‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 119 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHKS SACRIFICIELS I-.f< \ h I.ITKS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHKS SACRIFICIELS I-.f< \ h I.ITKS

prérogatives des lévites, rehausser aux yeux du peuple, et à leurs propres yeux, des fonctions subalternes pour les leur mieux faire accepter. C'est à quoi répond la consécration par Moïse et Aaron. Nous devons l'examiner ici parce qu'elle constitue un excellent exemple de mythe fondé sur les pratiques sacrificielles, un mythe d'origine savante, car nous allons démontrer qu'il est minutieusement construit sur les règles établies par le sacerdoce.

La consécration des lévites par Moïse et Aaron forme le pendant de celle d'Aaron et de ses fils par Moïse ^ ; mais tandis que celle-ci préfigure un rite réel, celle-là n'a aucun lien avec une pratique en usage; aussi suppose-t-on qu'elle est faite une fois pour toutes.

Les serviteurs d'un temple sont toujours considérés comme appartenant à la divinité. D'autre part, les premiersnés des Israélites appartenaient à Yahvé. Un rapprochement entre ces deux catégories d'Israélites s'établit dans l'esprit de l'auteur sacerdotal et l'amène à supposer que les lévites ont été consacrés pour remplacer les premiers-nés d'Israël. Mais la vieille notion que ces premiers-nés doivent être offerts en sacrifice à la divinité était toujours vivace ; on en avait simplement atténué la rigueur par le subterfuge des substitutions. Précisément, nous allons voir que les lévites vont servira cet office et seront traités comme des victimes sacrificielles.

Il est d'abord prescrit à Moïse de purifier les lévites en les aspergeant avec l'eau d'expiation, c'est-à-dire avec l'eau lustrale préparée au moyen des cendres de la vache rousse 2. Les lévites se passeront le rasoir sur tout le corps, laveront leurs vêtements, feront des ablutions J^. Ce premier acte est comparable aux pratiques auxquelles est soumis le lépreux

car il met en scène Dalhan el Abiram. Au milieu de ce récit, qui se suffit -à lui-même, l'auteur sacerdotal (P) a inséré une révolte des lévites. Deuiér., XI, 6, ignore ce dernier épisode.

1) Voir ci-dessus, chap. III, | 2.

2) Voir ci-dessus, chap. lil, § 7.

3) Nombres, VIII, 7.

guéri, à l'effet de le dépouiller de son âme souillée et d'y substituer une âme neuve, celle de la communauté ^

Dominé par l'idée que les lévites font le service du temple en place des premiers-nés d'Israël, qu'ils rachètent le sacrifice de ces derniers, l'auteur sacerdotal considère les lévites comme étant dans la situation d'une victime offerte en sacrifice. Ils sont présentés devant la tente d'assignation, les Israélites pratiquent sur eux le rite de la semikha et môme Aaron opère « leur balancement devant Yahvé de la part des enfants d'Israël*^ ». Tout ici s'enchaîne avec une logique rigoureuse ; tout a sa valeur du point de vue sacerdotal. Si les lévites sont soumis au rite du balancement, c'est par assimilation à la part de la victime qui, dans le sacrifice, est attribuée au collège des prêtres. Le rite répond à la parole de Yahvé adressée à Aaron : « Les lévites sont à vous , octroyés en don pour Yahvé ^. »

Ainsi, d'une part, les lévites sont offerts comme victimes à Yahvé « en échange de tout fruit des entrailles, de tout premier-né parmi les Israélites ^ ». De l'autre, munis de la consécration dont le sacrifice investit toute victime, ils se séparent des enfants d'Israël, ils appartiennent à Y'ahvé et pourront servir dans le sanctuaire^, à la condition, toutefois, qu'ils cèdent pour la suite du sacrifice leur qualité de victimes à des animaux capables de leur être substitués.

C'est pourquoi ils prennent un taureau qui servira d'expiatoire et un autre taureau qui, accompagné d'une oblatiou de fleur de farine pétrie dans l'huile, sera offert en holocauste. Les taureaux sont sacrifiés après que les lévites ont pratiqué l'imposition des maina sur la tête de ces animaux". Bien que théorique, ce cas de semikha à deux degrés est

1) Voir ci-dessus» chap. Ill, % 6.

2) Ci-dessus, p. 73 et 111.

Z) Nombres, VI II, 9-11.

4) Nombres, XVIII, G; cf. LévU., VII, 34.

6) Nombres, VI II, 16; 18.

fi) Nombre:;, VIII, U-15.

7) Nombres, VIII, 8; 12.

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