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PI. XV

Photo. E. Alinari, Rome.

ABBAYE DU MONT-CASSIN Oratoire de Saint-Benoit

LES TEiMPS MODERNES

L'Ordi'e bénédiclin, réuni autrefois tout entier sous l'autorité d'une seule règle, s'est divisé depuis quelque temps en différentes congrégations; le vieux tronc, pris comme emblème dans les armoiries bénédictines, porte en effet deux branches verdoyantes. La plupart de ces congrégations, aussi bien les anciennes qui ont résisté aux tourmentes révolutionnaires, que celles dont la fondation est plus récente, ont été groupées, à la suite d'une réforme adoptée par Pie IX, en 1867, en une grande famille reconnaissant comme proto-monastère l'abbaye de Saint-Benoît à Subiaco, résidence de l'abbé général. Les religieux du Mont-Cassin s'étant alors refusés à admettre cette réforme, composent avec les bénédictins de l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, une congrégation distincte.

Toutes, ou presque toutes les congrégations françaises font partie de la première division ; cependant, dans ces dernières années, le célèbre Don Gueranger,

abbé de Solesme, a créé une ramification spéciale qui compte huit ou dix abbayes tanten France qu'àl'étranger.

Le Mont-Gassin, un des deux qerceaux de l'Ordre, se trouve donc isolé au milieu des congrégations nouvelles. Nous l'avons dit, les pères (jui habitent aujourd'hui le monastère sont peu nombreux, et, doivent leur existence précaire à une tolérance du gouvernement italien, une vingtaine d'entre eux occupent les cellules qui s'alignent au long des grands corridors. Ils y sont non seulement considérés comme les gardiens d'un monument national, mais sont également chargés de l'instruction des élèves du séminaire diocésain, et d'assurer le service de l'église qui jouit des prérogatives dévolues aux cathédrales; aussi, c'est à titre d'évèque que l'abbé réside et administre un diocèse considérable.

La hiérarchie cassinienne s'est du reste encore perpétuée dans la communauté, si réduite qu'elle soit. Uabhê, élu généralement pour trois ou six années, peut cependant être directement désigné par le Souverain Pontife ; il porte comme signe distinctif la croix pectorale et l'anneau épiscopal. En vertu d'un très ancien privilège accordé par le pape Zacharie en 741, et récemment renouvelé par Léon XIII, l'abbé du Mont-Gassin occupe, dans les conciles, la première place parmi tous les autres abbés. Lors(jue l'abbé n'est plus en charge, il conserve les prérogatives et le caractère abbatial et peut être réélu. Quelquefois même, un simple religieux, distingué par sa science et ses vertus, peut l'ccevoir le titre d'abbé

honoraire de queUjiie abbaye disparue. Après Tabbé vient le Prieur sur lequel repose, en l'absence de Tabbé, la discipline intérieure du monastère. Le Vicaire général supplée l'abbé dans l'administration du diocèse ; il y a en outre un Maître des novices, le Cellerier ou économe, V Archiviste, le Bibliothécaire, ï Hôtelier qui s'occupe des étrangers, le Maître de la sacristie, VOrfjaniste, le Secrétaire; sur le petit nombre de pères habitant le Mont-Cassin, tous ou presque tous remplissent une fonction en dehors du professorat.

Parmi ces fonctions monacales, il en est une qui a pris depuis ({uelques années une im])ortance considérable : c'est celle de directeur de l'imprimerie et de la tyi)0graphie. En effet, renouvelant les anciennes traditions de l'Ordre, les Pères ont récemment ouvert un atelier de typographie placé entre les mains d'habiles ouvriers, qui forment de jeunes apprentis. Cet atelier a déjà donné des ouvrages remarquables ; entre autres la reproduction chromolithograj)hi(pie des plus beaux et des plus anciens manuscrits conservés au monastère ; cette œuvre artisti([ue de grand mérite est fort intéressante à consulter en même temps que fort l)elle à regarder. Elle se divise en deux parties ; l'une, la Paleo- () raphia artistica di Monte Cassino, renferme de magnifiques spécimens des différents genres d'écriture adoptés dans les principaux manuscrits; il y a l'écri-gothifpie, la semi-gothique, la latine, la lombarde et la cassinienne.

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L'autre partie de l'œuvre, de beaucoup la plus importante, comprend des extraits et des reproductions choisis dans les magnifiques livres de chœur, avec leurs lettres majuscules ornées, et différents sujets peints en miniature. Cette série a pour titre Le Miniature nei codici cassinesi. Elle débute avec le ix' siècle par un évangiliaire orné de belles peintures de style byzantin ; au x' siècle, les Commentaires de la Règle de Saint- Benoist rappellent dans un style barbare les costumes de l'époque; le xf siècle est mieux représenté, non seulement par les belles pages tirées des Morali de saint Grégoire le Grand, mais surtout par le fameux livre des Omélies de Léon d'Ostie, écrit en 1073, d'après les ordres de l'abbé Didier. Ce livre, illustré par son auteur de quelques scènes représentées au trait avec une perfection de dessin, un sentiment religieux et naturel bien étonnants, permettrait de ranger l'illustre chroniqueur parmi les précurseurs des Giotto et des Fra x\.ngelico. Le Regestum sancti Angeli ad formas, écrit entre les années 1137 et 116G, par un frère Symeon, diacre, ne donne pas une haute idée de son talent de dessinateur. Après ces curiosités, très précieuses par leur antiquité, la publication cassinienne aborde le xv' siècle avec les livres de chœur de l'abbaye bénédictine des SS. Severino et Sosio, à Naples, dont nous avons déjà indiqué la grande valeur artistique. Un autre très remarquable manuscrit de cette même époque contient l'office de la Vierge, il est écrit par Giovanni Mario Filelfo, et, dédié

à Daniel Bandi de Vérone; les miniatures, très remarquables par leur style presque classique, et par l'architeclure qui les encadre, sont signées: hoc opus fecit Bartholomem de SandeUo MCCGCLXIX. Le xvf siècle est largement représenté par plusieurs superbes planches tirées des grands livres de chœur, ainsi que par quelques beaux souvenirs des célèbres livres de l'abbaye bénédictine de Saint-Pierre, à Pérouze. Ces derniers manuscrits datent de deux époques; les j)lus anciens, écrits entre les années 1471 et 1470, ont été décorés de magnifiques lettres majuscules et de superbes encadrements par plusieurs artistes; l'un s'appelait Tommasodi Mascio, dit le Garafone, un autre Ercolana, et, le troisième, à notre avis le principal auteur de l'œuvre, était le célèbre Giacopo del Gaporale, élève de Girolamo de Grémone. La seconde série des livres de Pérouze est un peu plus récente, elle est due aux mêmes artistes, Benedetto da Matera, Matteo de Terranova et Aloisio de Naples, que nous avons vus travailler pour le Mont- Gassin; elle fut achevée vers 1527, à l'époque où l'art du peintre miniaturiste avait atteint son suprême degré de perfection.

Les ateliers d'imprimerie et de typograj)hie communiquent directement avec les salles réservées aux archives et au dépôt des manuscrits.

G'est ici qu'il faut entrer avec un pieux recueillement, car les pères, vigilants gardiens de cet immense trésor, le plus considérable et le plus [uécieux ({u'au-

Clin autre monastère ait jamais possédé, sont fiers de ])OiiYoir encore montrer au visiteur ces cinq antiques salles, solidement voûtées, entièrement rem])lies de documents originaux relatifs à l'histoire de l'abbaye du Mont-Cassin et de l'Ordre bénédictin.

Dans la première sont placés les papiers d'affaires intéressant la communauté, depuis le xiv' siècle jusqu'à nos jours, ainsi que la copie de tous les diplômes, bulles ])ontificales, chartes, etc., dont les originaux sont conservés dans les salles suivantes. Les autres salles renferment les manuscrits et les parchemins dont l'origine remonte, pour ([uelques-uns, aux v", n, vu" siècles, et, pour beaucoup, auxix" et \; la série s'étend sans interru])tion jusqu'au xi\' siècle. On y remarque, entre autres : les Commentaires d'Origène sui-les Épîtres de saint Paul; les Evangébstes du pape Zacharie ; le Regestum de saint Angelo in fonnis; la Bible de l'abbé Didier; les Dialogues de saint Grégoire le Grand; la Chronique originale de Léon d'Ostie ; la Divine comédie de Dante ; le Virgile, etc., etc., pour ne citer que quelques-uns des plus curieux. Au-dessous des manuscrits qui, tous reliés en parchemin, occupent des rayons placés contre le mur, des tiroirs contiennent les chartes, les donations et autres pièces historiques provenant de toutes les maisons souveraines ayant régné en Italie, de})uis l'empereur Othon, la comtesse Mathilde, l'empereur Lothaire II, le roi Roger II, etc., etc. Les salles des archives, comme celle de la l)il)liothèque, sont ouvertes au public; il

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n'est pas rare de trouver installé à l'hôtellerie du Mont- Gassin quelque érudit chercheur, fouillant, au profit de l'histoire, cette précieuse poussière des siècles, environné de ce milieu de \)[e'm air, de calme et d'isolement favorable au travail.

Avec les charges nionastiques, individuellement dévolues à chacun des religieux du monastère, les Pères exercent tous le professorat, soit au Petit, soit au Grand Séminaire, Le premier est installé dans un grand corps de bâtiment, construit vers 15()7, comprenant des dortoirs, des classes et une chapelle; sur la porte d'entrée on lit encore le mot Noviciatus, quoique les anciens novices de l'abbaye aient été remplacés, depuis 1866, par les petits séminaristes diocésains. Les belles couleurs et les joyeux ébats de ces enfants témoignent de la bonne existence qu'ils mènent sur ce sommet un ])eu élevé. Le (jrand Séminaire, fondé en 1590, occupe des bâtiments parallèles aux précédents; les nombreux jeunes gens qui l'habitent se préparent à l'ordination, et, bien qu'un peu gênés par leur longue soutane, n'en font pas moins, aux heures de repos, de longues courses dans la montagne. Le bon air, l'exercice et le travail, (pielles bonnes conditions d'une éducation saine et heureuse ! Les vacances rendent tout ce jeune monde à leur famille respective. L'hôtellerie des étrangers occu})e une des extrémités du Grand Séminaire.

Il faut, pour terminer notre visite, revenir aux cham-

bres habitées autrefois par saint Benoît et ses premiers disciples à leur arrivée au Mont-Gassin ; elles étaient situées, nous l'avons vu, dans la tour principale de l'ancienne forteresse romaine. Ces quelques pièces avaient été longtemps conservées, avec une pieuse vénération, dans leur état primitif, lorsque, vers le x" siècle, on installa un autel, dédié au saint ])atriarche, dans celle qu'il avait choisie pour en faire son habitation particuhère. Cette salle avait été peu après transformée en une véritable cha])elle ; le pavement en niosaïque de marbre, dont on retrouve encore quelques traces, témoigne de cette haute antiquité. Les murs étaient recouverts de peintures représentant la mort et les principaux faits de la vie de saint Benoît accompagnées de nombreuses légendes en vers ; elles existaient encore, quoique bien altérées, lorsque Millerzio, en 1605, visita le Mont- Gassin et en donna une description dans sa Vie de saint Benoît. Les autres pièces étaient situées à l'étage supérieur et formaient ce que l'on appelait communément les « Ghambres de saint Benoît ».

L'abbé Angélus, en 1031, s'attacha à renouveler la décoration de cette [)artie du monastère, et en ht ré})arer les autels. De tous temps les religieux s'étaient plu à orner ces ([uelques pièces de nombreux tableaux et objets d'art précieux; aussi, conservait-on, encadrée et appendue au mur de la chaj)elle, une bulle pontificale d'Urbain VIII, datée de l'année 1635, défendant, sous peine d'excommunication, de rien enlever de ces cham-

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bres. Nombre de ces toiles étaient signées des noms les plus illustres: Albert Durer, Jules Romain, Perrugin, Sébastien del Pionibo, Raphaël d'Urbin, mais le plus grand noml)re avait pour auteurs des artistes napolitains ayant plus ou moins travaillé aux fresques de l'église. Beaucou[) de ces tableaux, enlevés pendant la période révolutionnaire, ne sont jamais revenus au Mont-Gassin ; ({uelques-uns, cependant, ont pu être sauvés du désastre et sont aujourd'hui disséminés dans les différentes ])arties de l'abbaye.

Depuis (juelque temps, d'importants travaux avaient été entrepris ])0ur remettre en bon état les Chambres de saint Renoît, lorsqu'on 1880 il fut procédé à la célébration du quatorze centième anniversaire de la naissance de l'illustre Patriarche. A cette occasion, le sanctuaire de la Tour reçut une solennelle consécration. La pom])e liturgique de cette cérémonie rappela les anciennes et mémorables consécrations de l'église laites par les j)apes Zacharie au vin' siècle, Alexandre II au xi" siècle et Benoît XIII en 1727; il n'y man([ua que la })résence du souverain pontife retenu, par suite des événements, dans l'enceinte de la Cité vaticane : Léon XIII se fit représenter. On put voir alors les chambres primitives ainsi que la chapelle complètement décorées de remarquables peintures à fresques nouvellement exécutées par les moines artistes du monastère bénédictin de Reuron dans le grand duché de Luxembourg; école d'art toute récente, quoique fort archaïque, dont apparaissait, en

cette circonstance mémorable, une im])oi'tante manifestation.

Au fond (le la chapelle, au-dessus d'un autel en ])ieiTe (l'une simplicité toute primitive, une statue de bronze représente, entre deux anges debout, les ailes déployées, le fondateur de la grande famille bénédictine. Saint Benoist est assis de face, et, tient appuyé sur ses genoux le livre de sa Règle, ouvert au premier feuillet; sa ligure sévère est accompagnée d'une longue barbe frisée en tuyaux réguliers; son ample vêtement tombe en plis abondants et symétriques. Dans cette œuvre, l'artiste s'est certainement ins])iré du plus haut archaïsme grec et de l'antiquité assyrienne, mais, quelles qu'en soient les sources, le résultat est d'une majesté ])eu commune. La décoration peinte des portes et des piliers procède du même art, et, les longues ligures d'ange qui s'y dressent, dans leur immuable raideur, rap])ellent les mosaïques et les peintures byzantines de l'époque la plus reculée.

Au-dessus d'un soubassement généralement très sinqjle, de grandes compositions occupent la ])artie supérieure des murs de toutes ces salles; on peut les classer en deux catégories ; les unes sont complètement peintes ; les autres, simplement dessinées au trait, rappellent les miniatures dessinées au xi" siècle ])ar le moine Léon ])our illustrer ses Omélies. Ces scènes, largement indicpiées, d'une conce])tion aussi simple que bien ordoimée, se détachent en clair sur un fond mono-

chrome à (leiiii-teinté : Teftet est frappant, car ce i>enre de décoration s'allie admirablement à l'architecture sévère de ce vénéré sanctuaire. Au fond de l'escalier, saint Benoît est debout, bénissant ses disciples agenouillés à ses côtés; à gauche, ils se pressent, tenant en main des instruments aratoires; à droite, ils chantent les louanges de Dieu. Sur les murs latéraux, les moines sont représentés, se livrant à tous les arts ainsi qu'à leurs occupations habituelles, sous la protection d'anges assis, énormes ligures placées au milieu des cintres supérieurs. Cette première série se poursuit dans le vestibule, l'etraçant des sujets analogues, accompagnés d'inscriptions indicatives, tirées pour la plupart du texte de la Règle. La ])ièce suivante est une première chapelle meublée d'un petit autel et d'un lutrin. Les fresques (pii couvrent ses murailles montrent saint Benoît accomplissant les différents miracles consignés par son biographe ; elles sont généralement peintes en entier, et, les personnages se détachent sur un fond jaune uniforme rappelant les ors des écoles primitives ; la plus remarquable est une interprétation de la mort du Patriarche.

Toutes ces figures ont de la noblesse, les visages expriment des sentiments élevés, les attitudes, les mouvements sont libres et naturels, il y a un grand air de sérénité religieuse répandu sur tout cet ensemble ; le souvenii' de Fra Angelico et des magnifiques fresques dont il avait décoré tant d'églises et de monastères en

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Italie, a <lû hanter l'esprit des moines artistes de Beiiron. Il faut avouer qu'ils auraient pu s'adresser à de moins ])ons modèles.

En somnme, cette œuvre est tout à fait belle et originale ; le caractère de sereine austérité qu'elle comporte repose l'esprit obsédé par les folies décoratives des temps passés, et, témoigne d'un retour à des idées plus conformes aux sentiments que devaient éprouver les membres de la petite congrégation réunie au Mont- Cassin sous la haute direction de saint Benoît.

Il n'y a donc aucune ressemblance entre les deux Lieux d'origine de l'Ordre bénédictin, entre les deux fondations créées pai' saint Benoît lui-même. Très différentes par leur aspect extérieur, ainsi (|ue ])arles emplacements qu'elles occupent, elles ne le sont pas moins par les monifeslations artistiques qu'elles ont fait naître ou qu'elles ont encouragées. Il semblei'ait (jue les deux abbayes ont été l'expression de deux oi'dres d'idées opposées, et cependant, on sent bien, après les avoir visitées, qu'elles ont pris naissance sous l'inspiration d'un même sentiment.

A Subiaco, dans l'ombre des vallées étroites, saint Benoît, s'essayant à sa nouvelle profession, sonde par

ses exhortations l'esprit de ses contemporains, recherche à quel genre d'existence correspond le désir des âmes pieuses, des esprits délicats, heurtés, dans ce qu'ils ont de plus cher, par la grossièreté et l'ignorance universelle; il hésite, il tâtonne, mais prêche d'exemple, et bientôt, attire auprès de lui une élite. Sa foi inaltérable, la supériorité de son génie, l'austérité de sa vie, s'iniposent à tous ceux qui l'approchent; moines et laïques subissent cette étrange domination.

Alors, il n'hésite ])lus, précédé d'une haute ré})utation de sainteté, entraîné par une force morale absolument sûre d'elle-même, il s'en va, suivi de fervents disciples, mettre en pratique, au grand jour, à la face du monde, dans un lieu bien en vue, et sur les ruines mêmes d'un temple païen, les principes qu'il a longuement médités.

Ces deux états d'àme du grand réformateur, de l'illustre fondateur de la nouvelle société monacale en Occident, ont frappé ses deux créations initiales de leui' marque indélébile, et les suivront pendant tout le temps de leur existence. Subiaco et le Mont-Cassin, c'est l'ombre et la lumière, c'est le crépuscule et le plein jour, c'est l'aurore et le chaud soleil, manifestations d'une même cause, réunies pour [produire son complet épanouissement.

Aussi, voyez l'histoire de ces deux abbayes : celle de Subiaco reste confinée aux choses du voisinage, celle du Mont-Cassin s'étend à tous les grands événements

du monde. Ainsi s'explique leur différente fortune : Tune toujours modeste, l'autre souvent brillante, mais succombant alors sous le poids de sa propre grandeur.

Voyez aussi à quels éléments artistiques ces deux communautés, fractions du même Ordre, ont recours pour traduire les sentiments qui les animent : la première se suffit presque toujours à elle-même, la seconde fait appel à toutes les renommées; tant il est vrai que l'art, pris dans son acception générale, représente bien les besoins et l'esprit d'une société, même restreinte, et enfermée dans les murailles d'un cloître.

En nous attachant à suivre attentivement l'étude des œuvres d'art, produites sous l'empire de ces sentiments divers, nous avons donc pu, à Subiaco et au Mont- Cassin, pénétrer la vie intime des deux monastères et remonter au moyen de ces témoignages certains jusqu'aux Origines de la grande famille bénédictine.

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