendant la peste de 1348, qui sévissait dans toutes les villes de la Toscane. L'Eglise l'a déclaré Bienheureux.
La grande Chronique de Monte-Oliveto-Maggiore est due à un moine nonmié Antoine de Barga, mort en 1452. Elle a été écrite d'après des témoignages recueiUis auprès de ceux qui avaient assisté peut-être à la première fondation du couvent; c'est, du reste, la seule source à laquelle on puisse se rej)orter avec certitude pour en connaître l'histoire. Il est certain, toutefois, (pie la congrégation devint bientôt florissante ; de nombreuses colonies religieuses ne tardèrent pas à se former sur le sol de l'Italie, et, s'étendirent jusqu'en Hongrie. Les chapitres généraux se tenaient tous les trois ans à la méti'opole ; il y était procédé à l'élection de l'abbé
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général et à la discussion des ([iiestions intéressant l'ordre tout entier. Pour se faire une idée de ce qu'était le Mont-Olivet-Majeur au xvi" siècle et de l'énorme importance de ses constructions, il faut se reporter au voyage de l'empereur Charles-Quint, à son retour de Rome, en 153(3, et à la visite qu'il fit, à cette époque, au monastère. Il y arriva avec une suite de cincj cents cavaliers et de huit cents mulets, comme l'indique le livre sur lequel ont été inscrites les dépenses faites à cette occasion ; hommes, chevaux, mulets trouvèrent, soit dans le couvent même, soit dans ses dépendances, un logement convenable et une nourriture abondante.
Aujourd'hui, la grande abbaye, déclarée monument national, est confiée à la garde de quehjues l'eligieux qui veillent à la conservation de la bibliothèque encore fort nombreuse et des différents objets d'art, peinture ou sculpture, que renferme le couvent. Quant aux magnifiques missels, antiphonaires et autres livres de chœur que certains moines de l'Ordre s'étaient appliqués, à la fin du xv' siècle, à orner de fines miniatures et de beaux encadrements, les uns ont été transportés à la cathédrale de Chiusi, les autres sont déposés dans la bibliothè(jue de l'ancien couvent de Saint-Marc, à Florence ; ils font partie d'une nombreuse et sj)lendide collection formée des dépouilles de tous les monastères environnants.
Le couvent du Mont-Olivet présente donc une agglomération considérable de construclions, toutes faites de
briques, et sans grande valeur artistique, restaurées pour la plupart à différentes époques, mais produisant dans leur ensemble, et surtout, à cause de leur situation, un effet imposant. On y arrive en partant du point culminant et en descendant la déclivité du plateau, car, (le tout autre côté, la nature abrupte des pentes le lend inabordable. Un énorme donjon carré, crénelé à la mode toscane, en garde l'entrée. On pénètre dans l'enceinte par une ])Oterne à })ont-levis surmontée d'une nielle renfermant une statue de la Vierge en terre cuite vernissée, provenant de l'atelier des Délia Robbia ; du côté de l'intérieur, au-dessus de la seconde j)orte, une belle ligure assise de saint Benoît, sortie des mêmes mains, tient le livre de la Règle ouvert sur ses genoux. A peu de distance se trouvent l'ancien palais, le grand vivier et la tuilerie ou bi'iqueterie qui a fourni de tous temps les matériaux employés dans les constructions.
L'église, œuvre due à la collaboration d'Agostino et d'Agnolo de Sienne, élèves de Jean de Pise, n'offre plus l'ien qui rappelle le sobre et beau talent de ces architectes. Le cam])anile, avec sa toiture en pyramide et les petites ouvertures ogivales qui éclairent le dernier étage, a seul conservé intacts son type et son élégance primitifs. A l'intérieur, le rococo le plus épouvantable s'étale sur tous les murs ; ce])endant à travers les manifestations d'un goût absolument dévoyé, nous devrons donner une large ])art d'admiration aux belles stalles du
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chœur, superbe ouvrage de marqueterie de bois portant la signature d'un maître, religieux de l'Ordre olivétain, nommé Frère Jean de Vérone. Frère Jean avait quitté sa ville natale, après y avoir exécuté de splendides travaux du même genre, pour venir, en 1501, résider au Mont- Olivet'.
En l'espace de deux années, il avait com|)lètement refait le chœur, et, ([uarante-huit dossiers avaient été ajoutés aux anciennes stalles. Le talent de Fr. Jean, plus sobre et plus pondéré que celui de son émule et contemporain Fr. Damien de Bergame, ne s'est pas répandu en grandes scènes, en nombreux personnages; son œuvre consiste en de simples perspectives dont quelques-unes reproduisent les bâtiments du couvent tels qu'ils étaient à cette époque. Ces tableaux sont dessinés avec une rare correction et encadrés d'une frise comprenant des objets de toute sorte: tleurs, fruits, oiseaux, ornements, armes, instruments de musique. Chaque dossier de siège est séparé du voisin par une colonnette sculptée de fines arabescpies. Le grand lutrin triangulaire, placé au milieu du chœur, a été exécuté, en 1520, par un élève de Jean de Vérone, nommé Fr. Raphaël de Brescia ; chacun des côtés du pupitre représente un livre de chant ouvert avec les notes et les
1. Les magnifiques slalles de chœur de l'ancien couvent des Olivelains. à Vérone, l'œuvre la plus complète et la plus remarquable de Fr. Jean, ont été complètement endommagées, il y a quelques années, à la suite d'une crue extraordinaire de l'Adige, dont les eaux envahirent l'église et y séjournèrent pendant deux mois.
paroles ; dans un des panneaux de la base un oros chat noir symbolise la fidélité'. L'art de la marqueterie et de la sculpture sur bois était cultivé avec ardeur chez les Olivétains : trois religieux de l'Ordre, tous du reste originaires du nord de la Lombardie où cet art était fort en honneur, se sont succédé à d'assez longs intervalles, de 1421 à 1488, pour faire les hautes boiseries ornées (pii garnissent les murs de la sacristie.
De l'église, on pénètre dans le grand cloître, vaste espace carré entouré, sur les quatre côtés, d'arcades largement ouvertes retombant sur des pihers. Cette construction date de la première moitié du xv' siècle, et, à cette époque les murailles ne présentaient qu'une longue surface nue blanchie à la chaux. Un abbé nommé Dominique Airoldi, grand ami des arts, résolut de faire décorer ce cloître de belles })eintures retraçant les faits ])rincipaux de la vie de saint Benoît, en suivant exactement le texte de la Légende de saint Grégoire le Grand.
1. Il a été possible de reconstituer l'odyssée suivie, pendant les années de la Ilévolidion, par les dossiers du clueur du Mont-Olivel. En 1813, au temps de la première suppression des couvents, trente-huit de ces dossiers furent transportés à Sienne, où ils font encore l'ornement de la cathédrale; sur les dix restés en place, un avait disparu lorsque les moines rentrèrent en possession de leur monastère. Pour reconstituer le chœur, les religieux s'adressèrent à l'archevêque de Sienne, qui les autorisa à prendre les trente et un dossiers de l'église de Saint-Renoil, monastère aujourd'hui détruit; ces dossiers, également dus au talent de Fr. Jean, ont beaucoup d'analogie avec ceux du Mont-OIivet; on les reconnaît cependant, car ils sont de dimensions un peu plus petites. Quatre des anciens dossiers ont été retrouvés dans un coin de la sacristie; huit de ceux qui avaient été emportés à Sienne furent restitués ainsi (|u"un autre, dont un habitant d'un village voisin s'était emparé.
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Il s'adressa, à cet effet, à un peintre déjà en grande réputation et lit venir au monastère Luca Signorelli.
Luca di Egidio di Ventura de' Signorelli était né à Gortone vers 1441; il eut jtour premier maître Piero délia Francesca et compléta ses études à Florence. Avant d'être appelé à Monte-Oliveto, Signorelli avait déjà produit des œuvres importantes, entre autres : la décoration de la sacristie de l'église de Lorette, et surtout, celle de la chapelle Sixtine à Rome, exécutée vers 1484. Venu à l'abbaye dans le courant de 1407, il n'y fit pas un long séjour. Otte solitude austère n'avait-elle pu retenir un aitiste habitué à une vie active, partagée entre ses travaux et les affaires publiques de sa ville natale? La rémunération accordée lui parut-elle insuffisante? Ou bien, la monotonie de ces scènes monacales lui sembla-t-elle bientôt difficile à supporter? Toujours est-il, qu'il laissa au bout de quelques mois son œuvre inachevée, et, quitta le monastère après avoir peint un seul des (juatre côtés du cloître.
L'abbé Airoldi, ayant été réélu en 1505, tint à honneur d'achever ce qui avait été par lui commencé ; il s'adressa cette fois à un jeune peintre alors établi à Sienne et déjà en grande réj)utation. (îiovanni Antonio de' Bazzi né à Verceil, dans le Piémont, en 1477, avait donc vingthuit ans alors, et, était encore dans toute la fougue de la jeunesse. Ses excentricités, ses parures, les vêtements somptueux (pi'il aimait à porter lui firent donner par ses camarades le surnom de Sodoma. Sienne était
devenue sa patrie d'adoption. Le charme de sa peinture, sa brillante coloration, l'animation de ses compositions lui avaient attiré l'admiration de ses nouveaux concitoyens, aussi, en 1503, Tomaso Pallavicini, Milanais, abbé général des Olivétains, lui avait-il confié la mission de décorer le couvent de Santa Anna in Greta près de Pienza. Dominique Airoldi, ayant succédé à Pallavicini, avait donc pu juger du mérite de l'artiste avant de le charger de la tâche considérable d'achever l'œuvre de Signorelli.
Il est indubitable, du reste, les livres de compte en font foi, que Signorelli précéda de sept années Sodoma à Monte-Oliveto ; cependant, si l'on se reporte à l'ordre adopté dans le grand cycle de la Légende, les peintures de Signorelli ne représentent pas les premiers sujets; c'est Sodoma qui commence la série en nous faisant assister au départ du jeune Bénédictus quittant sa famille pour aller achever ses études à Rome, et, dans vingt tableaux, il poursuit régulièrement l'ordre chronologique des faits; puis, sur un autre côté du cloître, viennent les fresques de Signorelli qui continuent l'histoire de saint Benoît au point où Sodoma est arrivé, et la conduisent jus([u'à la visite de Totila, où elle est alors reprise par Sodoma. Il est donc évident qu'il y avait un ])rogramme parfaitement tracé d'avance par l'abbé Airoldi, et, <pie ce ]ux)gramme comprenait tous les faits à reproduire, numérotés dans l'ordre qu'ils devaient occuper. Un événement ou un motif quelconque lit qu'une des quatre
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imirailles du cloître devint disponible avant les autres; elle fut immédiatement livrée à Signorelli qui dut se mettre à l'œuvre et commencer par le numéro correspondant à la })lace (jui lui était assignée.
Chacun des trente-cinq tableaux dont se compose ce magnifique ensemble occupe, sur le mur de la galei'ie, un emplacement correspondant à l'arcade qui lui fait face, espace limité par la reproduction peinte de l'arcade elle-même et des piliers qui l'accompagnent. Cette architecture simulée a été décorée par Sodoma d'arabesques en grisaille sur fond bleu ; des instruments, des animaux, des monstres, des fleurs s'y entremêlent avec une variété infinie. La série des chapiteaux est une remar- ([uable collection de tout ce que le génie gracieux de la Renaissance a pu inventer en ce genre.
Il nous a paru nécessaire d'énumérer rapidement toutes ces scènes pour bien faire comprendre l'importance considérable de cet hommage rendu à la mémoire du saint fondateur de l'Ordre bénédictin, et, nous regrettons de ne pouvoir en mettre toutes les reproductions sous les yeux du lecteur. Au numéro 1 : Le jeune Bénédictus quitte la maison paternelle ; c'est une des fresques les plus mouvementées et les plus éclatantes du Sodoma. — 2. Il abandonne l'École de Rome. — 3. Il répare un crible brisé; dans ce tableau Sodoma s'est représenté comme un des spectateurs. — 4. Saint Romain fait revêtir à saint Benoît l'habit monastique. — 5. Le démon brise les cloches. — 0. Un prêti-e ai)porte
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à saint Benoît la nourriture du jour de Pâques. — 7. Saint Benoît instruit les paysans qui le visitent. — 8. 11 triomphe de la tentation et se roule dans un buisson d'épines. — 1). Des moines étran<>ers viennent le prier <le se mettre à leur tête. — 10. D'un signe de croix, il brise un verre contenant du poison. — 11. Il conçoit la construction de douze monastères. — 12. Il accueille les deux jeunes Maur et Placide.
Arrêtons-nous un instant devant cette peinture, l'une de celles que Sodoma a traitées avec le plus de verve et de brillant. La composition en est ordonnée avec beaucoup d'art; paysage, architecture, groupes de personnages, types variés, beauté plastique, coloris merveilleux, rien n'y manque, seulement, tout cela est à côté du sujet. Seul, sur la gauche du tableau, le groupe formé par saint Benoît, homme fait, à la barbe abondante, et par les deux jeunes romains, figures idéalement juvéniles et gracieuses agenouillées devant le Rehgieux, est véritablement dans la note et résume le fait. Quant aux monuments d'une superbe architecture, au nombre considérable de cavaHers de toutes les nations, aux soldats armés, aux femmes aubrillantcostume, jus(prau page du premier plan, si élégant et si bien cam])é, on peut se demander ce que toutes ces belles choses, tous ces superbes personnages ont de conniiun avec l'accueil fait, dans le désert de Subiaco, par un pauvre ermite, à deux jeunes gens attirés vers lui ])ar la renommée de ses vertus et désireux de ])artager sa solitude et ses
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travaux. Cependant, tout cela forme un splendide décor, un merveilleux ensemble où l'imagination de l'artiste s'est donné libre carrière, appelant à son aide tout ce qui était capable, à cette époque, d'exciter l'admiration de ses contemporains.
Au numéro 13, saint Benoît délivre un possédé. — 14. Il fait jaillir de l'eau d'un rocher. — IT). Il retrouve une hache tombée au fond de l'eau. — 16. Il ordonne à Maur d'aller sauver Placide. — 17. Cette fresque est en partie enlevée par l'ouverture d'une porte. — 18. Le prêtre Fiorenzio tente d'empoisonner saint Benoît. — 19. Fiorenzio envoie des femmes de mauvaise vie pour séduire les moines.
Cette fres({ue des courtisanes est un des plus magnifiques tableaux que nous ait laissésle brillant ])inceau de Sodoma. Rien, il est vrai, n'y rappelle l'épisode que le peintre devait interpréter; aucune tentative de séduction de la part des femmes, aucune apparence de répulsion ou de résistance de la part des moines. La scène se passe dans un magnifique palais dont l'architecture résume tout ce que cette époque de souvenirs classiques pouvait accumuler de richesses et de délicatesses. Un portique élevé sépare la composition en deux groupes. A gauche sont les femmes ; les deux premières, celles qui s'avancent vers le groupe des moines, sont de véritables types de noblesse et de dignité ; elles représentent la beauté dans une de ses expressions les plus fréquentes, beauté des traits, beauté des attitudes, magni-
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ficence des vêtements ; car ces belles dames portent le costume florentin le plus luxueux qui se })uisse imaginer. Derrière elles, au premier plan, un groupe de quatre danseuses se tenant par la main comporte tout ce que la grâce la plus décente et la plus chaste peut inventer pour exprimer une pensée de mouvements, et, si l'on veut, de séduction ; se regardant entre elles, elles se meuvent dans des attitudes d'une souveraine noblesse. Ces figures sont dignes du Parnasse de Raphaël ou du merveilleux Printemps de Sandro Boticelli, les deux plus ravissantes créations du génie profane de la Renaissance. De l'autre côté du portique, vis-à-vis des femmes, et, séparés d'elles par un espace qui permet de voir un gracieux paysage lointain, les moines assemblés ont l'air de s'occuper de toute autre chose que de ce qui se passe en face d'eux, aussi, saint Benoît, du haut de la terrasse où le peintre le fait apparaître, ne doit-il éprouver aucune difficulté à préserver la vertu de ses disciples. Seul, un âne, placé bien en évidence, semble s'occuper des courtisanes. Cette petite malice de Sodoma vient en aide au coloriste pour jeter une note soutenue parmi les robes blanches des religieux.
Enfin, le N" 20, le dernier de cette première série, nous montre saint Benoît se sé])arant de Maur et de Placide à leur départ pour la France et la Sicile'.
1. Nous pouvons compléler ici, d'une faron très intéressante, la note donnée à la page 92, relative à l'abbaye bénédictine de Glanfeuil fondée par saint Maur à son arrivée en France. Nous ne connaissions pas encore, à
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Nous voici ari'ivés aux sept fresques de Luca Signorelli. Ce coté du cloître était-il plus exposé à riuiinidité ? Les couleurs dont s'est servi le peintre étaientelles moins solides et plus promptes à se décomposer? Toujours est-il que ses tableaux sont moins bien conservés que ceux de Sodoma. Sauf les têtes, encore vigoureuses, tout le reste a beaucoup. pâli; en certains endroits, la couleur est presque effacée et la composition ne subsiste que par le dessin.
Nous l'avons dit, ces sujets se relient aux précédents. Au N° 21. La punition du j)rétre Fiorenzio. — 22. Saint Benoît évangélise les habdants du Mont-Gassin. — 23. Il chasse un démon caché sous une pierre. — 24. Il ressuscite un novice tué en tombant du haut d'un mur. — 25. Il donne des instructions aux moines pour manger hors du monastère. — 20. Il sauve le frère du moine Valérianus. — 27. Il découvre la ruse de l'officier de Totila. — 28. Il accueille Totila lui-même. — Malgré
l'époque de la rédaclion de colle noie, les résullals obtenus par les fouilles lécenunenl enlrepriscs sous la direclion du 1!. P. de la Croix. Un procèsverbal en a éli' dressé, à la dale du 2'» juillcl 1898, par les soins du flévérendissime abbé doni Ed. du C.oéllosquel; il conslale que l'on a découvert : 1° Sous le sol de l'ancienne église abbaliale du xii" siècle, les vestiges 1res apparents de constructions gallo-romaines nettement caractérisés. — 2» Que dans une cbapelle dédiée à saint Martin, à 50 centimètres au-dessous du carrelage actuel, on a pu reconnaître un système de murailles s'étendant sous les constructions du xn<' siècle et dessinant un édifice prin^.itif, à chevet carré, composé d'une nef principale de 2"', 05 de largeur avec deux couloirs latéraux de 65 centimètres de largeur. — Dans cet édifice on a constaté l'emplacement d'un sarcophage antique en partie conservé et portant tous les caractères de l'époque mérovingierme. Aurait-on découvert le tombeau de saint Maur"? Tout le fait supposer.
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la haute valeur de ces fresques, elles ne sont pas exemj3tes d'une naïveté (juel([uefois ini peu enfantine.
Le talent de Luca Signorelli n'était guère fait pour se com])laii'e à re|)roduire les scènes sim])les et mystiques de quelques-uns de ces sujets; aussi, les quatre premières fresques de la série sont-elles assez mal ordonnées et d'une couleur peu agréable ; la grande robe blanche des moines forme toujours la note princi])ale, et, cette monotonie n'est ])as compensée ])ar le mouvenient des scènes épisodiques rejetées généralement aux plans secondaires. Les quatre autres tableaux dénotent |)lus de liberté, plus d'élan ; dans les deux derniers suitout, Signorelli se révèle dans tout l'éclat de sa force et de sa puissance; c'est supej'be ! Les expressions des visages sont intenses, les mouvements énergiques et justement a])propriés, les moines austères et ces soldats barbares aux traits farouches, aux costumes variés font bien présager le peintre merveilleux et énergicpie delà chapelle de la Madona di San Brizio à la cathédrale d'Orvieto.
Nous revenons maintenant à Sodoiiia et aux ])remières fres(pies qu'il eut à })ein(lre à son arrivée au monastère. Au N" 29. Saint Benoît prédit la destruction du Mont-Cassin. — 30. Il obtient de la hnùne en abondance pendant une époque de disette. — 31. Il exhorte deux moines à construire une abbaye. — 32. Il excommuniedeux religieux et les absout après leur mort. — 33. Il fait placer la sainte hostie sur le corps d'un moine (|ue la terre se refusait à recevoir. — 34. Il j)ardonne à un
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moine qui avait voulu s'enfuir du monastère. — 35. Il prend la défense d'un paysan contre le féroce Gatta.
On suppose que les dernières scènes delà vie de saint Benoît, celles que nous avons indiquées en regrettant de ne pas les voir compléter sa Légende, n'ayant [)u trouver place dans le cloître, ont dû être peintes dans la salle du Clia|)itre. Que sont-elles devenues? Ont-elles disparu sous de nombreuses couches de chaux? 11 est impossible d'avoir une indication précise à cet égard.
Les fres(pies de Signorelli et de Sodoma font la gloire artisti({ue du couvent du Mont-Olivet; M. Rio, dans son Traité de l'Art chrétien, en a parlé avec une admiration sans réserve; M. Eugène Miintz, étudiant, avec une compétence indiscutée et un jugement é])rouvé, l'Histoire de l'Art pendant la Renaissance, n'a pas manqué de s'arrêter devant les fresques de Monte-Oliveto. A chacun des deux artistes, il rend justice suivant ses mérites, avec une exactitude d'appréciation à laquelle nous ne jiouvons (pie nous associer pleinement '. Mais quelque belles et intéressantes (jue puissent être ces peintures,on leur a souvent reproché de ne pas être religieuses bien (pie représentant des faits d'ordre religieux. Gela est parfaitement exact. Gependant, pour bien juger du
1. A. F. Rio. De l'Art chrêlicn, Lura Sif?norclli, L. Il, p. 235. Antonio Bazzi, t. III, p. 172. Bray et Betaux. Paris, 1874.
Eugène Muxtz. Hisloire de l'Art pendant la Renaissance. Liica Signorelli, t. I, p. 698. Le Sodoma, t. II, p. 517. Paris, Ilarhette et O, 1889.
Eugène Mùntz. Florence et la Toscane. Monte-Oliveto, p. 161. Paris, Harhetle et C»-, 1897.
mérite d'iuie œuvre artistique, il est nécessaire de se reporter à l'époque qui l'a vu naître; or, en 1497 et en 1505, l'on était en pleine Renaissance. Sous rim])ulsion de l'antiquité classique, de la poésie et de la philosophie alors dominante, l'idée sentimentale et expressive avait fait place à une suprême admiration pour la beauté plastique ; elle était l'idéal rêvé par tous les artistes, et la plupart avaient abandonné la représentation des scènes religieuses pour se mettre au service de la mythologie ou reproduire les événements contemporains. Rappelons-nous l'admirable Libreria de Sienne, décorée à la même époque ])ar Pinturicchio, et le célèbre carton de la bataille d'Anghiari qui avait excité l'enthousiasme des Florentins et leur avait fait acclamer Léonard de Vinci son auteur; nous comprendrons mieux alors ([ue ces peintres, enthousiasmés par ces idées nouvelles, n'aient pu retrouver le calme de l'esprit et l'élévation sereine de la pensée qui avait aidé leurs prédécesseurs à engendrer des œuvres si fortement empreintes d'un sentiment véritablement religieux.
Les fres'({ues exécutées au Mont-Olivet par Signorelli et Sodoma, en interprétant presque tous les faits miraculeux et les actes importants de la vie de saint Benoît expliquent et complètent la Légende de saint Grégoire le Grand ; ainsi se rattachent-elles directement aux origines de l'Ordre bénédictin. Aj^rès avoir accom])li un pèlerinage artistique à Subiaco et au Mont-Cassin ; a])rès avoir vu au Sacro Speco les peintures des vieux maîtres
({iii les premiers avaient tenté de repi'oduire ces mêmes sujets ; après avoir déploré la nullité des peintures i-elativement modernes ({ui décorent le grand cloître de l'abbaye de Sainte-Scbolastique; après avoir été remplis d'étonnement plus ([ue d'admiration, par les extravagantes productions de l'Ecole napolitaine au Mont- Cassin, il nous a paru bon et nécessaire de venir à l'abbaye de Monte-Oliveto admirer, dans une fondation bénédictine quoique ])lus récente, une œuvre superbe et grandiose exécutée par deux artistes éminents en l'honneur du grand Patriarche des moines d'Occident.
Alili.VYE DE MONTE-ULIVEKJ-.MAIllilORE.