CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
que VExode met dans la bouche de Miriam, la prophétesse, et où le poète se sert d'une image guerrière :
Chantons un hymne à Yahvé
parce qu'il a relevé sa grandeur El qu'il a précipité dans la mer
le cheval et lo cavalier ^
Il est possible que ce chant soit tiré du sepher milhamot Yahvé, le livre des batailles de Yahvé, non seulement d'après l'allusion qui en est faite dans le livre des Nombres-, mais aussi parce que nous verrons tout à l'heure que la version ancienne du récit en prose comportait, non un miracle de Moïse, mais' un combat personnel de Yahvé.
A ce récit d'un combat personnel de Yahvé en l'honneur de son peuple, s'est superposé un thème de folklore palestinien bien connu par le cycle d'Élie et d'Elisée. Dans les écoles de prophètes d'Israël, on racontait qu'Elie et Elisée étant arrivés aux bords du Jourdain, Elie prit son manteau et, l'ayant plié, en frappa les eaux qui se divisèrent en deux parts et leur permirent de passer à pied sec ^. Quand Elisée hérita le manteau d'Elie, il refit le même miracle et passa le Jourdain à sec. Les prophètes présents s'écrièrent alors: « L'esprit d'Elie s'est posé sur Elisée ^. » Voici donc le thème : le miracle des eaux séparées est la pierre de touche des grands prophètes qui ont le privilège de manifester la puissance de Yahvé^. Le récit du combat que les Israélites soutinrent aux bords de la mer Rouge se prêtait à un développement de cet ordre et ce nouveau poème nous a été conservé tout au long dans Exode, XV, 1-19.
1) Exode, XV, 21.
2) Nombres, XXI, H: « C'est pourquoi il est dit dans le sepher milhamot Yahvé :
Ce qu'il a fait dans la mer Ronge Et daiv les eaux du torrent d'Arnon. 31 II Rois, II, 7-8.
4) Il PoU, II, 13 1.-.
5) Isaïe, XI, 15 prophétise que Yahvé élèvera la main sur le tleuve d'Egypte, qu il le frappera et le divisera en sept ruisseaux de sorte qu'on pourra le passer à sec. Cela est mis en rapport avec un nouveau passage de la mer Rouge ; cf. Isaïe, X, 26.
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La vérifu iilidu ' est fournie par le récit < n [)rose qui renferme les deux versions ('ntroiiu''l.'(^-^ \),\v 1.' rcd.irtciii' 'h-tinitif. L'une de ces versions, correspondinil an pornir {.iimilif, ignore le miracle; c'est celle que tous les iiiti({ii('s attribuent au Yaiiviste. L'autre serait de l'auleur du Code sacerdotal. On s'en rendra facilement compte par le tableau cumparalif ci-après qui, sans s'attarder aux i^loses ni aux retouches secondaires, résume les deux versions.
Exode, XIV, 11-14. Moïse réconforte les l^iaclitcset leur annonce que Yahvr combattra peureux.
19-20. L'Ange et la colonne de fumée (c'est-à-dire la colonne de fumée qui renferme la divinité) se placent derrière les Israélites.
24-25. Du haut de la colonne de fumée, Dieu met les Égyptiens en dérontc.
15-16. Dieu ordonne aux Israélites de marcher et à Moïse de diviser les eaux de la mer.
17-18. Dieu décide que les Égyptiens poursuivront les Israélites.
^[-±2. Moïse étend la main et, sous l'effet d'un vml violfiil, la mer s'entr'ouvre. Les Israélites passent à sec.