CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES 2i
de 3 ans, une tourterelle et un pigeon, partager chaque animal par le milieu, sauf les oiseaux, et disposer chaque moitié en regard Tune de l'autre. Un tourbillon de fumée et un sillon de feu passent entre les chairs partagées : le pacte avec Yahvé est conclu ^ Pour ïlobertson Smith, V « alliance était coupée » en ce sens que l'animal sacrifié était coupé en deux moitiés. Les deux parties contractantes, après consommation en commun, passaient entre les pièces du sacrifice pour marquer qu'elles s'étaient imprégnées de la vie mystique de la victime-. Cette explication serait acceptable si le rite en question était d^isage courant. Mais il apparaît, si l'on en juge par l'Ancien Testament, comme tout à fait exceptionnel : le seul autre exemple qu'on en connaisse se trouve dans un passage plus que suspect de Jérémie^. Dès lors, son usage n'aurait pas suffi à maintenir et à généraliser l'expression consacrée « couper une alliance ». Nous l'expliquons plus simplement par la coutume qu'on avait, dans les sacrifices de communion, de couper les chairs de la victime pour les distribuer aux participants^. Car le rite de l'alliance n'est pas autre chose qu'un sacrifice de communion : « Assemblez-moi mes fidèles qui ont conclu mon alliance par un sacrifice de communion^. » Si le Gode sacerdotal interdit à Israël de pratiquer une alliance avec un autre peuple, c'est précisément parce qu'une telle alliance ne se conclut pas sans la participation des divinités : « Garde-toi de faire alliance avec l'habitant du pays car, adorant ses dieux et leur sacrifiant, il te convierait à son sacrifice de communion et tu en mangerais^. »
1) Genèse, XV, 9-18.
2) R. Smith, Religion of ihe Sémites, p. 480-481 ; Frazer, Folk-Lore in the Old Testament, l, p. 411, explique ce sacrifice comme un sacrifice purificatoire ou protecteur pour celui qui fait une alliance.
3) Dans Jérémie, XXXIV, 18-19, il faut biffer, comme les LXX y autorisent 18h et 19^. L'allusion à Gen., XV, 9-18, a été insérée tardivement; ci-après, p. 219.
4) Comparer la distribution des parts du sacrifice par Elqana dans I Sam., 1,3.
5) Psaumes, L, 5.
6) Exode, XXXIV, 15.
218 LES OHK.INES CANANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
L'importance du sacrifice de comiHunion est dans sa valeur contraignante, comme on le \>.it pai !•■ récit où Saul convocjue les tribus Israélites pour porter secom- i Yahès. Il prend une paire de bœufs et les coupe en morceaux que des messagers vont porter dans tous les territoires d'Israël'. Ce qu'on a appelé, après l'exil semble-t-il, r « alliance de sel », n'est pas autre chose (jn Un sacrifice de communion. Cette mention du sel est destinée à mettre en valeur la perpétuité du pacte : « alliance de sel ;> est synonyme d' « alliance perpétuelle- ».
Ainsi la consécration de l'alliance par le sacrifice de communion est le rite ancien. Plus tard, il se peut (jue le serment ait suffi comme certains passages le laissent entendre^ ; enfin, à l'époque perse, se répand le contrat écrit^.
On classe généralement les alliances dont l'Ancien Testament garde le souvenir, en alliances conclues pai- do individus ou des peuples et alliances avec la divinité. Au point de vue du culte, cette classification ne se justifie pas : les rites sont les mêmes dans l'un et l'autre cas^. Nous croyons qu'il est plus significatif de distinguer les alliances qu'on appelera historiques, parce (ju'on peut admettre qu'elles ont été réellement pratiquées, les alliances légendaires, quand elles interviennent dans des contes ou légendes et, enfin, les alliances mythiques lorsqu'elles constituent une fiction <li -tinée à justifier et à imposer telle ou telle pratique, telle ou telle obligation, voire à expliquer un phénomène ou une loi de la nature.
Alliances historiques. — A titre d^exemples et sans nous y arrêter, on classera dans cette catégorie : l'alliance di'mandée par les habitants de Yabès<^, Talliance entre
1) I Samuel, XI, 7. Le conte du lévite qui coupe sa femraç en morceaux C8t un développement de ce thème. Le texte [Jmjei, XIX, 30) insiste sur rélrangeté de cet acte.
2) Nombres, XVlIkl9; Lévit., II, 1.3; II Cliron.. \U\, 5 ; voir ci-dessus, p.'J2.
3) Ë/échiei, XVII, 18; Esdras, X, It*.
4) Néhémie, X, 1.
fi) Voir par exemple Exode, X.XIII, 32. «^ I Samuel. XI.