‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 141 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

qu'on ait exagéré ou môme inventé leurs fautes pour disxîréditer Silo et ses prêtres, et exalter par comparaison le prestige des Sadoqites. Voici le passage qui décrit les pratiques incriminées.

I Samuel, II, 1:2. Or, les fils d"Éli étaient des hommes pervers qui ne connaissaient ni Yahvé ni la loi du prêtre à l'égard du peuple *.

43-44. Chaque fois qu'une personne offrait un sacrifice de communion, le serviteur du prêtre venait, tandis que la viande cuisait, tenant en main une fourchette à trois dents 2, qu'il piquait dans la marmite, dans le pot, dans le chaudron ou dans l'écuelle, et tout ce que la fourchette amenait, le prêtre le prenait pour lui^. Ainsi agissaient-ils à l'égard de tout Israélite qui venait là * à Silo.

43-46. Même, avant qu'ils aient offert^ la graisse, le serviteur du prêtre venait dire à la personne qui sacrifiait : « Donne de la viande ^ rôtir pour le prêtre, car il ne prendra pas de toi de la viande cuite, mais seulement crue. >> L'offrant disait : u Qu'ils offrent d'abord la graisse, puis tu prendras ce qui te plaira ; » mais il répondait : «Non ^, donne tout de suite sinon je prendrai de force. »

47. Le péché de ces jeunes gens était très grand'', car ils ^ jetaient le mépris sur l'offrande de Yahvé.

Le discrédit que notre auteur fait peser sur les prêtres de Silo est très habile. On observera toutefois que les deux accusations se contredisent. Un autre grief est élevé contre les fils d"Eli, à savoir les rapports qu'ils entretenaient avecles femmes de mœurs particulières dont nous avons parlé plus haut •♦. On fait reproche à 'Éli de n'être pas intervenu énergiquement auprès de ses fils et de n'avoir pas mis fin à ces scandales. Aussi « un homme de Dieu » lui signifie-t-il les menaces de Yahvé dans lesquelles la fortune des Sadoqites

1) En transposant ici la fin du verset et en lisant: ve-mishpat ha-kohen mé'et Jia-'am. Au sujet de cette expression et de sa valeur, voir ci-dessus, p. 10.

2) Lire : ou-mnzleg shelosha shinnayim.

3) Lire lo au lieu de 60.

4) Insérer avec les LXX : pour sacrifier à Yahvé. 6) Lire : Yeqatteroun.

6) Lire la négation lo' au lieu de lo « à lui »>.

7) Supprimer « aux yeux de Yahvé ».

8) Biffer ha-anasfiim qui manque aux LXX.

9) Voir plus haut, p. 15.

est annoncée en ces termes : « Je m'instituerai un prêtre fidèle qui agira selon mon cœur et mon esprit ; j'édifierai pour lui une demeure sûre^ et il fonctionnera perpétuellement devant mon oint. Ceux qui resteront alors de ta famille viendront se prosterner devant lui pour une pièce d'argent et une miche de pain en disant : « De grâce, admets-moi à « quelque service sacerdotal pour que j'aie un morceau de « pain à manger 2. » — L'usage de la monnaie qui apparaît ici prouve que cette parole ne peut être antérieure au VI® siècle avant notre ère.

L'activité du prêtre 'Eli prend fin sur une défaite éprouvée par les Israélites près d'Aphek. L'arche qui accompagnait l'armée israélite fut prise par les Philistins et les deux fils d'^Eli furent tués auprès d'elle. Ce fait, qui témoigne en faveur de leur attitude, est interprété par notre auteur comme une marque d'opprobre. 'Éli meurt sur le coup, à l'annonce de ce malheur, et la femme de Pinehas, saisie par les douleurs de l'enfantement, accouche d'un fils auciuel elle donne le nom d'Ikabod, « plus de gloire », 011 -^ «n i ni : « C'en est fait de la gloire d'Israël ^. » Ce dernier trait paraît un arrangement et l'on peut se demander si le nom d'Ikabod n'est pas une déformation tendancieuse d'un nom comme Yokabod, « Yahvé est gloire ^ ».

Ikabod n'a pas laissé d'autre trace, mais il avait un frère Ahitoub, dont nous retrouvons le fils Ahiyya installé à Silo au temps de Saul comme prêtre revêtu de l'éphod et jouant auprès du roi un rôle dont l'importance, nous l'avons vu, a été singulièrement atténuée dans nos textes au prollt de

1) Allusion au temple de Salomon. Le prêtre fidèle est (h.n. >ndoq.

2) I Samuel, II, 35-3(». Le morceau I Sam., II, 27-3<), constitue une addition au livre de Samuel qui, dans son premier état, ne comportait pas cette allusion directe à Çadoq; c'était Samuel que Yahvé chargeait de prévenir le vieux prêtre. Il faut rectifier I Sam., Ill, 13, et lire : « Tu lui annonceras que je condamne à jamais sa famille parce qu'il a su que ses fils blasphémaient Dieu (lire : elohim au lieu de lehem) et qu'il ne les a pas réprimés. »

3) I Samuel, XIV, 3.

4} Comparer Yokcbcd, nom de la mère de Moïse.

CH.VPITRE IV. MYTHES SACHIMCIELS ISRAKLITES 28t

Samuel '. La haute situation de la famille d"Eli s'affirme encore par le fait qu'un frère d'Ahiyya était prêtre du sanctuaire de Nob : Ahimelek, fils d'Aliitoub^. Parce qu'il avait prêté assistance à David, Saiil prononce la sentence de mort contre Ahimelek et toute sa famille: « Il n'échappa qu'un fils d'Ahimelek, iils d'Ali itoub, nommé Abyatar, qui s'enfuit pour rejoindre David. Al)ya(ar apprit à David que Saûl avait fait périr les prêtres de Vahvé^. » Il ne s'agit évidemment que des prêtres de Yahvé qui étaient à Nob ^. Abyatar suivit dès lors la fortune de David; il avait pris soin d'emporter l'éphod avec lui ce qui permit à David de consulter la divinité^.

Nous avons vu-qu'au cours du règne de David, Sadoq est mis sur le môme pied qu'Abyatar. Le livre de Samuel nous dit simplement qu'il était fils d'Ahitoub et jusqu'ici on a supposé que cet Ahitoub n'était pas le grand-père d'Abyatar. Le livre des Chroniques fournit une généalogie ^ de Sadoq qui tend aie démontrer; mais quelle valeur a-t-elle ? Très probablement aucune, et nous soupçonnons qu'elle n'a été composée que pour écarter toute proche parenté entre Sadoq et Abyatar.

Nos textes s'efforcent de masquer les liens qui rattachent le nouveau culte de Yahvé, institué à Jérusalem, aux cultes locaux plus anciens. Pour cela ils imposent des pérégrinations suspectes à l'arche et ils en viennent à relater son transfert dans la cité de David sans l'intervention des prêtres 7. On peut tenir pour exact le renseignement conservé par le livre des Chroniques^ qui fait de Sadoq le représentant du

1) I Sam., XIV, 18-19. Le verset 18 est à rectifier d'après les LXX : « Saùl dit à Ahiyya: « Amène l'éphod » — car (Ahiyya) portait l'éphod en ce tempslà devant Israël. » Pour la restitution du verset XIV, 41, voir plus haut, pp. 46-47. Le texte des massorètes marque un pas de plus dans l'atténuation du rùle d'Ahiyya.

2) I Sam., X.\I, 2; 9; XXII, 9.

3) I Sam.. XXH, 20-21.

4) Nob est dé.signée dans I Sam., XXII, 19, comme « ville des prêtres».

5) I Sam., XXIII, 6; 9; XXX, 7-8.

(î) I Chron.. \\ 29-41. Déjà, dans Esdras, VII, 2-5; mais peut-être comme insertion plus tardive.

7) II Sam., VI.

8) I Ckron., XXI, 29; voir ci-après, § 11.

sacerdoce de Gabaon auprès du nouveau roi et il n'est pas invraisemblable qu'il fut frère d'Ahimelek, le prêtre de Nob, et par suite l'oncle d'Abyatar. La famille d"Éli aurait ainsi détenu lé sacerdoce de Yahvé dans les principaux lieux de culte des environs de Jérusalem.

Une confusion, due à l'erreur d'un scribe et déjà reconnue par Movers et Thenius, a interverti dans II Samuel, VIII, 17, les noms d'Ahimelek et d'Abyatar, erreur assez ancienne puisqu'elle figure dans le passage correspondant I Chron.^ XVIII, 16 et s'est répercutée tout au long du livre des Chroniques. L'erreur est à rectifier, notamment d'après II Samuel, XV, 24-36, que nous avons cité plus haut'.

Pour permettre de suivre cette discussion, nous donnons ci-après la filiation d'Abyatar.

*Eli«.

Hophni ^. Pinehas *.

Ahitoub ^. Ikabod ^.

Ahiyya '. Ahiraelek ^.

Abyatar ^.

Jonathan *".

Nous avons vu que l'on peut admettre que Sadoq était un

1) Aussi d'après II Samuel, XVII, 15, et surtout XX, 25.

2) I Samuel, I-IV ; XIV, 13; I Rois, II, 27; I Chron., XXIV, 3.

3) I Sam., I, 3; 11,34; IV, 4; 11; 17.

4) I Sam., I, 3; 11,34; IV, 4; 11; 17; 19.

5)1 Sam., XIV, 3; XXII, 9; 11 et suiv.; 20; I C/iron.. ^ <uiv.;VI, 37;

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