CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
extermination. La caractéristique de ces récits n'est pas de conserver des souvenirs historiques, mais de procéder d'une conception rituelle, en l'espèce un rite de purification : le pays est consacré à Yahvé par le hereni ou anathème ^ Ces peuples doivent être exterminés « selon que Yahvé l'avait ordonné à Moïse ^ » et cela pour vider la place de tous les dieux étrangers : « Vous exterminerez tous les peuples que Yahvé, votre Dieu, doit vous livrer. Vous ne vous laisserez pas toucher de compassion pour les épargner et vous n'adorerez pas leurs dieux, de peur qu'ils ne deviennent le sujet de votre ruine ^. » La seule précaution à prendre, c'est de ne pas les exterminer tous ensemble « de peur que les bêtes de la terre ne se multiplient et ne s'élèvent contre vous ^ ».
Josuéest un autre Moïse, car Dieu lui dit : « Je suis avec toi comme j'ai été avec Moïse ^ », et les événement tendent à le montrer. Tandis que Moïse avait conquis l'orient du Jourdain, Josué fait la conquête de l'occident ^. La réplique se marque à chaque pas. Ainsi l'ange de Yahvé, apparaissant à Josué, lui prescrit d'ôter ses chaussures, comme à Moïse, parce qu'il se trouve en un lieu saint ^. De même Josué élèvera son bouclier dans la bataille ^, comme Moïse avait tenu les bras levés pour assurer la victoire contre les Amalécites ^. Les peuples contre lesquels il combat sont de la race des géants*^. L'artifice de composition du livre de Josué apparaît
1) Le herem, ou anathème, est un sacrifice ; c'est pourquoi Nombres, XVIII, 14, attribue au prêtre ce qui est consacré en anathème; mais son usage reste exceptionnel.
2) Josué, XI, 12 et 20. Que cette extermination ait été purement mythique, c'est ce que l'auteur est obligé de constater ; cf. Josué, XV, 63 ; XVI, 10, etc. ; cf. Juges, I et les explications confuses du chap. II.
8) Deutér., VII, 16.
4) Deutér., VII, 22.
5) Josué, III, 7.
r») Josué, XII, 6-7.
7) Josué, V, 16 ; cf. Exode, III, 5.
8) Josué, VIII, 18 et 26.
D) Exode, XVII, 11-12.
10) Josué, XI, 22 ; cf. Deutér., II, 10-11 ; II, 20-21 ; III, 13.
^2iil LES OHIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
ainsi nettement et nous enverrons d'autres exemples encore plus marquants. A peine s'y môle-t-il quelques emprunts au sep/ier ha-yashar, recueil qui ne prétendait pas à la précision d'un annaliste, ou au sepher milhamot Yalivc '. Mais ces emprunts eux-mêmes ont souvent été dénaturés, soit qu'on ait supprimé les allusions polythéistes, soit que prenant à la lettre des expressions lyriques, on les ait transformées en miracles. Les deux procédés ont servi à fonder le fameux miracle de Josué arrêtant le soleil. Le sepher ha-yashar, faisait invoquer le soleil et la lune par Josué au milieu de la bataille :
Soleil, arrôte-toi sur Gabaon I
Lune, n'avance pas sur la vallée d'Ayalon !
« Cette figure de rhétorique sur le soleil de Gabaon, observe Renan, engendra la plus hyperbolique des merveilles 2. » En tout cas, si l'on veut que le sepher ha-yashar ait envisagé un miracle, il n'est pas douteux qu'ill'attribuait au Soleil et à la Lune, non à Yahvé ^.
Le passage de la mer Rouge est devenu un miracle par le même processus. Un chant célébrait l'avantage remporté par des partisans israélites sur les bords de la mer Rouge. Il nous a été conservé, en partie du moins, dans le passage
1) Le travail de lauleur biblique a consisté à attribuer au seul Josué des faits de guerre que la tradition rapportait à des héros locaux, souvent à des éponymes. Le passage Josué, XV, 14-lU, confirme par Juges, I, 12-15, noHS conserve une de ces traditions locales mises à profit par notre auteur. On noiera que cette tradition attribue à Kaleb la prise d'Hébron et de Dabir que notre auteur avait réservée à Josué (Josué, X, 36-39). Pour les héros éponymes, Juges, l, en garde le souvenir.
2) Renan, Histoire du peuple d'Israël, I, p. 259; cf. p. 242-243 et Isaie, LX,
3) Josué, XII, 12-14. Pour atténuer le récit de upher ka-yasluir dont l'invocation est adressée directement au Soleil et à la Lune, divinités peu ortho> doxes, l'auteur du livre de Josué rapporte que Josué s'adresse à Yahvé, ce qui est contredit par les paroles prononcées. Kl comme sa source devait montrer le Soleil et la Lune obéissant « à la voix d'un homme », notre auteur ne craint pas de dire que Yahvé « obéit à la voix d'un homme ». L'idée que les astres prenaient part aux combats des hommes a laissé des traces dans Juyes, V, 20. Sur la diffusion du culte des astres ; cf. Jérémie, VIII, 1-2; /)<ru/<fr.. XV!I ;<.